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Les NEWS

 

Comme de nombreux lecteurs me l'ont fait remarquer à juste titre et au cours du temps ce site est devenu très (trop) touffu et les dossiers désormais excessivement copieux, ralentissent le chargement pour les déshérités qui ne bénéficient pas de la connexion internet par fibre optique.
Dès le début (en fin 2006), j'avais pris le parti de rassembler les billets dans des dossiers thématiques (par exemple, glaciers et océans, paroles, bonnets d'âne, thèses, calamités etc.) et les billets successifs y étaient introduits, rapprochés selon leurs thématiques, parfois indépendamment de leur ancienneté, ce qui, évidemment, n'a pas contribué à faciliter la lecture.
D'autre part, la quantité et la qualité des observations relatives au climat se sont sérieusement étoffées et améliorées, notamment, au cours de ces deux ou trois dernières années. On constate ainsi que le rythme de publication des articles scientifiques qui permettent de porter un regard critique sur les théories en vigueur, s'est singulièrement accéléré. Face à ce déferlement d'articles scientifiques sur lesquels il serait bon de rapporter, on peut imaginer deux types d'exposés différents :
-Soit une série de compte-rendus succincts de plusieurs découvertes récentes en se contentant d'une traduction des titres et des résumés, le tout accompagné de quelques explications minimales,
-Soit une synthèses un peu plus approfondie d'un ou de plusieurs articles récents, comme j'ai parfois tenté de le faire au cours des dernières années.

Les articles de la
page "NEWS" seront systématiquement empilés selon la méthode LIFO, comme disent les informaticiens (Last In, First Out), c'est-à -dire que les articles les plus récents se retrouveront sur le sommet de la pile. C'est la disposition qui est très généralement utilisée par les blogs classiques tels que Wordpress ou autres.
Comme d'habitude, c'est la couleur du fond des pages qui change lorsque l'on passe d'un billet à l'autre.
D'autre part, j'ai mis à votre disposition une table des matières avec tous les liens nécessaires pour vous y retrouver plus facilement dans les billets publiés sur PU.
Bonne lecture !

17 Novembre 2014 : Climat : Où en est-on ? Y a-t-il des raisons de s'inquiéter ?

Nombreux sont les lecteurs qui m'ont alerté récemment au sujet du déchaînement politico-médiatique catastrophiste qui se développe de nos jours en francophonie (mais pas nécessairement ailleurs), à propos du climat. Beaucoup prévoient que la préparation de la réunion COP21 de l'ONU qui doit se tenir à Paris en fin 2015 est l'occasion de lancer une campagne orchestrée destinée à persuader nos compatriotes (réticents) que "la fin du monde est pour bientôt" si nous ne faisons pas ce que certains voudraient que nous fassions.
Il est vrai que les occasions n'ont pas manqué, récemment, d'en rajouter une couche, telles la publication du dernier Rapport de Synthèse du GIEC (qui n'est rien d'autre qu'une approximation a-scientifique du Résumé pour les Décideurs de l'AR5 qui n'était lui-même qu'une caricature du rapport scientifique complet AR5, comme beaucoup d'autres scientifiques l'ont dit avant moi ainsi que je l'ai relaté dans les billets précédents), telles les réunions répétées des responsables du GIEC ou des politiques lors de divers sommets, toujours planétaires, etc.
Tout cela peut sembler très inquiétant et cela l'est surtout pour les quidams qui ne se plongent jamais dans les courbes, les données et les graphiques publiés par les instituts dédiés ou dans les revues scientifiques, comme la plupart de nos contemporains.

Mais, au fait, y a-t-il vraiment des raisons objectives de s'inquiéter au sujet du climat de la planète ? Et si oui, à quel sujet ?

C'est ce que nous allons voir dans ce billet, à partir des mesures objectives et en nous appuyant, parfois, sur le dernier Rapport Scientifique Complet du GIEC, l'AR5, qu'aucun de nos décideurs inquiets, ou de nos communiquants alarmistes, ne semble avoir lu avant de forger leur opinion... et celle des autres.

Nous allons donc passer en revue les évolutions, jusqu'à présent et successivement, des glaces des pôles, de la température du globe, de la hausse du niveau des mers, des événements météorologiques, dits "extrêmes" à la lumière des indicateurs officiels et des articles scientifiques parus récemment.

Et nous verrons s'il y a lieu de s'inquiéter comme "on" nous assure qu'il convient de le faire...

1) La glace des pôles :

1.A) Pôle Nord : L'océan arctique.

arcticdmi2014

 

Il s'agit de l'évolution de l'extension de la surface de la mer arctique qui contient au moins 15% de glace, ce qui est le critère généralement retenu et notamment par le GIEC d'après l'Institut Danois DMI.
La variation de l'extension de la surface glacée relative à l'année 2014 est représentée par le gros trait noir.

Comme on peut l'observer, lors du minimum d'extension, observé vers le 10 septembre, c'est à dire au moment du maximum de la fonte, l'extension de la surface glacée de l'arctique de cette année est supérieure à celle des années 2010, 2011, 2012, 2013, et aussi 2007 et 2008 qui ne figurent pas sur ce graphique.

D'autre part, le graphique de l'organisme japonais IARC-JAXA montre qu'actuellement, l'extension de la glace arctique est assez proche de l'extension moyenne des années 2000.

 

 

 

 

L'évolution positive de l'englacement de l'océan arctique durant ces dernières années est également clairement visible sur le graphique suivant qui provient de Cryosphere (Université de l'Illinois, Urbana-Champaign, Polar Research Group). (Pour tout ce qui est en trait noir).
arctic2014a

J'ai superposé à ce graphique deux interpolations-extrapolations possibles (L'une de couleur rouge, l'autre de couleur bleue.) afin d'illustrer les deux points de vue qui s'affrontent quant au futur proche de l'évolution de la glace arctique.

La courbe en rouge représente le point de vue pessimiste tel qu'on peut le lire sous la plume de chercheurs engagés avec le GIEC, tel Marc Serreze du NSIDC qui parle de "spirale mortelle", ou encore, d'Al Gore qui, lui, avait carrément prédit la disparition de la glace arctique en déclarant, lors de la cérémonie de la remise de son prix Nobel de la Paix (conjointement avec le GIEC), en 2007 que : "La calotte glaciaire est en chute libre. Elle pourrait avoir disparu, en été, dans près de 7 ans".
Comme on le voit, c'était faux.

La courbe en bleu illustre le point de vue des chercheurs qui, se rapportant aux oscillations des indices des températures océaniques (et plus précisément de l'AMO), pensent que la mer glacée arctique pourrait s'épaissir et résister de mieux en mieux à la fonte de l'été dans les années qui viennent (tels, par exemple Judith Curry).

De fait, personne ne connaît avec certitude la réponse à cette question, même si les observations actuelles vont plutôt dans le sens de la courbe en bleu.

"Time will tell" comme disent les américains des USA, c'est à dire, "l'avenir nous le dira"... Cependant, il existe un autre indicateur qui va dans le sens des optimistes. Il s'agit de l'observation de l'évolution du volume de la glace arctique et non plus seulement de son extension.

Voyons ce qu'il en est.

Evolution récente du volume de la glace arctique :piomas2014

Le graphe ci-contre (établi d'après les bases de données de PIOMAS (Polar Science Center)) indique l'évolution du volume de la glace arctique au cours des mois de Septembre successifs qui sont les mois durant lesquels l'extension de l'arctique atteint le minimum d'extension.

Comme on le voit, le volume de la glace arctique en septembre a diminué jusqu'en 2012 puis est reparti à la hausse durant les deux dernières années. Le volume de la glace arctique durant le mois de Septembre 2014 est un peu inférieur à celui observé en 2008 mais il est supérieur à celui de tous les autres mois de Septembre depuis 2007 (inclus).

A noter que, bien que l'extension minimale de la glace arctique soit, en 2014 assez proche de celle observée en 2013, son volume et donc, son épaisseur, a sensiblement augmenté en 2014 ce qui laisse présager une meilleure résistance lors de la prochaine fonte, en été 2015.
Bien entendu, ceci va à l'encontre de la fameuse prédiction de la "spiral death", la "spirale mortelle" pronostiquée par les tenants du GIEC qui extrapolaient le graphe indiquant la décroissance de la surface glacée arctique comme cela est indiqué par le trait rouge que j'ai reporté sur le graphe ci-dessus.

Enfin, et c'est d'une grande importance dans cette discussion, on sait que les anomalies de température en Arctique dans les années 1920-1930 étaient assez semblables à ce qu'elles sont aujourd'hui, ce dont on ne peut certes pas rendre responsables les émissions anthropiques de CO2. Voici ce qui est écrit dans le dernier rapport (c'est à dire dans le rapport scientifique complet et non pas dans le Résumé pour les Politiques (SPM), ni dans le récent "rapport de synthèse") du GIEC, l'AR5 (publié en 2013) (cité par Judith Curry) :

“Les anomalies de la température en Arctique dans les années 1930 étaient apparemment aussi importantes que celles des années 1990 et des années 2000. Il y a encore de nombreuses discussions au sujet des causes profondes qui sont à l'origine des anomalies de température dans l'Arctique dans les années 1920 et dans les années 1930." - GIEC AR5 Chapitre 10

J'ai évoqué plusieurs fois cette question dans cette page (Chylek, Tsonis etc.).
A ce sujet,
Richard Lindzen, souvent cité dans ce site, aime présenter la diapositive ci-contre, lors de ses conférences traitant de la glace arctique :fermin90

Le texte date de ...1922. Il est issu du "US Weather Bureau", l'organisme officiel de la météorologie de l'époque. En voici une traduction :

"L'Océan Arctique se réchauffe, les icebergs se font de plus en plus rares et dans certains endroits les phoques trouvent l'eau trop chaude. Tous les rapports pointent vers un changement radical des conditions climatiques et jusqu'à des températures inconnues jusqu'à présent dans la zone arctique. Des expéditions nous rapportent que pratiquement aucune glace n'a été vue au dessus d'une latitude de 81 degrés 29 minutes. D'énormes masse de glace ont été remplacées par des moraines de terre et des pierres tandis qu'en de nombreux endroits, des glaciers bien connus ont entièrement disparu."

On croirait lire la presse actuelle...Dès lors, d'aucuns pourraient penser qu'il serait sans doute utile, sinon indispensable, de trouver une explication rationnelle pour la fonte intense de l'Arctique survenue dans les années 1920 et les années 1930, attestée par le GIEC dans son dernier rapport, ainsi que le regel qui s'en est ensuivi, avant d'incriminer les activités humaines pour la période actuelle.
Assez bizarrement, ce n'est pas l'option qui a été choisie par la communauté des climatologues, bien que le GIEC avoue clairement sa perplexité au sujet du réchauffement arctique des années 1920-1940.

Examinons, à présent, ce qu'il en est de la banquise à l'autre bout du monde : la banquise antarctique.

1.B) La banquise antarctique :antar2014

 

Source : Cryosphere (Université de l'Illinois)

L'évolution de la surface (extent) de la banquise antarctique est représentée en jaune.

Comme on le voit, la banquise antarctique a battu, cette année encore, le record absolu d'extension depuis le début des mesures répertoriées.

A noter que cette extension a été nettement au dessus de la moyenne durant la quasi totalité de l'année, même pendant l'été austral.

 

 

 

 

antar2014a

 

 

 

Ce record d'extension reflète une tendance générale qui se poursuit au moins depuis les années 1990, ainsi qu'on peut le voir sur le graphique des données mensuelles ci-contre, tiré de la même source (Cryosphere de l'Université de l'Illinois).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La progression de l'englacement de la banquise antarctique peut réserver des surprises aux "touristes des pôles" comme ceux (des journalistes, des Chokalskiscientifiques, des touristes et une politique) qui s'étaient joyeusement embarqués en fin Novembre 2013 à bord de l'Akademik Chokalski et qui se sont retrouvés piégés à Noël, loin du continent, dans la banquise antarctique en plein été austral (photo ci-contre). Il a fallu mobiliser, à plusieurs reprises, de gros moyens pour les sortir de ce mauvais pas.
De même, il est évident que la progression de la superficie de la banquise antarctique et le dégel tardif posent aussi de sérieux problèmes pour le ravitaillement des bases antarctiques par voie maritime ne serait-ce qu'en raccourcissant sérieusement la période d'accès au continent.


1.C) La surface des glaces des mers polaires : Glace arctique + banquise antarctique (Cryosphere)

 

globalseaice2014

Comme on peut le voir, au cours des deux dernières années, c'est à dire en 2013 et 2014, l'extension des surfaces glacées du globe a rejoint ou est repassée au dessus de la "normale", c'est à dire au dessus de la moyenne des années 1979-2008.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi et au vu de l'évolution actuelle des observations, il n'y a aucune raison objective de prêcher l'alarmisme en ce qui concerne l'extension des glaces des deux mers polaires. Bien au contraire.

2) La température moyenne de la surface du globe :

gistemp-rss-2014

Voici les représentations des données mensuelles données par deux organismes représentatifs des mesures thermométriques (ici le GISS de la NASA) et des mesures satellitaires (ici, le RSS-MSU), depuis 1997 jusqu'au mois d'octobre de cette année.

Comme chacun le sait, il s'agit ici d'une représentation de ce que d'aucuns nomment "le plateau" des températures qui se prolonge depuis au moins 17 ans et d'autres qui supposent que les températures vont remonter, "le hiatus".

Les bases de données utilisées ici sont les bases "officielles" de ces deux organismes telles que je les ai référencées dans les billets précédents. Les ordonnées ont été translatées verticalement pour les aligner sur la même période de référence (ici 1981-2010) afin de pouvoir les comparer entre elles comme je l'ai expliqué ici.

Comme on le voit et comme on s'y attend étant donné le très faible incrément temporel par rapport à l'année dernière, au vu des graphes des températures mensuelles et compte tenu des fluctuations, il ne se passe rien de particulier en 2014 par rapport à 2013 ni par rapport aux années précédentes du millenium.

 

 

Nous avons pourtant tous entendu et lu dans les médias que "les mois d'août ou(et) de Septembre était les plus chauds depuis le début des relevés" ainsi que d'autres affirmations du même genre, pratiquement jamais sourcées. Si c'est exact, cela ne l'est que pour les instituts qui utilisent les mesures thermométriques qui dérivent d'ailleurs, toutes, d'une seule base de données appelée le GHCN (Global Historical Climatology Network) (voir ci-dessous). Les données satellitaires indépendantes entre elles, que ce soient celles de l'UAH (Université de l'Alabama, Hunstville) ou celles de l'organisme RSS-MSU qui n'utilisent pas les mêmes satellites, concourent pour indiquer que les températures du globe des mois d'Août, Septembre etc. ne figurent pas en haut du classement des températures. Autrement dit, nous avons affaire à trois systèmes de mesures réellement indépendants, deux satellitaires et une thermométrique.
Ceci mérite quelques explications.

giss-rss

2.A) Divergences entre les différentes institutions

On peut observer une divergence croissante, au cours du temps, entre les données thermométriques (GISS-NASA, NOAA) et les mesures satellitaires (ici le RSS-MSU).

Voici, ci-contre, un zoom sur les divergences observées entre les mesures thermométriques et les mesures satellitaires dans les années 2013 et 2014.

On peut s'étonner de cette divergence sachant qu'elle atteint parfois les 0,3°C (ce qui représente près de la moitié du réchauffement observé au XXe siècle) si on se souvient que les organismes responsables de ces mesures estiment que les incertitudes sont de l'ordre de 0,05°C (soit 5 centièmes de degrés pour la surface du globe (!)).
Les divergences observées étant largement supérieures aux incertitudes cumulées, on peut se dire que soit l'une des deux mesures est fausse, soit les deux.

Mais qu'en est-il de la base des données thermométriques ?

2.B) La base GHCN des données des mesures thermométriques :

GHSNlandonly

Le site de la National Oceanic and Atmospheric Administration, la NOAA donne une représentation des anomalies de température pour le mois de Septembre 2014, (ici, seulement les terres émergées) réparties sur le globe et illustrées selon le code des couleurs indiqué en dessous de la figure, selon les données thermométriques tabulées par le GHCN comme indiqué.

1) La taille des petits carrés donne une indication sur les méthodes d'homogénéisation adoptées par le GHCN et ses utilisateurs. Ainsi observe-t-on que ces carrés dans lesquels la température est supposée varier de la même manière, sont d'une taille approximativement égale à la moitié de la France ce qui présuppose que les anomalies de température affecteraient, de la même manière, des portions distantes de quelques 500 km.

2) Comme cela est indiqué, en petits caractères, à droite et en bas de ce document, les parties en grisé représentent les "données manquantes" dans l'établissement de la base de données du globe.
Si, dans le cas présent, on n'est guère surpris de constater que le continent antarctique ne comporte que quelques rares thermomètres, on s'étonne de la
très faible couverture thermométrique de l'Afrique, de l'Amérique du Sud, de l'Alaska, du Groenland, de la Sibérie etc. bref, d'une portion très importante de la surface des continents de la planète.
Dans ces conditions, on peut s'étonner, une fois encore, que les organismes qui se basent sur cette base de données, affirment que leurs évaluations pour la température moyenne de la surface du globe, pris dans sa totalité,
sont obtenues avec une incertitude de 5 centièmes de degré.

A titre d'information et à titre d'exemple, il apparaît que le mois de Septembre 2014 n'est, en réalité, que le septième mois de septembre le plus chaud pour l'UAH (satellite), le neuvième pour le RSS-MSU (satellite) et le premier pour la NOAA (ou la NASA qui utilisent la même base GHCN). Autrement dit, deux mesures indépendantes entre elles sur trois, contredisent la troisième et ce, bien au delà des marges d'erreur proclamées.

En bref, il n'y a toujours pas de quoi s'alarmer à ce sujet. Au contraire, le "plateau" est plutôt rassurant.
Mais, qu'en est-il de la situation pour ce qui concerne la hausse moyenne du niveau des océans du globe ? Il s'agit d'un autre observable important, souvent mentionné dans les médias, comme particulièrement inquiétant.

3) La hausse du niveau des océans à l'échelle du globe

Le graphe (en bleu) a été tracé à partir des données de l'Université du Colorado par le Prof Humlum. Ce dernier a effectué une analyse polynomiale d'ordre deux de la série des données fournies par cette université. Les résultats de son analyse sont représentés sur son graphe par une courbe en trait pointillés bleus et un petit cartouche de même couleur. 4youmslr

 

 

Anomalie globale du niveau moyen des océans en mm de 1993 à Mars 2014.

 

 

 

 

 

 

 

 


Comme on peut l'observer le "best fit" polynomial quadratique obtenu par
Humlum a un indice de confiance de 93%. Il comporte un faible terme quadratique négatif (cartouche du graphique) ce qui m'a incité à chercher à le mettre en évidence en superposant une droite (en point-tirets rouge) sur son tracé (superposition de de 1993 à 2003) en pointillés bleus.
Comme on le voit, le terme quadratique négatif représente une diminution tout à fait perceptible de la vitesse de hausse des océans ce qui est en accord avec un certain nombre d'observations indépendantes publiées récemment.
Ceci qui est en accord avec plusieurs publications et contraire aux affirmations alarmistes généralement répandues
selon lesquelles la hausse du niveau des océans s'accélérerait.
Il n'en est rien. Au contraire, la hausse ralentit depuis quelques années, ce qui est d'ailleurs cohérent avec la stagnation de la température globale de la planète.

Comme on le constate, les observations concernant aussi bien l'évolution de la température moyenne du globe que le regel des banquises arctique et antarctique et le ralentissement de la hausse du niveau des mers, incitent plutôt à l'optimisme qu'au pessimisme.

Mais voyons maintenant, ce qui concerne un sujet d'inquiétude récemment devenu réellement invasif : les événements climatiques (météorologiques) extrêmes. Deviennent-ils plus fréquents ou plus violents comme on l'entend dire fréquemment ?

4) Les événements climatiques extrêmes :

4.A) Les cyclones/ouragans/typhons

Evolution de l'indice ACE (Energie cyclonique accumulée) des Cyclones/ouragans/typhons à l'échelle du globe.
Comme je l'ai déjà mentionné auparavant l'indice ACE constitue une évaluation compacte de l'intensité et de la fréquence de l'activité cyclonique. Il existe d'autres indices légèrement différents qui conduisent sensiblement aux mêmes résultats.

maue2014

Contrairement aux déclarations apocalyptiques que l'on peut lire à ce sujet dans les médias, ni la fréquence, ni la violence des ouragans/cyclones/typhons n'ont augmenté durant les dernières décennies.

Une explication scientifique pour cette (nouvelle) divergence entre les modèles et les observations vient d'ailleurs d'être exposée par James Kossin dans le Bulletin of the American Meteorological Society (Validating Atmospheric Reanalysis Data Using Tropical Cyclones as Thermometers by James P. Kossin, published in Bulletin of the American Meteorological Society DOI:/10.1175/BAMS-D-14-00180.1).
En bref, il s'agirait d'une migration vers les pôles de ces instabilités atmosphériques qui sont donc ainsi apaisées par les températures plus froides, ce que les modèles ne prenaient pas en compte. (Voir l'analyse de cet article).

Ainsi n'y a t-il aucune raison objective d'anticiper une augmentation de la fréquence et de la violence des ouragans/cyclones/typhons pour les années à venir et les prochaines décennies.

4.B) Les tornades (aux USA). tornade2014

Comme chacun sait, les tornades sont des événements météorologiques extrêmes relativement localisés qui peuvent être d'une extrême violence (avec des vents de près de 400km/h). On les rencontre principalement aux Etats-Unis, le long d'une ligne que l'on appelle la "tornado alley", "l'allée des tornades" où les habitants se sont aménagé tout un système de protections et d'abris qui leur permettent de sauver leurs vies, à défaut des constructions.
L'évolution de l'intensité et de la fréquence des tornades états-uniennes a fréquemment été citée comme étant un bon indicateur de la "dégradation climatique", étant entendu que le "réchauffement climatique" "devrait" conduire à une intensification de ces phénomènes aussi extrêmes que dangereux.

 

 

tornado0

Ce n'est pas du tout ce que nous disent les mesures. De fait, celles-ci nous disent, à peu de chose près, le contraire.

Voici, ci-contre, un graphique dressé par le NOAA américaine qui montre le développement du nombre des tornades observées au cours de l'année et ceci depuis l'année 2005 jusqu'en 2014 (998 tornades observées au moment de l'établissement du graphique).


Comme on le voit, par exemple, les années 2013 et 2014 figurent toutes deux parmi les années les moins affectées par les tornades pour cette période et on n'observe pas de croissance de la fréquence de ces phénomènes à mesure que le temps passe.

 

 


Les tornades que l'on subit aux USA, bénéficient d'un système de classement qui les rangent, suivant leur potentiel de destruction, dans plusieurs catégories nommées F3 (les plus violentes), F2 etc. par ordre décroissant de puissance destructrice.
tornado3noaa

Voici l'évolution du nombre des tornades US de catégorie F3+ (les plus destructrices) selon la NOAA, en fonction des années écoulées, en partant de 1954 jusqu'en 2012. Nous avons vu ci-dessus que les saisons des tornades en 2013 et 2014 ont été particulièrement calmes.

Comme on le voit, le nombre des tornades les plus violentes n'a pas augmenté au cours des dernières décennies. Il aurait plutôt tendance à diminuer.

On pourrait examiner la suite des graphiques qui analysent l'évolution temporelle des tornades de violence moindre (les F1, F2 etc.). Je ne les ai pas reportés ici pour ne pas allonger exagérément ce billet. Il suffit de savoir qu'aucun de ces graphiques ne montre une augmentation du nombre de ces tornades au cours des décennies écoulées.


Il faut donc en conclure qu'il n'y a pas, non plus, lieu de s'inquiéter à ce sujet : Les tornades sont de phénomènes naturels dont la violence et la fréquence ont plutôt tendance à décroître depuis les années 60.

 

4.C) L'enneigement de la planète.

On ne peut certainement pas affirmer que les chutes de neige, ou leur absence, puissent être considérées comme des "événements climatiques extrêmes". Néanmoins et compte tenu des conséquences économiques délétères que pourrait entraîner l'affaiblissement ou la disparition de l'enneigement, certains semblent les considérer comme tels.
wintersnow2014

Ainsi, voici ce qu'écrivait le journaliste spécialisé du journal anglais The Independent (Le 20 Mars 2000), sous le titre "Il apparaît que les chutes de neige ne sont plus qu'une chose des temps passés". Comme on le voit ci-contre, sur un graphique donnant la superficie enneigée du globe en hiver depuis 1967, publié par le Rutgers University Snow Lab, l'hiver 1999-2000 avait été particulièrement pauvre en neige, à l'échelle du globe comme au Royaume Uni.

"Cependant, le réchauffement jusqu'à présent se manifeste plus durant les hivers qui sont moins froids plutôt que durant les étés beaucoup plus chauds. Selon le Dr. David Viner qui est un chercheur confirmé de l'Unité de Recherche sur le Climat (CRU) de l'Université d'East Anglia [NdT : le QG du célèbre Climategate], dans quelques années les chutes de neige en hiver deviendront "un événement rare et excitant"

"En définitive, les enfants ne sauront plus ce qu'est la neige" dit-il".

Il apparaît que les années suivantes, peut-être à l'exception de l'année 2007, ont connu des enneigements hivernaux particulièrement abondants. Les enfants d'aujourd'hui savent toujours ce qu'est la neige et le Dr. David Viner du CRU de l'UEA est encore fréquemment cité pour cette prédiction aussi alarmiste qu'aventureuse.

snowoctober2014

Pour rester dans l'actualité, voici, ci-contre, l'évolution de la surface enneigée du globe de l'hémisphère Nord pour chaque mois d'octobre depuis 1968 (à l'exception de l'année 1969 pour lesquelles il n'existe pas de données (ND)). Il s'agit de "l'anomalie" c'est à dire de la variation de la superficie enneigée (en millions de km carrés) du globe constatée par rapport à une moyenne choisie à l'avance.


Comme on le voit immédiatement, le mois d'Octobre 2014, c'est à dire le mois dernier qui est pourtant réputé "chaud" par les instituts utilisant les mesures thermométriques, a connu un enneigement particulièrement abondant.
De fait, ce mois d'Octobre 2014 se situe en troisième position, pour l'étendue de l'enneigement, depuis 1968, derrière les mois d'octobre 1977 et 2003.

Donc, là encore, pas de raison de s'inquiéter de l'évolution de l'enneigement hivernal et automnal de la planète, même s'il est vrai que l'enneigement printanier tend à diminuer à l'échelle du globe, ce qui reflète probablement la (faible) hausse des températures que nous avons connues depuis les années 80.

 

Addendum du 23/11/2014 : Anomalies de neige pour le mois d'Octobre 2014.
snowdepart


Le site qui fournit les graphiques précédents (Rutgers University) donne également les anomalies de la couverture neigeuse dans l'hémisphère Nord, par rapport à la moyenne de la couverture des années 1981 à 2010 et ceci, mois après mois.


Voici donc ci-contre, l'image correspondante qui au vu de la prépondérance des zones en bleu, voire en bleu foncé, par rapport aux zones en orange/rouge, montre que le mois d'Octobre de cette année a connu une forte augmentation des chutes de neige par rapport à la moyenne 1981-2010.



L'échelle des couleurs en bas de ce graphique indique les différences en pourcentage par rapport à la moyenne pour la période considérée, visible par les satellites.

 

 

 

4.D) Les sécheresses à l'échelle mondiale

C'est un sujet très important qui conditionne l'existence de milliards d'êtres vivants sur la planète, via l'accès à l'eau et à la nourriture. Beaucoup affirment, sans preuve, que les sécheresses augmentent globalement du fait du "réchauffement climatique anthropique".

Il existe pourtant un grand nombre d'articles scientifiques rassurants à ce sujet dont plusieurs montrent, au contraire, que nous assistons à un "reverdissement" de la planète dû, sans doute, à la proportion croissante de CO2 dans notre atmosphère. J'avais évoqué cette question dans un billet précédent.
Au sujet de l'évolution des sécheresses, la revue Nature vient précisément de faire paraître un article révélateur à ce sujet. Il ne va pas dans le sens de l'alarmisme. Au contraire.

Voici le graphe principal extrait de cet article publié dans Nature (accès libre). Il est intitulé : "Global integrated drought monitoring and prediction system" soit "Système de suivi intégral des sécheresses à l'échelle du globe et de prédiction."

Ci-contre le graphique qui donne la fraction du globe affectée par les sécheresses depuis le mois de Juin 1982 jusqu'au mois de Juillet 2012.

drought2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Le code des couleurs utilisé est indiqué dans la légende de la Figure 5 ci-dessus : "Fraction des continents du globe en situation D0 (anormalement sec), D1 (modéré), D2 (sévère), D3 (extrême) et D4 (exceptionnel) (Les données sont les Indices Standardisés des Précipitations tirés de MERRA-Land)."

Comme on le voit, qu'il s'agisse des zones "anormalement sèches", "sécheresses modérées", "extrêmes" ou "exceptionnelles", il n'y a pas de variation significative de la fraction du globe affectée, au moins, au cours des trois dernières décennies.

Ceci est cohérent avec ce que l'on trouve dans le dernier rapport (scientifique) du GIEC au sujet des fortes sécheresses :

Variation de la composante du système climatique

Potentiellement
brutal (Définition AR5)

Irréversibilité si le forçage est renversé

Probabilité envisagée dans le changement au XXIe siècle des scénarios considérés

Sécheresses de longues durées

Oui

Réversible de quelques années à des décennies

Faible confiance dans les projections des variations de la fréquence et la durée des méga-sécheresses.


Autrement dit, les scientifiques du GIEC ne se prononcent pas. Ils n'ont tout simplement pas assez de données pour juger d'une quelconque tendance. Et le graphe précédent, récemment publié, donc après la rédaction du rapport AR5 du GIEC, ne va certainement pas donner du grain à moudre aux alarmistes des sécheresses.

4.E) Que nous disait le dernier rapport scientifique du GIEC (AR5 -2013) au sujet des événements extrêmes ?

Voici, de manière plus générale, au sujet des événements climatiques extrêmes, des extraits du dernier rapport scientifique du GIEC (l'AR5) publié en 2013. (source) (déjà cité ici).

Au sujet des ouragans et cyclones tropicaux :

“Les bases de données existantes ne montrent aucune tendance significative dans la fréquence des cyclones tropicaux durant le siècle dernier....Aucune tendance robuste dans le nombre des cyclones tropicaux, des ouragans et des ouragans les plus forts, n'a été identifiée lors des 100 dernières années dans le bassin Nord Atlantique."

Au sujet des inondations :

"En résumé, le manque de preuve persiste en ce qui concerne le signe et la grandeur et/ou la fréquence des inondations à l'échelle globale, ce qui se traduit par un indice de confiance faible."

Au sujet des tempêtes, orages, grêle etc.

"En résumé, il y a une faible confiance dans les tendances observées pour les phénomènes météorologiques violents à petite échelle tels que les grêles, les orages, à cause de l'inhomogénéité des données et de l'inadaptation des systèmes de suivi."

Concernant les sécheresses et les affirmations du rapport précédent AR4 :

"Au vu des études mises à jour, les conclusions de l'AR4 (Le rapport 2007 du GIEC) concernant une augmentation des sécheresses depuis les années 1970, ont été probablement surestimées".

Concernant les cyclones extra-tropicaux :

"En résumé, la confiance est faible dans des changements à grande échelle de l'intensité des cyclones extra-tropicaux extrêmes depuis 1900."

Assez curieusement, il semble que les médias et les décideurs savent ce que les chercheurs qui contribuent au rapports du GIEC ne savent pas. Malheureusement, le personnel politique au sens large tout comme la "grande presse" et les autres médias ne semblent pas s'être donné la peine de lire, en profondeur, le contenu du dernier rapport scientifique complet du GIEC (qui date de l'année dernière), dont quelques conclusions sont rapportées ci-dessus.

Il est sans doute utile de rappeler ce qu'a déclaré récemment l'éminent climatologue, Lennart Bengtsson (fréquemment cité dans les billets précédents), à ce sujet :
bengtsson2

"Ce qui est encore plus inquiétant c'est la tendance qui consiste à donner au public l'impression que les événements météorologiques deviennent plus extrêmes et que ceci est déjà en cours. A l'exception d'une possible augmentation des précipitations et d'une possible intensification des ouragans tropicaux qui n'ont pas encore été observés, il n'y a aucune indication de l'augmentation d'événements météorologiques extrêmes dans les simulations des modèles et encore moins dans les observations actuelles."

5) Conclusions :

En partant des données officielles, nous avons successivement passé en revue l'état actuel des observations qui concernent :

- l'évolution des mers glacées au pôle Sud et au pôle Nord,
- l'évolution de la température moyenne à la surface du globe,
- la hausse du niveau des mers,
- l'évolution des tempêtes extrêmes comme les tornades aux USA, les typhons et les ouragans à l'échelle du globe,
- les questions d'enneigement, des tempêtes diverses et des sécheresses,

ainsi que les conclusions du contenu du dernier rapport scientifique AR5 (2013) du GIEC au sujet des événements climatique extrêmes.

Ces observations sont indubitablement rassurantes. Nous ne voyons strictement rien dans tout cela qui justifie le déchaînement médiatico-politique catastrophiste (francophone) auquel nous assistons en ce moment.
Au contraire, toutes ces évolutions climatiques restent dans le cadre des évolutions naturelles observées dans le passé et pour un certain nombre d'entre elles, personne n'est encore capable de se prononcer.

Ainsi, rien n'est observé dans la situations actuelle qui puisse susciter l'inquiétude. Il est possible, cependant, que certains justifient leur anxiété en se référant aux prévisions/scénarios des modélisations informatiques du climat.

L'inquiétude serait-elle alors justifiée par les modèles des prévisions/scénarios du GIEC ?
On pourrait le comprendre si les modèles numériques du climat avaient systématiquement démontré leur pertinence lors de leur confrontation avec les observations objectives. Ce n'est pas le cas.
Voici trois exemples parmi d'autres dont certains ont déjà été mentionnés dans les billets précédents, au cours des mois et des années passées.

  1. Modélisation de la température moyenne de la surface du globe. plateau1a
    Je rappelle ici le graphe qui figure dans le rapport AR5 (complet) (Chapitre 9, page 162, Box 9.2 Fig. 1a) du Rapport scientifique complet du GIEC AR5. Ce graphe confronte le résultat des mesures de températures thermométriques HadCRUT4 avec les prévisions/scénarios du GIEC.


    Comme on peut le voir immédiatement, les plupart des modèles du GIEC (ici les CMIP5) avaient prévu une hausse de la température moyenne du globe de 0,2°C (ou plus) par décennie).
    Les mesures du HadRUT4 montrent que la hausse, durant la période considérée ("le plateau") n'a été que de 0,04°C par décennie, c'est à dire 4 fois plus petite. Encore que, compte tenu de la précision réelle des mesures, cette hausse de température doit être statistiquement peu ou non significative.
    Autrement dit,
    les modèles ont été incapables de prédire l'existence du plateau de température qui a d'ailleurs toujours cours en ce moment. Les modèles surestiment manifestement le réchauffement de la planète, d'un facteur au moins égal à 5 pour ce millénaire..

  2. Modélisation de l'évolution de l'extension de la banquise antarctiqueantar-ar5

    Comme nous l'avons vu, l'extension de la banquise antarctique augmente d'année en année et ceci depuis au moins les années 90. Elle a battu son record d'extension (depuis 1979, le début des mesures satellitaires) cette année comme elle l'avait déjà battu l'année dernière.
    Que nous disent les scénarios climatiques à ce sujet ?

    Voici, ci-contre, la Figure chap 12, page 1088, Figure 28d du rapport scientifique (complet) AR5 (2013) du GIEC (Groupe de travail I). (h/t Skyfall)

    Comme on le voit, tous les modèles du GIEC (toutes les couleurs y compris le noir, sauf le vert) prévoient globalement une diminution de l'extension maximale de la banquise antarctique au mois de septembre.
    Ceci est contraire aux observations (ici, en vert) qui, comme nous l'avons vu, montrent une augmentation constante de cette extension.

    Il est vrai que les marges d'erreurs énormes qui affectent ces modélisations, ici représentées par les zones ombrées, permettent au GIEC d'affirmer que celles-ci sont "cohérentes" avec les observations. Il faudra peut-être attendre encore quelques années pour que ces modèles soient (enfin) déclarés inopérants par le GIEC, c'est à dire que la courbe expérimentale sorte des zones ombrées, si cela est possible.

  3. Modélisation de la température de la moyenne troposphère tropicale.

De manière un peu ironique, un de mes collègues (le physicien Howard Hayden) s'est amusé à superposer les affirmations successives des différents rapports du GIEC quant à leurs certitudes, sur un graphique de Roy Spencer et John Christy qui mettait en évidence les divergences modèles/observations pour la température prévue par les modèles et la température mesurée dans la moyenne troposphère tropicale. Il s'agit, comme chacun le sait, d'un point critique pour tester la validité des modèles climatiques. Voici ce graphique (en partie francisé) :

tropospencer

Les carrés/cercles bleus représentent les résultats des mesures in situ obtenues par une multitude de ballons sondes et de nombreux satellites.
Les courbes "bruitées" en trait fin représentent les résultats des calculs des 73 modèles en cours. Le gros trait noir représente la moyenne des résultats de ces modèles (si tant est que la "moyenne de modèles" ait une quelconque signification statistique).

La divergence croissante entre les prévisions/scénarios des modèles avec les observations est évidente. Là encore, les modèles surestiment - et de beaucoup - le réchauffement de la moyenne troposphère tropicale.

Les étiquettes rectangulaires indiquent les degrés de confiance revendiqués dans les rapports successifs du GIEC.

Comme on le voit, la "confiance" du GIEC dans ses prévisions/prédictions/scénarios s'accroît au fur et à mesure que les modèles s'écartent des observations.

Je rappelle les dates de la parution des rapports successifs du GIEC, indiqués sur le graphique par les flèches rouges.

FAR 1990, SAR 1995, TAR 2001,AR4 2007, AR5 2013.

 

 

Tant que les modélisations informatiques n'auront pas résolu leurs (graves) problèmes de divergence avec les observations, il est sans doute pour le moins prématuré d'anticiper l'avenir de la planète dans l'état actuel de nos connaissances et de mettre en place des mesures contraignantes qui peuvent s'avérer lourdes de conséquences.

Ainsi, dans l'état actuel des choses, nous ne voyons rien, ni dans les observations objectives ni dans les modèles manifestement pris en défaut qui puisse affecter le bien-être futur de nos enfants et de nos petits enfants (fréquemment invoqué dans les médias et jusques et y compris dans les déclarations politiques les plus officielles). Il est probable que, dans quelques années, nos descendants - du moins ceux qui auront échappé au pessimisme généralisé - s'interrogeront (ou s'amuseront), au sujet de l'étrange psychose collective qui s'est emparée d'une proportion notable des dirigeants et des communicants de notre planète en ce début du XXIe siècle.

Time will tell.

Stay Tuned !
(addendum 24/11/2014) : Un lecteur m'a suggéré d'ajouter des boutons pour les fans de Facebook. Les voici :

 

16 Octobre 2014: "La science du climat n'est pas établie"...

C'est ce que déclare, en substance, un physicien renommé, Steve Koonin (ci-contre), dans une lettre ouverte publiée dans un journal US à grand tirage. Koonin a, entre autres, été récemment Sous-Secrétaire dkoonin'Etat à la Science et à l'Energie dans l'administration Obama. Il a dirigé une enquête approfondie sur la science du climat au nom de la Société de Physique Américaine (l'APS).

Ainsi, Steve Koonin rejoint la lignée des Lennart Bengtsson, Richard Tol, Daniel Botkin, Judith Curry, Garth Paltridge et bien d'autres, que l'on ne saurait qualifier de "climato-sceptiques" et qui ont, longtemps eux-mêmes, défendu, sinon participé à la rédaction des attendus et des conclusions des rapports successifs du GIEC mais qui ont, plus ou moins récemment, exprimé leur scepticisme quant aux certitudes affirmées par cet organisme de l'ONU.

Steve. E Koonin a publié un op-ed (ou une lettre ouverte) dans le Wall Street Journal du 19 Septembre 2014. Voici le fac-simile de l'entête de cet article accompagné de la traduction de cet entête..

 

 

 

WSJKoonin

La science du Climat n'est pas établie.
Nous sommes très loin de posséder les connaissances requises pour mener une bonne politique en matière de climat, écrit le scientifique éminent Steven E. Koonin.

Par STEVE KOONIN

En guise de préambule à la lecture de l'article de Koonin, il est sans doute utile de situer le contexte dans lequel intervient la publication de cette lettre ouverte.

1) La Société de Physique Américaine (l'American Physical Society) (APS) et Steve Koonin.

Petit aperçu historique sur les prises de positions de l'APS sur les affaires climatiques.
Note : Cette section, un peu spécialisée, explique l'historique des démarches qui ont conduit à la nomination de Steven Koonin à la présidence d'un groupe de l'APS chargé de mener une enquête sur l'état de la science climatique. Les lecteurs non intéressés pourront sauter directement à la traduction de la lettre ouverte de Koonin.

-En 2007, sans aucune consultation préalable auprès de ses quelques 50.000 membres, le bureau de l'APS a publié un communiqué dans lequel il exprimait son (celui du bureau) point de vue sur le "réchauffement climatique "(nommé ainsi à l'époque, à présent qualifié de "changement climatique") en déclarant notamment que la science climatique était "irréfutable".
S'ensuivit une longue liste de récriminations, de protestations voire de démissions bruyantes de la part de plusieurs piliers de la société comme j'ai eu l'occasion de vous relater au cours des dernières années. Ainsi :

-En Juillet 2008, j'avais été contraint (à regret, parce que je suis membre de l'APS depuis des décennies) d'attribuer un bonnet d'âne au bureau de l'APS pour ses réactions pour le moins incohérentes suite à la déclaration de Jeffrey J. Marque qui était alors l'éditeur des Newsletters de "Physics and Society" de l'APS. Compte tenu des désaccords au sein de l'APS dont il était un témoin privilégié, J. J. Marque avait décidé d'ouvrir un débat sur le réchauffement climatique dans les colonnes de son forum. Pour ouvrir ce débat et comme il est d'usage, Jeffrey Marque avait écrit un paragraphe d'introduction dont voici une traduction :

"Il existe une proportion considérable de gens, dans la communauté scientifique, qui sont en désaccord avec les conclusions du GIEC qui affirme que le CO2 anthropique est, très probablement, le principal responsable du réchauffement climatique qui s'est produit depuis la Révolution Industrielle. Comme la justesse ou la fausseté de cette conclusion a d'immenses implications pour l'action politique et l'avenir de notre biosphère, nous avons pensé qu'il était pertinent d'ouvrir un débat dans les pages de Physics and Society " (source).

Suite à des récriminations insistantes, le bureau de l'APS a décidé, en 2010, de publier un commentaire explicatif de la déclaration de 2007 tout en prenant du recul, notamment par rapport à une adjectif ("incontrovertible" soit "irréfutable") qui y figurait et auquel beaucoup ont reproché son caractère peu scientifique. En effet, très peu de choses, s'il en existe, sont "irréfutables" en matière de science.

-En 2012, quelques corrections mineures ont été apportées à ce commentaire. A noter que le commentaire publié en 2010 avait été précédé d'une consultation des membres de l'APS sous la forme d'un questionnaire succinct. A ma connaissance, les résultats et l'analyse des résultats de ce sondage n'ont pas été publiés mais il est clairement apparent, comme le montre la lecture des différents documents dans l'ordre chronologique que la déclaration (péremptoire) de 2007 a été sérieusement remise en cause et que l'évolution des déclarations a été clairement dans le sens de la prudence. On peut penser que le sondage mis en place par l'APS dans le courant de l'année 2010 faisait ressortir une forte demande allant dans ce sens, dont les responsables ont dû tenir compte.

-En 2013, Le POPA de l'APS, c'est à dire le Comité Chargé des Affaires Publiques de l'APS, a décidé de mettre sur pied un groupe d'enquête (nommé "The American Physical Society’s (APS) Climate Change Statement Review (CCSR)") sur les fondements de la science du climat, c'est à dire sur les connaissances qui relèvent essentiellement de la physique et donc du groupe I du GIEC. Le but déclaré de ce groupe d'enquête vise à réviser (si nécessaire) la très contestée prise de position officielle de l'APS, énoncée sans consultation des membres en 2007. Le groupe d'enquête - le CCSR - mandaté par l'APS comprenait les personnalités suivantes : Steven Koonin (président), Phillip Coyle, Scott Kemp, Tim Meyer, Robert Rosner et Susan Seestrom.
L'ordre de la mission pris en charge par ce groupe d'enquête est disponible en ligne. Il s'agissait, principalement, d'organiser une séance de travail à laquelle étaient invités un certain nombre de climatologues reconnus afin de faire le point sur l'état des connaissances en matière de sciences fondamentales du climat, dans le but d'éclairer le POPA et le bureau de l'APS dans leur prise de position officielle sur le "changement climatique". Les participants invités se sont vus proposer un cadre de discussion sous la forme d'un questionnaire (lui aussi disponible sur le site de l'APS). Ce document de 14 pages regroupe, de manière pertinente (de l'avis de Judith Curry et du mien), un grand nombre de questions qui ont été souvent évoquées sur ce site. La lecture de ce questionnaire donne un aperçu significatif sur le niveau approfondi des connaissance de ses rédacteurs physiciens.

Les bios des experts qui ont participé à la séance de travail organisé par l'APS sont également disponibles sur le site de l'APS. La transcription complète de la séance de travail (AMERICAN PHYSICAL SOCIETY CLIMATE CHANGE STATEMENT REVIEW WORKSHOP) tenue sous l'égide de l'APS et sous la direction de S. Koonin est disponible (pdf, 573 pages) sur le site de l'APS.

Un CV abrégé de
Steven Koonin est disponible sur le site de l'American Institute of Physics. La page qui le concerne sur le site du Département de l'Energie US (DOE) donne plus de détails. Entre autres fonctions, Steven Koonin a été professeur de physique théorique au Caltech pendant près de 20 ans. A noter que Steven Koonin a la réputation de ne pas hésiter à dire ce qu'il pense. Il s'est notamment illustré, en 1989, lors d'une sévère dénonciation de la célèbre "fusion froide" de Pons and Fleischmann.

2) La lettre ouverte de Steve Koonin dans le Wall Street Journal

Je donne ci-dessous une traduction intégrale* de l'article de Koonin publié dans le WSJ. Ceux qui voudront savoir d'où Steven Koonin tire un certain nombre de ses affirmations peuvent lire sa version initiale qui inclut les références des sources que le journal n'a pas repris mais qui figurent dans son article original. A noter que nombre de ses affirmations font référence au contenu du dernier rapport (scientifique, complet) AR5 du GIEC.
Les caractères engraissés ci-dessous le sont par l'auteur de PU. Ils ne le sont pas dans l'article original du WSJ.

"L'idée selon laquelle la "Science du Climat est établie" a envahi les discussions populaires et politiques actuelles. Malheureusement, cette affirmation est trompeuse. Elle n'a servi qu'à dénaturer les débats publics et politiques au sujet des questions relatives à l'énergie, aux émissions de gaz à effet de serre et à l'environnement. Elle a aussi réduit à néant les discussions scientifiques et politiques que nous devons avoir au sujet du climat du futur.

Ma formation de base comme physicien spécialiste en modélisation numérique - avec une carrière de 40 années passées dans la recherche scientifique, dans le conseil et la gestion dans des départements gouvernementaux, dans des activités académiques ou dans le secteur privé - m'ont permis d'acquérir une perspective détaillée et une vue générale de la science climatique. Une série de discussions approfondies, durant l'année écoulée, avec des climatologues éminents (NdT: Koonin fait ici clairement allusion à l'enquête dont il a la charge pour l'American Physical Society) m'ont apporté une perception encore meilleure sur ce que nous savons et sur ce que nous ne savons pas au sujet du climat. J'en suis arrivé au point de porter une appréciation sur le redoutable défi posé lorsqu'il s'agit de répondre aux questions qui intéressent les décideurs politiques et le public.

La question scientifique cruciale pour la politique n'est pas de savoir si le climat change ou non. C'est une affaire avérée. Le climat a toujours changé et le fera toujours. Les bases de données historiques et géologiques montre l'occurrence de changements climatiques majeurs, parfois sur des durées aussi brèves que quelques décennies. Nous savons, par exemple, que, durant le XXe siècle, la température moyenne de la surface de la Terre a augmenté de 1,4 degré Fahrenheit.(NdT : environ 0,8°C)

Il ne s'agit pas non plus de répondre à la question fondamentale de savoir si les humains influent sur le climat. Ce n'est pas un canular. Il y a peu de doute dans les communautés scientifiques que l'augmentation continuelle des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, ceci étant grandement dû aux émission de dioxyde de carbone résultant de l'usage conventionnel des carburants fossiles, influe sur le climat. Il y a aussi peu de doute que le dioxyde de carbone persistera dans l'atmosphère pendant plusieurs siècles. De nos jours, l'impact de l'activité humaine semble être comparable à la variabilité intrinsèque naturelle du système climatique lui-même.

En revanche, la question cruciale et non résolue pour la politique est la suivante : "Comment le climat va-t-il évoluer du fait des influences naturelles et anthropiques au cours du prochain siècle ?". Les réponses à cette question aussi bien au niveau régional que global, tout comme à des questions aussi difficiles concernant les conséquences sur les écosystèmes et sur les activités humaines, devraient nous aider à déterminer nos choix en matière d'énergie et d'infrastructures.

Mais -là est le noeud du problème - ces questions sont les plus difficiles à résoudre. Elles représentent un défi fondamental pour ce que la science peut nous dire au sujet des climats du futur.

Même si les influences anthropiques pouvaient avoir des conséquences sérieuses pour le climat, elle sont physiquement minimes par rapport au système climatique pris dans son ensemble. Par exemple, vers le milieu du XXIe siècle, on s'attend à ce que les contributions humaines au dioxyde de carbone présent dans l'atmosphère fassent directement évoluer l'effet de serre naturel de seulement 1 ou 2%. (NdT : Pour cette observation, Koonin donne les références AR5 WG1 Figure 2.11 et AR5 Figure SPM 4.). Du fait que le système climatique est, par lui-même, hautement variable, la petitesse de cette fraction revient à placer très haut la barre qu'il faut atteindre pour donner confiance dans les projections des conséquences des influences humaines.

Un second défi auquel est confrontée notre "connaissance" du climat du futur réside dans notre piètre compréhension des océans. Les océans qui évoluent pendant des décennies et des siècles renferment l'essentiel de la chaleur du climat et influent fortement sur l'atmosphère. Malheureusement, des observations complètes et précises sur les océans ne sont disponibles que depuis les dernières décennies ; Ainsi, les bases de données fiables sont encore beaucoup trop limitées pour pouvoir comprendre, de manière satisfaisante, comment les océans vont évoluer et comment cela va affecter le climat.

Un troisième défi fondamental relève des rétroactions qui sont capables d'amplifier fortement ou d'anihiler la réponse du climat aux influences humaines ou naturelles. Une rétroaction importante dont on pense qu'elle multiplierait pas deux l'effet direct du dioxyde de carbone provient de la vapeur d'eau, des nuages et de la température.
Mais les rétroactions sont incertaines. Elle dépendent de détails des processus tels que l'évaporation et le flux radiatif à travers les nuages. Elles ne peuvent pas être déterminées avec certitude à partir des lois fondamentales de la physique et de la chimie, de telle manière qu'elles doivent être testées par des observations précises et détaillées qui, dans de nombreux cas, ne sont pas encore disponibles.

Au delà des défis posés par les observations, il y a ceux qui sont posés par les modélisations informatiques complexes qui sont utilisées pour prédire le climat du futur. Ces gros programmes tentent de décrire la dynamique et les interactions des diverses composantes du système climatique - l'atmosphère, les océans, les continents, les glaces ainsi que la biosphère des être vivants. Alors que quelques éléments des modèles reposent sur des lois physiques bien testées, d'autres parties impliquent des estimations qui résultent d'informations imposées par des considérations techniques. La modélisation informatique des systèmes complexes est autant un art qu'une activité scientifique.

A titre d'exemple, les modèles du climat du globe décrivent la Terre sur une grille qui est actuellement limitée par les capacités des ordinateurs à une résolution qui n'est pas meilleure que 60 miles (Ndt : environ 100 km) (La distance du centre de New York à Washington DC est ainsi représentée par 4 cellules de grille). Mais des processus tels que la formation des nuages, les turbulences et la pluie, tous apparaissent sur des échelles beaucoup plus petites. Ainsi, ces processus déterminants n'apparaissent dans les modèles que sous la forme de paramètres ajustables qui spécifient, par exemple, comment la couverture nuageuse moyenne dépend de la température moyenne et de l'humidité sur une case de la grille. Dans un modèle donné, il y a ainsi des douzaines de telles suppositions qui doivent être ajustées ("tunées" dit-on dans le jargon des modélisateurs) afin de reproduire à la fois les observations actuelles et des données historiques mal connues.

Nous entendons souvent dire qu'il existe un "consensus scientifique" au sujet du changement climatique. Mais, pour ce qui est des modélisations informatiques, il n'existe pas de consensus utile au niveau des détails qui seraient pertinents pour nous assurer de l'influence de l'activité humaine. Depuis 1990, le Groupe Intergouvernemental pour l'Etude du Climat de l'ONU (Le GIEC) a mis en place une révision périodique de l'état de la science climatique. Chaque rapport successif émis par cette organisme, avec la contribution de milliers de scientifiques du monde entier, en est arrivé à être perçu comme représentant l'état de l'art en matière de science climatique au moment de sa parution.

Pour ce qui est du dernier rapport du GIEC (Septembre 2013), son Groupe de Travail N°1 qui se consacre aux sciences physiques, utilise une collection de quelques 55 modèles différents. Bien que la plupart de ces modèles soient ajustés pour reproduire les grandes caractéristiques du climat de la Terre, les différences marquées dans leurs détails et dans les projections, mettent en évidence toutes les limitations dont je viens de parler.

Par exemple :

Les modèles diffèrent dans leurs description de la température moyenne de la surface du globe durant le dernier siècle par un facteur supérieur à 3 pour le réchauffement total enregistré durant cette période. De tels désaccords sont aussi présents dans de nombreux autres paramètres fondamentaux du climat, y compris pour ce qui est de la pluviométrie qui est déterminante pour l'équilibre énergétique de l'atmosphère. Il en résulte que ces modèles conduisent à une très grande dispersion des descriptions du fonctionnement interne du climat. Du fait que les modèles sont si largement en désaccord, il n'y en a guère plus d'un seul qui puisse être correct.

Bien que la température moyenne de la surface de la Terre ait augmenté rapidement de 0,9 degrés Fahrenheit ( NdT : environ 0,5°C) pendant le dernier quart du XXe siècle, celle-ci a augmenté beaucoup plus lentement durant les 16 dernières années alors que la contribution de l'humanité au dioxyde de carbone de l'atmosphère a augmenté de quelques 25%. Ce fait surprenant démontre, à l'évidence, que les influences naturelles et la variabilité sont suffisamment puissantes pour contrebalancer le réchauffement actuel résultant de l'activité humaine.

De fait, il est bien connu que les modèles ont échoué à représenter ce ralentissement de la montée de la température. On a avancé plusieurs douzaines d'explications différentes pour expliquer cet échec, la variabilité océanique étant sans doute un acteur de premier plan. Mais, dans l'ensemble, cet épisode persiste à mettre en lumière les limites de nos modélisations.

Les modèles donnent une description approximative de la diminution de la surface de la banquise arctique observée durant les deux dernières décennies mais ils échouent à décrire une augmentation comparable de la banquise antarctique qui se trouve maintenant avoir atteint des records d'extension.

Les modèles prédisent que la basse atmosphère au dessus des tropiques absorbera une grande partie de la chaleur correspondant au réchauffement de l'atmosphère. Mais ce "hotspot" n'a pas été observé de manière crédible ce qui jette un doute sur notre compréhension de la rétroaction déterminante de la vapeur d'eau sur la température.

Même si l'influence humaine était beaucoup plus faible dans le passé, les modèles ne rendent pas compte du fait qu'il y a 70 ans, le taux de montée global des océans était aussi important que celui que nous observons de nos jours - environ un pied par siècle.

Un test crucial de nos connaissances en matière de rétroactions est la sensibilité climatique - c'est à dire le réchauffement induit par un doublement hypothétique de la concentration en dioxyde de carbone. La meilleure estimation actuelle de la sensibilité (entre 2,7 degré Fahrenheit et 8,1 degré Fahrenheit) (NdT : respectivement environ 1,6°C et 4,5°C) n'est ni différente ni plus assurée qu'elle ne l'était il y a trente ans. Et ceci en dépit des efforts titanesques en recherche qui ont coûté des milliards de dollars.

Ces questions, et beaucoup d'autres demeurées ouvertes, sont, en fait, mentionnées dans les rapports scientifiques complets du GIEC bien qu'une lecture attentive et informée soit quelquefois indispensable pour parvenir à les dénicher. Il ne s'agit pas là de "problèmes mineurs" qui devraient être "éclaircis" par les recherches à venir. Il s'agit bien là de déficiences qui érodent la confiance dans les projections des modèles numériques. Les efforts pour venir à bout de ces problèmes devraient figurer parmi les premières priorités de la recherche climatique.

En revanche , une lecture par les organes officiels et par le public du seul "Résumé Pour les Décideurs" (SPM) du GIEC ne permettrait pas d'avoir une bonne perception des implications de ces déficiences. Il s'agit de défis fondamentaux à l'encontre de notre compréhension des impacts humains sur le climat et ils ne devraient pas être dissimulés au nom du mantra "la science du climat est établie".

Alors que les deux décennies écoulées ont vu des progrès en science climatique, ce domaine de recherche n'est pas encore assez mûr pour répondre aux questions difficiles et importantes qui sont posées. L'état de la question, manifestement immature, met en lumière ce qui devrait être évident : la compréhension du climat, au niveau requis pour déterminer l'importance de l'influence humaine, est un problème vraiment très très difficile.

Dans l'avenir, nous pouvons et nous devrions prendre les mesures afin de rendre les projections du climat plus utiles. Un effort international pour mettre en place un système global d'observation du climat générerait une collection de données d'observation plus précise, s'enrichissant sans cesse à mesure que le temps passe. De même, des calculateurs de puissance croissante peuvent permettre de parvenir à une meilleure compréhension des incertitudes inhérentes aux modèles. On pourra utiliser des pas de grilles plus fins incluant des descriptions plus sophistiquées des processus qui y prennent corps. Il est urgent de faire des progrès dans cette science car nous pourrions être pris au dépourvu si notre compréhension ne s'améliore pas aussi rapidement que le changement climatique lui-même n'évolue.

Une transparence rigoureuse serait aussi un progrès souhaitable, tout particulièrement du fait de l'importance de la politique et des décisions qui sont en jeu. Ceci pourrait être mis en place par des analyses périodiques et indépendantes de la part d'une "équipe rouge" (NdT : La mise en place de "red teams", d'"équipes rouges" est une pratique courante aux USA. Elle permet d'informer les décideurs en leur apportant des points de vue alternatifs sur une variété de question délicates. Cette idée a déjà été suggérée à plusieurs reprises par les "climatosceptiques"... sans aucun résultat.) qui mettent à l'épreuve et discutent les projections en se focalisant sur leurs déficiences et sur leurs incertitudes ; ce serait certainement la meilleure chose à faire pour ce qui est de la méthode scientifique. Mais du fait que le climat change de manière naturelle sur des décennies, il faudra encore de nombreuses années pour obtenir les données nécessaires pour isoler, de manière crédible, et pour quantifier les effets de l'influence humaine.

Les décideurs et le public souhaiteraient sans doute vivre dans le confort que procurent les certitudes dans la science climatique. Mais je redoute que la promulgation intransigeante de l'idée que la science "est comprise" (ou est un "canular") n'obère et ne fige les efforts scientifiques retardant ainsi les progrès dans ces questions importantes. L'incertitude est un des premiers moteurs et une des premières motivations de la science et elle doit être confrontée frontalement. Elle ne doit pas être confinée à des conversations feutrées dans des apartés lors des conférences académiques.

Les choix sociétaux, dans les prochaines années, reposeront nécessairement sur des connaissances incertaines sur les climats du futur. Cette incertitude ne doit pas nécessairement être une excuse pour l'inaction. Il y a une prudence bien justifiée pour accélérer notre développement dans les technologies à basses émissions (NdT : Koonin a dirigé un groupe sur les énergies renouvelables chez BP) et pour prendre des mesures à la fois économiques et efficaces du point de vue énergétique.

Mais les stratégies vis à vis du climat, au delà des efforts "sans regrets", impliquent des coûts, des risques et des questions d'efficacité de telle manière que des facteurs non scientifiques rentrent en ligne de compte pour les décisions. Elles mettent en jeu notre degré de tolérance vis à vis des risques ainsi que les priorités que nous attribuons au développement économique, à la réduction de la pauvreté, à la qualité de l'environnement et à l'équité intergénérationnelle et géographique.

Des individus et des pays peuvent légitimement être en désaccord sur ces questions, de telle manière que la discussion ne devrait pas porter sur la "croyance" ou sur la "négation" de la science. En dépit des affirmations de la part de nombreuses sociétés scientifiques, la communauté scientifique ne peut prétendre à aucune expertise particulière en ce qui concerne les objectifs et les valeurs les plus profondes de l'humanité. Ce sont les sphères politiques et diplomatiques qui sont le mieux adaptées pour ce débat et pour la solution de ces questions. Les distorsions dans la présentation de l'état actuel de la science du climat ne sont d'aucune utilité pour la progression de ces efforts.

Toute discussion sérieuse au sujet du changement climatique doit commencer par la reconnaissance non seulement des certitudes mais aussi des incertitudes, tout particulièrement s'agissant des projections du futur. La reconnaissance de ces limites, plutôt que leur ignorance, conduira à une discussion plus sobre et, en définitive, plus productive sur le changement climatique et les politiques qui lui sont associées. Agir différemment rend un très mauvais service à la climatologie elle-même.

Le Dr. Koonin a été sous-secrétaire d'Etat pour la Science et le Département de l'Energie durant le premier mandat du Président Obama. il est actuellement directeur du "Center for Urban Science and Progress" à l'Université de New-York. Dans le passé, il a été professeur de physique théorique et recteur au Caltech ainsi que directeur scientifique de BP où son travail était consacré aux énergies renouvelables et aux énergies à bas carbone."


*Skyfall.fr en a publié une autre traduction sur son site.

3) Quelques réactions

Comme on s'en doute, compte tenu du parcours remarquable de Steve Koonin, de sa notoriété et des fonctions importantes qu'il a exercées au sein de l'administration Obama, la publication de cette sorte de "coming out" dans le Wall Street Journal a généré un buzz important dans la presse anglophone. A l'heure où j'écris ces lignes, le nombre des commentaires qui font suite à l'article de Koonin sur le WSJ s'élève à 2938 (!).
Bien que
Koonin ne remette pas en cause les fondamentaux de la doxa en vigueur en se retranchant, pour ce faire, derrière le "consensus" scientifique, son article constitue une très sérieuse remise en question des affirmations des supporters du GIEC, des politiques et de la totalité des médias (francophones). Comme on s'y attend et compte tenu des enjeux, cette lettre ouverte (cet op-ed) a suscité des réponses peu amènes de la part des ténors et des promoteurs bien connus de "la science du GIEC" (tels Pierrehumbert et Ben Santer-Thomas Stocker, entre autres).

Pourtant, Koonin se contente de pointer quelques-unes des divergences modèles/observations (visibles par tous et mentionnées maintes fois dans ce site au cours des années passées) et de conclure, comme le ferait (ou le fera), sans doute, tout physicien indépendant qui se serait donné la peine de se pencher attentivement sur cette question, que la science sur cette affaire est très loin d'être conclusive.
Ceci ne devrait pas surprendre car comme on le sait, la physique est fille des mathématiques. A ce titre, elle place très haut la barre de la rigueur en matière de sciences et s'accomode mal des hypothèses plus ou moins hasardeuses ou invérifiées.

La revue Physicstoday (publiée par l'American Institute of Physics), très populaire chez les physiciens et dont on connaît la ligne éditoriale conforme à la doxa en vigueur, n'a, semble-t-il, pas pu éviter (ce qui lui est d'ailleurs reproché par quelques commentateurs) de rapporter sur cette lettre ouverte de Steven Koonin.

C'est ainsi que l'un de ses éditeurs, Steven Corneliussen, reprend des extraits des déclarations de Steven Koonin, avec un titre et un sous-titre qui ont manifestement provoqué la colère des promoteurs de "la cause". Ce à quoi Corneliussen a répondu qu'il n'a fait que son devoir de journaliste scientifique.
Voici le fac-simile de l'entête de cet article accompagné de sa traduction :

physicstoday

Le physicien Steve Koonin remet en cause (ou discrédite) le consensus des climatologues.

Dans un long commentaire publié dans le Wall Street Journal, le vétéran leader en technoscience déclare que la science n'est pas avérée.
Par Steven T. Corneliussen, Septembre 2014."

Ainsi et compte tenu de la notoriété de Physicstoday dans le petit monde de la physique internationale, on peut penser que la grande majorité des physiciens sont désormais informés des prises de position de Steve Koonin.

4) Le rétropédalage continue : La sensibilité climatique au CO2 s'amenuise au point de jeter un grand doute sur la nécessité ou l'urgence affirmée des politiques entreprises par différents pays (comme, en premier chef, la France)..

Comme je vous l'ai dit, on constate qu'un nombre croissant de scientifiques consciencieux qui s'attachent notamment à comparer les prévisions/projections/scénarios des modèles climatiques en vigueur avec les observations factuelles et qui constatent des divergences croissantes et multiples, entre les modèles et les faits, prennent actuellement du recul par rapport à la doxa en vigueur. curry3

 

Peu après la publication de l'article de Koonin, Le Wall Street Journal a demandé un "op-ed" à Judith Curry suite à la publication de son dernier article dans le "Climate Dynamics " dans lequel, avec Nicholas Lewis et à partir des observations objectives, les auteurs montrent que la sensibilité du climat aux ajouts de CO2 est bien moindre que celle qui est rapportée dans les rapports successifs du GIEC.

 


Voici le fac-simile de l'entête de l'article de Judith Curry dans le WSJ accompagné de sa traduction.

WSJcurry

La fonte statistique du réchauffement climatique
Des évidences croissantes suggèrent que les hypothèses de base du changement climatique sont fausses : Le compte n'y est pas.

Par JUDITH CURRY
"Lors du dernier sommet des Nations Unies sur le climat, le Secrétaire Général Ban Ki-Moon, a averti qu'"En l'absence de diminutions significatives des émissions par tous les pays et dans les secteurs clefs, la fenêtre d'opportunité qui permettrait de confiner le réchauffement à moins de deux degrés, va bientôt définitivement se refermer". En réalité, cette fenêtre d'opportunité pourrait rester encore ouverte pendant un bon moment. Un nombre croissant d'éléments de preuve suggère que le climat est moins sensible aux émissions de dioxyde de carbone que ne le supposent, en général, les politiques - et que la nécessité de réduire ces émissions est moins urgente."


Le texte complet de cet article de Judith Curry dans le WSJ était, pendant un temps, réservé aux abonnés de ce journal. Judith Curry en propose une version complète sur son blog Climate Etc.

5) Perspectives

De manière générale et à la lecture de la littérature qui paraît, à jet continu, sur ces sujets, on observe actuellement une augmentation du nombre des désaccords, voire de défections par rapport à la ligne du GIEC. Du strict point de vue scientifique, on constate également l'intervention de plus en plus fréquente, jusqu'à devenir quasi omniprésente, de la mention à la variabilité naturelle intrinsèque désormais souvent estimée être d'une amplitude (au moins) équivalente aux effets anthropiques, comme le rappelle Koonin. C'était loin d'être le cas, il y a quelques années, ou la variabilité naturelle n'était quasiment jamais mentionnée. Il est clair qu'il s'agit là d'une tendance lourde qu'il convient de suivre avec attention.
Comme je l'ai souvent noté dans les lignes de ce site, on revient ainsi, peu à peu, à ce qui aurait dû, dès le début, être la démarche scientifique normale : il faut expliquer les mécanismes de la variabilité naturelle du climat avant de tenter de discerner une éventuelle influence humaine.

La question qui reste posée est de savoir quel sera le délai nécessaire pour que cette évolution importante de la tendance de la recherche scientifique dans ce domaine parvienne aux oreilles de nos médias et de nos politiques, notamment (mais pas seulement) francophones. Comme nous avons eu l'occasion de l'apprendre, dans le passé et parfois à nos dépens, l'inertie du système politico-médiatique peut être excessivement grande.

Enfin, la lettre ouverte de Koonin pourrait indiquer un possible infléchissement des prises de position de l'APS par rapport au statu quo ante, ce qui constituerait une grande première dans le microcosme des grandes sociétés savantes.

Car il faut savoir que les universités et autres centres de recherche financés par l'argent public bénéficient grandement des subsides gouvernementaux attribués à ces recherches sur le climat, par le biais de l'"overhead" (c'est le mot qui est aussi fréquemment utilisé dans les universités françaises).
L'"overhead" (i.e. le prélèvement pour les frais généraux) qui peut se monter à quelques 60% (aux USA mais nettement moins en France) des contrats de recherche obtenus par les chercheurs, tombe dans l'escarcelle des universités. Ainsi, il est évident qu'il n'est pas dans l'intérêt bien compris des responsables des universités de s'opposer à la doxa gouvernementale en vigueur. Or, le plus souvent, ce sont ces mêmes responsables qui constituent le gros des dirigeants des sociétés savantes comme l'APS.
Ainsi peut-on comprendre qu'il faudrait vraiment beaucoup de vertu aux responsables de l'APS pour qu'ils emboîtent le pas de Steven Koonin et des autres contestataires physiciens. On ne tue pas facilement la poule aux oeufs d'or quand on gère le budget d'une université mais, en revanche, il serait suicidaire d'engager une société savante comme l'APS dans une voie sans issue contredite par les faits et les observations scientifiques.

Cruel dilemme !
A mon avis, compte tenu des incertitudes, il est assez probable que le bureau de l'APS choisira une voie nettement plus neutre que par le passé : la voie de la prudence. Et il est fort possible, également, que d'autres sociétes savantes suivront cet exemple.

Nous verrons...

Stay tuned !

 

14 Septembre 2014 : Les dessous du GIEC vus par ses experts. D'autres scientifiques subissent foudre et censure de la part de leurs collègues.

Ce billet comporte trois parties distinctes. D'une part, il rapporte les propos tenus notamment devant les élus US par plusieurs scientifiques éminents et participants actifs au GIEC qui ont brisé l'omerta et ont parlé ouvertement et en termes particulièrement critiques du contenu des rapports et du processus interne au GIEC.
Par ailleurs, peut-être motivés par "
l'affaire Bengtsson" que je vous ai relatée dans mon précédent billet, d'autres chercheurs se sont récemment élevés contre les comportements autoritaires (c'est un euphémisme) de la communauté des climatologues.
Enfin, et cela va dans le bon sens, la revue Science se pose (enfin) de bonnes questions au sujet de l'engloutissement supposé programmé des îles coralliennes...

A la différence de la plupart des démocraties francophones qui n'invitent que très rarement, un ou deux scientifiques (toujours les mêmes et de préférence de l'establishment) à exposer les résultats des travaux qui pourraient avoir des conséquences politiques, les élus des démocraties anglophones et tout particulièrement des USA et du Royaume Uni, organisent fréquemment des sessions d'information sur une grande diversité de sujets scientifiques ou techniques auxquels ils invitent à témoigner un grand nombre de scientifiques présentant divers points de vue et reconnus pour leur expertise.
C'est dans ce cadre que le "Comité pour la Science, l'Espace et la Technologie" de la Chambre des Représentants US a organisé, le 29 Mai dernier, une session plénière d'information dite " Full Committee Hearing - Examining the UN Intergovernmental Panel on Climate Change Process", c'est à dire une réunion d'information pour examiner le fonctionnement et le processus du GIEC. Lors de cette session, quatre scientifiques étaient invités (Tol, Oppenheimer, Botkin et Pielke Sr).

Dans la suite, je donne des traductions de différents articles/déclarations de deux de ces scientifiques (Tol et Botkin) en respectant l'enrichissement (caractères majuscules, engraissés, en italique etc.) typographique telle qu'il figure dans leurs différents témoignages écrits. Le texte complet (en anglais) des quatre témoignages rédigés par les auteurs est disponible sur le site du Comité de la Chambre US.

1) Les rapports du GIEC (groupes II et III) : Beaucoup de biais, de contre-vérités et un fonctionnement problématique voire inquiétant.

A) Richard Tol tol1

Richard Tol (photo ci-contre) se présente ainsi :

"Je m'appelle Richard Tol. Je suis professeur d'économie à l'Université du Sussex et Vrije Universiteit Amsterdam. Je suis un chercheur associé au Tinbergen Institute et CESifo. Je suis classé parmi les Top 100 économistes au monde par IDEAS/RePEc1 et je figure parmi les 25 climatologues les plus cités selon Google Scholar. Je suis éditeur de Energy Economics qui est un des meilleurs journaux du domaine [...] J'ai participé au GIEC depuis 1994 où j'ai rempli différentes fonctions dans les trois groupes de travail. Plus récemment, j'ai été l'auteur principal-animateur du chapitre sur l'économie du groupe de travail II."

Autant dire que Richard Tol est un des pivots du GIEC. Son témoignage est notamment disponible sur ce site (en anglais). On y trouvera les nombreuses citations, mentionnées par Tol dans sa déposition originale à l'appui de ses affirmations.

Notamment, Richard Tol a refusé de co-signer le Résumé pour les Décideurs de l'AR5 du GIEC qu'il jugeait trop alarmiste.

Il s'en explique de cette manière :

"Ce biais alarmiste m'a poussé à retirer mon nom du Résumé Pour les Décideurs (NdT le SPM) en Septembre 2013. Mes points de vue sur les impacts du changement climatique sont bien connus. J'appréciais le premier brouillon du Résumé dont l'un des points clefs était que les pires impacts du changement climatique étaient des symptômes d'une mauvaise gestion et du sous-développement. Il n'était tout simplement pas crédible que je signe la version finale du Résumé avec son exagération des risques. Malheureusement, les nouvelles annonçant mon retrait ont fait la une des médias en Mars 2014, procurant ainsi une excuse à la presse pour se focaliser sur les gens impliqués plutôt que sur les déficits structuraux du GIEC."

Au cours de sa déposition devant les Représentants US, Richard Tol donne quelques explications supplémentaires,

"Les chercheurs qui, poussés par la curiosité, poursuivent leurs travaux sur le changement climatique mais qui trouvent des choses moins alarmantes, sont ignorés. A moins qu'ils ne deviennent célèbres et, dans ce cas, ils sont harcelés et discrédités. Le harcèlement dont a fait l'objet Lennart Bengtsson en est un exemple récent. Bengtsson est un monsieur sympathique de 79 ans. Il a remporté de nombreux prix au cours d'une longue et éminente carrière en météorologie et en climatologie. Il a récemment rejoint une association (NdT en anglais "Charity" : i.e. association sans but lucratif) et s'est vu contraint de démissionner deux semaines plus tard. En tant que conseiller il n'a jamais été responsable de quoi que ce soit qu'ait fait cette association et a fortiori de ce qui s'est passé avant qu'il n'y adhère. Pour cela, il a été insulté par ses pairs. Un professeur de l'Université du Texas A&M a même suggéré qu'il était sénile. Bizarrement, la "communauté" climatique n'a pas ouvert la bouche quand l'un des leurs a été élu au Parti Vert. Elle n'a pas non plus protesté contre les liens étroits qui existent entre les auteurs du GIEC avec le Fonds de Défense de l'Environnement, avec les Amis de la Terre, Greenpeace ou le World Wildlife Fund for Nature (NdT : le WWF). D'autres météorologues éminents qui ont reçu le même traitement que Bengtsson étaient – Curry, Lindzen, Pielke Sr., Pielke Jr qui ont été également maltraités, simplement pour être restés fidèles à la littérature scientifique, telle qu'elle est compilée par le GIEC - qu'il n'y a pas d'évidence statistique que les impacts des désastres naturels aient augmenté du fait du changement climatique. J'ai eu, moi aussi, droit à ma part d'insultes. L'équipe de direction de la London School of Economics ainsi que le Guardian, maintenant et fréquemment, répandent des mensonges à mon sujet et au sujet de mon travail.

[...]

Ce biais de sélection (Ndt : le "cherry-picking") est évident dans le cinquième rapport (AR5) du groupe II. Le Résumé pour les Décideurs (SPM) évoque les rendements des récoltes, mais omet le plus important de tout - l'évolution des technologies - qui a fait progresser les rendements de l'agriculture, depuis des temps immémoriaux. Ainsi, il montre les impacts du changement climatique sur l'agriculture en supposant que les agriculteurs n'ajusteront pas leurs pratiques au gré des circonstances - Les impacts beaucoup moins dramatiques, après adaptation, sont dissimulés au sein du rapport principal. Il montre que les pays les plus vulnérables devraient payer quelques 10% de leur revenu annuel pour la protection des côtes mais omet de dire qu'un pays moyen paierait moins de un dixième de 1% - de nouveau le chiffre le plus bas, le plus pertinent, est enterré dans le rapport. Il insiste sur les effets sur la santé du fait du stress dû à la chaleur mais minimise les impacts sur la santé du stress dû au froid - bien que ce dernier chiffre soit probablement numériquement plus important.

[...]

Les premiers articles au sujet de la hausse du niveau des océans, au sujet de l'agriculture, de la santé, des courants océaniques et des calottes glaciaires étaient carrément en contradiction avec les articles plus récents qui sont beaucoup mieux documentés. Mais le GIEC a choisi de ne pas attendre ces articles ultérieurs.

[...]

...Je pense que ces contretemps reflètent le biais des auteurs. Il s'ensuit que le GIEC devrait analyser les orientations de ces auteurs ainsi que leurs performances en recherche et devrait s'assurer que, dans le futur, ils seront plus représentatifs de leurs pairs.

[...]

Un rapport, peu fréquemment publié, devrait faire un grand boum - et une équipe ambitieuse sera portée à faire un plus gros boum que la fois précédente. C'est pire que nous le pensions. Nous allons tous mourir et la mort sera encore plus horrible que nous le pensions il y a 6 ans. Le lancement d'un gros rapport, d'un seul trait, implique aussi que les auteurs vont rentrer en compétition pour que leur chapitre soit le plus terrifiant."

Richard Tol ouvre quelques pistes pour remédier au défauts structurels du GIEC. Entre autres, une restructuration complète du GIEC qu'il faut impérativement et définitivement mettre à l'abri des influences politiques. De ce point de vue, il est plus optimiste que la climatologue Judy Curry qui estime que les problème du GIEC sont irrémédiables.

"Ce sont les gouvernements qui nomment les chercheurs pour le GIEC - mais nous devons clairement dire que ce sont souvent les agences environnementales qui gèrent les nominations. Les pays utilisent différentes méthodes mais il est rare qu'une agence gouvernementale avec des objectifs purement scientifiques prenne le dessus pour ce qui concerne les affaires avec le GIEC. Il en résulte que certains chercheurs sont promus au dépens de leurs collègues plus qualifiés. D'autres personnels compétents sont exclus parce que leurs points de vue ne cadrent pas avec ceux de leurs gouvernements. Certains auteurs n'ont pas les qualifications adéquates ni les degrés d'expertise nécessaires mais sont nommés uniquement sur la base de leur tissu relationnel.

[...]

Tous les auteurs du GIEC ne sont pas nés égaux. Certains occupent des positions de pouvoir dans des chapitres clefs, d'autres occupent des positions subalternes dans des chapitres sans conséquences. Dans le passé, le GIEC a été expert dans l'art de mettre certains auteurs dérangeants dans des situations où ils ne pouvaient pas nuire à la cause.

Ceci doit cesser.

[...]

(NdT : Dans la conclusion )

Ce qu'il nous faut c'est une organisation qui n'est soumise à aucun gouvernement ou à aucun parti afin d'ancrer la politique climatique dans la réalité telle que nous la comprenons. "

Ces constats nous rappellent, presque mot pour mot, ceux qui avaient été énoncés, il y a 9 ans, par un spécialiste mondial des maladies transmises par les insectes, le Professeur Paul Reiter de l'Institut Pasteur, lequel, outré par ces pratiques délétères, avait démissionné du GIEC (Voir ce billet de 2010). Reiter témoignait ainsi devant la chambre des Lords UK dès 2005 :

"A mon avis, le GIEC a rendu un mauvais service à la société en se reposant sur des "experts" qui ont une connaissance minimale ou nulle du sujet et en les autorisant à prononcer des jugements qui font autorité mais qui ne relèvent pas de la science avérée.

Il apparaît donc que, 9 ans plus tard, malgré de nombreuses critiques, les problèmes structurels du GIEC n'ont guère été résolus. Il semble même qu'ils aient empiré.
Cela n'a pas échappé au Professeur D. Botkin qui a également témoigné devant la Chambre des Représentants US, lors de la même session. Comme vous allez le voir, ce dernier n'a pas non plus mâché ses mots devant les représentants US.

B) Daniel Botkin (photo ci-contre)
botkin2
"Daniel B. Botkin (bio) est un écologiste mondialement réputé. Il est Professeur (émérite) au Département d'Ecologie, de l'Evolution et de Biologie Marine de l'université de Santa Barbara (Californie). Il est également Président du Centre pour l'Etude de l'Environnement qui fournit des analyses indépendantes, basées sur la science, des problèmes environnementaux complexes pour le XXIè siècle. Le New York Times a écrit que son livre "Harmonies discordantes : Une nouvelle écologie pour le XXIè siècle" était considéré par de nombreux écologistes comme le texte classique du mouvement environnemental. Son livre sur la Science de l'Environnement qui en est maintenant à sa sixième ré-édition a été qualifié de meilleur livre académique de l'année 2004 par l'Association des Auteurs de Livres Académiques et d'Enseignement (US)."

Daniel Botkin est donc est un véritable écologiste (ce mot pris dans son acception "scientifique de l'environnement") particulièrement confirmé et reconnu comme tel et c'est à ce titre qu'il a été invité à témoigner devants les représentants US.

Voici une traduction de plusieurs extraits du témoignage du Professeur Daniel B. Botkin. Les caractères engraissés et en majuscule sont de Botkin et figurent tels quels dans le texte officiel.

Voici son introduction :

"Dès 1968, j'ai publié des résultats de recherche au sujet de la possibilité d'un réchauffement climatique anthropique et sur ses implications potentielles pour les individus et la biodiversité. J'ai consacré ma carrière à essayer d'aider à la protection de notre environnement et de la grande diversité de ses espèces. Ce faisant, j'ai toujours cherché à conserver une attitude objective, honnête du point de vue intellectuel, en usant d'une approche rigoureuse dans la ligne de la meilleure tradition de la démarche scientifique. De ce fait, j'ai été consterné et déçu au cours des dernières années parce que ce sujet a été transformé en un débat politique et idéologique. J'ai des collègues qui sont des deux côtés du débat et qui pensent que nous devrions travailler ensemble comme des scientifiques plutôt que de nous diviser sur des "positions" préconçues et basées sur des émotions.

J'ai été expert relecteur pour, à la fois, le GIEC et le Rapport sur le Climat de la Maison Blanche et je veux vous dire d'emblée que nous avons traversé une période de réchauffement causé par plusieurs facteurs.
Cependant, de mon point de vue, ceci n'est pas inhabituel et, en opposition avec les analyses de ces deux rapports, ces changements environnementaux ne sont ni apocalyptiques, ni irréversibles

J'espère que mon témoignage devant vous contribuera à générer une approche plus calme, plus rationnelle sur des questions qui ne traitent pas seulement du changement climatique mais aussi d'autres questions environnementales essentielles.
Le rapport du GIEC de 2014 ne s'inscrit pas dans ce genre de discussion rationnelle que nous devrions avoir.
J'aimerais vous expliquer pourquoi."

Botkin passe ensuite en revue un certain nombre d'"anomalies" qu'il a relevées dans les textes du rapport complet et, surtout, dans le Résumé pour les Décideurs (SPM) qui décidément fait l'objet de critiques sévères, comme nous le verrons dans la suite. En voici quelques extraits qui donnent le ton de la déposition de Botkin.

"Mon plus gros souci est que les deux rapports présentent un grand nombre de conclusions spéculatives et parfois incomplètes, enrobées dans un langage qui leur donne plus d'allure scientifique qu'ils ne le méritent. En d'autres termes, les rapports "ont l'apparence du scientifique" plutôt que d'être basés sur des faits clairement établis ou admettant leur absence de preuve. Les faits avérés au sujet de l'environnement global sont moins nombreux que l'homme de la rue ne le pense généralement."

[...]

IL Y A UNE SUPPOSITION IMPLICITE [NdT : dans le dernier rapport du GIEC] QUE LA NATURE EST DANS UN ETAT D'EQUILIBRE ET QUE TOUS LES CHANGEMENTS SONT NEGATIFS ET INDESIRABLES pour toute vie y compris pour les individus. Ceci est à l'opposé de la réalité : L'environnement a toujours changé. Les êtres vivants ont eu à s'adapter à ces changements et beaucoup d'entre eux ont besoin de ces changements. Le rapport du GIEC fait un usage répétitif des termes "changements irréversibles". La disparition d'une espèce est irréversible mais très peu d'autres choses sont irréversibles en matière d'environnement. L'étude du passé le confirme. Les glaciers ont avancé et reculé de manière répétitive. Le passage du Nord Ouest de l'Amérique du Nord a disparu puis est réapparu.La température moyenne a de beaucoup excédé celle du présent et celle qui est prédite, puis elle a décliné pour augmenter de nouveau.

[NdT : Le rapport] DONNE L'IMPRESSION QUE LES ETRES VIVANTS SONT FRAGILES ET IMMUABLES, incapables de faire face aux changements. C'est le contraire de la vérité. La vie est persistante, adaptable, ajustable. En particulier, le rapport du GIEC pour les décideurs [NdT : le résumé SPM] répète l'affirmation que l'on trouvait dans les précédents rapports du GIEC qu'une grande fraction des espèces risque de disparaître. Une montagne d'observations contredit cette affirmation Les modèles qui font ces prévisions reposent sur des hypothèses erronées qui conduisent à une surestimation des risques d'extinction Ainsi, il est remarquable que peu d'espèces aient disparu durant les 2,5 millions d'années passées qui englobent plusieurs périodes glaciaires et chaudes

[...]

QUELQUES-UNES DES CONCLUSIONS DU RAPPORT SONT A L'OPPOSE DE CELLES DES ARTICLES CITES COMME VENANT A L'APPUI DE LEURS CONCLUSIONS.
Par exemple, le Rapport du GIEC sur les Ecosystèmes Terrestres affirme que "7 des 19 sous-populations des ours polaires sont en déclin numérique"
citant à l'appui pour cette affirmation un article de Vongraven et Richardson. Mais ces auteurs disent au contraire que "le déclin est une illusion".
De plus, le Rapport sur le Climat de la Maison Blanche inclut un tableau qui rassemble les 30 différents effets écologiques résultant du changement climatique, ce qui constitue une liste impressionnante des impacts. Cependant, j'ai passé en revue les études qui sont citées à l'appui de ce tableau et je n'en ai pas trouvé une seule, parmi ces trente, qui soit étayée par des études légitimes d'impact du réchauffement climatique anthropique ou par des observations directes.


PLUSIEURS CONCLUSIONS SONT EN CONTRADICTION OU SONT IGNORANTES DES MEILLEURES OBSERVATIONS STATISTIQUEMENT VALIDEES. Par exemple, le Rapport du GIEC sur les Ecosystèmes Terrestres affirme que "les écosystèmes terrestres et d'eau douce ont séquestré environ un quart du dioxyde de carbone émis par les activités humaines durant les trois dernières décennies (avec un haut degré de confiance). Etant à l'origine des premières estimations, statistiquement validées, du stockage et de l'assimilation du carbone pour des grandes portions de la surface terrestre, je peux vous affirmer que l'estimation de l'assimilation du carbone par la végétation utilisée par le GIEC n'est pas statistiquement valide. Elle surestime le stockage du carbone et l'assimilation par un facteur aussi grand que 300%.

LE RAPPORT DU GIEC UTILISE L'EXPRESSION "CHANGEMENT CLIMATIQUE" AVEC DEUX ACCEPTIONS : NATUREL ET ANTHROPIQUE. Cette distinction n'est pas faite dans le texte qui, de ce fait, prête à confusion. Si l'affirmation est relative au changement climatique naturel, alors il s'agit d'un truisme c'est à dire à une chose connue et éprouvée de tous temps. Si l'affirmation est exprimée dans le concept de changement anthropique, alors les données disponibles ne confirment pas les affirmations. "

[etc.]

Je recommande la lecture du texte complet aux lecteurs(trices) anglophones. Il dresse un panorama assez complet des problèmes inhérents aux différents rapports du GIEC déjà dénoncés par d'autres auteurs et, tout particulièrement, s'agissant du Résumé Pour les Décideurs (SPM). Robert Stavin, un autre membre pivot du GIEC s'est ému des distorsions non scientifiques apportées durant la phase de finalisation du SPM. Il décrit, avec quelques détails, comment les choses se passent au GIEC, "derrière les rideaux" (behind the curtain, expression américaine).

C) Robert N Stavin : Les dessous des Résumé pour les Décideurs SPM du GIEC stavin

R. N Stavin (photo ci-contre) est le titulaire de la chaire Albert Pratt et Professeur de Gestion et de Management ainsi que Directeur du Programme d'Economie Environnementale de l'Université d'Harvard et Président du Groupe de recherche de l'Université sur l'Environnement et les Ressources Naturelles.
Il est, et a été, un participant particulièrement actif à la rédaction (auteur principal et coordinateur) des rapports successifs du GIEC.
Robert Stavin a publié, le 25 avril 2014, une lettre ouverte critiquant sévèrement les exigences multiples et autoritaires des représentants politiques des gouvernements de différents pays lors de la rédaction finale du Rapport SPM (Le Résumé destiné aux décideurs) du récent rapport (groupe III) du GIEC. Stavin y dénonce notamment de nombreux conflits d'intérêt qui ont, selon lui, gravement dénaturé ce rapport dans un sens alarmiste.

Voici une traduction de quelques extraits significatifs de cet lettre ouverte, largement citée par les médias anglophones et totalement ignorée par les médias francophones, tout comme les deux témoignages précédents, d'ailleurs. Cette lettre ouverte est intitulée :
"Le processus d'approbation du rapport du GIEC par les gouvernements est-il détraqué ?"

Dans l'introduction de sa lettre, Stavin indique que nombre de ses collègues participants au GIEC ont été choqué par le comportement des représentants gouvernementaux des différents pays qui siégeaient à Berlin durant la phase d'approbation finale du résumé pour les décideurs, le SPM.
Stavin note ironiquement que :

"Plusieurs des CLAs [NdT Les coordinateurs des auteurs principaux] présents avec moi à Berlin ont déclaré qu'étant donné la nature et le résultat de la semaine [NdT: La semaine durant laquelle le rapport final SPM a été approuvé par les politiques], le document final devrait probablement être renommé "Le Résumé PAR les politiques" plutôt que "Le Résume POUR les politiques"."

Stavin explique :

"Pendant le déroulement des délibérations du groupe de contact qui a duré deux heures, il est apparu clairement que la seule solution pour que les représentants des gouvernements approuvent le texte du Résumé SPM5.2 consistait essentiellement à retirer tout le texte considéré comme "controversé" (c'est à dire la partie du texte qui déplaisait à un quelconque représentant des gouvernements) ce qui a résulté dans la suppression de 75% du texte, y compris pratiquement toutes les explications et les exemples qui se trouvaient en dessous des titres en gras. Dans plus d'une occasion, des exemples spécifiques ou des phrases ont été retirées suivant la volonté de seulement un ou deux pays, parce que, selon les règles du GIEC, le désaccord d'un seul pays est une raison suffisante pour stopper tout le processus à moins et jusqu'à ce que le pays se déclare satisfait."

Stavin donne quelques détails, en termes mesurés :

"Les motivations générales pour les révisions demandées par les gouvernements - de la part de la plupart (mais pas toutes) des délégations - sont apparues clairement durant les sessions plénières. Ces motivations ont été explicitées dans les "groupes de contact" qui se réunissent, par petits groupes, derrière des portes closes, avec les auteurs principaux au sujet de questions particulièrement épineuses du SPM. Lors des réunions des groupes de contact, les représentants des gouvernements ont oeuvré pour supprimer des parties de texte qui pourraient être défavorables à leurs pays durant leurs négociations sous les auspices de l'UNFCC (la Convention Cadre de l'ONU sur le Changement Climatique).

Je comprends bien que les représentants gouvernementaux ont cherché à se conformer à leurs obligations vis à vis de leurs gouvernements en défendant les intérêts de leurs propres pays mais, dans certains cas, ceci a posé des problèmes pour ce qui est de l'intégrité scientifique du Rapport pour les Décideurs (SPM) du GIEC. Une telle implication - et parfois une telle interférence - avec le processus scientifique du GIEC a été particulièrement grave dans la section SPM 5.2 au sujet de la coopération internationale. "

Dans sa conclusion, Stavin s'adresse directement aux responsables du GIEC dont il est - et a toujours été - un fidèle participant. Il écrit (caractères en italiques de Stavin)

"De mon point de vue, avec la réglementation et la structure actuelle, il sera extraordinairement difficile, sinon impossible, de produire une version complète et scientifiquement correcte du texte du Résumé Pour les Décideurs (SPM) sur la coopération internationale qui pourrait survivre au processus d'approbation par les différents pays.

Plus généralement, je demande instamment au GIEC d'attirer l'attention du public sur les documents qui ont été rédigés par les auteurs principaux et qui ont été soumis aux commentaires des gouvernements (et des experts) mais qui n'ont pas subi la phase d'approbation des gouvernements."

Pour illustrer ces observations de Robert Stavin, je rappelle ici le schéma du processus (assez bizarre, s'agissant, en principe, de science et du résumé d'un "rapport scientifique") suivi par le GIEC, depuis sa création et systématiquement appliqué depuis lors. ipccprocess

 

De fait, comme cela est rappelé par Robert Stavin, la publication du rapport (que très peu de politiques ou de journalistes (s'il y en a) ont le courage de lire in extenso) et du Résumé pour les Décideurs (beaucoup plus popularisé dans les médias et dans les milieux politiques), le SPM, n'interviennent qu'après approbation unanime des divers représentants des différents pays de l'ONU. Autant dire que les représentants politiques font tout leur possible pour bloquer la publication d'un rapport qui desservirait (ou ne servirait pas) les intérêts de leur pays.
D'autant plus que nombre de pays en voie de développement sont avides de "dédommagements" de la part des pays dits "riches" et n'ont certainement pas intérêt à ce que le rapport SPM paraisse moins alarmiste. Et ces pays sont numériquement majoritaires.
A noter que les représentants des gouvernements sont déjà intervenus avant la préparation de l'édition finale du rapport comme le montre ce schéma (tiré du site du GIEC). Les politiques interviennent donc avant et après la rédaction de la version finale du rapport qui est ainsi solidement encadré par les représentants gouvernementaux des différents pays. La lettre de Robert Stavin que l'on ne peut guère accuser de tiédeur vis à vis du GIEC, illustre à merveille les errements auxquels peut aboutir l'interférence des politiques dans un processus scientifique.

Il est sans doute difficile de concevoir un processus dit "scientifique", plus politisé que celui du GIEC, illustré ci-contre.
Pourtant, certain éminent politique francophone a récemment cité le GIEC comme un exemple à suivre et proposé de généraliser ce type de structure à d'autres activités scientifiques.
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2) La chasse aux sorcières. La censure et le "McCarthysme climatique" évoqué par Bengtsson (ci-dessous) continue ...
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A) Le Professeur Caleb Rossiter (photo ci-contre) :

Rossiter qui est un mathématicien-statisticien universitaire est aussi un homme de conviction et fervent acteur de causes humanitaires en faveur des contrées en voie de développement dont l'Afrique (voir son CV). Pourtant, Rossiter a été récemment évincé de l'ONG progressiste à laquelle il participait depuis des décennies, pour avoir publié un article dans le Wall Street Journal intitulé "Nous sacrifions l'Afrique au nom du changement climatique. Les politiques des pays de l'Ouest semblent plus intéressés par le niveau du dioxyde de carbone que par l'espérance de vie."

Cet article, jugé sans doute par trop "déviant" par rapport à la doxa de son organisation mère, dans lequel Rossiter professe ses doutes sur les théories en vigueur du changement climatique et où il défend le droit à l'usage des énergies fossiles par les africains lui a valu une éviction immédiate de l'organisation humanitaire, progressiste et environnementale, l'Institute for Policy Studies, avec laquelle il travaillait depuis des années. Caleb Rossiter s'est alors confié lors de plusieurs interventions ou interviews comme celui dont je traduis quelques paragraphes significatifs ci-dessous.

Pour la petite histoire, il faut savoir que Caleb Rossiter raconte qu'en tant que professeur au département de Mathématiques et de Statistiques à l'Université Américaine de Washington (DC)) a donné comme sujet de travail à ses étudiants, à titre d'exercice d'application de ses enseignements, l'analyse des corrélations des variations temporelles de la concentration du CO2 et de la température. Ce faisant, ses étudiants ont constaté, comme beaucoup d'autres avant et après eux, que les variations de température ne collaient pas avec les modèles du GIEC en vigueur et qu'il existe des cycles de température (notamment avec une période d'environ 60 ans, comme l'ont trouvé de nombreux autres auteurs). Caleb Rossiter, jusqu'alors convaincu du contraire, a alors planché avec ses élèves sur ce sujet pendant un certain temps. Il a finalement a été convaincu par la validité de leur travail et c'est sans doute ce qui explique les déclarations suivantes :

“Je suis simplement quelqu'un qui a été convaincu que les affirmations de certitude au sujet des causes du réchauffement et au sujet des conséquences du réchauffement ont été terriblement exagérées et ceci de manière irresponsable. [...] "Je ne suis pas quelqu'un qui dit qu'il n'y a pas eu de réchauffement et que cela n'aura pas de conséquences, c'est juste que je ne parviens pas à comprendre pourquoi tant de gens croient que c'est catastrophique pour notre société et pour l'Afrique.

Pour cette conviction - basée sur une décennie de recherches statistiques et d'analyse des données sur le changement climatique - Rossiter a récemment été exclu de son poste de chercheur associé à l'Institute for Policy Studies qui est un groupe de réflexion progressiste de Washington D.C.

Rossiter a publié un article dans  The Wall Street Journal intitulé "Le sacrifice de l'Afrique au nom du changement climatique" dans lequel il qualifiait la notion de catastrophe climatique de "science non avérée". Peu après, il a reçu une missive de l'Institut lui indiquant que sa participation était terminée.

Visiblement, il est plutôt périlleux de professer des doutes, fussent-ils soutenus par des analyses statistiques dont Rossiter est un spécialiste, dans certains milieux "progressistes" US.

Un chercheur d'un institut renommé, le Helmholtz Institute Allemand, nous raconte une bien curieuse histoire, déjà un peu ancienne, au sujet d'un article qu'il avait soumis en 2009, avec des collègues, pour publication à une revue renommée de climatologie US. Ce qui suit nous rappelle les déboires éprouvés et racontés récemment par Lennart Bengtsson.

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B) Vladimir Semenov (CV, photo ci-contre ) du Geomar- Helmholtz Institute Kiel Allemagne.

C'est Ben Webster, l'éditeur pour l'environnement du journal britannique "de référence", qui nous raconte, dans The Times (UK) du 8 Juillet 2014, cette histoire passablement inquiétante, sous le titre "Les voix des contestataires sont étouffées par des climatologues." Cet article a été repris dans diverses autres publications anglophones, mais malgré la grande notoriété du Times, il ne semble pas avoir réussi à franchir "the English Channel", la Manche.

 

 

Voici une traduction de quelques extraits de cet article de Ben Webster :

"Un travail de recherche qui remettait en question l'exactitude des modèles informatiques utilisés pour prédire le réchauffement climatique a été "censuré" par des climatologues, a-t-il été déclaré hier.

Un des relecteurs scientifiques de l'article a dit qu'une section ne devait pas être publiée parce qu"'elle créerait une confusion inutile au sein de la communauté des climatologues". Un autre a écrit qu'"Il faut que cette discussion toute entière disparaisse".

L'article suggérait que les modèles informatiques utilisés par le GIEC de l'ONU étaient erronés ce qui conduisait à une exagération de l'influence humaine sur le climat et à une sous-estimation de l'impact de la variabilité naturelle.

Ces découvertes pourraient avoir de profondes implications. Si elle sont exactes, ceci voudrait dire que les gaz à effet de serre ont moins d'impact que le GIEC ne l'a prédit et que le risque d'un réchauffement global catastrophique a été exagéré.

Cependant, les questions soulevées à propos des modèles ont été retirées de l'article avant que celui-ci soit publié en 2010 dans le American Meteorological Society’s Journal of Climate. L'article a été soumis en Juillet 2009 alors que beaucoup de climatologues poussaient les dirigeants de la planète à trouver un accord pour limiter les émissions lors du sommet de Copenhague sur le changement climatique en Décembre de cette année-là.

Vladimir Semenov qui est un climatologue de l'Institut Geomar à Kiel en Allemagne a dit que les questions que lui et dix autres de ses collègues avaient posées dans la version originale de leur article étaient valides et que leur élimination était "une sorte de censure"..

Il s'est décidé à en parler ouvertement après avoir constaté qu'un de ses anciens collègues, le Professeur Lennart Bengtsson, avait été vilipendé pour avoir remis en question les prédictions du GIEC sur le réchauffement climatique.

[...]

Le Dr Semenov a déclaré que certains semblaient s'efforcer de supprimer des suggestions que le climat était moins sensible aux augmentations d'émissions (NdT de CO2) que le GIEC l'avait affirmé. (NdT : A noter que c'est assez exactement ce que suggérait l'article de Bengtsson et al. il y a peu, soit quelques 5 ans plus tard, et qui a carrément été refusé).

“Si vous dites qu'il y a quelques indications que la sensibilité est erronée, ceci brise le socle sur lequel tout l'édifice repose." dit-il (NdT : Semenov) "Le public peut douter de l'ensemble des résultats."

Le Dr Semenov a déclaré que les relecteurs qui ont critiqué les résultats étaient techniquement corrects parce que leurs remarques n'étaient pas explicitement basés sur ses résultats." Cependant, dit-il : " Nous avions le droit d'en discuter...Si votre opinion sort du consensus général alors vous avez plus de problèmes pour publier vos résultats."

Un troisième relecteur était beaucoup plus en faveur de l'article dont il dit que la suggestion "très provocante" que les modèles étaient erronés, était "si intéressante qu'il était nécessaire d'en discuter plus en profondeur".

Cependant, presque tout le paragraphe a été supprimé tout comme la conclusion qui disait que "la sensibilité moyenne des modèles du GIEC est peut-être trop forte."

Le journal a choisi de ne publier que la phrase d'ouverture " Nous voudrions insister sur le fait que cette étude ne remet pas en question l'existence d'une tendance de réchauffement anthropique à long terme durant le XXe siècle. "

La dernière petite phrase que la revue à consenti à publier à l'exclusion des autres est typique de ce que Richard Lindzen avait nommé "le petite phrase magique" qui est le sésame permettant d'obtenir l'autorisation de publier dans ce genre de revue. Mais, dans cette "opération" la discussion plutôt dérangeante pour "la cause", soumise par les auteurs, a été totalement éliminée.
Comme on le voit, dans cet exemple comme dans d'autres, il s'agit d'un "consensus" de la "communauté des climatologues" obtenu à bon compte.
Dans les autres domaines de la science, on publie ce que l'on pense exact et qui ne souffre pas d'erreurs flagrantes détectées par les relecteurs. Si d'autres ne sont pas d'accord, la discussion s'engage. C'est comme cela que la science progresse et a toujours progressé.
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3) Complément : Submersion des îles coralliennes : Mise à jour dans la revue Science.

L'antienne, maintes fois évoquée dans les médias alarmistes, dans quelques revues orientées et, même, par la Banque Mondiale, de l'engloutissement futur affirmé comme "inéluctable" des îlots coralliens, a du plomb dans l'aile.

Dans un article récent intitulé "
Le réchauffement pourrait ne pas submerger les îles", la "revue de référence" Science dont on connaît pourtant les orientations alarmistes, a (enfin) pris du recul sur cette question en se basant notamment sur les travaux les plus récents de Paul Kench et de ces collègues dont je vous avais déjà donné un aperçu dans le billet, rédigé en août 2010 et intitulé " Les îlots coralliens du Pacifique ne sont pas submergés par la hausse du niveau des océans. En réalité, ils "repoussent" quand l'eau monte."
En effet, dans un article récent publié au Geophys. Research Letters,
Paul Kench et ses collègues viennent de lever une objection mise en avant par les alarmistes qui soutenaient l'idée que si les îlots coralliens se sont certes adaptés aux variations du niveau des océans au cours des millénaires passés, ils ne pourront pas suivre le rythme d'une montée rapide du niveau marin ou de tempêtes brutales.
Le mécanisme démontré par
Kench et al est, a priori, assez contre-intuitif : Lors des élévations brutales du niveau des mers (comme, par exemple, durant les grandes marées dues aux El Niños), les vagues engendrées à proximité des côtes de ces îlots coralliens, tendent, non pas à éroder les côtes comme tout le monde le pense, mais, au contraire, à faire monter le niveau des terres en y apportant quantité de sédiments, notamment du sable, qui se déposent à la surface des parties temporellement submergées. "Kench note que les récifs coralliens peuvent croître de 10 à 15mm par an - c'est à dire plus rapidement que la hausse des océans qui est attendue à la fin de ce siècle" rapporte l'article de Science. "Aussi longtemps que les coraux sont en bonne santé et gênèrent un approvisionnement abondant en sable, il n'y a pas de raison qu'une île corallienne ne puisse pas croître et continuer à le faire", dit Paul Kench.

Note : Ceci ne suprendra pas les physiciens qui sont au fait des problèmes "d'instabilité de surface". C'est pour une raison similaire que, planté dans une zone plate et désertique soumise aux vents chargés de particules de silice, un objet proéminent servira d'ensemencement pour la création d'une dune par un processus d'accrétion.
Il s'agit du même mécanisme qui gère notamment la formation des "moutons" de poussière sous les lits peu visités par l'aspirateur. Ainsi, un grain de poussière qui a accrété (capturé) un deuxième grain de poussière augmente la probabilité d'une capture ultérieure d'un troisième grain de poussière. Au fur et à mesure que la taille du "mouton" augmente son efficacité (sa section efficace de capture) pour accréter d'autres grains de poussière, augmente. C'est un mécanisme divergent typique d'une instabilité lequel est en général limité par l'érosion. Pour ce qui est des îlots coralliens, Paul Kench démontre le mécanisme d'accrétion (ou de dépot) l'emporte sur le mécanisme d'érosion.
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Enfin, un grand merci aux nombreu(ses)x lecteurs(trices) qui se sont alarmé(e)s du "hiatus" (ou de "la pause") prolongé dans mes billets durant la période estivale écoulée et m'ont écrit pour me demander de mes nouvelles. Certains envisageaient la possibilité d'ennuis de santé, d'autres que j'aurais pu être soumis à des persécutions style Bengtsson (!) etc.
En réalité, rien de tout ça. j'ai tout simplement été très occupé durant cet été par diverses activités qui m'ont le plus souvent tenu éloigné de mon clavier (et parfois d'internet) sans toutefois parvenir à m'empêcher de suivre attentivement l'actualité climatique...

Donc, tout va bien en ce qui me concerne, et le cours normal de mes billets va reprendre comme auparavant, à l'approche de l'automne et de l'hiver.

Dear friends, stay tuned !


24 Mai 2014 - Dossier : "L'affaire Bengtsson"
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1) Introduction :

J'ai déjà eu, à plusieurs reprises, et notamment dans le billet précédent, l'occasion de citer les propos du Professeur suédois Lennart Bengtsson. Ce chercheur éminent qui est, sans conteste, l'un des plus expérimentés de son domaine, a consacré la plus grande partie de son activité de recherche à la modélisation numérique de la météorologie et du climat. Il est particulièrement bien placé pour porter des jugements étayés sur la situation actuelle de la science climatique qui comme chacun sait repose essentiellement sur des projections/scénarios générés par des programmes d'ordinateurs.

Les propos récents et actuels de Lennart Bengtsson que j'ai rapportés dans ces pages, pourtant exprimés dans le langage mesuré propre aux scientifiques, se révèlent particulièrement critiques et destructeurs dans le contexte actuel du fameux "consensus"
qui est l'argument d'autorité le plus souvent utilisé par la classe médiatico-politique. Dans ces conditions, les déclarations de Bengtsson ne pouvaient que déplaire à ceux, nombreux, qui ont investi leur crédibilité, leur réussite professionnelle et parfois leurs investissements, dans le pessimisme climatique avec l'appui et le soutien de la quasi-totalité de l'establishment politique.

Venant d'une personnalité de ce statut qui faisait partie intégrante et travaillait au coeur même de l'establishment climatique, ceci ne pouvait être considéré par certains que comme une trahison. Dès lors, les critiques, les menaces, le dénigrement systématique, le harcèlement et les pressions exercées sur Bengtsson n'ont pas manqué comme d'ailleurs cela a été le cas pour la plupart des collègues scientifiques qui l'ont précédé dans cette voie, tels que Lindzen, Christy, Spencer, Curry, Vahrenholt, Pielke et beaucoup d'autres, dans un passé récent. Jusqu'à présent, ces agissements étaient restés plus ou moins confinés dans le microcosme climatique et n'avaient que peu ou pas touché le grand public.

Cependant, cette fois-ci, les limites du supportable semblent avoir été franchies. La grande presse (US-anglo-germanophone) s'est faite, en cette occasion, l'écho des pratiques délétères exercées par ses propres collègues à l'encontre de Lennart Bengtsson. Certains des comportements bien connus des connaisseurs mais ignorés du grand public ont percé le "plafond de verre" et des journalistes en vue s'en sont émus d'autant plus que la personnalité de la victime, âgée et méritante, attire plutôt la sympathie.
C'est ainsi qu'a commencé ce que beaucoup ont appelé "l'affaire Bengtsson".

En réalité, l'"affaire" à laquelle est consacrée ce dossier s'est déroulée en deux épisodes successifs, aussi inquiétants l'un que l'autre, ce qui a amplifié le phénomène par une sorte d'"effet réplique".
Les réactions des uns et des autres, plus ou moins directement impactés dans le "scandale" ont été intéressantes comme vous pourrez en juger.

En guise de préambule, je rappelle ici quelques données documentaires sur le professeur Bengtsson :

Le Professeur Suédois Lennart Bengtsson a été le Directeur de la Recherche du European Centre for Medium-Range Weather Forecasts de 1975 à 1981, puis Directeur, jusqu'en 1990 de l'Institut Max Planck pour la Météorologie à Hambourg. Toujours actif à 79 ans, il est à présent chercheur invité à l'Environmental Systems Science Centre de l'Université de Reading (UK). Il continue de publier régulièrement des articles dans les revues scientifiques comme on peut le constater en visitant son site à l'Université de Reading (UK). Il est actuellement l'auteur ou coauteur de 238 publications, ce qui est considérable même après 51 ans de carrière.bengtsson5

Quelques récompenses attribuées à Lennart Bengtsson :
2007 Rossby Prize 2007 by the Swedish Geophysical Society (SGS)
2007 Elected Honorary Member of the American Meteorological Society (AMS)
2006 International Meteorological Organization (IMO) Prize of the World Meteorological Organization (WMO)
2005 Descartes Research Prize
1999 Fellow of American Meteorological Society
1998 Umweltpreis 1998 der Deutschen Bundesstiftung Umwelt
1998 Member of the Finnish Academy of Science
1996 Milutin Milancovic medal by the European Geophysical Society
1995 Member of the Nordrhein-Westfälischen Wissenschaftsakademie
1993 Member of the Swedish Academy of Science
1991 Honorary Member of the Swedish Meteorological Society
1990 Doctor honoris causa, University of Stockholm
1990 Förderpreis and the Golden Rosette for European Science by the Körberstiftung, Hamburg
1989 Member of Academia Europea
1986 Julius von Hann´s Gold Medal by the Austrian Meteorological Society

2) La lettre de démission de Bengtsson :

En tant qu'éminent climatologue de l'Académie des Sciences suédoise, Lennart Bengtsson est réputé avoir largement déterminé l'orientation (mainstream) de son pays en matière de politique vis à vis du climat. En tant que modélisateur, il était, il y a quelques années encore, parfaitement dans la ligne du GIEC. Il apparaît, comme il le déclare lui-même que ses points de vue sur la science climatique ont évolué et divergé de ceux de l'establishment du GIEC à la mesure des progrès réalisés dans les observations qui, peu à peu, ont mis en évidence la divergence qui existe entre les modèles et la réalité. Les citations que j'ai relevées dans le billet précédent et dans quelques autres, reflètent parfaitement le recul, relativement récent, pris par Bengtsson par rapport à ses collègues de l'establishment. Ainsi, j'avais rapporté ces phrases de Bengtsson qui expliquent, en grande partie, sa démarche intellectuelle :

"En d'autres termes, le réchauffement climatique n'a pas été un problème sérieux jusqu'à maintenant si nous nous fions aux observations. Cela ne devient un problème que si nous nous basons sur les simulations numériques du climat par les ordinateurs.[...]Mais comme il n'y a aucun moyen de s'assurer de leur validité, les prévisions numériques reposent plus sur de la croyance que sur des faits. Le GIEC a publié l'opinion de ses experts il y a quelques mois et a présenté ces dernières sous la forme de probabilités. Tant que les résultats ne peuvent pas être étayés par des modèles dûment validés celles-ci donnent l'impression trompeuse d'être fiables."

Venant d'un expert de la simulation sur ordinateur comme Bengtsson qui connaît parfaitement la fragilité intrinsèque des modélisations numériques dans ce genre de problème particulièrement complexes, on imagine aisément que ces déclarations n'ont pas dû soulever l'enthousiasme (c'est un euphémisme), chez les nombreux supporters du GIEC ainsi qu'auprès des rédacteurs des rapports de cet organisme. Un expert renommé jetait le doute sur les modélisations climatiques qui, à défaut d'observations concordantes, constituent le fer de lance des arguments défendus par le GIEC.
On ne pouvait pas faire pire, pensaient, sans aucun doute, les émules du GIEC de l'ONU. C'était une attaque frontale de la raison même de l'existence de l'alarmisme climatique sur laquelle reposent les politiques énergétiques d'une partie des gouvernements de la planète (dont la France).
Pourtant, la personnalité de l'éminent Professeur Bengtsson forçait quand même au respect et les critiques (acerbes) restaient limitées au petit cercle des initiés.

C'est dans ce contexte, déjà tendu, que la décision récente (le 1er Mai) de Lennart Bengtsson de rejoindre le GWPF (considéré par la plupart des supporters-participants du GIEC comme le grand satan) a fait l'effet d'une bombe.

Mais, qu'est-ce exactement que le GWPF ?

Le GWPF (Global Warming Policy Foundation, la fondation pour la politique du réchauffement climatique) est ce que l'on appelle dans les pays anglo-saxons un "think tank", c'est à dire un groupe de réflexion. C'est une structure extrêmement courante dans les pays anglophones. Ce groupe de réflexion a été fondé en 2009 par Lord Lawson (ancien ministre des finances britannique) et le Dr. B. Peiser qui est à présent chargé de la communication. Le GWPF se consacre aussi bien à la science du réchauffement climatique qu'à ses conséquences (éventuelles) économiques et à son traitement politique. Le GWPF explique son état d'esprit et sa mission dans cette présentation. En bref, le GWPF a été créé dans la perspective d'ouvrir un débat qui, selon lui, fait défaut, aussi bien sur le plan scientifique qu'économique ou politique ce qui le place, notamment, en opposition directe avec les tenants du GIEC qui affirment que la science est comprise.
Le GWPF prétend à la neutralité aussi bien scientifique que politique. C'est ainsi que son Conseil d'Administration de 8 membres inclut un membre du Labour et un(e) autre du Lib. Dem. à côté de personnalités conservatrices ou indépendantes.
Le conseil scientifique du GWPF regroupe 26 personnalités du monde scientifique et de l'économie ainsi que du secteur journalistique dont plusieurs sont bien connues des lecteurs de PU. Parmi les scientifiques, on retrouve, entre autres, Richard Lindzen, Freeman Dyson, Henrik Svensmark, Nir Shaviv, Vincent Courtillot, William Happer, Ross McKittrick, Paul Reiter, Robert Carter et Ian Plimer. Le président de ce conseil est, actuellement, le Prof. David Henderson, un économiste et statisticien éminent qui a été notamment le directeur du Département de l'Organisation pour la Coopération et le Développement de l'OCDE. Comme on le sait, tous ces scientifiques et le professeur Henderson lui-même, professent de grands doutes quand au sérieux des rapports du GIEC et de l'alerte climatique.

Lennart Bengtsson avait donc accepté de rejoindre le conseil scientifique du GWPF pour travailler aux côtés des personnalités mentionnées ci-dessus (pour lesquelles il a de l'estime, dit-il), ce qui a immédiatement déclenché une énergique levée de boucliers de la part de ses collègues supporters du GIEC. On ignore la nature, les noms des auteurs et le contenu exacts des pressions qui se sont exercées sur Lennart Bengtsson à cette occasion mais la lettre qu'il a adressée, le 14 Mai, soit deux semaines après son adhésion, au responsable actuel du GWPF, le Professeur Henderson, a ému et soulevé l'indignation de la plupart de ceux qui en ont eu connaissance.

Cher Professeur Henderson,

J'ai été soumis à une énorme pression de la part de mes pairs durant ces derniers jours et ceci venait du monde entier au point que c'est devenu pratiquement insupportable pour moi. Si cela continue je serai incapable de poursuivre mon travail habituel et je commencerai même à m'inquiéter pour ma santé et ma sécurité. De ce fait, je ne vois aucune autre porte de sortie que de démissionner du GWPF. Je ne m'attendais pas à subir une telle pression à l'échelle de la planète, de la part d'une communauté dont j'ai été proche tout au long de ma carrière. Des collègues me privent de leur soutien, d'autres retirent leurs noms de la liste de mes coauteurs etc.

Je ne vois aucune limite ni aucune fin à ce qui va arriver. C'est une situation qui me rappelle l'époque de McCarthy. Je ne me serais jamais attendu à quelque chose de semblable de la part d'une communauté autrefois aussi pacifique que l'était la météorologie. Apparemment, les choses ont bien changé ces dernières années.

Dans ces conditions, je serai incapable de contribuer de manière positive au travail du GWPF et, en conséquence, je crois qu'il est préférable pour moi de revenir sur ma décision de rejoindre le conseil et ceci dès que possible.

Avec mes meilleurs sentiments,
Lennart Bengtsson

Et de fait, qu'un éminent professeur de 79 ans, mondialement connu, particulièrement méritant, bénéficiant de l'estime générale et qui a consacré son existence à la recherche en météorologie et climatologie, déclare subir des pressions "pratiquement insupportables" et en arrive à craindre "pour sa santé et sa sécurité" du fait du harcèlement (à la McCarthy, dit-il) de la part de ses propres collègues pose quand même quelques problèmes quand à la déontologie du microcosme des climatologues.
Comme on peut s'y attendre, les réactions ne se sont pas faites attendre. Elles ont été nombreuses et énergiques. Elles se poursuivent encore à l'heure où j'écris ces lignes. En voici quelques-unes. D'autres références, notamment journalistiques, seront indiquées à la fin de ce billet.

3) Quelques réactions à "l'affaire Bengtsson":

 Le Times de Londres (UK) (Ben Webster,15 Mai 2014) titre :
"Une "chasse aux sorcières" force un scientifique à la démission" .

"Un climatologue renommé a démissionné du conseil scientifique d'un groupe de réflexion après avoir été soumis à ce qu'il a décrit comme des pressions "du style McCarthy" de la part de certains de ses collègues. Le Professeur Lennart Bengtsson, chercheur invité à l'Université de Reading, a déclaré que les pressions étaient si intenses qu'il serait incapable de continuer à travailler et qu'il craignait pour sa santé et sa sécurité à moins qu'il ne renonce à participer au conseil scientifique de la la fondation GWPF. Il a déclaré que les pressions venaient essentiellement de climatologues US, y compris de la part d'un d'entre eux employé par le gouvernement US qui l'avait menacé de retirer son nom en tant que coauteur d'un article à venir à cause de son lien avec la fondation."

National Review Online (US), Rupert Darwall, 15 Mai 2014. Titre : "La science comme du McCarthysme".

La science régresse si elle devient intolérante aux critiques. Au début de son règne, la reine Elizabeth I d'Angleterre avait proféré des paroles de tolérance à une époque de luttes religieuses en déclarant qu'elle n'avait aucunement l'intention d'épier l'âme de ses sujets. A la différence de la religion, la science n'est pas une affaire de coeur ou de croyance. Elle n'existe que par ce qui peut être démontré. En persécutant un de leurs vieux collègues qui avait avancé un pied en dehors de la ligne et en forçant les scientifiques à être soumis à un test sur leur foi, les climatologues du XXIe siècle se sont montrés moins tolérants qu'un monarque du XVIe siècle. Il y a quelque chose de pourri dans la situation actuelle de la science climatique."

Professeur David G. Gee, un collègue suédois à l'Université d'Uppsala, 15 Mai 2014

J'ai reçu votre lettre avec stupeur, désarroi et une grande sympathie. La pression qui est exercée sur vous par la communauté des climatologues confirme les pires aspects d'une science politisée. J'ai moi-même été réprimandé pour m'être opposé à la cause climatique et son dévouement aveugle aux ambitions politiques. Ceci doit être révélé, au plan global. Merci d'avoir montré tant de courage. Espérons qu'il y a d'autres personnes plus honnêtes dans le monde de la climatologie que ce que l'on voit en ce moment."

 Daily Mail (UK), Wills Robinson,15 Mai 2014. Titre : "Un climatologue déclare qu'il a été forcé de démissionner d'un nouveau poste dans un style chasse aux sorcières à la "McCarthy" par des collègues du monde entier."

"Un climatologue mondialement connu a été contraint de démissionner d'un groupe de réflexion après avoir été soumis à des pressions du style "McCarthy" de la part de scientifiques du monde entier. Le Professeur Lennart Bengtsson, âgé de 79 ans, est un scientifique de l'Université de Reading. Il a quitté la Fondation Pour la Politique sur le Réchauffement Climatique bien connue, à cause de menaces dont il dit qu'elles "sont pratiquement insupportables" a déclaré le Dr. Benny Peiser, directeur du GWPF au Mail Online. "Cette annonce a été accueillie avec un grand étonnement et une vague de colère. Cela montre à l'évidence qu'il existe une inquiétude grandissante parmi les observateurs intéressés que l'intolérance qui règne au sein de la communauté des climatologues fragilise les déclarations des scientifiques. Ceci constitue un scandale qui se retournera contre les scientifiques si leur communauté ne se mobilise pas pour venir à son secours. "

Judith Curry, Climate Etc, 14 Mai 2014
Judith Curry reproduit les échanges de courriers entre le GWPF et Bengtsson suite à la démission de ce dernier. Elle conclut :

"Je regrette vivement que n'importe quel scientifique mais tout particulièrement un scientifique aussi éminent que Bengtsson ait eu à subir de telles attaques. La semaine dernière nous avons assisté à de nombreuses et enrichissantes déclarations faites par Bengtsson au sujet de la situation de la science climatique. Il en résulte que la politique, la science et la société en ont été les bénéficiaires. Nous avons aussi assisté à un répugnant étalage de McCarthysme climatique de la part de climatologues, lequel a le potentiel de faire autant de mal à la science climatique que l'avaient fait les emails du Climategate. Nous avons observé que le GWPF a géré cette situation avec maturité et avec dignité."

Par ailleurs, Judith Curry décrit les vexations et humiliations subies par ceux qui ont eu la malencontreuse idée de s'écarter du "consensus" de la "communauté", ce qu'elle fait depuis quelques années, notamment en évoquant constamment les grandes incertitudes qui affectent la climatologie.Voici ce qu'elle a écrit dans son blog, récemment, le 16 Mai 2014.

“Ainsi qu'en est-il de l'impact sur un scientifique de ce qui est appelé le "McCarthysme climatique"?
Comme résultat du dénigrement à mon encontre par (Joe) Romm, par (Michael) Mann et d'autres, je suis écartée de toute possibilité d'obtenir des postes administratifs dans les universités et de situations de responsabilité dans les sociétés professionnelles. Ma candidature est systématiquement écartée de toutes les récompenses attribuées par les sociétés professionnelles, un grand nombre de collègues ne collaboreront pas avec moi et quiconque voudrait m'inviter comme orateur principal doit se justifier par rapport à toute les con...ries que vous pourrez trouver sur le WEB si vous googlez "Judy Curry"."

En effet. Je confirme. Visiblement, Judith Curry sait de quoi elle parle.

Lord Nigel Lawson, Standpoint Magazine Mai 2014
Lawson est l'un des deux fondateurs du GWPF.

Il y a quelque chose d'étrange quant au débat sur le réchauffement climatique - ou le débat sur le changement climatique comme nous sommes supposés l'appeler maintenant, du fait, qu'à l'heure actuelle, le réchauffement climatique s'est arrêté. Je n'ai jamais reculé devant les controverses, ni par exemple en tant que Chancelier (NdT : de l'échiquier, ministre des finances) ni ne me suis jamais inquiété d'être impopulaire si je pensais que ce que je disais et faisais servait l'intérêt public. Mais, jamais dans ma vie, je n'avais subi autant d'extrême hostilité envers ma personne, autant de vitupération et de calomnies dont moi-même - ainsi que les autres contestataires, bien sûr - avons été l'objet du fait de nos points de vue sur le réchauffement climatique et la politique qui en découle.

Mike Hulme a été (2000-2007) le Directeur-Fondateur du Centre de Recherche Tyndall du Royaume Uni. Il a été très actif dans les débuts du GIEC. Hulme est très loin d'être un climato-sceptique. Pourtant, entre autres critiques, il avait sévèrement pointé du doigt "l'esprit tribal" de ses collègues mis en lumière par les courriels du Climategate.
Voici quelques déclarations de Mike Hulme au sujet de "l'affaire Bengtsson" (rapportés par le Times UK, Ben Webster, 17 mai, cité aussi dans The Telegraph UK du 16 mai):

"Les climatologues qui diffament un collègue pour avoir apporté son concours au conseil scientifique d'un groupe de réflexion sont "aveugles de leurs propres biais", selon un ancien membre du conseil de l'ONU sur le changement climatique, Mike Hulme, professeur sur le climat et la culture au King's College de Londres. Hulme a condamné ses collègues climatologues pour avoir "persécuté" Lennart Bengtsson et il avertit que la science climatique est devenue trop politisée. Il a condamné les climatologues qui "croient que c'est leur rôle de prononcer des jugements publics quant à savoir si un collègue scientifique devrait apporter sa contribution à des organisations politiques, publiques ou faisant campagne, et d'exercer des persécutions sur ce scientifique jusqu'à ce qu'il "rentre dans le rang"..."Cet épisode nous en apprend beaucoup sur la profonde politisation actuelle de la science et aussi sur le fait que certains scientifiques demeurent aveuglés par leurs propres orientations."

Steve McIntyre (l'auteur de l'analyse destructrice de la fameuse "crosse de hockey") titre "L'épuration de Lennart Bengtsson".

Ceci est encore le fait d'une conduite honteuse de la part de la "communauté" des climatologues.
D'un point de vue général, il me semble que si le changement climatique est un problème aussi sérieux que le croit la "communauté" des climatologues, alors celui-ci exigera de prendre des mesures qui requièrent un engagement de la part de toutes les branches de notre société. La plupart des "sceptiques" ne sont pas de suppôts des frères Koch (NdT : Une famille de milliardaires qui sont réputés soutenir les climato-sceptiques aux USA) mais ce sont des gens qui n'ont pas été convaincus jusqu'à présent que le problème est aussi sérieux que ce qui est leur est présenté et que les politiques qui sont prescrites (le vent et le solaire tout particulièrement) représentent une forme quelconque d'assurance contre les risques. Ce sont ces gens-là que la "communauté" climatique devrait essayer de persuader.
Le projet de la participation de Bengtsson au GWPF me semblait être une sorte de main tendue aux sceptiques rationnels, ce dont la "communauté" aurait dû se réjouir.
Au lieu de cela, la "communauté" a lancé une fatwa. C'est exactement le genre d'action et d'attitude qui ne peuvent qu'engendrer le mépris de la part de la société au sens large, envers la "communauté".

Dr. Roy Spencer de l'UAH.

Le harcèlement de Lennart Bengtsson par des collègues n'est que le dernier exemple du comportement déplorable des climatologues qui ont passé un contrat avec le diable. Ils ont troqué leurs âmes de scientifiques contre des contrats de recherche, du prestige et un accès facile aux revues scientifiques pour publier leurs articles.
Je prédis que l'histoire les traitera sans indulgence et que la réputation de tous les climatologues pâtira de ces procédés. Dans l'état actuel des choses, le public qui paye nos salaires, est déjà en train de rire à notre sujet.
Certains d'entre nous (Christy, Lindzen, moi-même et d'autres) ont dû subir des années de traitement déloyaux de la part d'une poignée de collègues activistes et gardiens du temple qui ont empêché la publication de nos articles et bloqué nos demandes de crédits pour des raisons les plus futiles.

...Ce n'est pas tout. L'"affaire Bengtsson" ne s'est pas arrêtée là. Il y a eu un second épisode. Voyez la suite.


4) Un article scientifique de Bengtsson et al. est refusé avec des commentaires de relecteurs pour le moins étonnants :

Perçu comme s'inscrivant dans la lignée de cette "épuration" comme l'appelle Steve McIntyre, un article récent de Bengtsson et de quatre collaborateurs américains et suédois vient d'être rejeté par l'éditeur d'une revue de l'IOP (UK) (Environnment Research Letters).
Cet article mettait en lumière les divergences entre les modèles et les observations relevées notamment à partir des données telles que celles qu'on peut trouver dans le dernier rapport du GIEC (AR5) (comme je l'avais noté dans des billets précédents) et avançait l'idée (comme quelques autres) d'une sensibilité climatique au CO2 nettement plus faible que celle qui est prônée par les rapports du GIEC, ce qui, à l'évidence, rejetterait le "changement climatique anthropique" dans les profondeurs du classement des préoccupations.
Entre autres commentaires négatifs, le rejet de l'article est justifié, par l'un des rapporteurs, de la manière suivante :

"En résumé, la comparaison simpliste des prédictions tirés de l'AR4, de l'AR5 et de Otto et al, ceci combiné avec les affirmations qu'elles sont incompatibles est moins qu'utile, et de fait, cet article est nuisible car il ouvre la porte à des affirmations exagérément simplistes d'"erreurs" ou encore pire de la part des médias climato-sceptiques.

Plusieurs médias (anglophones et germanophones) ont réagi à ces assertions, pour le moins surprenantes de la part de relecteurs de revues scientifiques dont le devoir est de se limiter strictement à des considérations scientifiques à l'exclusion de toute considération politique. Ainsi le très connu Times de Londres (qui a démontré timesukdans le passé qu'il était très loin d'être un "média climato-sceptique", bien au contraire) titre, en une, dans son édition du 16 Mai avec une accusation gravissime (pour des scientifiques) : "Des scientifiques dissimulent des points de vue "nuisibles" sur le climat" et explique à ses (très nombreux) lecteurs :

Hier soir, un travail de recherche qui accumule les doutes sur le taux du réchauffement climatique a été délibérément écarté par des scientifiques parce qu'il était "moins qu'utile" pour leur cause. Faisant écho au scandale infamant du "Climategate" à l'Université d'East Anglia [NdT : Voir ce billet], une des revues au top des journaux académiques a rejeté le travail de cinq experts suite à un jugement confidentiel d'un relecteur dénonçant cet article comme "nuisible". Lennart Bengtsson qui est actuellement chercheur invité à l'Université de Reading et l'un des auteurs de cette étude, a déclaré qu'il soupçonnait que l'intolérance vis à vis des vues dissidentes sur la science climatique était à l'origine du refus de publier cet article. [...]
"Le problème que nous rencontrons maintenant dans la communauté scientifique c'est que quelques scientifiques confondent leur rôle en tant que scientifiques avec celui d'activistes du climat." a dit Bengtsson.

Toujours dans le Times (UK) du 16 Mai, (Lord) Matt Ridley (Ridley est un écrivain-journaliste, membre de la chambre des Lords, de la Royal Society of Literature, de l’Académie britannique de médecine et de l’Académie américaine des Arts et des Sciences) écrit sous le titre :
"Ce harcèlement contre les sceptiques de la science climatique doit cesser.
Depuis quand la diabolisation de ses contradicteurs est-elle devenue une pratique acceptable ?"

La démission du Professeur Bengtsson montre que le "consensus" revendiqué au sujet du réchauffement climatique alarmant implique la suppression des désaccords au moyen du harcèlement académique. Le Professeur insiste sur le fait qu'il n'y a pas de consensus au sujet de la vitesse et de l'intensité future du réchauffement dû aux gaz à effet de serre et encore moins au sujet des réponses qui peuvent être apportées.

Les preuves de l'existence d'un tel harcèlement sont apparues lors du scandale du "Climategate" en 2009 dans lequel les emails de quelques scientifiques ont révélé qu'ils étaient disposés à menacer et à blackbouler les collègues, les journalistes et les éditeurs qui exprimaient des points de vue sceptiques. Je discute fréquemment avec des scientifiques qui ne sont pas convaincus que le changement climatique soit, même de loin, le problème environnemental le plus urgent pour la planète mais qui ne mettront pas leur tête au dessus du parapet [NdT : Allusion aux soldats dans les tranchées] par peur de représailles pour leurs carrières.
Qu'advient-il du monde académique si la pratique de la diabolisation et du bâillonnement de vos opposants est devenue une pratique acceptable ? Les persécutions exercées à l'encontre du Professeur Bengtsson montrent précisément pourquoi des groupes de réflexion tels que le GWPF sont essentiels. En vérité, la vieille plaisanterie s'est révélée encore plus pertinente : "Quel est l'opposé de diversité ? C'est l'Université."

Partant du communiqué de l'éditeur de la revue de l'IOP qui endosse la prise de décision du rejet de l'article de Bengtsson et al. en y incluant l'argument politique mentionné ci-dessus, Steve McIntyre, pour sa part, remarque (ironiquement) :

Ainsi, l'"erreur", selon l'éditeur, semble n'être rien d'autre que l'exigence de Bengtsson que les modèles soient cohérents avec les observations. Sans aucun doute et même en matière de science climatique, une telle exigence ne peut pas être sérieusement considérée comme une "erreur".

De fait, la lecture du rapport des referees montre que selon ces deniers, Bengtsson et al commettent l'erreur" de comparer les résultats des observations avec les résultats des simulations numériques qui, selon eux, ne sont pas des prédictions ou des prévisions mais des projections ou des scénarios, et donc que cette comparaison serait une "erreur" (selon les referees).
Si on se souvient que Bengtsson a consacré la plus grande partie de sa longue carrière (51 ans !) à la modélisation numérique, il est difficile d'imaginer qu'il ne sait pas exactement de quoi il parle et on imagine aisément qu'il a suffisamment d'expérience pour savoir qu'il est indispensable de comparer les résultats des projections ou des scénarios numériques avec la réalité afin de valider ces derniers, si possible...

Pour sa part, Roy Spencer, climatologue à l'UAH, responsable des mesures satellitaires du même nom, écrit, le 16 mai :

"Les manoeuvres d'intimidation à l'encontre de Lennart Bengtsson ne sont que le dernier exemple du comportement déplorable de climatologues qui ont passé un contrat avec le diable. Ils ont échangés leurs âmes de scientifiques contre des contrats de recherche, du prestige et un accès facile aux revues scientifiques pour publier leurs articles. Je prédis que l'histoire les traitera sans indulgence et qu'en conséquence la réputation des climatologues sera mise à mal. Ce comportement déplorable de la communauté des scientifiques du climat n'a rien de nouveau. Il perdure depuis au moins 20 ans.
Certains d'entre nous (Christy, Lindzen, moi-même et d'autres) ont eu a subir des traitements inéquitables depuis plusieurs années de la part d'une poignée de collègues activistes et gardiens du temple qui ont empêché la publication de nos articles ou l'obtention de contrats de recherche avec les arguments les plus fragiles."

Le climatologue vétéran Roger Pielke Sr. est cité par le Spiegel Intl online en ces termes :

"Roger Pielke Sr. de l'Université du Colorado déclare : "Malheureusement, la climatologie est devenue très politisée et les points de vue qui diffèrent de ceux qui contrôlent le processus de rédaction des rapports sont, soit ignorés, soit ridiculisés. Au vu de ma propre expérience, je suis d'accord à 100% avec les déclarations du très éminent Lennart Bengtsson."

Le professeur Roger Pielke Jr. (le fils du précédent) et également cité dans le Spiegel Intl online. A noter que ni lui, ni son père ne sont des climato-sceptiques.

Pielke Jr. confirme que la recherche en climatologie est un boulot difficile. "Nous avons affaire à des gens qui jouent dur" dit-il. "A titre personnel, j'ai subi de très fortes pressions professionnelles au cours de ces années. Ceci incluait des menaces contre mon travail, l'ostracisme professionnel, des présentations publiques déformant mes propos et mes points de vue, des tentatives pour m'empêcher de parler en public ainsi que des menaces personnelles dont beaucoup d'entre elles ont été documentées en public." Il ajoute que "Quiconque désirant participer au débat public sur le changement climatique devrait le faire en sachant comment cela se passe de nos jours -- C'est sordide, méchant, destructeur."

Le Grantham Institute à l'Imperial College de Londres représente le versant opposé au GWPF avec lequel il est en conflit ouvert. Pourtant, dans cette occasion peu reluisante et au vu de la réaction outrée des médias, ses responsables ont choisi de se désolidariser des chercheurs qui ont harcelé Bengtsson et de rappeler quelques grands principes oecuméniques tout en égratignant au passage le GWPF, leur "pire ennemi".
Un responsable du Grantham écrit, sous le titre "La science et une société ouverte":

La démission du Professeur Lennart Bengtsson du conseil scientifique du GWPF a fait l'objet d'une importante couverture médiatique. Elle pose des questions importantes.
Quel que puisse être le point vue de quiconque sur le rôle, les motivations et l'intégrité du GWPF dans cette affaire, il relève du choix personnel des scientifiques de s'associer ou non avec lui afin d'y assurer un rôle de conseil.
Il est regrettable que les orientations politiques au sujet du climat affectent apparemment à ce point l'activité scientifique. Le Grantham Institute de l'Imperial College s'est toujours opposé à ce genre de comportement, pensant que le progrès scientifique exige que la société demeure ouverte. Nous essayons d'échanger avec un large éventail de personnalités, certaines d'entre elles ayant des points de vue radicalement différents sur le changement climatique.
Le déroulement de cette affaire est probablement un effet du "eux ou nous" qui a imprégné le débat sur la science climatique depuis des décennies. Il résulte, en partie de - et en réaction à - une pression externe exercée sur la communauté climatique.

Mais nous devons être clairs, ceci ne constitue en aucun cas une justification. Une pression concertée externe - si c'est ce qui a été fait - sur le Professeur Bengtsson pour le forcer à démissionner de sa fonction au GWPF était une faute et une erreur de jugement.

[...] Cet événement nous montre que le maintien d'une saine séparation entre la science et la politique - de chaque côté du débat politique - constitue un enjeu aussi permanent qu'indispensable..

3) Quelques titres récents dans la presse US/UK/Allemande :
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Der Spiegel (All) (Axel Bojanowski, 12 mai) : "Débat sur le changement climatique : Un scientifique renommé devient un sceptique". "Le météorologue Lennart Bengtsson a depuis longtemps été considéré comme une tête froide dans le conflit souvent virulent sur le réchauffement climatique. Il défend sa décision de rejoindre une organisation sceptique sur le changement climatique au cours d'un interview."
La légende de l'image ci-contre en entête de l'article est une citation de Bengtsson tirée de l'interview : "Je ne crois pas que cela ait du sens que notre génération croit ou prétende qu'elle peut résoudre les problèmes du futur."

The Financial Post (Peter Foster, 15 mai) : "Un scientifique suédois éminent est la dernière victime du McCarthysme climatique."

The Wall Street Journal (US) (James Taranto, 15 Mai) "L'autoritarisme scientifique. La question du scepticisme pour les climatologues."
Taranto conclut : "L'intuition est suffisante pour faire la distinction entre l'autoritarisme et l'autorité authentique."

The Times of London (UK) (Ben Webster, 15 Mai) ""La chasse aux sorcières" contraint un scientifique à la démission."

Investor.com (éditorial, 16 Mai) : "Climategate II et la montée du McCarthysme climatique".

The Telegraph (UK) (Lucy Kinder, 15 Mai): "Un climatologue est forcé de revenir sur ses positions suite à des pressions dignes du McCarthysme"
"Un climatologue suédois déclare qu'il a été soumis à une chasse aux sorcières réminiscente de l'ère McCarthy."
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Daily mail (UK) (Ben Spencer, 16 Mai) : "Une étude suggérant que le réchauffement climatique a été exagéré a été rejetée par un journal réputé parce qu'elle était " moins qu'utile" pour la cause climatique, déclare un professeur."

Mail on Sunday (UK) (David Rose, 18 mai) : "Révélation : Comment des zélotes verts ont bâillonné un professeur qui avait osé remettre en question le réchauffement climatique."

  • Une étude du Professeur Lennart Bengtsson a été rejetée en étant qualifiée de "nuisible".
  • Ceci a déclenché des accusations selon lesquelles des scientifiques censurent des découvertes.
  • Le Professeur, âgé de 79 ans, est l'un des plus éminents climatologues au monde.
  • La semaine dernière, il a démissionné du conseil scientifique du GWPF.

Times (UK) (Ben Webster, 17 mai): "Des scientifiques condamnés pour biais politique sur le changement climatique".

The Telegraph (UK) (Sarah Knapton, 16 Mai) : "La science du changement climatique est devenue aveugle vis à vis de son biais pour les idées vertes". " La climatologie est devenue aveugle au biais vert ce qui risque de supprimer la recherche qui remet en cause le changement climatique anthropique nous disent des scientifiques."

The Sunday Times (UK) (Rod Liddle, 18 Mai) "Oui, nous sommes condamnés - Si nous traitons les climato-sceptiques comme le feraient des nazis."

Der Spiegel (All) (Axel Bojanowski, 17 Mai)) "L'attaque contre ceux qui ne sont pas d'accord : L'angoisse d'un climatologue face aux pressions de ses pairs."

Forbes (US) (Björn Lomborg, 22 Mai) : "Le McCarthysme en sciences du climat."

National Review Online
(US) (John Fund, 23 Mai) : "Il est difficile de vendre le changement climatique" (citation de la lettre de Bengtsson et commentaires)

Spiegel Interntional online (All) (Axel Bojanowski, 23 Mai) : "Un débat houleux : Les climatologues sont-ils forcés de rester dans les clous ?"
"Après avoir rejoint un groupe de lobbying controversé, critique du réchauffement climatique, le météorologiste
Lennart Bengtsson déclare qu'il a été rejeté par des collègues, ce qui l'a poussé à la démission. Des scientifiques se plaignent que des pressions pour se conformer aux opinions du consensus sont devenues de sérieux handicaps pour ce domaine de recherche."

Etc.

A ma connaissance, RIEN dans la presse francophone à ce sujet. Il en avait été pratiquement de même lors de l'affaire du Climategate (en 2009) où le débat qui avait soulevé l'intérêt de la presse internationale à l'époque, avait été rapidement glissé sous le tapis par les médias francophones, comme "sans intérêt".

4) Quelques compléments récents :

1) En réponse à une accusation du Guardian à l'encontre de Lindzen et Bengtsson qui ont rejoint les conseils scientifiques de divers groupes de réflexion, Judith Curry donne une liste rapide mais déjà longue, des climatologues mainstream officiellement affiliés à des organisations ou à des groupes de réflexion environnementalistes.

2) Andrew Montford dresse, sur son blog Bishop Hill; une liste de quelques réactions des pro-GIEC à l'annonce de la participation puis de la démission du conseil scientifique du GWPF par Lennart Bengtsson. Les commentaires lus dans les blogs ou dans les médias sociaux vont de l'accusation de sénilité (Andrew Dessler) à celle de William Connelley (un activiste vert qui a longtemps fait la pluie et le beau temps sur tout ce qui touche au climat dans Wikipedia avant d'en être remercié) qui, lui, sans vergogne, n'hésite par à qualifier Lennart Bengtsson de "crybaby", c'est à dire de "pleurnichard". L'IOP (l'Institute of Phyiscs UK) qui exerce la tutelle de la revue ERL donne un point de vue relativement mesuré sur cette affaire tout en renouvelant son credo envers le processus de peer-review qui est pourtant sérieusement remis en cause par cette affaire comme par quelques autres.

3) Enfin, tout récemment, le 21 Mai, Lennart Bengtssson a souhaité publier un texte résumant ses points de vue sur la situation de la science climatique dans un blog suédois (pourtant franchement hostile à sa démarche). Ce texte, publié en version anglaise approuvée par l'auteur, mérite d'être lu. Il est intitulé : "Mes points de vue sur la recherche en climatologie".

On peut y lire notamment (caractères engraissés par PU) :

"Ce qui est encore plus inquiétant c'est la tendance qui consiste à donner au public l'impression que les événements météorologiques deviennent plus extrêmes et que ceci est déjà en cours [NdT : C'est ce que font actuellement le président Obama et son secrétaire d'état John Kerry, entre beaucoup d'autres]. A l'exception d'une possible augmentation des précipitations et d'une possible intensification des ouragans tropicaux qui n'ont pas encore été observés, il n'y a aucune indication de l'augmentation d'événements météorologiques extrêmes dans les simulations des modèles et encore moins dans les observations actuelles. [...]

Ce qui est, peut-être, plus préoccupant encore est la tendance croissante à la pseudo-science dans le domaine de la recherche climatique. On le voit par le biais des publications qui ne publient que des résultats qui vont dans le sens d'une seule hypothèse climatique en s'abstenant de publier les résultats qui s'en écartent. Même le temps extrêmement froid comme celui qui a régné cette année au Nord des USA et au Canada a été considéré comme une conséquence de l'effet de serre.

Si Karl Popper était vivant aujourd'hui, nous aurions certainement dû affronter une féroce critique de ces comportements. Ceci est également démontré par la réticence des journaux scientifiques à publier des résultats qui contredisent les affirmations simplistes sur le climat, telles que celles sur la longue période de ces 17 dernières années qui a connu un réchauffement insignifiant ou nul au dessus des océans et une augmentation de la couverture glacée autour de l'Antarctique. Mes collègues et moi n'avons reçu qu'un accueil mitigé quand nous avons essayé de montrer que les observations indiquent une sensibilité climatique plus faible que celle qui résulte des calculs des modèles. Un tel comportement peut très bien ne pas être intentionnel. Il peut plutôt relever de ce que mon collègue Hans von Storch appelle un effet de "la construction sociale" [...]

Je tiens à insister sur le fait que je suis un adversaire affirmé de la construction sociale des sciences naturelles qui a pris une grande ampleur au cours de ces dernières années. Par exemple, des scientifiques allemands [NdT : Bengtsson fait sans doute allusion aux récentes déclarations de Schellnhuber du PIK qui ont provoqué un tollé en Allemagne] ont tenté de lancer le concept de ce qu'ils appellent "la bonne science" qui consiste à s'assurer que les recherches en sciences de la nature ne seront pas conduites par ce qu'ils considèrent comme de la recherche motivée par une curiosité anti-sociale en poursuivant des objectifs de recherche qui ne seraient pas les "bons"."


En bref, Bengtsson persiste et signe. Son allusion au concept de "bonne science" possède des relents de sinistre mémoire, tout particulièrement en Allemagne. Il n'est pas surprenant que ce concept qui distingue la "bonne" recherche scientifique effectuée selon des prémisses politiques, sociales ou autres, y ait soulevé un tollé lors des déclarations du climatologue de Potsdam, Schellnhuber qui est toujours conseiller scientifique auprès de Merkel.


5) Conclusion :

Comme on le constate, l'intolérance, les tentatives d'intimidation, les menaces etc. ont littéralement infesté ce (petit) domaine de la science. Pourtant, par définition même, la pratique de la science et, surtout, de la découverte, impliquent, le plus souvent, une démarche nécessairement hérétique par rapport aux acquis et au consensus de l'époque. Hélas, ceci n'est pas vraiment nouveau. L'histoire des sciences et des découvertes n'est qu'une longue litanie des avanies et des vexations subies par des chercheurs novateurs qui ont eu à souffrir et parfois durement, des critiques, des dénigrements ou pire, de la part de leurs collègues de l'Establishment de l'époque. Certains, comme Wegener, sont morts avant que leurs mérites soient reconnus...

Richard Feynmann, un des esprits scientifiques le plus brillants du XXè siècle, avait énoncé quelques principes à propos des certitudes et des doutes en matière de science. Il avait dit :

Les scientifiques ont une certaine expérience au sujet de l'ignorance, des doutes et des incertitudes et cette expérience est d'une très grande importance, je pense. Quand un scientifique ne connaît pas la réponse à un problème, il est ignorant. Quand il a une intuition sur ce qu'est le résultat, il est incertain. Et quand il est est à peu près sûr de ce que sera le résultat, il a encore des doutes. Nous avons observé qu'il est d'une importance cruciale, qu'afin de progresser, nous devons reconnaître nos ignorances et laisser la place au doute. La connaissance scientifique est une collection d'affirmations qui ont divers degrés de certitude - Il y en a qui sont plutôt incertaines, d'autres presque certaines, mais aucun n'est absolument certaine.

Sages paroles.

Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont eu la patience de suivre ce long dossier qui montre une fois de plus, comme je l'avais déjà écrit et comme cela a été relevé par de nombreux intervenants cités ci-dessus, que la politisation de la science et l'intolérance ont été et demeurent de véritables fléaux pour la science. La science ne peut procéder que par un long enchaînement de débats contradictoires, d'erreurs et de corrections. Y mettre un terme en déclarant que "The science is setlled" (la science est comprise) est une erreur majeure.
La mise en place, par les politiques, de "la machinerie à fabriquer des consensus" qu'est le
GIEC traduit une incompréhension fondamentale du fonctionnement même de la recherche et de la découverte.
Lennart Bentgtsson s'est exprimé clairement à ce sujet. Il a dit :

"Dans sa globalité, le concept même du GIEC est fondamentalement faux"

J'ajoute que je ne suis vraiment pas fier du comportement de certains de mes collègues de cette discipline et je me demande comment les jeunes chercheurs frais émoulus dans ce domaine de recherche parviennent à supporter, sans broncher, de vivre leur vocation dans une atmosphère aussi oppressante...
Bon courage à eux.

Stay tuned !


23 Avril 2014 : Rapports du GIEC : Les seniors sortent de leur réserve. James Lovelock et Lennart Bengtsson parlent ouvertement.

La publication des rapports des groupes II ( Les conséquences prévisibles) et III (Les remèdes potentiels) et notamment celle du "Résumé pour les décideurs" du GIEC a soulevé de vives critiques, notamment de la part d'un certain nombre de scientifiques du domaine ou d'économistes de l'environnement. S'appuyant sur les prévisions/scénarios du groupe I (les causes), ces rapports présentent les mêmes caractéristiques que celles que nous avions notées pour le rapport du groupe I. En bref, des rapports complets sont extrêmement copieux et bien documentés, mais aussi difficiles à lire pour les non-initiés. En réalité, ces rapports complets sont relativement peu alarmistes et plutôt en retrait, de ce point de vue, par rapport aux précédents. Par contre, le "Résumé pour les Décideurs" (SPM) constitue, une fois encore, une véritable caricature du contenu des rapports complets. Il est vrai que les rapports complets sont rédigés par des scientifiques et que l'adoption des "Résumés Pour les Décideurs" (que certains ont rebaptisé "le Résumé par les décideurs") fait intervenir un grand nombre de représentants politiques délégués par chaque nation participant au GIEC...
C'est dans ces circonstances que deux scientifiques chevronnés et renommés, désormais en retraite, ont souhaité faire partager leurs points de vue.

Lennart Bengtsson est un éminent scientifique suédois dont on peut apprécier la très brillante carrière dans ce billet. Alarmé par le développement des perspectives politico-climatiques Bengtsson avait déjà fait connaître son opinion sur le blog de son collègue Hans von Storch comme je l'avais rapporté en Septembre 2013.

Pour sa part, James Lovelock, l'auteur de la thèse dite Gaïa, est un scientifique-auteur d'une multitude d'inventions remarquables. Lovelock a certainement été le principal promoteur de l'alarmisme climatique au Royaume Uni, dès les années 70-80. Depuis lors, confronté aux observations objectives, il a revu ses positions au point de devenir un des critiques les plus acerbes du GIEC, de ses participants et de quelques affirmations plus ou moins médiatiques sur divers autres sujets comme vous allez le voir. Compte tenu de sa notoriété, Lovelock a eu les honneurs d'une interview dans la revue Nature dont voici de larges extraits précédés d'une introduction-présentation de Lovelock par le chroniqueur de cette revue (Philip Ball (9 avril 2014))

1) Réflexions de James Lovelock sur l'héritage de Gaïa, sur le changement climatique, sur Fukushima, Tchernobyl etc.
Un interview publiée dans la revue Nature.

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"Réflexions de James Lovelock sur l'héritage de Gaïa

Un scientifique qui participe à une exposition qui s'ouvre aujourd'hui à Londres, s'exprime sur Gaïa, sur le changement climatique et sur la nécessite (ou non) du processus de revue par les pairs.

Une nouvelle exposition au Musée de la Science de Londres a donné l'occasion de voir les archives personnelles des scientifiques qui comptent parmi les plus influents de notre époque : James Lovelock "A la découverte de Lovelock : le scientifique, l'inventeur, le non-conformiste" raconte l'histoire du chercheur britannique dans les domaines de la médecine, des sciences environnementales et de la planète. Elle montre des documents qui remontent aux histoires de son enfance, des griffonnages sur des carnets de laboratoire ainsi que des textes de brevets et des lettres émanant de dignitaires du passé comme l'ancienne premier ministre du Royaume Uni (et chimiste) Margaret Thatcher. On y trouve également plusieurs inventions de Lovelock telles que le détecteur capteur d'électrons qui a permis la mesure des chlorofluorocarbones destructeurs de l'ozone de l'atmosphère dans les années 1970.

Lovelock qui est né en 1919 est surtout connu pour "l'hypothèse Gaïa" qui avançait l'idée que la Terre fonctionne comme un système qui s'auto-régule de manière semblable à un organisme vivant. Cette idée à provoqué une controverse quand Lovelock et le micro-biologiste Lynn Margulis l'ont mise en avant dans les années 1970 mais les scientifiques de l'environnement et de la planète en acceptent à présent les principes de base. En 2006, son livre "La vengeance de Gaïa" prédisait des effets désastreux dus au changement climatique pour les toutes prochaines décennies à venir. Il y écrivait que "Seule une poignée des milliards d'habitants en capacité de procréer qui sont vivants aujourd'hui, survivront."

Cette semaine, Lovelock a parlé à la revue Nature au sujet de sa carrière, de ses prédictions antérieures et de son nouveau livre "Une dure route vers le futur".(recensé la semaine dernière dans Nature). .

- Est-ce que le changement climatique va être moins extrême que vous ne l'aviez pensé auparavant ?

La vengeance de Gaïa dépassait les bornes mais nous étions tous tellement impressionnés par la corrélation parfaite entre la température et le CO2 dans les analyses des carottes de glace [prélevées dans les glaces du Groenland et de l'Antarctique étudiées depuis les années 1980]. Vous auriez pu tracer une ligne droite corrélant la température et le CO2 et c'était tellement tentant pour que tout le monde affirme que "Eh bien, avec la montée du CO2 nous pouvons dire que telle ou telle année, il fera chaud comme ça.". C'était une erreur que nous avons tous commise.

Nous n'aurions pas dû oublier que le système a énormément d'inertie et que nous n'allons pas changer ça très rapidement. La chose que nous avons tous oublié c'est le stockage de la chaleur dans les océans - qui est mille fois plus grande que celle qui est dans l'atmosphère. Vous ne pouvez pas changer ça très rapidement.

Mais, en tant que scientifique indépendant il est beaucoup plus facile de dire que vous vous êtes trompé que si vous faites partie d'un département gouvernemental ou quoi que ce soit d'autre.

- Eh bien alors à quoi vont ressembler les 100 prochaines années ?

Il est impossible de répondre à cette question. Tout ce que je peux dire c'est qu'en aucun cas cela ne sera jamais et d'aucune façon aussi mauvais que ce que prédisent les scénarios les plus pessimistes.

- Etes vous encore pessimiste quand à la perspective de parvenir à une solution politique sur le changement climatique ?

Absolument.

- Dans votre dernier livre, vous vous déclarez partisan de ne pas essayer d'arrêter le changement climatique mais, plutôt, d'effectuer ce que vous appelez une "retraite soutenable". Pourquoi cela ?

Je pense que c'est la meilleure approche. Courir et foncer en avant ressemble beaucoup à une stratégie napoléonienne avant une bataille. Il est beaucoup mieux de réfléchir à la manière dont nous pouvons nous protéger. Si nous voulons vraiment faire quelque chose de bénéfique, nous devrions faire plus d'efforts pour faire de notre planète un lieu convenable pour y vivre dans le futur plutôt que d'essayer de sauver quoi que ce soit dans un futur éloigné. Ceci est particulièrement vrai pour la Grande Bretagne. Nous sommes presque morts de faim pendant la seconde guerre mondiale. Notre production agricole n'a pas augmenté suffisamment pour subvenir aux besoins de la population actuelle. C'est une chose sur laquelle nous devrions porter toute notre attention et non pas chercher à jouer aux devinettes en espérant des jours meilleurs.

- Est-ce que l'énergie nucléaire fera partie du futur malgré le désastre nucléaire de Fukushima au Japon ?

Cette affaire de Fukushima est une plaisanterie. Bon, ce n'est pas une plaisanterie, c'est très sérieux - Mais comment avons-nous pu être trompés par quelque chose comme ça ? Vingt six mille personnes ont été tués par le tremblement de terre de force 9 et par le tsunami [qui a causé la fusion du réacteur] et combien y a-t-il eu de morts avérés qui ont été tués par l'accident nucléaire ? Aucun

[Au sujet du désastre de Tchernobyl, Lovelock écrit dans "Une dure doute vers le futur" : "Les mensonges les plus étonnants ont été proférés et le sont encore et ils sont crus par tout le monde....Malgré au moins trois enquêtes effectuées par des médecins renommés, il n'y a eu aucune augmentation mesurable de la mortalité en Europe de l'Est. "]

Une grande quantité des investissements effectués dans les technologies vertes ont été une gigantesque arnaque même si cela partait de bonnes intentions."

[...]

La réaction de l'establishment climatique britannique à cette interview de Lovelock publié dans Nature, ne s'est pas fait attendre. En bref, comme on pouvait le prévoir, Lovelock y est accusé de ne pas être d'accord avec les déclarations du rapport AR5 du GIEC...bengtsson4

2) Lennart Bengtsson : Sur la science et la politique du changement climatique

Texte de Lennart Bengtsson publié le 15/04/14 dans un journal suisse à grand tirage, le Neue Zürcher Zeitung.
Il existe une traduction en anglais de Philipp Mueller

Voici une traduction en français de la déclaration de Bengtsson que beaucoup considèrent comme une analyse "raisonnable et prudente" de la situation par un ancien membre éminent du sérail de la climatologie. Les caractères engraissés dans ce texte le sont par l'auteur de PU.

"Nous savons depuis la fin du XIXe siècle que le climat de la Terre est sensible aux gaz à effet de serre présents dans l'atmosphère. Cest à cette époque que le chimiste suédois Svante Arrhénius a montré qu'une augmentation de la teneur en CO2 induirait un réchauffement du climat. De fait, Arrhénius avait peu d'espoir que cela se produise. Par conséquent, les Suédois devraient continuer à souffrir du froid et d'un climat déplorable. Depuis cette époque, beaucoup de choses ont changé. Les émissions annuelles de CO2 ont à présent atteint un niveau qui est environ 20 fois supérieur à celui de 1896. Ceci est à l'origine d'une inquiétude qui s'est répandue dans le monde entier.

Un accroissement du CO2 dans l'atmosphère conduit sans aucun doute à un réchauffement de la surface terrestre. Mais l'amplitude et la vitesse de ce réchauffement sont encore incertaines parce que nous ne pouvons pas encore séparer de manière satisfaisante l'effet des gaz à effet de serre des autres influences climatiques. Bien que le forçage radiatif des gaz à effet de serre (incluant le méthane, les oxydes d'azote et les fluorocarbones) ait augmenté de 2,5 watts/m2 depuis la moitié du XIXe siècle, les observations ne montrent q'un réchauffement modéré de 0,8° Celsius. Ainsi, le réchauffement est nettement plus petit que celui qui a été prédit par la plupart des modèles climatiques. De plus, le réchauffement du siècle dernier n'a pas été uniforme. Des phases de réchauffement manifeste ont été suivies par des périodes sans aucun réchauffement, allant même jusqu'au refroidissement.

La relation complexe qui n'est seulement que partiellement comprise, entre les gaz à effet de serre et le réchauffement climatique conduit à un dilemme politique. Nous ne savons pas quand nous pouvons nous attendre à un réchauffement de 2° Celsius. Le GIEC suppose que la Terre va se réchauffer de 1,5 à 4,5° Celsius en réponse à un doublement de la concentration en CO2. Cependant, ces fortes valeurs de la sensibilité climatique ne sont pas en accord avec les observations. En d'autres termes, le réchauffement climatique n'a pas été un problème sérieux jusqu'à maintenant si nous nous fions aux observations. Cela ne devient un problème que si nous nous basons sur les simulations numériques du climat par les ordinateurs.

Il n'y a pas d'autre choix que de passer par ces simulations sur ordinateur si on veut prédire ce qui va se passer dans le futur. Mais comme il n'y a aucun moyen de s'assurer de leurs validités, les prévisions numériques reposent plus sur de la croyance que sur des faits. Le GIEC a publié l'opinion de ses experts il y a quelques mois et a présenté ces dernières sous la forme de probabilités. Tant que les résultats ne peuvent pas être étayés par des modèles dûment validés celles-ci donnent l'impression trompeuse d'être fiables.

Les états membres de l'Union Européenne poursuivent une stratégie destinée à limiter le risque climatique en réduisant au minimum et le plus rapidement possible, l'usage des carburants fossiles. Beaucoup de citoyens ne veulent pas courir de risque et, de ce fait, sont en faveur de cette politique. De plus, beaucoup de citoyens désirent se débarrasser de l'énergie nucléaire parce qu'elle aussi est perçue comme trop risquée. Eliminer, tout à la fois, l'énergie nucléaire et les carburants fossiles, constitue un énorme défi. Malgré tout, l'Allemagne et la Suisse ont fait le choix d'opérer une telle transition. Poursuivre une politique énergétique aussi radicale et peut-être hasardeuse, en dépit des possibilités économiques, scientifiques et techniques limitées, constitue une entreprise gigantesque. .

Dans ce contexte, on doit considérer deux facteurs. Tout d'abord, une transition énergétique de ce genre ne fera malheureusement que peu baisser les émissions de CO2 de la planète, parce que 90% de ces émissions proviennent de pays situés en dehors de l'Europe. Nombre de ces pays vont probablement augmenter leurs émissions de CO2 dans le futur du fait que leur population augmente et que leur priorité numéro un est d'améliorer le niveau de vie de leurs habitants. La Chine constitue un cas particulier. Ses émissions de CO2 ont plus que doublé durant la dernière décennie et elles sont, maintenant, près de 50% supérieures à celles des USA. Pour diverses raisons il n'y a pas actuellement d'alternative aux fluides fossiles dans les pays en voie de développement. Les besoins en énergie sont très importants dans ces pays. Actuellement, il y a 1,3 milliard de personnes qui n'ont pas accès à l'électricité. Dans le but de réduire rapidement et facilement leurs émissions, les pays de l'OCDE ont exporté quelques-unes de leurs industries très énergivores dans les pays en voie de développement ; ça fait bien dans les statistiques nationales. Par contre, au plan global, cela ne fait pas grande différence car les émissions se produisent tout simplement quelque part ailleurs.

D'autre part, la transition rapide vers les énergies renouvelables a entraîné une augmentation considérable du prix de l'énergie dans de nombreux pays et tout particulièrement en Europe. Ceci a pour conséquence de mettre à mal la compétitivité et de conduire à des délocalisations des industries grandes consommatrices d'énergie vers des pays tels que les USA où le coût de l'énergie à chuté de manière significative du fait de l'utilisation du gaz de schiste.

On ne doit pas être surpris de constater qu'il y a d'autres forces en jeu qui poussent vers un changement rapide. Ceci résulte du fait que dès que des subventions gouvernementales sont impliquées, d'énormes profits deviennent accessibles. Cependant, avant que des changements radicaux et hâtifs puissent être appliqués au système énergétique en vigueur, on doit avoir des preuves solides que le changement climatique est suffisamment préjudiciable. Nous sommes encore loin de posséder de telles preuves. Il serait aberrant de conclure, à la lecture du rapport du GIEC et d'autres rapports, que la science est comprise.

Nous ne savons pas encore quelle est la meilleure solution pour résoudre les problèmes énergétiques de notre planète. Mais beaucoup de choses peuvent se produire pendant les cent prochaines années. Une sensibilité climatique modérée comme celle qui est suggérée par les observations récentes pourrait procurer un espace de respiration d'environ un demi-siècle (mais pas beaucoup plus), si, pendant le même temps, un basculement du charbon vers le gaz naturel se produit. Ceci nous offre l'opportunité d'éviter des investissements inutiles réalisés sous l'emprise de la panique et d'investir de préférence les ressources disponibles dans des programmes de recherche à long terme bien réfléchis. Ces derniers incluent les nouvelles formes d'énergie nucléaire tout comme l'utilisation des déchets nucléaires pour produire de l'énergie."

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Lennart Bengtsson était, jusqu'en 1990, le Directeur de l'Institut Max Planck pour la Météorologie à Hambourg. Après son départ en retraite, il a dirigé, entre autres, le Département des Sciences de la Terre de l'Institut International des Sciences de l'Espace à Berne."

D'autres traductions en français.de cet article de Lennart Bengtsson ont été publiées (Belgacomcloud (h/t skyfall) et Contrepoints)

La climatologue Judith Curry a également cité, (parmi d'autres) de larges extraits des déclarations de ces deux mêmes scientifiques dans un billet intitulé "Changement climatique : ce que nous ne savons pas ", en réponse (ironique) à une déclaration récente de l'AAAS américaine (Association de scientifiques US) qui était intitulée "Changement climatique : ce que nous savons".
En conclusion de son exposé à ce sujet, Judith Curry fait les remarques suivantes :

"Il est réjouissant de constater que des scientifiques renommés et des penseurs "sortent de leur réserve" pour donner leurs points de vue sur la science climatique et sur la manière dont nous devrions y répondre en des termes qui diffèrent des affirmations du GIEC et des interprétations les plus alarmistes.

Il est malheureux que ce comportement semble se limiter à des scientifiques indépendants ou à des retraités ; les fonctionnaires en activité dans de nombreux pays ne le feraient pas (même si leurs convictions personnelles différent de celles du consensus du GIEC) et le même diagnostic semble s'appliquer à la plupart des scientifiques employés par les universités.
C'est une situation très malsaine, en particulier pour les universités."

On ne saurait mieux dire...

Stay tuned !

 

10 Mars 2014 : Retour vers la variabilité naturelle.

Les lecteurs attentifs se souviendront que j'avais conclu un billet précédent en faisant remarquer que les climatologues proches du GIEC invoqueraient, tôt ou tard, les effets de la variabilité naturelle encore ignorés par les modèles (après avoir longtemps affirmé que la variabilité naturelle, c'est à dire les variations naturelles du climat en l'absence de contribution anthropique, était comprise et correctement prise en compte dans les modélisations).
De fait, nous assistons actuellement à une sorte de retour en arrière du processus de la recherche initié par la mise en place du GIEC qui est maintenant atteint de la "paralysie du paradigme" selon les mots de Judith Curry, vers une analyse plus proche de la méthode scientifique traditionnelle évoquée notamment par le Professeur Bob Carter.
S'agissant de l'analyse de l'influence des émissions anthropiques sur le climat de la planète, la méthode scientifique traditionnelle aurait consisté à rechercher, tout d'abord, l'ensemble des paramètres qui influent, de manière naturelle, sur le climat, c'est à dire en l'absence de forçage anthropique. Ceci aurait permis d'expliquer les causes des importantes variations climatiques des temps passés et notamment, parmi celles-ci, la plus proche de nous, l'intervention du petit âge glaciaire (du XVIIIe au début de XXe siècle) qui est très bien documentée et incontestée. Ceci étant bien compris et modélisé, il aurait alors été possible d'observer et d'analyser les effets de la superposition d'un éventuel forçage anthropique.
Comme le savent les lecteurs(trices) de ce site, ce n'est pas cette méthode qui a été choisie. Le GIEC a été créé avec pour mission d'identifier, d'emblée, les effets anthropiques sur le climat. Cette inversion du processus scientifique traditionnel semble s'être, à présent, retournée contre ses initiateurs.
En effet, les climatologues proches du GIEC ont affirmé, pendant plus de deux décennies que "the science is settled" ("la science est comprise") et qu'ils avaient bien pris en compte l'ensemble des facteurs influençant le climat de la planète. De nos jours, les observations objectives mettent en évidence la divergence croissante entre les modèles et les observations et les climatologues se voient contraints d'effectuer un retour en arrière vers l'analyse des facteurs qui contribuent naturellement aux changements climatiques et qui ont été omis dans les modèles.
Sans aucun doute, certains penseront que c'est là beaucoup de temps perdu par rapport à ce qui aurait pu et dû être fait depuis le début.

Voici donc des extraits de deux articles parus, tout récemment, dans la revue Nature dont on sait qu'elle n'a jamais hésité à promouvoir les thèses du GIEC au détriment des avis opposés. Il s'agit d'analyses plus globales que celles proposées dans les articles spécialisés. Ces articles ont été rédigés par des contributeurs de la revue. Même s'ils sont loin d'être parfaits, je les ai choisi pour leurs qualités pédagogiques et parce qu'ils sont destinées à un public averti mais non spécialiste. Je donne de très larges extraits du premier article et de brèves citations du second.

Ces deux articles sont naturellement relatifs au plateau (ici souvent appelé "hiatus" - le choix du vocabulaire est signifiant) qui fait allusion au fait que la température moyenne à la surface de la planète ne varie plus de manière significative depuis quelques 16 ou 17 années consécutives, ce qui constitue une divergence considérable par rapport aux modèles du GIEC et ceci en dépit d'une croissance persistante du taux de CO2 atmosphérique durant cette même période.
La littérature scientifique de ces derniers mois a été enrichie d'un nombre importants de publications cherchant un explication rationnelle pour ce "plateau" ou ce "hiatus". Pour l'instant, plusieurs explications ont été avancées et les avis divergent. Chacun défend ses positions sans que l'on parvienne à un consensus.
En francophonie, on vous assure, urbi et orbi que tout va bien, que "la science est solide", que les choses sont claires en matière de climatologie.
Rien n'est plus loin de la vérité, comme vous allez le voir.

1) Kevin Trenberth et la chaleur (toujours) manquante : C'est la faute des oscillations océaniques et, notamment, de la PDO.
L'article de la revue Nature qui suit repose essentiellement sur un article récent de Kevin Trenberth (du NCAR US) qui se pose de graves questions et tente une explication sur la divergence constatée entre les modèles du GIEC et les observations objectives. Son explication est une alternative à quelques autres, totalement différentes, qui viennent d'être publiées par d'autres auteurs. Un débat très animé est en cours. Sans aucun doute, Kevin Trenberth fait partie du Top-ten des climatologues proches du GIEC où son influence a été déterminante.

Nature 505, 276–278 (16 Janvier 2014) doi:10.1038/505276a:
Changement climatique : la problématique de la chaleur manquante.

tollefson

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici une traduction presque complète de cet article. Comme à l'accoutumée, les encadrés en couleur différente du fond sont des traductions des textes originaux. Sauf pour les sous-titres, les caractères engraissés dans le corps du texte, le sont par l'auteur de PU.

"Changement climatique : l'affaire de la chaleur manquante
Plongés depuis seize ans dans le "hiatus du réchauffement climatique", les scientifiques reconstituent le puzzle d'une explication.

Le plus grand mystère actuel des sciences du climat a peut-être pris corps, alors qu'il était ignoré jusque là, avec un affaiblissement subtil des vents tropicaux qui soufflent sur l'Océan Pacifique à la fin de l'année 1997. Normalement, ces vents poussent les eaux réchauffées par le soleil vers l'Indonésie. Lorsqu'ils faiblissent, l'eau chaude est reversée vers l'Amérique du Sud, ce qui se traduit par un phénomène connu sous le nom d'El Niño - la température moyenne du globe a atteint une valeur record en 1998 - puis le réchauffement s'est arrêté.

Pendant plusieurs années, les scientifiques ont ignoré la pause au motif des fluctuations du système climatique : les variations naturelles de l'atmosphère, des océans et de la biosphère qui pilotent des épisodes chauds et froids du globe. Mais la pause a persisté ce qui a déclenché une crise mineure dans ce domaine de recherche. Tout en présentant des sauts et des creux, la température moyenne de l'atmosphère n'a monté que très peu depuis 1998, contredisant ainsi apparemment les projections des modèles et en dépit des émissions toujours croissantes des gaz à effet de serre. Les sceptiques du climat ont tiré parti de la tendance des températures comme un élément de preuve que le réchauffement climatique s'était arrêté. Pendant ce temps-là, les scientifiques savent que la chaleur doit quand même augmenter quelque part dans le système climatique mais ils se sont trouvés en difficulté pour expliquer où cette chaleur s'en allait si ce n'était pas dans l'atmosphère. Certains ont commencé à se demander s'il n'y avait pas quelque chose de faux dans leurs modèles.

A présent, alors que le hiatus du réchauffement climatique entre dans sa seizième année, les scientifiques sont enfin rentrés bille en tête dans la problématique de la chaleur manquante. Certains ont pointé le soleil, les volcans et jusqu'à la pollution chinoise en tant que responsables mais des études récentes suggèrent que ce sont les océans qui sont la clef de l'anomalie. Le dernier suspect en date est l'El Niño de 1997-1998 qui a pompé des quantités prodigieuses de chaleur des océans jusque dans l'atmosphère - peut-être suffisamment pour faire basculer le Pacifique équatorial dans un refroidissement prolongé qui a oblitéré la hausse des températures du globe depuis lors.

"L'événement El Niño de 1997 à 1998 a été le déclenchement pour des changements dans le Pacifique et je pense que c'est très probablement le début du hiatus" dit Kevin Trenberth qui est un climatologue au NCAR (Centre National pour la Recherche Atmosphérique) de Boulder au Colorado. Selon cette théorie, le Pacifique tropical pourrait sortir de sa torpeur prolongée de période de froid dans les années à venir. "A la fin", dit Trenberth, "il rebasculera dans l'autre direction" (NdT : sans doute, mais la période de la PDO est de 60-70 ans ce qui fait que cet événement pourrait se produire dans une vingtaine d'années environ).

Un contraste brutal

Vu sur un graphique des températures atmosphériques du globe, le hiatus contraste de manière saisissante avec le réchauffement rapide des deux décennies qui l'ont précédé (Ndt : voir graphique ci-dessous) Les simulations préalablement réalisées selon le GIEC suggèrent que le réchauffement aurait dû se poursuivre avec un taux moyen de 0,21°C par décennie de 1998 à 2012 au lieu du réchauffement observé qui est seulement de 0,04°C par décennie mesuré par le Met Office du Royaume Uni à l'Université de East Anglia à Norwich.
L'explication la plus simple pour le hiatus et pour la divergence avec les modèles est la variabilité naturelle. Tout-à-fait comme il y a des variations entre le chaud et le froid dans le temps qu'il fait d'un jour sur l'autre, les fluctuations chaotiques du climat peuvent propulser les températures vers le bas ou vers le haut d'une année sur l'autre ou d'une décennie sur l'autre. Les données sur les climats du passé montrent des vagues de chaleur ou de froid qui ont duré longtemps et les modèles du climat suggèrent que ceci peut se produire quand le monde se réchauffe sous l'influence des gaz à effet de serre.

Mais aucune des simulations du climat effectuées pour le GIEC n'a engendré ce hiatus particulier à cette période particulière. Ceci a conduit les sceptiques - et quelques scientifiques - à la conclusion controversée que les modèles auraient pu surestimer les effets des gaz à effet de serre et que le réchauffement futur pourrait ne pas être aussi fort que ce qui était redouté"[...].

Voici le relevé de température moyenne (1997-2014) du globe établi par les mesures satellitaires RSS-MSU (qui dispose des données pour le mois de Février 2014)rss-msufev

 

C'est ce que Jeff Tollefson (et Trenberth) appellent "le hiatus" et que quelques autres nomment "la pause".
Pour ma part, comme Pachauri, je préfère utilise le terme de "
plateau" car il n'implique rien sur son avenir...que personne n'est réellement en mesure de prévoir.

 

 

Tollefson qui adhère manifestement aux raisonnements de Trenberth, survole rapidement les autres explications concurrentes et déjà publiées (soleil, volcans, aérosols etc.) pour le "hiatus" et les rejette.

"Mais même les scientifiques qui restent confiants dans les modèles de base, reconnaissent qu'il y a une demande croissante pour expliquer ce qui se passe de nos jours.. "Il y a quelques années, vous voyiez le hiatus, mais on pouvait l'écarter parce qu'il était bien noyé dans le bruit" dit Gabriel Vecchi qui est climatologue à la NOAA (laboratoire de dynamique des fluides de Princeton, New Jersey). A présent, "c'est une chose qu'il nous faut expliquer".

Les chercheurs ont suivi différentes pistes au cours des dernières années en se focalisant essentiellement sur trois facteurs : le Soleil, les particules aérosols dans l''atmosphère et les océans. La puissance énergétique du soleil tend à augmenter ou à diminuer avec un cycle de 11 ans mais le soleil est rentré dans une phase d'endormissement au tournant du millénaire. Le cycle naturel approche actuellement de son maximum mais jusqu'à présent il a connu le maximum solaire le plus faible depuis cent ans. Ceci pourrait aider à expliquer le hiatus et la divergence avec les simulations numériques qui impliquent une irradiance solaire plus forte que celle que la Terre a reçue depuis 2000.

Une augmentation inattendue des particules aérosols dans la stratosphère pourrait aussi être un facteur refroidissant la Terre plus qu'il n'avait été prédit. Ces particules renvoient la lumière du soleil dans l'espace et les scientifiques soupçonnent que les petits volcans - et peut-être jusqu'à l'industrialisation de la Chine - auraient pu pomper des aérosols supplémentaires dans la stratosphère pendant 16 ans, provoquant une baisse des températures du globe.

Certains ont avancé l'idée que ces deux facteurs pouvaient être les principaux facteurs du hiatus mais des études publiées durant les années récentes suggèrent que leurs effets sont probablement relativement petits. Trenberth, par exemple, a analysé leurs impacts sur la base des mesures satellitaires de l'énergie qui rentre et qui sort de la planète et il a estimé que les aérosols et l'activité solaire ne pouvaient rendre compte que de 20% du hiatus. Ceci laisse le gros du hiatus aux océans qui représentent de gigantesques éponges à chaleur. Et c'est alors que les projecteurs se sont braqués sur la zone équatoriale du Pacifique."[...]

Jeff Tollefson donne ici une introduction (non traduite) aux événements météorologiques bien connus (sécheresses, inondations etc.) associés aux phénomènes El Niño-La Niña (l'ENSO). Il passe sous silence le fait que les phénomènes "extrêmes" qu'il décrit, sont répétitifs et très bien connus. Ils ont notamment été observés par Charles Darwin (1831-1836) lors de son voyage d'étude puis identifiés avec l'ENSO à la fin du XIX e siècle.
Tollefson évoque ensuite l'Oscillation Pacifique Décennale en ces termes:

"Souffler le chaud et le froid

Cette variation de la température océanique connue sous le nom d'Oscillation Pacifique Décennale (PDO Pacific Decadal Oscillation), pourrait être une pièce cruciale du puzzle posé par le hiatus. Le cycle se renverse tous les 15 à 30 ans et, lors de sa phase positive, l'oscillation favorise El Niño qui tend à réchauffer l'atmosphère. Après avoir relâché de la chaleur pendant quelques décennies à partir du Pacifique Est et du centre, la région se refroidit et entre dans la phase négative de la PDO. Cet état tend à favoriser La Niña qui apporte des eaux fraîches venant des profondeurs le long de l'équateur tendant à refroidir la planète. Les chercheurs ont identifié la signature de la PDO en 1997 mais ce n'est que récemment qu'ils ont commencé à comprendre comment elle s'articule au sein du processus général de la circulation océanique et dans quelle mesure elle peut aider à expliquer le hiatus.

Une découverte importante est intervenue en 2011 lorsqu'une équipe du NCAR dirigée par Gerald Meehl a expliqué que si on incluait le comportement de la PDO dans les modèles climatiques globaux, cela introduisait des interruptions de durée décennale dans le réchauffement climatique. Les observations des données des températures océaniques durant le récent hiatus révèlent, dans une étude plus récente, comment les chercheurs du NCAR (NdT, Trenberth et al qui pensent que la chaleur perdue s'est réfugiée au fond des océans) ont montré qu'un surplus de chaleur s'est déplacé dans les profondeurs océaniques après 1998, ce qui a contribué à empêcher le réchauffement de l'atmosphère. Dans un troisième article, l'équipe des mêmes chercheurs a utilisé des modèles numériques pour documenter le processus de renversement quand la PDO bascule dans sa phase positive alors que celle-ci échauffe la surface de l'océan et l'atmosphère, contribuant ainsi à plusieurs décennies de réchauffement rapide.

Une percée décisive est survenue l'année dernière de la part de Shang-Ping Xie et Yu Kosaka de la Scripps Institution of Oceanography à La Jolla en Californie. Les deux chercheurs ont utilisé un procédé différent en programmant un modèle qui inclut les températures de surfaces réelles pour les dernières décennies dans la région Est du Pacifique équatorial pour voir ce qui arrivait pour le reste du globe. Non seulement leur modèle a recréé le hiatus de la température du globe mais il a aussi reproduit les tendances climatiques saisonnières et régionales qui ont accompagné le hiatus y compris le réchauffement dans beaucoup de zones et des hivers nordiques plus froids.

"ça a été une révélation pour moi quand j'ai vu cet article" dit John Fyfe qui est modélisateur du climat au Centre Canadien pour la Modélisation Climatique et d'Analyse dans le Victoria. Mais, a-t-il ajouté, ça n'explique pas tout. " Cela a contourné la question sur la cause qui pilote le refroidissement tropical".

Ceci a été étudié par Trenberth et John Fasullo (NdT : également auteurs d'un célèbre 'bilan énergétique de la Terre) qui est aussi du NCAR, lesquels ont impliqué les vents et les données sur les océans pour expliquer comment ce processus s'enclenche. Leur étude explique comment les vents dominants associés à La Niña aident à pousser les eaux chaudes vers l'Ouest et, finalement, à les enfouir dans les profondeurs tout en activant la hausse des eaux froides le long de la zone de l'Est équatorial. Dans les cas extrêmes comme celui de La Niña de 1998, ceci est capable de forcer l'océan dans une phase froide de la PDO.

Une analyse des données historiques est venue conforter leurs conclusions, montrant que la phase froide de la PDO a coïncidé avec quelques décennies de refroidissement après la Seconde Guerre Mondiale, et que la phase chaude a coïncidé avec la montée rapide de la température du globe de 1975 à 1998.

"Je crois que les éléments de preuve sont assez clairs" dit Mark Cane qui est climatologue à l'Université de Columbia à New York. "Ce ne sont pas les aérosols ou la vapeur d'eau stratosphérique (NdT : explications avancées par des équipes concurrentes). Il s'agit d'une décennie de températures plus basses dans la zone Est du Pacifique équatorial."pdonature

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jisao-hadcrut

Le graphique ci-dessus superpose les variations temporelles de l'indice PDO (JISAO- Université de Washington) avec la courbe des températures. Ce graphique montre que la température s'est élevée pendant les périodes 1920-1945 d'une part et 1976-1998 d'autre part, de manière synchrone avec les indices PDO positifs (en rouge sur le graphe du haut). Par contre, la période durant laquelle l'indice PDO a été négatif (en bleu sur la courbe du haut) a effectivement correspondu avec une période de stagnation ou de refroidissement de la température.

J'ai réalisé une autre version de la même superposition qui est peut-être plus explicite encore, car moins étirée que celle de cet article de Nature. Elle superpose l'indice PDO-JISAO (1900-2013) donné par l'Université de Washington et les données mensuelles de l'anomalie de température HadCRUT4, de 1900 à Janvier 2014.

La voici ci-contre. On aperçoit ici deux points de basculement particulièrement visibles.

D'une part, le refroidissement brutal de la PDO vers 1946 qui a coïncidé avec une baisse de la température (qui faisait craindre la survenue d'un petit âge glaciaire à l'époque) qui s'est prolongée jusqu'en 1980 où un nouveau renversement de la PDO a coïncidé avec la hausse récente des températures qui s'est prolongée jusqu'à la fin du XXe siècle.

Il apparaît que la PDO a de nouveau basculé dans un régime froid depuis quelques années. La température du globe a stagné depuis lors.

A noter que les climatologues avaient, jusqu'à récemment, attribué le "hiatus" de 1945 à 1976 aux aérosols et non pas à la phase négative de la PDO. D'autre part, dans son dernier rapport, l'AR5, le GIEC affirme que l'influence anthropique ne s'est fait sentir que depuis 1950. Dès lors, on peut se demander ce qui a provoqué une hausse de température identique à celle de 1976-1998 pendant les années 1910-1946. L'intervention de la PDO permet d'expliquer la succession des trois épisodes comme l'avaient déjà remarqué plusieurs chercheurs indépendants du GIEC (Voir la section 2, ci-dessous).

Un débat houleux

Cane a été le premier à prédire le refroidissement actuel du pacifique, bien que les implications ne fussent pas claires à l'époque. En 2004, lui et ses collègues ont trouvé qu'un simple modèle climatique régional prédisait un basculement chaud dans le Pacifique qui avait commencé en 1976 quand la température du globe a commencé à augmenter rapidement. En y réfléchissant après coup, ils ont conclu leur article avec une simple prévision. "quelle que soit sa valeur, le modèle prédit que le El Niño de 1998 a marqué la fin de période chaude du Pacifique tropical post-1976."

C'est un résultat étonnamment exact mais ce travail reste fortement contesté, en partie parce qu'il est basé sur un modèle simplifié du climat qui se concentre seulement sur la zone Pacifique équatoriale. Cane poursuit en remarquant que la tendance durant le siècle passé a été vers un réchauffement dans le Pacifique Ouest (NdT : du fait de la survenue de nombreux El Niños durant cette période) par rapport à la zone Est. Ceci ouvre la porte, dit-il, à la possibilité que le réchauffement dû aux gaz à effet de serre pilote les situations La Niña et pourraient continuer à le faire dans le futur contribuant à supprimer le réchauffement climatique. "Si tout ceci est vrai, il existe une rétroaction négative et si nous ne la prenons pas en compte dans nos modèles ces derniers surestimeront le réchauffement" dit-il.

Il y a deux défauts potentiels dans cette attribution. Tout d'abord, les données historiques sur les températures des océans sont notoirement imprécises ce qui a conduit de nombreux chercheurs à contester les affirmations de Cane que le Pacifique équatorial avait basculé vers des conditions plus riches en La Niña durant le siècle passé. Ensuite, de nombreux chercheurs ont trouvé des processus opposés dans les simulations numériques des modèles climatiques qui calculent les interactions entre l'atmosphère et les océans au delà du Pacifique équatorial. Ces simulations tendent à montrer une tendance vers plus de conditions du type El Niño résultant du réchauffement climatique.

La différence semble résider dans le mécanisme par lequel le réchauffement influence l'évaporation dans des zones du Pacifique, selon Trenberth. Ce dernier dit que les modèles suggèrent que le réchauffement climatique a un plus grand impact sur les températures dans la zone Est relativement froide parce que l'augmentation de l'évaporation ajoute, là-bas, de la vapeur d'eau dans l'atmosphère augmentant ainsi le réchauffement atmosphérique. Cet effet est plus faible dans la région plus chaude du Pacifique Ouest où l'air est déjà saturé d'humidité.

Les scientifiques auront la possibilité de tester leurs théories dans un assez proche avenir. Pour ce qu'il en est actuellement, les vents tropicaux forts poussent encore plus d'eau chaude vers l'Ouest, vers l'Indonésie, approvisionnant des tempêtes telles que le typhon Haiyan de Novembre dernier (NdT : malheureusement, les études montrent que cette saison cyclonique n'a rien d'exceptionnel) et repoussant les eaux du Pacifique Ouest qui sont maintenant de quelques 20 cm plus hautes que celles du Pacifique Est. Tôt ou tard, cette tendance va inévitablement se renverser. "Vous ne pouvez pas continuer à empiler des eaux chaudes dans le Pacifique Ouest" dit Trenberth "Il arrivera que l'eau montera si haut que la tendance va se renverser". Et quand ceci se produira , si les scientifiques sont sur la bonne piste, la chaleur manquante va réapparaître et les températures vont remonter de nouveau." (NdT : Autrement dit, ces scientifiques attendent le prochain El Niño qui ne manquera pas de se produire et de faire monter (un peu) la température comme l'a fait le fort El Niño de 2010 avant que celle-ci ne retombe... )

Comme vous l'avez constaté, l'auteur de ce billet est un supporter des idées de Kevin Trenberth qui est également l'auteur d'un article que j'avais commenté sous le titre "A la recherche de la chaleur perdue": Dans l'état actuel des choses, Trenberth pense que la chaleur "perdue" s'est réfugiée dans les profondeurs des océans. Nous verrons plus loin ce qu'en pense une de ses collègues, Judith Curry.

Voici le lien de l'article dont s'est largement inspiré Jeff Tollefson pour son billet dans Nature :
" Un hiatus apparent dans le réchauffement climatique ?" (Open Access)
Kevin E. Trenberth and John T. Fasullo

Un article (open access) rédigé sensiblement dans le même esprit que celui qui est traduit ci-dessus, est paru dans la revue Science, concurrente de Nature,. Il est intitule :"The pacific tropical ocean : Back in the driver's seat ?" : "L'océan Pacifique tropical : De retour aux commandes ?"

2) Les prédécesseurs oubliés :

Les lecteurs(trices) attentifs(ives) de Pensee-Unique.fr se souviendront que j'ai souvent évoqué, notamment dans ce billet qui date d'Oct. 2009 , les publications ou les observations de divers chercheurs, climatologues ou météorologues, qui avaient déjà mis en évidence la coïncidence assez remarquable qui existe entre les phases océaniques de la PDO et de l'AMO (l'Oscillation Multidécennale Atlantique) et les variations de la température terrestre que les chercheurs proches du GIEC comme Trenberth et Fasullo remettent à l'ordre du jour. aleo3

En voici deux exemples, parmi bien d'autres ::

 


Une publication ( Energy and Environnment, 21, 437-460, Sept. 2010) de Joseph d'Aleo et Don Easterbrook qui analysent ces corrélations observationnelles et dont la figure ci-contre est extraite.

Comme on le voit, ces auteurs avaient, dès 2009, observé que les variations de la température globale suivent d'assez près les évolutions d'une combinaison de la PDO et de l'AMO.

 

 

 

De même William Gray (un spécialiste renommé des ouragans) avait proposé le graphique suivant lors d'un colloque mentionné dans cet autre billetgray2.

 

William Gray avait basé ses analyses sur l'évolution des courants océaniques. Tout comme Judith Curry (basé sur l'AMO, voir ci-dessous), Syun Ichi Akasofu et quelques autres, Gray prévoit un abaissement de la température globale dans les années à venir.

 

 

 

3) Un deuxième article, tout récent, publié dans Nature Climate Change est intitulé "Heat hide and seek" (La chaleur joue à cache-cache)
. Nature Climate Change est une sous-section, nouvellement créée, de Nature, destinée à rassembler les articles sur le climat. L'auteur, Lisa Goddard est membre du "International Research Institute for Climate and Society, Columbia University, Palisades, New York 10964, USA.". Elle met, sans ambages, le doigt sur un point crucial.

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Nature Climate Change 4, 158–161 (2014) doi:10.1038/nclimate2155

Voici un extrait significatif de cet article qui fait référence au précédent et que l'on ne s'attendait certainement pas à voir un jour publié dans Nature :

"Il est intéressant de constater que personne n'évoque ouvertement l'autre versant de cette situation : l'accélération du réchauffement climatique. Les années 1970 jusqu'au milieu des années 1990 ont connu une période positive de l'Oscillation Pacifique Décennale et ont vu une accélération du réchauffement. Si vous acceptez les arguments sur l'effet d'une phase négative sur le réchauffement, alors, une phase positive de la PDO aurait dû avoir un résultat opposé."[..]

"Les informations requises pour gérer les risques et les opportunités des futurs changements climatiques, qu'ils soient naturels ou résultent de l'action humaine, doivent reposer sur une science solide. La science part de bonnes observations et d'une bonne synthèse. Mais les choses ne doivent pas d'arrêter là. Elle doit servir aussi à une meilleure compréhension, à un meilleur suivi et à des prédictions qui vont de la variabilité interannuelle aux décennales et de ses manifestations quant à un changement de la moyenne climatique."


On en saurait mieux dire tout haut ce qui vient immédiatement à l'esprit de tous les observateurs :
A partir du moment où on invoque l'effet de la phase négative de la PDO pour expliquer l'absence de réchauffement depuis 16 ou 17 ans, comme le font Trenberth et Fasullo, il est difficile de nier que la phase positive précédente a contribué au réchauffement de la période précédente (1976-1998) qui est précisément celle qui est censée démontrer l'influence anthropique, selon le GIEC.

Mais, évidemment, la reconnaissance de la contribution de la phase positive de la PDO durant la période 1976-1998 impliquerait que l'effet des gaz à effet de serre a été largement surestimé par les modèles. Dès lors, il faudrait en tenir compte dans les modélisations ce qui conduirait inévitablement à une diminution de la sensibilité au CO2, et donc, à des prédictions, pour le futur, nettement en retrait par rapport à ce qu'affirment les contributeurs au GIEC.

D'autre part, ces observations sur l'importance de la variabilité naturelle des océans, auparavant négligée, mettent à mal un des arguments essentiels développé par le GIEC depuis sa création. Ce dernier affirmait qu'il était impossible de modéliser les variations du climat sans tenir compte du CO2 anthropique parce que, selon les rapports du GIEC, la variabilité naturelle (supposée connue et prise en compte à l'époque) ne suffisait pas.
De fait si les contributeurs du GIEC (comme Trenberth) admettent maintenant que la variabilité naturelle a été capable de stopper, au moins temporairement, le réchauffement climatique, ceci implique nécessairement qu'ils n'en savaient pas assez sur l'importance de la variabilité naturelle sur l'évolution du climat et que leur argumentation était invalide. C'est très précisément ce qui a motivé le commentaire de Richard Lindzen ("Leur excuse pour l'absence de réchauffement durant les 17 dernières années est que la chaleur s'est cachée dans les profondeurs des océans. Mais ceci est la simple reconnaissance du fait que les modèles ne simulent pas les échanges de chaleur entre les couches de surface et les profondeurs des océans") que j'avais rapporté dans un billet précédent.

A l'évidence, tout ceci est extrêmement dérangeant pour le GIEC qui affirme pourtant être certain à 95% de son diagnostic. Ainsi, la remarque de Lisa Goddard "Il est intéressant de constater que personne n'évoque ouvertement l'autre versant de cette situation..." prend tout son sens.

En résumé, comme on pouvait le prévoir, l'introduction de la variabilité naturelle dans les explications de la "pause", rendue indispensable par les observations directes du comportement réel la Nature, pose des problèmes très épineux aux modèles des contributeurs du GIEC.

4) Le point de vue Judith Curry: "Sur la signification de la "pause" et ses implications"

Il ne s'agit ici que d'un bref résumé d'une conférence présentée à une assemblée de physiciens (la Société de Physique de Denver).

"Signification de la pause.

Dans les conditions du forçage par l'effet de serre anthropique,

  • Seulement 2% des simulations numériques des modèles du climat reproduisent des tendances à l'intérieur du domaine des incertitudes observationnelles.
  • Les pauses modélisées de plus de 15 ans sont rares et la probabilité d'une pause modélisée qui dépasse 20 ans est quasi nulle.

Les questions posées par la divergence entre les observations et les modèles

  • Les modèles climatiques sont-ils trop sensibles au forçage par les gaz à effet de serre ?
  • Le traitement de la variabilité naturelle par les modèles climatiques est-il incorrect ?
  • Le niveau de confiance "extrêmement probable" concernant l'attribution anthropique depuis 1950 est-il justifié ?
  • Les projections des modèles climatiques pour le XXIe siècle sont-elles trop élevées ?
  • Quelle confiance accordons-nous aux observations ?

I- Où se trouve la chaleur cachée ?

Hypothèse I
: Elle DOIT se cacher dans les océans.

  • Les évidences de la séquestration dans les profondeurs océaniques sont indirectes. Peu d'observations de la température des fonds océaniques avant 2005.
  • Les modèles océaniques ne transfèrent de chaleur nulle part dans le sens vertical aussi efficacement que décrit dans les réanalyses ECMWF.
  • Les inquiétudes au sujet de la chaleur remontant en surface semblent injustifiées si la chaleur est bien mélangée, du fait des contraintes du second principe de la thermodynamique.

Hypothèse II : Il n'y a PAS de chaleur cachée. Les changements de l'ennuagement se sont traduits pas une réflexion accrue de la lumière solaire.

  • Les données satellitaires sur les nuages du globe ne remontent qu'à 1983. Les problèmes d'étalonnage compliquent les analyses des tendances.
  • Les analyses de l'équilibre énergétique du globe sont affectées par des incertitudes importantes.

II. Peut-être les modèles sont-ils OK. Le problème se trouverait dans le forçage externe.

Il y a des désaccords significatifs dans les différentes données sur les forçages.
Les simulations CMIP5 (NdT : c'est à dire les plus récentes utilisées dans l'AR5 du GIEC) ont été forcées avec des données correspondant à "la meilleure estimation".
Aucun effort systématique n'a été effectué afin de préciser les incertitudes pesant sur ces données non plus que sur la sensibilité des modèles climatiques aux incertitudes du forçage."

A noter que Judith Curry a récemment publié (avec Marcia Wyatt) un article ( “Role for Eurasian Arctic shelf sea ice in a secularly varying hemispheric climate signal during the 20th century,” (Climate Dynamics, 2013).) basé sur la "ola" (l'onde de stade dont je vous avais parlé) qui évoque aussi la variabilité naturelle des océans (l'AMO) et qui prévoit un refroidissement à venir. J'espère avoir l'occasion de vous l'exposer en détail.

Enfin, comme vous pouvez le constater, ce ne sont pas les "odieux climato-sceptiques" (comme disent ou sous-entendent certains médias ou politiciens) qui qui mettent des bâtons dans les roues des théories du GIEC en vigueur.
C'est la Nature elle-même.

Comme vous le voyez, c'est un feuilleton à rebondissements. Si l'on peut dire.

Wait and see !
Stay Tuned !

 

08 Février 2014 : Le climatologue Garth Paltridge nous parle de la situation actuelle de la climatologie et des climatologues.

Le texte suivant constitue un prolongement du billet précédent (ci-dessous) dans lequel nous avions donné la parole à deux scientifiques français.
palt3paltridge

Garth Paltridge (ci-contre) est un authentique climatologue. Il est actuellement professeur émérite de l'Université de Tasmanie et membre de l'Académie des Sciences australienne.
Il a été Directeur de Recherche au sein de la Division de la Recherche sur l'Atmosphère du CSIRO.
(NdT : Commonwealth Scientific and Industrial Research Organization qui est, à peu près, l'équivalent du CNRS français). Il a également été le Directeur de l' "Institute of Antarctic and Southern Ocean Studies" et Président du "Antarctic Cooperative Research Centre".
Il est l'auteur de "The climate caper : facts and fallacies of global warming" soit "La balade climatique : des faits et des idées fausses sur le réchauffement climatique.
Son activité de recherche a été consacrée à la physique du changement climatique aussi bien en tant que théoricien qu'en tant que modélisateur sur ordinateur. Vous trouverez sur ce lien une interview récente de Paltridge et un CV détaillé (en anglais).

Garth Paltridge fait donc partie du "sérail" de la climatologie internationale, tout comme Judith Curry, souvent mentionnée dans ce site. Vivant à l'intérieur du système depuis de nombreuses années, Paltridge est donc particulièrement bien placé pour nous expliquer ce qui se passe, en réalité, au coeur de la climatologie ...et, surtout, des climatologues.

Comme à l'accoutumée, les encadrés en couleur différente (ici en jaune) contiennent une traduction en Français du texte initial. Les caractères engraissés le sont par PU. Vous avez, ci-dessous, une traduction complète du texte original publié par Paltridge dans Quadrant Online (une revue australienne de bon standing en ligne).

Voici le titre et le sous-titre de l'article publié par Garth Paltridge :

Les incertitudes intrinsèques du changement climatique.

Pratiquement tous les scientifiques qui sont directement impliqués dans les prédictions climatiques sont conscients des énormes incertitudes qui pèsent sur leurs travaux. Comment se fait-il alors qu'ils puissent jurer, la main sur le coeur, que les émissions humaines de dioxyde de carbone détruisent la planète ?

Dans ce titre introductif, Garth Paltridge nous fait part de son étonnement du hiatus considérable qui existe entre les incertitudes incontournables qui demeurent en matière de modélisation du climat et les certitudes affichées aussi bien par des organismes tels que le GIEC que par de nombreux climatologues. Dans ce sens, il rejoint les conclusions du billet précédent et, notamment, les déclarations de Pierre Darriulat.

Dans une introduction a caractère pédagogique, Paltridge commence par nous expliquer pourquoi et comment les modèles informatiques du climat sont intrinsèquement condamnés à de graves incertitudes. Garth Paltridge, théoricien et modélisateur, a longtemps exercé ses talents dans ce domaine précis. A ce tire, il sait donc parfaitement de quoi il parle et son explication et ses conclusions sont assez proches de celles d'autres climatologues et en particulier de celles d'un autre climatologue expérimenté, Pierre Morel (fondateur du LMD, le Laboratoire de Météorologie Dynamique), qui les avait mentionnées lors d'une conférence (donnée en 2009) dont j'avais cité quelques extraits dans un billet antérieur.

L'Organisation Météorologique Mondiale des Nations Unies a mis en place les premiers jalons pour l'établissement du Programme Mondial sur le Climat au début des années 1970. Entre autres activités, elle a tenu une conférence à Stockholm pour définir les principaux problèmes scientifiques qu'il faudrait résoudre avant que des prévisions climatiques fiables deviennent possibles. La conférence en a défini un grand nombre mais elle ne s'est focalisée que sur seulement deux d'entre eux.

Le premier concernait notre incapacité à simuler les caractéristiques de la couverture nuageuse et son extension dans l'atmosphère. Les nuages sont importants parce qu'ils déterminent l'équilibre entre le réchauffement dû au soleil et le refroidissement par émission d'infra rouges de la planète et, de ce fait, ils constituent un élément qui contrôle la température de la Terre. Le second concernait notre incapacité à prévoir le comportement des océans. Les océans sont importants parce qu'ils constituent un des principaux réservoirs de chaleur du système climatique. Ils présentent des fluctuations internes, plus ou moins au hasard, sur toutes sortes d'échelles de temps qui vont de quelques années jusqu'à des siècles.Ces fluctuations induisent des variations des températures de la surface des océans qui, à leur tour, affectent la totalité du climat de la Terre.

La situation n'a pas beaucoup évolué depuis les dernières décennies. Beaucoup des problèmes rencontrés dans la simulation du comportement des nuages et des océans sont encore bien présents (à côté d'autres problèmes de moindre importance) et pour des raisons qui n'ont pas changé. Peut-être le plus manifeste est que les modèles du climat doivent effectuer leurs calculs en chaque point d'une grille imaginaire plaquée sur la planète toute entière, à différentes altitudes dans l'atmosphère et à des profondeurs variables dans les océans. Les calculs sont effectués pour des pas de temps d'une heure et c'est de cette manière que les modèles progressent vers un futur hypothétique. Des difficultés surviennent parce des contraintes pratiques liées à la taille des calculateurs font que la distance horizontale entre chaque point des grilles est aussi grande qu'un degré ou deux de longitude et latitude, ce qui représente une distance de plusieurs dizaines de kilomètres.

Ces distances sont beaucoup plus grandes que la taille d'un amas nuageux typique. Il en résulte que la simulation des nuages exige une bonne dose de suppositions quant à ce que pourrait être une moyenne convenable de ce qui se passe entre les points de la grille du modèle. Même si les observations expérimentales suggèrent que les modèles obtiennent des moyennes grossièrement satisfaisantes pour des prédictions à court terme, il n'y a aucune garantie que les prédictions seront correctes pour des conditions atmosphériques qui régneront dans un futur éloigné de plusieurs décennies. Parmi d'autres problèmes, les petites erreurs dans la modélisation numérique des processus complexes ont la fâcheuse habitude de s'accumuler à mesure que le temps passe.

Toujours au sujet de cette affaire de points de la grille, les fluctuations océaniques et les turbulences plus petites que la distance entre les points de la grille d'un modèle sont invisibles pour ce modèle. Ceci ne serait pas en soi un problème sauf que les tourbillons dans les fluides turbulents peuvent devenir de plus en plus grands. Un petit tourbillon apparu au hasard dans un océan réel peut grossir et apparaître sorti de nulle part du moins pour ce qui concerne le modèle prévisionnel et il peut mettre le bazar dans les prévisions à partir de là et pour tout le futur.

Garth Paltridge met ensuite le doigt sur les incohérences qui existent entre les incertitudes inhérentes à la modélisation, mentionnées ci-dessus, et les certitudes proclamées par les climatologues dans les rapports et les discours prononcés avec une grande assurance devant le public, les politiques et les autres scientifiques, :

Tout ce qui précède se trouve en arrière-plan d'un des plus grands mystères de la question du changement climatique. En pratique tous les scientifiques directement concernés par les prédictions climatiques sont au courant des énormes problèmes et des incertitudes qui sont encore inhérentes aux résultats de leur travaux. Alors, comment se fait-il que ceux d'entre eux qui ont été impliqués dans le dernier rapport du GIEC puissent jurer, la main sur le coeur, qu'il y a une probabilité de 95% que les émissions humaines de dioxyde de carbone ont provoqué l'essentiel du réchauffement climatique qui s'est produit durant les dernières décennies ? .

Gardez à l'esprit que la représentation des nuages dans les modèles climatiques (et celle des la vapeur d'eau qui est intimement impliquée dans la formation des nuages) est de nature à amplifier le réchauffement prévu pour une augmentation de la teneur atmosphérique en dioxyde de carbone -et ceci en moyenne pour la plupart des modèles - d'un facteur d'environ trois. En d'autres termes, les deux tiers de la prévision de la hausse de la température, provient de ces caractéristiques des modèles. En dépit de ce que les modèles nous disent - et peut-être parce que ce sont les modèles qui nous le disent - aucun scientifique proche de ces questions qui aurait toute sa raison et s'il était interrogé à ce sujet, ne vous dirait qu'il est sûr à 95% que les nuages amplifient plutôt que réduisent le réchauffement climatique dû à l'augmentation du dioxyde de carbone. S'il n'est pas certain que les nuages amplifient le réchauffement climatique, il ne peut pas être sûr que la plus grande partie du réchauffement climatique résulte de l'augmentation du dioxyde de carbone.

Gardez aussi à l'esprit qu'aucun scientifique proche de ces questions qui aurait toute sa raison et s'il était interrogé spécifiquement sur ce sujet, ne vous dirait qu'il y a seulement une très petite possibilité (c'est-à-dire plus petite que 5%) que le comportement interne de océans pourrait être une cause majeure du réchauffement de la dernière moitié du siècle passé. Il serait particulièrement attentif à ne pas faire une telle déclaration maintenant alors qu'il n'y a pas eu de réchauffement significatif depuis les quinze dernières années environ. Dans la course folle à la recherche de ce qui pourrait expliquer la pause et pour trouver les raisons des échecs évidents des modèles incapables de la simuler, nous avons soudainement entendu dire que, peut-être, la chaleur du réchauffement climatique se serait "cachée" dans les profondeurs des océans. En d'autres termes, on nous explique qu'une quelconque fluctuation interne des océans pourrait avoir limité la tendance à la hausse de la température du globe. De ce fait, il est plus qu'un peu étrange que nous n'entendions pas dire, venant du GIEC (ou, en tout cas, pas à voix haute) qu'une quelconque fluctuation naturelle interne du système a pu aussi provoquer la plus grande partie de la hausse précédente.

Pour expliquer ces incohérences entre les rapports du GIEC, les discours au public et/ou aux politiques, et les incertitudes de la science, Garth Paltridge nous rappelle quelques points d'histoire ainsi que la dérive (selon lui) dans laquelle ont été entraînés nombre de scientifiques du climat. Selon Paltridge, les climatologues se sont faits piéger par les politiques (et notamment par les environnementalistes), ainsi que par certains de leurs collègues qui ont abondamment profité de la situation. Ceci répond, au moins en partie, à la question souvent posée par ceux qui font aveuglément confiance à la "science officielle" au prétexte qu'ils ne parviennent pas à comprendre "comment tant de scientifiques pourraient--ils se tromper ?".

Au vu de tout ceci, nous devons, au moins, envisager la possibilité que l'establishment scientifique qui se trouve derrière la question du réchauffement climatique, a été attiré dans un piège qui consiste à sur-évaluer grandement le problème du climat - ou, ce qui revient essentiellement à la même chose, à sous-estimer sérieusement les incertitudes inhérentes au problème climatique - dans un effort pour promouvoir la cause. Il s'agit d'un piège particulièrement pernicieux dans le contexte de la science parce qu'il risque de détruire, peut-être pour les siècles à venir, la réputation exceptionnelle et chèrement conquise, de l'honnêteté qui est à la base du respect de la société vis-à-vis de l'oeuvre scientifique. Jouer avec le capital réputation pour des objectifs politiques à court terme n'est pas la manière la plus intelligente de traiter ces affaires.

Le piège a été tendu vers la fin des années 1970 ou aux alentours de l'époque où le mouvement environnemental a commencé à réaliser que la prise en compte du réchauffement climatique cadrerait avec un bon nombre de ses objectifs sociétaux. C'est exactement à cette époque qu'il fut considéré comme une évidence, dans les corridors du pouvoir, que les scientifiques financés par le gouvernement (c'est-à-dire, la plupart des scientifiques) devraient se procurer une fraction importante de leur financement et de leurs salaires à partir de sources externes - dans tous les cas, externes à leur organismes de tutelle.

Du fait qu'ils ne sont pas naturellement liés à une industrie privée spécifique, les scientifiques qui travaillent dans les laboratoires de recherche environnementale ont été contraints d'aller rechercher des fonds dans d'autres départements gouvernementaux. En retour, ceci les a contraint à accepter les exigences du militantisme et de la manipulation de l'opinion publique. Pour ce type d'activité, une association qui se tient à distance respectable du mouvement environnemental constituerait un mariage paradisiaque. Entre autres avantages, il fournirait un moyen pour que les scientifiques puissent être suffisamment distanciés de la responsabilité découlant de n'importe quelle exagération, présentée au public, au sujet de la signification de leur problématique de leur recherche.

Le piège a été partiellement tendu pour la recherche climatique lorsqu'un certain nombre de scientifiques de la discipline ont commencé à tirer des satisfactions de l'exercice du militantisme. Leur satisfaction découlait d'un accroissement considérable de leur financement ainsi que de l'opportunité de recruter. Cette augmentation ne concernait pas vraiment l'aspect de la science dure mais plutôt l'émergence d'institutions périphériques et d'organisations engagées, du moins en partie, dans la promotion du message de la catastrophe climatique. C'est alors qu'a émergé un nouveau et lucratif mode de vie de la recherche duquel a découlé la possibilité de donner son avis à tous les types et à tous les niveaux du gouvernement, à dispenser sur les ondes des affirmations non contestables au public et à une justification immédiate pour assister des conférences internationales - ces dernières dans un certain luxe comparativement aux standards habituels des scientifiques. Cela avec une périodicité jamais vue jusque là.

Quelque part au cours du processus, on en arriva à faire croire à beaucoup dans le public et, de fait, à de nombreux scientifiques eux-mêmes, que les climatologues étaient l'équivalent de chevaliers montés sur des étalons blancs qui menaient une grande bataille contre les forces du mal - c'est-à-dire le mal sous la forme de "Big Oil" et de ses ressources financières supposées illimitées. Le fantasme était plus qu'un peu séduisant.

Le piège fut définitivement armé quand beaucoup des principales académies des sciences de la planète (telles que la Royal Society au Royaume Uni, l'Académie des sciences des USA, l'Académie des sciences australienne) se convainquirent de produire des rapports qui venaient étayer les conclusions du GIEC. Ces rapports furent proclamés comme des analyses nationales supposées indépendantes du GIEC et les unes des autres alors que, par nécessité, elles étaient compilées avec l'aide et, dans certains cas, suivant les injonctions de nombreux scientifiques impliqués dans les machinations internationales du GIEC. Et de fait, les académies qui sont les plus prestigieuses des institutions de la science, ont formellement hissé leurs drapeaux sur le mat du politiquement correct.

Selon Paltridge, le piège s'est refermé et il ne reste plus aucun moyen de trouver une sortie honorable. Ceux qui pourraient encore parler ne le font pas, sans doute par peur des représailles déjà évoquées par Marc Fontecave dans le billet ci-dessous et à des multiples reprises dans cette page. Désormais, le système court sur son erre.
La conclusion est plutôt optimiste pour ce qui est de l'avenir du climat mais elle est pessimiste sur l'avenir de la crédibilité de la science et des scientifiques.

Depuis cette époque, après trois ou quatre ans, il ne restait plus aucune possibilité acceptable offerte à la communauté scientifique, lui permettant d'évoquer le spectre des graves incertitudes qui pèsent sur les prédictions du désastres climatique. Il devient alors impossible d'utiliser le mouvement environnemental comme bouc émissaire s'il advenait que la menace du réchauffement climatique n'avait aucune substance véritable. Il n'est désormais plus possible d'échapper à sa responsabilité première s'il apparaît, à la fin, que prendre des mesures au prétexte de la réduction du réchauffement climatique s'avère être l'erreur scientifique la plus coûteuse jamais infligée à l'humanité. Le détournement de la richesse mondiale au nom du changement climatique est de l'ordre d'un milliard de dollar par jour. Et, pour le futur, on peut reprendre une citation du sénateur US Everett Dirksen : "Un milliard par-ci, un milliard par là, et bien vite on commence à parler de vrai argent.".

Au même moment, l'homme de la rue, fort de son bon sens et qui, dès à présent, peut sentir à des lieues à la ronde, l'odeur des exagérations d'une campagne environnementaliste, commence à entrevoir que c'est la politique, et non la science, qui pilote cette affaire.

Les scientifiques - enfin, disons, la plupart des scientifiques - sont peut-être un peu naïfs mais ils ne sont en général ni méchants, ni idiots, ni facilement subornés aussi bien par l'argent que par le politiquement correct. Alors, quelles que soient les satisfactions que l'on peut éprouver en soutenant la version officielle de la connaissance et quelles que soient les contraintes exercées par le pouvoir scientifique en place, il est quand même surprenant que le récent rapport du GIEC ait pu être publié sans pratiquement aucun murmure de mécontentement de la part des étages inférieurs de l'establishment scientifique. Qu'est-il advenu du scepticisme qui, dit-on, est le sang nourricier de la recherche scientifique ?

La réponse se trouve probablement dans le fait que tout cela est incertain. La probabilité que l'on prouve que le changement climatique durant le siècle prochain sera suffisamment important pour conduire au désastre est virtuellement nulle. Pour la même raison, la probabilité qu'un climato-sceptique ou qui que ce soit d'autre dans cette affaire, prouve que la théorie du désastre est totalement exagérée est aussi virtuellement nulle. De ce fait, le terrain d'affrontement pour les deux partenaires du débat est sur un plan d'égalité. Le problème est que la recherche climatique exige d'énormes ressources et qu'il s'agit d'un jeu entre les institutions et les organisations. Le scepticisme est une affaire d'individus. Les choses étant ce qu'elles sont dans le domaine du changement climatique, le scepticisme exercé par un individu peut s'avérer être un facteur sévèrement limitant pour la poursuite d'une carrière. Quoi qu'il en soit, la plupart des scientifiques, pris individuellement, ont une conscience et ils sont réticents à dresser leur tête au-dessus du parapet pour promouvoir un point de vue sur des choses qu'il est intrinsèquement impossible de prouver.

En bref, il y a plus d'incertitudes qu'il n'en faut pour permettre aux êtres humains d'être, au moins, raisonnablement optimistes sur le fait que le réchauffement climatique ne sera pas, et de loin, aussi mauvais qu'on le proclame.
Les climatologues et, en fait, tous les scientifiques, ne sont pas aussi chanceux. Ils ont beaucoup à perdre si l'avenir prouve qu'ils se sont trompés. "

Garth Paltridge


eisenhowerCette analyse peut, sans doute, faire écho aux mises en garde que certains trouveront remarquablement prémonitoires que Dwight D. Einsenhower avait énoncées lors de son départ de la présidence des Etats-Unis en 1961.

Voici le traduction de la dernière partie de ce discours connu par les Nord-américains sous le nom de "Farewell address" de Dwight .D.Eisenhower (34e Président des USA, de 1953 à 1961)

"[...] Au cours de cette révolution, la recherche est devenue un élément central. Elle est aussi devenue plus formalisée, complexe et coûteuse. Une fraction de budget en augmentation constante a été décidée pour, par, et à la direction du gouvernement fédéral.

De nos jours, l'inventeur solitaire qui travaillait dans son atelier a été remplacé par des groupes constitués de scientifiques dans des laboratoires et sur les terrains d'expérience. De la même manière, l'université libre qui a été historiquement la source des idées ouvertes et de la découverte scientifique, a connu une révolution dans la manière de mener ses recherches. En partie du fait des financements considérables devenus nécessaires, un contrat gouvernemental est devenu virtuellement un substitut à la curiosité intellectuelle. A la place de chaque vieux tableau noir, il y a maintenant des centaines de calculateurs électroniques modernes.

L'éventualité d'une domination des savants de la nation par le biais du recrutement fédéral, par celui des attributions des contrats et par les puissances d'argent est toujours bien présente -- et elle doit être considérée comme une affaire sérieuse.

D'autre part, tout en conservant notre respect pour la recherche et la découverte; comme nous le devons, il nous faut aussi être vigilant quand à un danger égal et opposé que la politique pourrait, elle-même, se retrouver captive d'une élite scientifico-technologique."

D.D. Eisenhower.


En conclusion :
Comme vous avez pu le constater, le texte de Garth Paltridge ne constitue pas une critique frontale et sévère du comportement de la plupart de ses collègues scientifiques du climat, à l'exception de ceux d'entre eux qui ont manifestement pris goût au militantisme, aux "jeux.du pouvoir" et aux feux de la rampe médiatique. Paltridge pense plutôt que la collectivité des climatologues s'est fait piéger dans un système pernicieux duquel il ne peuvent plus s'échapper honorablement quelles que soient les évidences scientifiques présentes et à venir. Du moins, c'est de cette manière qu'il explique l'obstination du GIEC et de ses participants à nous assurer que leurs certitudes se renforcent alors que les écarts entre les modélisations et les observations divergent de plus en plus nettement, comme le rappelle Paltridge et comme vous l'avez constaté dans les billets précédents.

J'ai pensé que ces points de vue, énoncés par un climatologue expérimenté, venant du coeur du "sérail" de la climatologie internationale, pourrait éclairer le débat d'un jour nouveau pour les lectrices et lecteurs de PU qui savent déjà que la situation réelle est bien différente de ce que l'on peut lire, entendre et voir dans les médias.

A bientôt.

Stay Tuned !

14 Janvier 2014 : Des chercheurs français s'expriment sur le récent rapport du GIEC (AR5 SPM), sur le "réchauffement climatique", sur la perception inquiétante de la science par le public et sur la politique énergétique.

De nombreux lecteurs(triches) de ce site se sont étonnés que PU ait très majoritairement rapporté les points de vue de nombreux chercheurs, essentiellement anglophones, qui émettent des doutes sur les prises de position du GIEC sur le climat. Par contrecoup, il a semblé que les chercheurs francophones étaient moins présents dans ce débat que leurs collègues anglophones. Et, en effet, à quelques exceptions notables près (entre autres, V. Courtillot, Benoît Rittaud, Serge Galam, Itsvan Marko, François Gervais etc.), les chercheurs francophones, dans leur ensemble, sont demeurés relativement discrets au cours des années passées.
A mon avis et comme le souligne l'un des deux intervenants mentionnés ci-dessous et comme on a pu l'observer dans un passé récent, cela tient essentiellement au fait qu'il est extrêmement risqué de professer des opinions divergentes de celles de la position officielle car "personne ne peut se risquer à la contester sous peine de délégitimisation rapide" dans les pays francophones et, très clairement, en France, où il est évident que l'orientation tranchée, unanime et parfois agressive, des médias sur la plupart des questions relatives à l'environnement constitue un frein considérable à l'établissement d'un réel débat scientifique.

C'est dans ce contexte délicat que j'ai décidé de vous rapporter les propos ou les écrits tout récents (c'est à dire des 4 derniers mois) de deux chercheurs français, parmi les plus éminents, qui, connaissant les risques, ont quand même décidé de s'exprimer ouvertement.
Il s'agit de deux scientifiques renommés, abondamment primés et appréciés par leurs collègues. L'un ( Marc Fontecave) est chimiste de formation. L'autre ( Pierre Darriulat) est physicien.

Comme d'habitude, les citations sont disposées dans les encadrés (bleu-verts ici). Les caractères engraissés sont le fait de PU sauf s'ils sont en italiques. Dans ce dernier cas, c'est l'auteur du texte qui a choisi de les mettre en valeur.

1) Marc Fontecave fontecaveest Professeur au Collège de France (chaire "Chimie des processus biologiques") et membre de l'Académie des Sciences.

Titulaire de nombreux prix et récompenses, Fontecave est également le directeur de l'équipe Biocatalyse de l'Institut de Recherches en Technologies et Sciences pour le Vivant. Il s'intéresse, entre autres, aux "technologies bioinspirées" proches de ce que les physiciens ou les physico-chimistes nomment parfois "bio-mimétisme". Il s'agit, sans aucun doute, d'un domaine riche d'avenir dans lequel Marc Fontecave est l'un de nos tout meilleurs représentants et c'est sans doute à ce titre qu'il se retrouve au top de la science française.


Marc Fontecave est également, parmi d'autres représentants éminents de la science française, membre du conseil d'orientation de la fondation "Écologie d'avenir" de l'Institut de France (qui regroupe toutes les Académies).

Voici, verbatim, quelques extraits significatifs de son intervention prononcée lors du Colloque de rentrée du Collège de France du 18 Octobre 2013 intitulé "Science et Démocratie".
Vous trouverez ici la vidéo complète (ou l'audio) de sa conférence donnée à cette occasion.

Au début de son exposé, Marc Fontecave s'inquiète de la perception dégradée de la science par le public, en relation avec les préoccupations environnementales.

[...]Nous voyons bien alors cette situation schizophrénique dans laquelle, dans le même temps, le citoyen espère plus que jamais des scientifiques la résolution des grands problèmes sociétaux, par exemple ceux liés à la santé ou au développement des nouvelles technologies de l'énergie qui permettrait une exploitation à grande échelle des énergies renouvelables et le même citoyen, dans le même temps voit la science exclusivement comme une source de malheurs. Le médicament n'est vu que sous l'angle du Médiator en oubliant tous les bienfaits de la recherche pharmaceutique, la chimie comme essentiellement une source de pollution en oubliant ce que la qualité de notre vie doit aux produits de l'industrie chimique, molécules, polymères, matériaux divers, l'énergie nucléaire est vue exclusivement comme une potentialité de catastrophes en oubliant que chaque jour l'interrupteur qui permet de se chauffer et de s'éclairer si confortablement est relié à une centrale nucléaire pour un coût qui confère une certaine compétitivité à notre économie, avec un moindre impact en termes d'émissions de gaz à effet de serre.

C'est cette schizophrénie qui rend le débat scientifique si tendu et si difficiles les arbitrages politiques nécessaires. Je dirais que les journalistes, en général, n'arrangent pas les choses faisant évidemment la part belle à l'instantané et à la catastrophe ainsi qu'au consensus laissant peu de place aux voix discordantes.
Pratiquement aucune des questions environnementales, énergie nucléaire, organismes génétiquement modifiés OGM, gaz de schistes, et même changement climatique, n'échappe aujourd'hui à ces blocages." [...]

Dans la suite, Fontecave évoque l'action de politiques et (de nouveau) des médias :

(Les politiques) doivent faire preuve d'autorité et d'intransigeance, comme l'ont fait pratiquement tous les gouvernements récents en France, de droite ou de gauche, en fermant littéralement le débat quand il s'agit de discuter, par exemple, de l'avenir de l'énergie nucléaire ou de l'exploitation des gaz de schistes.Je me souviens de la réaction de l'ancienne ministre de l'écologie en Février 2013 (NdR : Delphine Batho), le jour de la séance organisée par l'Académie des Sciences sur les gaz de schistes. Cette séance, à laquelle j'étais présent, avait pour objectif de faire le point de façon essentiellement scientifique, de façon neutre et transparente, sur les questions reliées à l'évaluation de nos ressources en gaz de schiste, à son exploitation et à la fameuse fracturation hydraulique. Donc, la ministre, sans même avoir pris connaissance du contenu de cette séance, a tout simplement et publiquement adressé - je cite - un "carton rouge" à l'Académie des Sciences. carton d'ailleurs largement relayé par les médias. Voilà, je crois, qui reflète parfaitement bien la situation de blocage que je décrivais. L'impossibilité du débat scientifique, spécifiquement sur les questions environnementales, blocage qui atteint les plus hautes sphères du pouvoir politique. Je rappelle qu'il en fut à peu près de même dans le compte-rendu médiatique, à charge, de la séance que l'Académie avait consacré au changement climatique, il y a quelques années.
Ce qui est en jeu, redisons le, c'est la nécessité de faire porter par nos représentants politiques une vision hautement positive de la science et du progrès scientifique y compris à travers la nécessaire controverse scientifique qui est au coeur de son développement." [...]

Concernant plus spécifiquement le réchauffement climatique et après avoir rappelé que 61% des habitants des USA pensent que les scientifiques ne sont pas d'accord entre eux sur les causes du réchauffement climatique et que 35% des Français expriment leurs doutes sur les causes anthropiques, Marc Fontecave déplore le fait que le débat scientifique soit totalement absent, sur ces questions, dans son pays. Il précise :

[...]Je me limiterai aux trois questions suivantes.
Première question : Quel degré de certitude avons nous que le réchauffement climatique est la conséquence exclusive de la production de gaz carbonique d'origine humaine issu de la combustion du charbon, du gaz et du pétrole et également des feux de forêts ? En effet, les changements climatiques sont fréquents dans l'histoire de la planète y compris lors de périodes longues sans émissions de gaz à effet de serre et sans variations du dioxyde de carbone atmosphérique.
Seconde question : Compte tenu de la très grande complexité du système terre-océans-atmosphère-soleil que les sciences de la terre et du climat, malgré des progrès considérables au cours du dernier siècle, ne comprennent que partiellement, les modèles utilisés sont-ils suffisamment fiables pour prévoir les évolutions du climat de la planète à court et très long terme ? Sont-ils fiables pour dire les conséquences de variations très faibles d'un composant très mineur de l'atmosphère, le dioxyde de carbone, sur son fonctionnement général ?
Troisième question : Est-il vrai que, contrairement à la période 1850-2000 pendant laquelle la quantité de CO2 dans l'atmosphère et la température de la planète - si ce dernier paramètres a d'ailleurs un sens - ont augmenté de façon continue et parallèle, ce n'est plus le cas depuis 15 ans, dernière période pendant laquelle les émissions de CO2 et son accumulation dans l'atmosphère n'ont jamais été aussi importantes en raison d'une utilisation de plus en plus massive, à l'échelle de la planète, des sources d'énergie carbonées fossiles et que la température de la terre est restée, certes très élevée, mais relativement stable ? Sans doute Jean Jouzel après moi, contribuera à apporter des réponses à ces questions, de mon point de vue, parfaitement légitimes.[...]

Marc Fontecave évoque ensuite l'idéologie du principe de précaution et des politiques vertes au sens large, citant, au passage, l'influence du Club de Rome. Voici ce qu'il dit à ce sujet :

"Malheureusement, comme toute idéologie, cette dernière laisse une place croissante à un certain nombre d'idées qui deviennent des dogmes contre lesquels il est de plus en plus difficile de s'exprimer. Comme l'écrit Dominique (Pestre), je le cite "Cette nouvelle idéologie du XXIe siècle emplit les ondes des radios et les journaux, trouve sa place à l'école et sur le WEB, se donne comme un principe du Bien avec un grand B, mais personne ne peut se risquer à la contester sous peine de délégitimisation rapide". Je pense qu'il est néanmoins nécessaire de prendre ce risque et de combattre certaines visions catastrophistes opposant systématiquement l'homme, la science et la technologie d'un côté, à la Nature de l'autre. Les premiers n'étant le plus souvent appréhendés que comme des sources de destruction de la seconde.."

Au sujet de la politique nationale en matière d'énergie, Fontecave fait la remarque suivante :

"D'autre part, on ne peut pas continuer à faire croire que des politiques et des solutions purement nationales soient adaptées au changement climatique. Prenons l'image de la France. Notre pays ne contribue que pour 1.5% à la production des gaz à effet de serre à l'échelle de la planète. Ceci s'explique, bien sûr, par la taille de ce pays mais aussi par son choix historique de l'énergie nucléaire qui en fait l'un des pays modernes les plus indépendants des carburants fossiles. De sorte que si nous faisions l'hypothèse que la France arrêtait toute émission de CO2 : Plus de voitures, plus de camions, plus d'avions, plus de chauffage, plus rien. En quelque sorte c'est comme si la France disparaissant brutalement comme puissance économique sur la planète, ce n'est pas 500 ppm que l'on aurait en 2050 mais [...] on serait à 498 ppm.Une différence d'un à deux ppm qui n'aurait évidemment strictement aucun impact sur le climat. La question de la réduction de l'émission des gaz à effet de serre doit donc impérativement être traitée à l'échelle mondiale. On essaie, mais ce n'est pas parce qu'à cette échelle les solutions sont extrêmement difficiles à élaborer et à mettre en place en raison de la nécessité d'arbitrage entre des groupes humains qui ont des intérêts vitaux très différents - on le voit avec les échecs, les relatifs échecs, des grands sommets internationaux sur le climat - qu'il faut se donner bonne conscience en faisant croire que les solutions que l'on met en place au niveau national, sauveront la planète."

Dans la suite, faisant référence à son propre travail de recherche, Fontecave cite une phrase tirée d'un livre ("Le système périodique") de Primo Levi, au sujet de la photosynthèse naturelle qui pose un problème crucial, notamment aux biochimistes : "Quand nous aurons appris à en faire autant, nous aurons résolu le problème de la faim dans le monde". Fontecave annonce d'ailleurs que le thème de la "valorisation du CO2" constituera le fil directeur de son cours au Collège de France pour l'année 2014 tout en précisant son point de vue sur les énergies renouvelables et la transition énergétique, ce qui le conduit à sa conclusion:

"Mais cette révolution technologique de l'énergie, il faut avoir le courage de le dire clairement, elle est très loin d'être à notre portée à court terme et ce n'est pas en invoquant de façon systématique le réchauffement de la planète que cela changera quoique ce soit à cette dure réalité. Les nouvelles technologies d'exploitation des énergies renouvelables, si souhaitables qu'elles soient, ne sont pas encore prêtes pour remplacer l'énergie nucléaire et les carburants fossiles. Chez nous comme ailleurs dans les pays émergents qui continueront à exploiter massivement ces derniers pour sortir leurs milliards d'habitants de la misère. Cette transition demandera beaucoup de temps et, en effet, d'énormes investissements. Mais, ce sera à nouveau une opportunité fantastique pour démontrer que la solution est bien dans la science, dans le travail acharné de nos chercheurs, dans une organisation de la recherche plus fluide au niveau national et plus coopérative au niveau mondial qu'elle ne l'est aujourd'hui, dans la formation scientifique de nos jeunes générations qui seront nos élites de demain, dans la confiance que les citoyens doivent avoir dans le progrès scientifique et technologique, dans la capacité des médias à rendre compte honnêtement de l'avancée des connaissances et des technologies et de l'existence de controverses scientifiques inéluctables et des points de vue minoritaires, enfin, dans la capacité des politiques que nous avons la responsabilité d'accompagner dans leurs arbitrages, à préférer la confrontation de l'avis de l'ignorant éclairé et de l'expert, aux jeux politiciens et électoralistes et aux slogans.

Je vous remercie."

_______________________________________________________________________________

Ces interventions, toutes récentes, de deux représentants éminents de la science française n'ont guère été mentionnées dans la presse et dans les médias au sens large. Cependant et dans le silence médiatique ambiant, la réaction d'une journaliste, Jade Lindgaard de Mediapart, comme suite à cette conférence au Collège de France, est emblématique des blocages évoqués par Marc Fontecave au sujet de la manière dont les controverses, qui sont pourtant au coeur de la démarche scientifique, sont perçues par les médias. Jade Lindgaard qui, à ma connaissance, n'a aucun background scientifique, ne parvient manifestement pas à concevoir qu'une "sommité scientifique", comme Marc Fontecave, puisse être "climato-sceptique". Pour elle, il s'agit d'un "paradoxe intellectuel" (sic) qui nécessite une enquête. C'est ainsi qu'elle titre l'un de ses articles sur Médiapart (du 16 Déc. 2013) :

" Climat : un sceptique au Collège de France"
Sous titre : "Chimiste réputé, membre du Collège de France, de l’Académie des sciences et de la fondation de Claude Allègre, Marc Fontecave est aussi un homme qui doute des causes du dérèglement climatique. Enquête sur un paradoxe intellectuel."

L'article (payant) commence ainsi : "Peut-on mettre en doute la responsabilité de l’homme dans le changement climatique devant un parterre de sommités scientifiques, et recevoir leurs applaudissements ? Oui. Où ça ? Au Collège de France, prestigieux cénacle de la science française."

Voilà qui vient parfaitement illustrer les allusions relativement acerbes de Marc Fontecave au sujet du comportement des journalistes (francophones) dans l'affaire du réchauffement climatique, comme dans quelques autres, relatives aux questions environnementales.

Faut-il rappeler à cette jeune journaliste que la science a toujours progressé par un enchaînement ininterrompu et "inéluctable" (comme dit Fontecave) de controverses, d'erreurs et de corrections, et que la plupart des grandes découvertes ont été faites contre le "consensus" qui régnait à l'époque. Faut-il rappeler les noms des grands scientifiques qui se sont dressés contre le consensus et en ont subi de graves désagréments de leur temps, tels que Louis Pasteur, Charles Darwin, Albert Einstein, Alfred Wegener, Warren et Marschall (le H. pilori), Philippe-Ignace Semmerlweis (la prophylaxie), Jacques Boucher de Perthes (les hommes préhistoriques), Alphonse Beau de Rochas (le moteur à 4 temps) sans oublier Ludwig Boltzmann et de nombreux autres savants qui ont eu à se battre contre les partisans du "consensus" et aussi, il faut le rappeler, hélas et déjà, contre la presse de leur époque.

Voici maintenant le communiqué publié par Pierre Darriulat qui fait part de son effarement (c'est un euphémisme) quand au contenu du dernier rapport du GIEC et notamment de son Résumé pour les décideurs, le SPM.

2) Pierre Darriulat (CV) est membre correspondant de l'Académie des Sciences. Il a consacré l'essentiel de sa carrière de chercheur à l'étude des interactions des particules élémentaires à laquelle il a apporté des contributions importantes, en particulier avec la découverte des jets hadroniques et des bosons faibles. Après avoir dirigé les recherches du CERN pendant sept ans, il s'est tourné vers l'étude de la supraconductivité des couches minces puis, quelques années plus tard, vers l'astrophysique qu'il enseigne aujourd'hui à l'Université nationale de Hanoï, où il dirige un laboratoire de physique des rayons cosmiques. Ses recherches lui ont valu de nombreuses distinctions honorifiques.
Pierre Darriulat est également l'auteur d'un livre intitulé "Réflexions sur la science contemporaine". (La présentation ci-dessus est extraite de la 4-de-couv.)

A) Contexte et introduction : Comme suite à la parution toute récente du dernier des rapports pluriannuels du GIEC, le Parlement britannique a pris une initiative qui aurait pu (dû) faire école. Le Parlement UK a mis en place une consultation ouverte et transparente auprès d'un certain nombre de scientifiques ou d'experts s'intéressant au domaine, afin de connaître leurs points de vue sur le contenu du récent rapport SPM (le résumé pour les décideurs) et sur le rapport complet dit AR5.
Il s'agissait, pour les personnes consultés, de répondre à un certain nombre de questions précises portant essentiellement sur la crédibilité des rapport AR5/SPM que l'on trouvera au début de ce document publié par le Parlement britannique.

Voici trois exemples des questions posées par le Parlement UK. Ces questions sont loin d'être anodines. De fait, elles ciblent assez précisément les problèmes qui sont au coeur du débat :

  • Est-ce que le rapport AR5 traite les questions relatives à la fiabilité des modèles climatiques ?
  • Le processus du GIEC est-il un mécanisme efficace pour rendre compte de l'état des connaissances scientifiques ? Ou s'est-il focalisé dans le but de fournir une justification pour la mise en place d'une politique ?
  • Dans quelle mesure les interventions des politiques ont-elles influencé les conclusions finales du résumé sur les fondements scientifiques de l'AR5 (NdT : le travail du groupe I)

darriulat

B) La déposition de Pierre Darriulat

Le texte complet transmis aux parlementaires britanniques par Pierre Darriulat est ici (en pdf).

Il est intitulé "Le point de vue d'un physicien indépendant" par le Professeur Pierre Darriulat pour l'enquête du Comité sur l'Energie et le Changement Climatique au sujet des dernières conclusions de 5ème rapport du GIEC (AR5).

Voici une traduction en Français de quelques extraits significatifs du texte transmis au Comité britannique. Les caractères engraissés le sont pas l'auteur de ce site. Les caractères mis en valeur par des italiques sont le fait de P. Darriulat.

"Résumé :
Le rapport AR5/WGI du GIEC, et tout particulièrement le Résumé pour les Politiques (SPM), expriment une évaluation alarmiste de l'influence des émissions anthropiques de CO2 sur le climat qui ne rend pas correctement compte des connaissances scientifiques actuelles. Ceci résulte d'une ambiguïté inhérente à l'exigence que les scientifiques doivent s'exprimer de manière consensuelle sur ce qu'ils pensent être le meilleur message. Il est nécessaire de fournir un résumé scientifique qui soit adressé aux scientifiques et qui donne une image objective de l'état de nos connaissances et des inconnues en matière de sciences du climat, en insistant sur les questions qui sont moins bien comprises et sur ce qu'il est nécessaire de faire pour les clarifier. Un tel résumé devrait porter une attention particulière à une série de questions controversées qui ont été identifiés par plusieurs climatologues qui ne partagent pas l'interprétation alarmiste de la science." [...]

Les points évoqués par Darriulat sont numérotés en chiffres romains. En voici quelques uns :

1 . Au mois de Septembre dernier, le GIEC a publié son rapport "Changement climatique : la science physique de base" qui est un document de plus de 2000 pages qui ne sera lu que par un petit nombre de personnes, ainsi qu'un document associé Le "Résumé pour les politiques" (SPM = Summary for Policy makers) de 36 pages qui sera le document qui est en général lu par les politiciens, les officiels et les médias. A mon sens et comme son objectif est de s'adresser aux politiciens, le SPM ne peut pas être un document scientifique.
Lorsqu'ils ont eu à rédiger le SPM, les auteurs ont eu à faire face à un dilemme. Ou bien ils parlent en scientifiques et doivent donc reconnaître qu'il y a trop d'inconnues pour faire des prédictions fiables, aussi bien dans les mécanismes en action que dans les données disponibles, ou bien ils essaient de faire passer ce qu'ils estiment que c'est le message d'un "consensus" qu'ils doivent faire passer. Mais ceci se fait au prix de la rigueur scientifique. Ils ont délibérément choisi cette seconde option. Il en résulte qu'ils ont déformé le message scientifique pour le transformer en un message alarmiste réclamant une action urgente, ce qui est tout le contraire de la signification du message scientifique [...]

Darriulat reprend ces remarques au point 3. de son exposé, en détaillant le processus :

3. Nous assistons à une succession de déformations du message du rapport complet de l'AR5 sur la science physique de base : En premier lieu, nous voyons une déformation du rapport complet vers le SPM par ceux qui ont rédigé et/ou modifié le SPM, ensuite de la part du SPM vers la presse par ceux qui parlent au nom du GIEC (incluant le responsable du GIEC) et enfin de la part de la presse vers le public au sens large par les activistes verts qui, trop souvent, se comportent de manière irresponsable en déformant les résultats des recherches"[...]

Au point 5, Darriulat expose son point de vue sur ce que devrait être une véritable démarche scientifique :

5. Il est raisonnable d'exiger un rapport scientifique du rapport du GIEC qui ne s'adresse pas aux politiques mais qui soit aussi objectif que possible sur l'état actuel de nos connaissances et de nos méconnaissances sur la science du climat. Un tel rapport devrait s'abstenir d'ignorer les pratiques scientifiques traditionnelles comme l'ont fait les auteurs du SPM de manière évidente quand ils prétendent être capable de quantifier avec précision leur confiance dans l'impact des émissions anthropiques sur le réchauffement climatique [...] En quantifiant de telles ignorances de la manière dont ils l'ont fait, les auteurs du SPM ont perdu toute crédibilité auprès de nombreux scientifiques. Ce comportement est inacceptable. Un rapport scientifique satisfaisant doit rapporter les principales conclusions du SPM d'une façon qui décrit correctement les facteurs qui contribuent aux incertitudes relatives à ses conclusions. [...]

Au point 6., Darriulat fait allusion à "la pause" et aux conséquences que l'on devrait en tirer, selon lui :

6. Le problème de la pause de la température du globe d'une durée d'environ 15 ans, n'a pas été correctement traité. Même s'il est exact que nous n'avons subi qu'un simple hiatus et qu'une plus grande quantité de chaleur a été stockée dans les océans que nous ne l'attendions mais qui serait relâchée dans quelque temps, et que vu d'une perspective à long terme ceci ne serait considéré que comme une fluctuation, nous ne disposons d'aucune base pour une discussion sérieuse. Il est indéniable que la pause a constitué une surprise dans un contexte où les émissions anthropiques de CO2 ont continué à augmenter. Ceci a des implications évidentes sur des facteurs qui ne sont pas correctement pris en compte dans les modèles climatiques.En tant que tel, ceci requiert une analyse très critique visant à une évaluation adéquate des incertitudes attachées à ces prédictions. C'est ce que nous devrions attendre de la part d'une approche scientifique sérieuse.
Une conséquence indirecte pourrait être que le réchauffement qui s'est produit durant la fin du XXe siècle ne résulte que partiellement des émissions anthropiques de CO2. Si tel était le cas, ceci affecterait les modèles d'une façon qui n'a pas été correctement prise en compte par le rapport du GIEC. De plus, la pause montre que nous devons prendre notre temps avant de décider d'actions irréversibles et que nous devons garder la tête froide plutôt que d'agir dans la panique et que nous devons utiliser efficacement le temps imparti pour améliorer les modèles qui ne sont pas cohérents avec les observations. [...]

C) Quelques réponses de P. Darriulat aux questions du Comité du Parlement UK
..

Comité : Quelle est l'a pertinence du rapport AR5 et du Résumé pour les Décideurs (SPM) dans le traitement de la signification des incertitudes en termes scientifiques ?

Darriulat: La manière dont le SPM prend en compte les incertitudes (par exemple en affirmant une certitude proche de 95%) est choquante et profondément a-scientifique. Pour un scientifique, ce simple fait est suffisant pour jeter le discrédit sur l'ensemble du Résumé. Le SPM donne l'impression erronée que l'on sait quantifier avec précision sa confiance dans les prédictions [des modèles] climatiques, ce qui est loin d'être le cas.


Comité :Est-ce que le rapport AR5 traite de la question de la fiabilité des modèles climatiques ?

Darriulat: Même s'il le fait à diverses reprises dans le rapport, l'attitude critique que l'on pourrait en attendre lui fait trop souvent défaut, parfois en éludant les problèmes plutôt qu'en faisant face aux questions embarrassantes. Le SPM ne traite pas de manière adéquate la question de la fiabilité des modèles climatiques.

Comité : Le dernier rapport du GIEC a-t-il suffisamment expliqué les raisons du hiatus de la hausse de la température moyenne de la surface du globale qui a été abondamment évoqué ?

Darriulat: "Bien sûr que non. Comment aurait-il pu le faire ? On ne peut que suggérer des hypothèses. La prochaine décennie devrait nous permettre de mieux comprendre quels sont les facteurs dominants."

Comité : Le GIEC est-il un processus efficace pour traiter les question de connaissance scientifique ? Ou bien s'est-il limité à fournir des justifications pour déterminer la politique à suivre ?

Darriulat: La mission attribuée au GIEC qui consistait à s'adresser aux décideurs plutôt qu'aux scientifiques a contribué à la détérioration de la qualité du débat sur le climat au point que nous avons peut-être atteint un point de non-retour. Certains peuvent dire aujourd'hui que cela était prévisible mais je ne pense pas que l'on aurait pu prévoir que cela puisse atteindre un tel niveau d'irrationnalité et d'agressivité affligeante.

Cette dernière réponse fait écho aux déclarations de la climatologue Judith Curry qui préconise ouvertement la disparition du GIEC. Quant au climatologue renommé du MIT, Richard Lindzen, il avait accueilli le dernier rapport du GIEC d'un cinglant " Je pense que le dernier rapport du GIEC a complètement sombré jusqu'à un niveau d'incohérence qui prête à rire." comme je vous l'avais rapporté.

A noter que, comme l'auteur de ce site, c'est d'abord le Résumé pour les Décideurs, le SPM, qui a profondément choqué le physicien Pierre Darriulat. Comme on le sait, la physique est une science "dure", proche des mathématiques, pour laquelle les enchaînements d'hypothèses plus ou moins avérées, les incertitudes plus ou moins bien cernées et les affirmations hasardeuses sont à prendre avec des pincettes, voire à rejeter.
A titre de complément d'information, voici la liste (et les photos) des rédacteurs du SPM, si sévérement critiqué par Pierre Darriulat qui s'était auparavant exprimé dans un billet (en anglais), en Octobre dernier, publié sur le blog de Judith Curry.

Avec tous mes meilleurs voeux pour toutes et tous mes ami(e)s lecteurs(trices), pour 2014 et pour la suite de ce passionnant feuilleton ...

Stay tuned !

12 Décembre 2013 : Le Super Typhon Haiyan/Yolanda aux Philippines, le GIEC, les médias, l'ONU et les ONG. haiyan

 

Préambule : Ce billet ne cherche évidemment pas à minimiser les désastres humains et matériels subis par les Philippins à la suite du passage du violent typhon Haiyan/Yolanda (Yolanda est le nom utilisé aux Philippines et dans la région). Personne ne peut rester insensible à la détresse des malheureux habitants de l'île de Leyte et de ses environs. C'est une tragédie surtout pour les plus démunis d'entre eux qui n'ont pas bénéficié de la protection de solides habitations "en dur" et qui n'habitaient que des constructions misérables souvent situées à proximité de l'océan où la vague déferlante associée au typhon, a, en réalité, commis de bien plus grands ravages que la violence des vents.

Ceci étant précisé, on aurait pu penser qu'il était du devoir (et de l'intérêt bien compris) des médias et des journalistes de replacer le typhon Haiyan/Yolanda dans son contexte historique, de donner des chiffres exacts quand ils sont disponibles et d'informer le mieux possible leurs lecteurs/auditeurs à partir d'une documentation aussi précise et étayée que possible plutôt que de se substituer aux Organisations Non Gouvernementales dont la vocation est, naturellement et entre autres, de "motiver l'opinion" et de susciter des élans de solidarité, quitte à dramatiser à outrance la présentation des faits.
Bien au contraire, nous avons assisté à un déchaînement "sans précédent dans l'histoire", (comme l'affirmeraient les médias ainsi qu'ils le font, de nos jours, pour tout événement météorologique qui semble sortir de l'ordinaire) de déclarations outrancières, aussi péremptoires qu'invérifiées. En réalité, quelques minutes passées sur Internet à consulter les multiples bases de données officielles disponibles suffisaient pour mettre à jour ses connaissances et pour replacer le drame provoqué par le typhon Haiyan/Yolanda dans un contexte historique qui en dit long sur la grande vulnérabilité des îles Philippines vis à vis des très violents typhons qui sévissent fréquemment dans la zone Nord Ouest du Pacifique.

Tout d'abord, je rappelle que les dénominations Cyclones/Ouragans/Typhons désignent exactement le même phénomène. Ces phénomènes paroxystiques sont appelés typhons dans les zones asiatiques, ouragans dans l'Atlantique Nord et le Nord-Est du Pacifique, et cyclones dans les autres bassins océaniques. A noter, en passant, (ce n'est pas toujours le cas) que les articles de Wikipédia sur ces sujets me semblent bien documentés et bien rédigés.

Pour illustrer notre propos, nous allons partir d'un titre d'un article de presse tout à fait emblématique de ceux que l'on a pu trouver dans la plupart de nos médias. Le voici :

"Le typhon Haiyan, le plus destructeur recensé de l'histoire " (Médiapart, publié 4 jours après le passage du typhon ce qui laissait le temps de la réflexion), accompagné du sous-titre : "Le typhon Haiyan, le plus destructeur recensé dans l'histoire, pourrait être le précurseur de tempêtes tropicales de plus en plus violentes et de plus en plus fréquentes, sous l'influence du réchauffement climatique"

Dans la suite, nous allons examiner chacune de ces affirmations à l'aune des données actuellement disponibles dans la littérature scientifique et dans les bases de données officielles ainsi que dans les derniers rapports du GIEC (SREX et AR5) qui évoquent ces questions. Enfin, nous verrons comment le drame provoqué par le typhon Haiyan/Yolanda a été opportunément récupéré par des cadres de l'ONU (en contradiction formelle avec le rapport du GIEC dont l'ONU est le responsable), par les représentants de pratiquement tous les pays et par les ONG présents à la réunion COP19 qui se tenait à Varsovie quelques jours après le passage du typhon.

1) Des vents à plus de 380km/h, nous ont affirmé, à de multiples reprises, nombre de dépêches des agences Reuters et AFP recopiées in extenso par la quasi totalité des organismes de presse francophones.

Si l'on veut être un peu plus sérieux que les journalistes et les rédacteurs des communiqués de presse, il faut tout d'abord rappeler que les estimations des deux paramètres pertinents qui sont la vitesse maximale de vent soutenu d'une part et la vitesse maximale du vent lors des rafales d'autre part, nécessitent un certain nombre de précisions indispensables. Il n'est pas si facile de comparer les vitesses des vents des cyclones des ouragans et des typhons surtout au moment de l'atterrissage. Et ceci parce que :

  • Les vitesses des vents mesurées par les satellites le sont au dessus des océans et non (ou mal) au dessus des terres. Il est bien connu qu'un cyclone ralentit considérablement en touchant terre et également que la vitesse des vents mesurés en altitude n'est pas significative de celle des vents qui règnent à proximité du sol. Ainsi, et par exemple, il est classique que les ouragans atlantiques de catégorie 3 passent en catégorie 2 (classification de Saffir Simpson, comme ce fut le cas de l'ouragan Sandy aux USA) lors de l'atterrissage. D'autre part, les vitesses des vents mesurées par les satellites au dessus des continents sont peu fiables. Elles exigent une confirmation par les stations basées au sol, et, dans la réalité, ce sont ces dernières qui font foi et sont retenues dans les bases de données historiques.
  • La durée de la mesure des vitesses de vent soutenu dépendent des zones concernées et des moyens mis en oeuvre pour les mesurer. En particulier, cette durée d'observation est typiquement de 10 minutes pour la plupart des institutions chargées des mesures dans la zone Ouest Pacifique où se trouvent les Philippines, à l'exception du JWTC (Joint Typhon Warning Center), un organisme de l'armée américaine dont le centre est à Pearl Harbour et qui est installé dans diverses zones de Pacifique Ouest qui utilise une durée de 1 minute seulement pour ses mesures de vent soutenu. Ceci conduit évidemment des mesures de vents soutenus par le JWTC bien supérieures à celles de la plupart des autres organismes qui utilisent le standard de 10 minutes.
  • A noter que le record absolu de vitesse des vents (Cyclone Olivia, 1996, Ile de Barrow, Australie)) d'un typhon (et non d'une tornade) est de 408 km/h selon l'OMM.
    NDRMC

L'Office National Philippin qui dispose des moyens appropriés, nous donne les chiffres corrects parce que mesurés sur place au moment de l'atterrissage du typhon. Les voici, , ci-contre à droite, recopiés de leur communiqué officiel

vitesse
Soit : Vitesse maximale des vents soutenus de 235 Km/h (147 mph) à proximité du centre et rafales jusqu'à 275 km/h.(170 mph)

C'est considérable mais on est très loin des 380 km/h affirmés par les agences de presse qui ont dû confondre vitesses mesurées par les satellites au dessus des océans et vitesses réelles des vents en surface au moment de l'atterrissage...sans le préciser.

A titre d'exemple de reportage relativement bien documenté et qui semble avoir été une exception dans le cas du typhon Haiyan, Phys.org qui se base sur des observations de la NASA, donne des chiffres corrects, avant (c'est à dire tels qu'observés par les satellites au dessus de l'océan) et après l'atterrissage (observés près du sol, conformes aux chiffres ci-dessus), mais mélange curieusement les mph et les kmh ("and gusts of up to 170 mph (275 miles per hour)) (et des rafales jusqu'à 170 miles par heure (275 miles par heure) " (sic), ce qui semble avoir été assez courant chez les rédacteurs des communiqués de presse, conduisant à des chiffres souvent extravagants puisque certains n'ont pas hésité à effectuer deux conversions successives des miles par heure en km/h

Il est heureux que des vents souvent annoncés, par les médias, à 380 km/h, n'aient pas soufflé au niveau de la surface car du fait que la pression exercée par un vent turbulent (non laminaire) est (au moins) proportionnelle au carré de la vitesse du vent, très peu de constructions, même en dur, auraient subsisté. De fait, les effets auraient été équivalents à ceux d'une violente tornade telle qu'elles sévissent fréquemment aux USA dans la 'tornado alley". De fait, la plupart des habitations en dur ont résisté, à l'exception de quelques-unes qui ont été envahies par le raz de marée qui a accompagné le cyclone. Un autre indicateur a été évoqué : Aucun arbre ne résiste à des vents de tornades (à près de 380 km/h près du sol)) qui ne laisse derrière elles que des moignons de troncs brisés à proximité du sol. Ce n'est pas le cas aux Philippines après le passage de Haiyan/Yolanda. Les palmiers ont été sérieusement malmenés mais ont survécu, pour nombre d'entre eux, comme on peut les voir sur les photos d'agence.

Comme nous allons le constater, Haiyan/Yolanda n'est pas non plus l'"un des typhons les plus puissants de l'histoire", ni même de l'histoire récente. D'ailleurs, cet abus journalistique, un peu ridicule, du terme "de l'histoire" qui ne signifie pas grand chose, laisse songeur. En effet, sans remonter bien loin, que savons nous de la puissance réelle des typhons du XVIII et XIXèmes siècles alors que les moyens de mesures utilisés actuellement (avions, satellites, anémomètres) étaient, inexistants et les anémomètres de l'époque étaient peu fiables, surtout dans des pays techniquement peu avancés ? Très peu de choses, en réalité, même si les historiens ont pu recueillir quelques informations, le plus souvent basées sur des récits de l'époque, sur les dégâts causés par ces phénomènes paroxystiques.

Quoiqu'il en soit, les vents de Haiyan/Yolanda avec ses rafales maximales au sol de 275 km/h ont été, à l'évidence, des vents très puissants. A titre de comparaison pour le public francophone qui doit se souvenir des tempêtes Lothar et Martin (qui sont des tempêtes synoptiques hivernales et non, à proprement parler, des cyclones) qui ont balayé une partie de l'Europe (92 morts au total) dans les derniers jours de l'année 1999, voici les vitesses des vents officielles, mesurées à l'époque :

Lothar (dépression 960 hPa) : vent maximal : 259 km/h.
Martin (dépression 963 hPa) vent maximal 198 km/h
A noter que, lors de ces tempêtes, l'anémomètre situé au Grand Montets (alt. 3275 m) aurait indiqué des vents de 320 km/h. Comme on le sait, les vents mesurés en altitude ne sont pas significatifs des vents mesurés au niveau de l'océan qui sont très généralement beaucoup moins violents.

Pour sa part, la tempête synoptique hivernale Xynthia (dépression 968 hPa) (Mars 2010) a connu des maxima de vents de 242 km/h. Les dégâts considérables occasionnés en Vendée ont résulté du raz de marée dû à la conjonction malheureuse de la forte dépression qui a littéralement "aspiré" la mer à proximité des côtes avec la marée haute.

2) "Le typhon Haiyan, le plus destructeur recensé de l'histoire " ?

La liste complète des 36 cyclones tropicaux les plus destructeurs (en vies humaines) de l'histoire récente est donnée ici (entre autres). La voici ci-dessous :

Comme expliqué en bas de ce tableau, les imprécisions sont grandes en matière de mortalité. Cette liste indique les 36 typhons/ouragans/cyclones les plus mortifères recensés à ce jour. A noter qu'il n'y a pas nécessairement une corrélation directe entre la "puissance" d'un cyclone et la mortalité enregistrée. Certains pays, tels que le Japon, sont beaucoup mieux protégés que d'autres tels que les Philippines et le Bangladesh.
La typhon Haiyan/Yolanda ne figurera pas dans ce tableau, au vu de la mortalité enregistrée à ce jour (près de 6000 décès), c'est à dire environ deux fois moins que le 36ème de cette liste. Non plus que celui-ci qui fit 7000 morts aux Philippines en 1898 (Tacloban aurait été réduite en ruines en 30mn nous dit un communiqué de presse de l'époque).

statcycl4

 

 

Comme chacun sait, en anglais, les points séparateurs des milliers sont remplacés par des virgules.
Ainsi 15,000 (anglais) =15.000

J'ai tronqué la liste entre le 10ème et le 32ème cyclone pour limiter l'espace occupé par ce tableau. Le tableau complet est compilé par Wunderground.

Comme vous le voyez, cette liste recense essentiellement des événements qui se sont produits dans le Golfe du Bengale et dans l'Ouest du Pacifique qui sont, de fait, les régions les plus affectées par les typhons/ouragans/cyclones au monde.

A noter que ce tableau omet de citer le "Grand Ouragan" qui aurait causé plus de 27000 morts en 1780 dans l'Atlantique Nord, ce qui est exceptionnel dans cette région du monde.

 

 

 

 

Ce tableau rappelle notamment que la ville de Tacloban, capitale de l'île de Leyte aux Philippines, de nouveau durement touchée cette année par le typhon Haiyan/Yolanda, avait déjà été ravagée par un typhon encore plus meurtrier (15000 morts) en Novembre 1912, c'est à dire, il y a près de cent ans.

Les journaux de l'époque en avaient abondamment parlé mais il apparaît que la quasi totalité de nos chroniqueurs contemporains (à l'exception de ceux des Philippines) ne se sont guère préoccupés de consacrer quelques minutes à rechercher d'éventuels précédents qui auraient pourtant pu étoffer leurs articles et informer leurs lecteurs/auditeurs sur l'insécurité intrinsèque de la ville de Tacloban qui est située dans une zone névralgique vis à vis des typhons. A noter, en passant, que la population des Philippines a pratiquement triplé depuis les années 1950, ce qui permet de relativiser d'autant plus les chiffres rapportés.

Il est ainsi évident que le cyclone Haiyan/Yolanda est loin d'être "le cyclone le plus destructeur (en termes de vie humaines) recensé de "l'histoire". Et il en est très loin, même si on ne considère que l'histoire moderne.

Il est évidemment hasardeux de juger de la puissance destructrice d'un typhon ou d'un ouragan en se basant uniquement sur le nombre des décès. La vitesse des vents lors de l'atterrissage, la dépression qui règne au coeur du typhon qui détermine la vitesses des vents et, surtout, l'indice ACE, sont sans aucun doute de bien meilleurs indicateurs de la puissance destructrice d'un typhon. Nous donnerons quelques détails à ce sujet, ci-dessous.

En réalité, et pour ce qui est de la puissance mortifère des typhons, il y a, outre la puissance cyclonique, deux facteurs qui ont évolué de manière contravariante au cours de l'histoire (récente). D'une part, les moyens de détection et d'alerte se sont considérablement améliorés au cours des dernières décennies permettant ainsi de sauver de nombreuses vies humaines en permettant d'organiser des évacuations. En revanche et d'autre part, la population a considérablement augmenté durant la même période. Or l'augmentation de la population concerne surtout les couches les plus démunies qui habitent, le plus souvent aux Philippines et ailleurs, dans les zones les plus exposées et dans des habitations de fortune constituées, le plus souvent, d'abris précaires (planches, tôles, cloisons légères) qui n'offrent évidemment aucune protection en cas de tempête, même relativement minime, et, à fortiori, lors de de violents typhons tels que Haiyan/Yolanda.
Pour s'en convaincre, il suffit de voir les photographies du champ de ruines laissé par le typhon. Il ne reste que des amas de bois et de tôles enchevêtrées.
Une géographe, Magali Rhegezza, a rédigé un article éclairant sur ce sujet.. L'auteure rappelle notamment que les typhons sont des événements paroxystiques normaux, hélas fréquents, dans un certain nombre de régions telles que les Philippines comme nous le verrons ci-dessous et que ce sont les habitations fragiles en zone exposée (c'est à dire à proximité des côtes) qui sont le lieu des destructions et des décès.

Il apparaît que les dégâts majeurs enregistrés notamment sur l'île de Leyte aux Philippines ont surtout résulté du puissant raz de marée qui a accompagné le typhon, lequel a causé un grand nombre de morts parmi la population la plus démunie qui vivait dans des habitations fragiles, à proximité de l'océan. Les télévisions américaine CNN et anglaise BBC ainsi que beaucoup d'autres, nous ont assurés sur la base d'informations invérifiées, que la vague qui a accompagné le typhon avait une hauteur de 13 à 17 mètres tandis que pour sa part, Le Centre NDRMC du Gouvernemental Philippin qui est la référence en matière de dommages causés par les typhons dans la zone, l'a évaluée à une hauteur maximale de 4 à 7m ce qui est évidemment considérable mais en dit long sur l'exagération médiatique, d'un facteur 2 ou plus, qui a accompagné cet événement.

3) Dans son sous-titre, Médiapart nous assure, comme la plupart de ses confrères, que "Le typhon Haiyan, le plus destructeur recensé dans l'histoire, pourrait être le précurseur de tempêtes tropicales de plus en plus violentes et de plus en plus fréquentes, sous l'influence du réchauffement climatique"
Qu'en est-il en réalité ? Que nous disent les observations objectives et que nous disent les rapports scientifiques du GIEC ?

A) La fréquence et l'énergie intégrée des cyclones/typhons/ouragans à l'échelle mondiale :

Pour ce qui est de l'échelle du globe et du nombre total de cyclones/ouragans/typhons, les lecteurs(trices) attentifs de ce site savent déjà que la fréquence des typhons/cyclones/ouragans n'a pas augmenté au moins depuis le début des mesures satellitaires, comme le montrent, entre autres, les graphiques (publiés et peer-reviewés) du Dr. Ryan Maue dont voici une version actualisée à la fin du mois d'Octobre 2013 :

statcycl8

 

En ordonnées le nombre des ouragans (en bas) ou des tempêtes tropicales (en haut) depuis 1971 jusqu'à la fin du mois d'Octobre de cette année.

On en perçoit aucune tendance ni à la hausse ni à la baisse de l'occurrence de l'activité cyclonique pour le globe depuis 1971.

 

 

 

 

 

statcycl9S'agissant de la puissance des cyclones/typhons/ouragans, voici ci-contre, le graphique de l'évolution de l'énergie cumulée (Indice ACE) de l'activité cyclonique globale (en haut) et de tout l'Hémisphère Nord (en bas) de 1971 à nos jours.

En ordonnée est représenté l'indice ACE ( Accumulated Cyclone Energy) qui combine en un seul indicateur les données sur la vitesse (au carré) des vents et sur leur durée, comme je vous l'avais expliqué dans ce billet.

Nous n'observons aucune tendance de l'ACE ni à la hausse ni à la baisse durant toute cette période de "Réchauffement climatique anthropique", ni pour l'hémisphère Nord, ni pour l'ensemble du globe.
A noter que l'énergie cyclonique de la période actuelle est remarquablement faible. A noter également que le typhon Haiyan/Yolanda avec son ACE de 37 ne serait guère perceptible sur ce graphique.

B) Quid de la fréquence des typhons ayant atterri aux Philippines depuis 110 ans ?

Une étude exhaustive, traitant de ce sujet et résultant d'une collaboration sino-japonaise, est parue en 2009 dans les Geophysical Research Letters.

Kubota, H. and Chan, J.C.L. 2009. "Variabilité interdécennale des atterrissages des cyclones tropicaux sur les Philippines de 1902 à 2005."
Geophysical Research Letters
 36: 10.1029/2009GL038108

Cet article analyse la statistique du nombre de typhons ayant atterri aux Philippines de 1902 à 2005. Les auteurs trouvent une périodicité de 32 ans et la relie aux phénomènes naturels El Niños (l'ENSO) et à la PDO (Oscillation Décennale Pacifique) et nullement au "réchauffement climatique anthropique".
La conclusion de leur résumé est la suivante :

"Ces résultats suggèrent que la variabilité naturelle en relation avec l'ENSO et les phases de la PDO apparaît prédominante dans la variabilité interdécennale des cyclones tropicaux qui ont touché terre aux Philippines."

statcycl7

 

Voici les résultats de leur statistique qui donne l'évolution du nombre de typhons (toutes catégories confondues) qui ont atterri aux Philippines, en fonction du temps.

Ici encore, on ne perçoit pas de tendance à la hausse, ni à la baisse, du nombre de typhons qui ont atterri sur les Philippines au moins depuis 1902.


A noter que les données des années 1940-1944 sont absentes, ce qui est bien compréhensible. Les Philippins ont eu affaire à bien d'autres malheurs (dont l'occupation japonaise), à cette époque.

Il s'agissait ci-dessus des typhons de toutes catégories ayant atterri aux Philippines. Voyons maintenant comment Haiyan/Yolanda se classe par rapport aux autres typhons les plus violents, les Super Typhons, des années antérieures, dans la même zone du Nord Ouest du Pacifique où se trouvent les Philippines. Bien heureusement, tous ces Super Typhons n'ont pas touché terre. Beaucoup sont demeurés au dessus des océans.

C ) L'activité (Super) cyclonique dans la zone du Nord Ouest du Pacifique de 1951 jusqu'à nos jours.

Il est généralement admis que la mesure de la dépression qui accompagne ces événements paroxystiques constitue un indicateur fiable de la puissance des cyclones/typhons/ouragans. C'est pour cette raison que le classement de ces événements paroxystiques est très fréquemment effectué à partir de la pression minimale relevée au coeur des cyclones tel que cela est indiqué dans le tableau ci-dessous à droite qui ne recense que les cyclones les plus intenses (en fait, les Super Typhons dont la pression a été inférieure ou égale à 895 hPa qui est la pression minimale mesurée pour Haiyan ) observés dans la zone Nord Ouest du Pacifique depuis 1951 jusqu'à nos jours.

On peut retrouver ces données sur Wikipedia (Liste des cyclones les plus intenses, région par région) tirées de la base de données du "Centre Météorologique régional spécialisé" (un conglomérat de centres d'observations régionaux sur ces phénomènes, approuvé par l'OMM) . On peut également vérifier ce données directement sur cette liste de la JMA. ("Western North Pacific Typhoon best track file 1951-2013". Japan Meteorological Agency).

Il es possible d'effectuer une analyse statistique élémentaire de l'évolution de l'activité cyclonique la plus intense relevée dans la zone Nord Ouest du Pacifique où se trouvent les Philippines, de 1951 à nos jours.On peut illustrer les résultats de différentes manières. Pour ma part, j'ai opté pour une présentation simple qui consiste à reporter les dépressions (c'est à dire la pression standard de 1013 hPa moins la pression nominale du typhon) des typhons dont les pressions étaient inférieures ou égales à 895 hPa, en fonction des années depuis 1951 et en ajoutant les dépressions des typhons se produisant la même année (par exemple en 1983 où il y eut trois très puissants super typhons dans la zone).statcycl1

 

Le graphique obtenu est explicite. Le voici, ci-dessous. Il est tracé à partir des données du tableau ci-contre.

statcycl5

Il apparaît que les Super Typhons dans la zone du Nord Ouest du Pacifique ont été plus intenses, plus fréquents et plus répétitifs durant la période la plus froide des 60 dernières années, située entre 1960 et 1980, ce qui n'étonnera ni les historiens ni les géographes qui savent que les périodes froides ont été les plus riches en événements de ce genre. Ce simple graphique montre également que la période post-1990 a globalement été la plus calme du point de vue des Super Typhons dans cette zone, avec une pause de presque vingt années entre 1991 et 2010, ce qui est évidemment contraire aux affirmations répétées que l'on a pu lire dans la presse et écouter/voir dans les médias qui associent systématiquement réchauffement climatique et intensification de l'activité cyclonique.

Pour sa :part, allant dans le même sens, le Dr. Ryan Maue, utilisant la base de données japonaise, fait remarquer que 50 des 58 Super Typhons observés dans la zone Nord Ouest du Pacifique depuis 1951, avec des pressions inférieures ou égales à 900 hPa, se sont produits durant les années 1950-1987. Il n'y en a eu que 8 dans les 25 dernières années. Ainsi, contrairement aux affirmations réitérées de certains, et du simple point de vue des statistiques, nous sommes actuellement et depuis une vingtaine d'années, dans une période relativement calme du point de vue des Super Typhons dans la zone Nord Ouest du Pacifique...malgré le changement climatique.

Il apparaît donc que le lien suggéré par Médiapart et la quasi totalité de ses confrères ainsi que par les responsables de l'ONU (voir ci-dessous), entre la fréquence et/ou la violence de l'activité cyclonique et le réchauffement climatique observé depuis la seconde moitié du XXème siècle est mis en défaut par les observations. C'est ce qui explique, sans aucun doute, la position très en retrait du GIEC sur une possible contribution anthropique à ces événements extrêmes, comme nous le verrons ci-dessous.

Voyons maintenant ce qu'il en est pour la seule année 2013, du moins jusqu'à présent, et toujours dans cette zone névralgique.

D) L'activité cyclonique dans la zone Nord Ouest du Pacifique durant l'année 2013 (jusqu'à ce jour) statcycl6

Ci-contre le tableau pour 2013, dressé et constamment remis à jour par le Dr. Ryan Maue spécialiste de l'analyse des typhons/cyclones/ouragans à l'échelle du globe. Ce tableau ne concerne que la zone Pacifique Nord Ouest où se trouvent les Philippines. Cette zone est, comme on le sait, la zone la plus active du point de vue cyclonique de tout l'hémisphère Nord..

Le premier paramètre important porté sur ce tableau est l'indice ACE ( Accumulated Cyclone Energy) qui combine en un seul indicateur, les données sur la vitesse (au carré) des vents et sur la durée, déjà mentionné ci-dessus. J'avais évoqué cet indice (et d'autres) qui constitue une bonne estimation de la puissance des cyclones dans un billet précédent.

Le second paramètre important est la vitesse maximale des rafales de vent enregistrée par les organismes officiels. Elle est exprimée en miles par heure et est indiquée ici en rouge, sur ce tableau pour les typhons les plus violents.

 

 

 

 

On constate que le typhon Haiyan a connu un ACE de 37 ce qui le place en première position pour cette année en cours, devançant de peu le cyclone Francisco (ACE = 35). Par contre, la vitesse maximale des vents de Haiyan (170 mph ) a été nettement supérieure à celle de Francisco (140 mph), ce qui signifie que le typhon Haiyan qui s'est d'ailleurs heureusement déplacé très rapidement, à une vitesse remarquable de 40 km/h, à perduré moins longtemps que le cyclone Francisco qui s'est dirigé vers le Japon avant de s'en éloigner.et de s'affaiblir. A noter que l'île japonaise d'Oshima avait subi les violences de Wilpha (ACE = 14) quelques 10 jours avant l'approche du typhon Francisco . Les typhons qui atterrissent au Japon font toujours des victimes mais en nombre relativement limité car la population japonaise est remarquablement organisée pour se protéger contre ce genre de cataclysme assez courant dans cette zone de l'océan Pacifique qui porte si mal son nom.

 

 

Conclusions :
D'après ces observations accessibles pour tous, il apparaît donc que le Super Typhon Haiyan/Yolanda est le plus puissant enregistré au cours de cette année 2013, mais qu'il n'est pas, et il s'en faut de beaucoup, le plus puissant de "l'histoire" comme nous l'avons vu ci-dessus, pour la zone Nord Ouest du Pacifique, comme pour les autres.

A noter également que, comme on le voit sur les graphiques de Ryan Maue rapportés au &A,
nous traversons actuellement une période d'accalmie du point de vue de l'activité cyclonique mondiale y compris dans la zone du Pacifique où se trouvent les Philippines, comme le montre aussi le graphique du &C.

Malgré le "réchauffement climatique", on n'observe aucune augmentation du nombre des Super Typhons (les plus violents) dans la zone Nord Ouest du Pacifique depuis 1951, ni de la fréquence de l'activité cyclonique, toutes catégories confondues, au plan mondial comme régional. Au vu des données disponibles, il semblerait, au contraire que le "réchauffement climatique" s'accompagne, d'une baisse de l'activité cyclonique dans le Nord Ouest du Pacifique.

E) Que nous dit le GIEC au sujet de l'évolution de la fréquence et de la violence des cyclones/typhons/ouragans ?

Le GIEC s'est récemment exprimé à deux reprises sur ces sujets au cours des deux années passées. D'une part, il a publié en 2012 un rapport spécifique consacré aux événements extrêmes, appelé le SREX report. Concernant le sujet qui nous intéresse ici, le rapport SREX précise (page 161) que (texte engraissé par PU):

"En résumé, il y a une confiance faible qu'une tendance quelconque à long terme (c'est à dire de 40 ans ou plus) des augmentations de l'activité cyclonique tropicale (c'est à dire, de l'intensité, de la fréquence et de la durée) soient robustes après avoir pris en compte les changements passés des capacités d'observation. Les incertitudes dans les données de l'histoire des cyclones tropicaux, la compréhension incomplète des mécanismes physiques liant les métriques des cyclones tropicaux au changement climatique et le niveau de variabilité de l'activité cyclonique tropicale ne procurent qu'une faible confiance dans l'attribution d'une quelconque variation de l'activité cyclonique tropicale à des influences anthropiques. "

En bref, on ne sait pas. Pour sa part, le rapport AR5 du GIEC, paru tout récemment (en Septembre dernier), stipule, en conformité avec le rapport SREX cité ci-dessus, qu'on n'observe aucune tendance à long terme de l'activité cyclonique tropicale. Ce rapport indique aussi que "Globalement, il y a une faible confiance dans l'attribution des variations de l'activité des cyclones tropicaux à une influence humaine."

En résumé, le GIEC se déclare incapable de conclure sur une quelconque influence anthropique sur une évolution, elle-même incertaine, des caractéristiques fondamentales des cyclones/typhons/ouragans tropicaux. A noter que le GIEC est tout aussi démuni pour ce qui concerne les cyclones extra-tropicaux.

4) Observations et conclusions :

On était en droit d'espérer, qu'au moins, les conclusions des rapports du GIEC, rappelées ci-dessus, ainsi qu'un minimum d'investigation au sein de l'abondante littérature, particulièrement bien documentée, qui existe sur les typhons/cyclones/ouragans, auraient tempéré les déclarations des rédacteurs des communiqué de presse ainsi que celles des participants et des responsables de l'ONU présents lors de la récente Conférence Mondiale sur le Climat (COP19) qui s'est tenue à Varsovie quelques jours après le passage du typhon Haiyan/Yolanda sur les Philippines. Il n'en a rien été.
Bien au contraire, le typhon Haiyan/Yolanda est devenu l'emblême iconique de la conférence de l'ONU sur le climat, le COP19.

Voici, à titre d'exemple, ce que relate un observateur, présent à la réunion COP19 :

"Pratiquement toutes les délégations qui ont pris la parole ont fait référence à la tempête signalant que le changement climatique apparaissait impacter l'intensité des événements météorologiques extrêmes. Le principal délégué philippin, Yeb Sano déclara aux participants du COP : "Ce que mon pays est en train de subir du fait des cet événement climatique extrême est de la folie. La crise climatique est de la folie. Nous pouvons arrêter cette folie ici même à Varsovie.". Pour sa part, il a annoncé qu'il entamerait une grève de la faim "jusqu'à ce qu'on aboutisse à un résultat significatif"".

Un autre rapporteur résume les discours introductifs prononcés lors de l'ouverture du COP15 d'une part par Marcin Korolec (alors ministre de l'environnement polonais mais qui a été "débarqué" de son gouvernement pendant la conférence, peu après son intervention), le représentant de la puissance invitante et président du COP19 et, d'autre part, par Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention sur le Changement Climatique de l'ONU.

"Korolec et Figueres ont pointé les réalités du changement climatique qui donnent à réfléchir et l'augmentation des événements extrêmes que la science climatique a prévue depuis longtemps, tels que le cyclone dévastateur Haiyan (Yolanda) qui vient de frapper les Philippines, l'un des typhons les plus puissants de l'histoire qui ait atterri."

...en contradiction flagrante avec les rapports SREX et AR5 du GIEC de l'ONU.

Pour sa part, Ban Ki Moon, le secrétaire général de l'ONU, a, lui aussi, assuré les participants que le typhon résultait du changement climatique, en ces termes :

"Nous avons vu maintenant ce qui est arrivé aux Philippines. C'est un avertissement impérieux" ..." C'est un exemple de changement météorologique et aussi du fait que le changement climatique nous affecte tous sur la Terre.

Certains penseront qu'il est pour le moins curieux que ces principaux responsables de l'ONU outrepassent largement les déclarations documentées et très en retrait (notamment en comparaison des rapports précédents) des tout récents rapports scientifiques SREX et AR5 du GIEC, lui-même placé sous la tutelle de l'ONU (et de l'OMM).
Doit-on en conclure que Ban Ki Moon et Christiana Figueres s'abstiennent de lire le contenu des rapports d'un organisme dont ils représentent les tutelles ?
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Pour sa part, et ce n'est pas inattendu, Greenpeace, comme les nombreuses autres délégations écologistes représentants diverses ONG à Varsovie, a cherché aussi à tirer parti du drame philippin. C'est ainsi que Grennpeace a projeté une diapo sur une des cheminées d'une centrale à charbon (omniprésentes en Pologne) nous assurant que "Les tempêtes partent d'ici" tout en exigeant des dédommagements de la part des compagnies pétrolières. Venant d'une organisation ouvertement activiste, ceci n'est guère surprenant, même si cela contredit frontalement les observations et les conclusions des scientifiques qui, eux, se déclarent incapables de conclure dans l'état actuel des choses.

Comme à l'accoutumée, alors que la presse francophone avait perdu tout sens de la mesure au sujet de cette affaire et ne se préoccupait guère de mener la moindre investigation quant au contenu hasardeux et ultra-alarmiste des communiqués de presse de Reuters et de l'AFP, plusieurs organes de presse germano- et anglophones ont tenté d'informer leurs lecteurs en tentant une analyse plus approfondie. D'autres se sont carrément insurgés contre le catastrophisme ou la récupération, à des fins politiques, du drame philippin par leurs collègues. Je ne citerai ici que trois organes de presse de différents pays, parmi les plus lus et parmi beaucoup d'autres :

Le Spiegel Online International (All.) : ."Climatologie : les leçons à tirer du cyclone Haiyan"
The Telegraph NEWS (Au) : "La campagne alarmiste sur le typhon Haiyan est tout simplement honteuse".
Daily Mail (UK) : "Comment la BBC a transformé une crise catastrophique en un drame dû au réchauffement climatique".

Conclusion :

Le Super Typhon Haiyan/Yolanda n'est, ni plus ni moins, que le successeur de la longue lignée des très violents cyclones tropicaux qui sévissent fréquemment dans la zone Nord Ouest du Pacifique, décennie après décennie. Selon le hasard des conditions météorologiques qui s'établissent dans cette région, il arrive qu'un de ces phénomènes paroxystiques touche terre et y cause des ravages tels que ceux qui ont affecté les Philippines cette année. Mais hélas pour les Philippins et les autres habitants de cette zone du Pacifique, de tels événements se reproduiront dans le futur comme ils l'ont fait dans le passé et ceci avec ou sans réchauffement climatique dont les scientifiques ignorent encore si celui-ci à une influence quelconque sur la fréquence et sur la violence de ces événements, tout simplement parce qu'aucune tendance n'apparaît clairement dans les observations.

.Connaissant ces données qui étaient accessibles à tous, il apparaît évident que la tragédie des Philippines a été délibérément "récupérée" par un certain nombre de responsables de l'ONU ainsi que par un certain nombre de représentants des pays les moins développés qui ont participé au COP19 de Varsovie et dont on a fort bien compris les motivations, à cette occasion. Si on peut concevoir que ces derniers soient désireux de faire avancer "la cause du changement climatique" auprès des opinions publiques, des décideurs et des financeurs, il est difficilement excusable que leur argumentation se fasse en contradiction avec les observations objectives et les conclusions des rapports du GIEC.

Dans ces circonstances, le comportement des ONG activistes telles que Greenpeace n'est pas inattendu, mais, par contre, celui des journalistes des médias et des agences de presses, notamment francophones, est plus problématique.
Il faudrait, sans nul doute, que les rédacteurs de la presse et des médias se décident, une fois pour toute, à choisir ouvertement et clairement, entre une information objective et bien documentée de leurs lecteurs/auditeurs, et le militantisme, au risque d'engendrer une suspicion qui ne rend service ni à leur crédibilité ni à la pérennité de leurs organes de presse.

Stay Tuned !

17 Novembre 2013 : Le GIEC, "le plateau" de température et quelques curiosités du rapport complet et du SPM du GIEC (WGI)

Ce billet fait suite au billet précédent (ci-dessous) qui rapportait les jugements d'un certain nombre d'experts scientifiques du climat, ainsi que ceux des médias anglophones-germanophones et francophones, faisant suite à la publication des deux rapports (SPM et rapport complet du groupe de travail N°1 (Les bases scientifiques)) du GIEC, en fin du mois de Septembre dernier.

Nous allons rentrer un peu plus dans les détails et analyser comment les différents rapports du GIEC ont rendu compte d'un certain nombre d'observations qui remettent en question les modèles du réchauffement climatique ainsi que plusieurs affirmations qui posent quelques question souvent épineuses.

Tout d'abord, voici quelques rappels au sujet de la quasi-stagnation de la température moyenne de l'air à la surface du globe durant ces 15 dernières années.

1) Le "plateau" des températures moyennes du globe :

On se souvient que cette dénomination de "plateau" avait été utilisée, dès 2008, par
R. K. Pachauri, le Président du GIEC qui nous affirmait qu'il allait s'y intéresser... Ce substantif, relativement neutre, a depuis été rebaptisé par certains supporters du GIEC de "hiatus" ou de "pause" qui impliquent tous deux que la stagnation des températures ne saurait se prolonger.
Pour ce qui concerne l'examen des données observationnelles, j'ai fréquemment précisé dans ce site que la pratique la moins susceptible d'être entachée de "motivated reasoning", de "
raisonnement motivé" ou de "biais de confirmation", consiste à considérer les données brutes, résultant directement de l'observation, sans aucune "barre de tendance" ou autre lissage et moyennage qui introduisent des biais susceptibles de fausser le jugement comme vous en verrez quelques illustrations ci-dessous.

Voici donc le graphique rapportant les données dites HadCRUT4, fournies, mois après mois, par les bases de données officielles du Hadley Centre Met Office (UK) qui servent de référence aux rapports du GIEC AR5 2013. Pour ce qui est de la présentation de ces graphiques, j'ai essayé d'adopter, autant qu'il a été possible les cadrages et les rapports d'images proches de ceux utilisés dans le rapport SPM du GIEC, ceci de manière à faciliter la comparaison directe des graphiques. Hacrdutmenseul1

 

 

L'accolade en rouge indique la zone du fameux "plateau" dont il est question ici.

 

 

 

 

 

 

Voici maintenant un zoom de la région du "plateau" indiquée par l'accolade rouge sur le graphique précédent. Le graphique ci-dessous est également directement issu des données officielles tabulées par le Hadley Center sous le nom de HadCRUT4. L'aspect un peu "heurté" du graphisme provient du fait que la donnée de chaque mois est reliée à la suivante par un trait rectiligne. Certains utilisent des liaisons plus sophistiquées (splines, Béziers etc.) mais cela ne change rien à l'allure générale du graphique. Hadcrut-plateau

 


A noter ici que les données du HadCRUT4 n'étaient pas encore actualisées pour le mois de Septembre 2013 lorsque j'ai tracé ce graphique. Le dernier point à droite est donc celui du mois d'août 2013.
Mise à jour du 9 Novembre : Les données du mois de septembre du HadCRUT4 ont été publiées. Selon ces données, la température du mois de septembre a été pratiquement identique (+0,007°C (!)), selon le HadCRUT4, à celle du mois d'août. Je n'ai pas jugé utile de retracer ce graphique.

 

 


 


Ceci étant rappelé, voyons maintenant comment le rapport pour les décideurs (SPM) d'une part et le rapport scientifique complet AR5 (2013) du GIEC d'autre part; font état de ces données objectives, qui, comme nous l'avons déjà vu et comme nous allons le revoir, posent quelques graves problèmes aux modélisations en cours.

2) Le "plateau" vu par le rapport scientifique AR5 du GIEC

Vous trouverez ci-dessous quelques graphiques incluant (assez discrètement) le "plateau" qui n'est jamais mentionné, en tant que tel, dans le Résumé pour les Décideurs (SPM) dans lequel les mots "hiatus", pause" ou "plateau" ne figurent pas, même si le ralentissement de la hausse de température est évoqué assez discrètement dans le corps du texte. Ceci est surprenant sachant, comme on le voit très bien sur le graphe ci-dessus, que la hausse des températures post-1951 (la date retenue par le GIEC pour que l'effet du CO2 anthropique devienne perceptible) n'a, en réalité, commencé qu'en 1975 pour se terminer en 1998. Autrement dit, la durée réelle de la hausse de température dont le GIEC nous assure qu'elle est d'origine anthropique n'est que de 23 ans, alors que, comme le montre le graphique ci-dessus, la "pause" couvrirait, dès à présent, une période de 15 ou 16 ans, ce qui n'est pas sensiblement moindre.

Ainsi, le "plateau", la "pause" ou le "hiatus" comme l'appellent ceux qui nous certifient qu'il n'est que temporaire, n'est jamais mentionné explicitement dans le rapport pour les politiques. Cependant, il était très difficile sinon impossible que le rapport scientifique complet (l'AR5) élude le sujet. Mais plutôt que d'afficher le graphe ci-dessus qui aurait été parfaitement explicite, les rédacteurs du rapport complet ont, semble-t-il, trouvé un moyen "plus scientifique" de l'évoquer mais qui présente malheureusement le défaut de ne pas être totalement transparent aux yeux du commun des mortels ...et (probablement) de quelques décideurs. Cette représentation est donnée sous la forme de l'histogramme représenté ci-dessous qui figure, inséré parmi beaucoup d'autres, au Chapitre 9, page 162, Box 9.2 Fig. 1a du Rapport scientifique du GIEC AR5.

A noter que ce rapport AR5 est dit "final" bien qu'il soit encore susceptible de révisions sans doute pour éliminer les erreurs rémanentes et coller au plus près avec le résumé SPM (Résumé pour les décideurs) qui, lui, a été adopté en assemblée plénière à Stockholm, impliquant les émissaires politiques de chaque nation représentées au GIEC. Ce rapport est ainsi qualifié de " Un rapport accepté par le groupe de travail N°1 mais non approuvé dans les détails." Quelques corrections mineures, relatives aux émissions anthropiques de CO2, ont d'ailleurs été, tout récemment (le 11 Nov.), apportées à ce rapport. Visiblement, les rédacteeurs du rapport ne tiennent pas à répéter les erreurs de l'AR4.

Le "plateau" tel qu'il figure sous la forme d'un histogramme, dans le rapport scientifique AR5 mais ne figure pas dans le Résumé pour les Décideurs

Cet histogramme qui peut paraître un peu obscur aux lecteurs non scientifiques ou techniques, est, en réalité, très explicite. Il nous donne ce qui est appelé "la densité normalisée", autrement dit le nombre d'occurences (ou le "poids") d'une variable (La température HadCRUT4 et les résultats des modèles) en fonction de l'écart de la variation de température (par décennie) reporté, en °C, en abscisse.

Dans un tel graphique, le "plateau" mesuré et observé avec les mesures HadCRUT4 apparaît comme la zone (hachurée rouge) incluse entre les deux plateau1barres quasi verticales en trait rouge plein.
Cet histogramme nous apprend deux choses importantes :

1) D'une part, ce que nous savions déjà, c'est à dire que la température moyenne globale n'a pas ou n'a que très peu varié durant la période 1998-2012 et si elle l'a fait, elle a très légèrement augmenté de quelques +0,04°C par décennie, ce qui est évidemment infinitésimal et difficilement mesurable. A noter, en effet que la marge d'erreur (la largeur de la zone hachurée rouge) n'est qu'à peine suffisante pour affirmer que la température à légèrement monté selon le HadCRUT4.

Mon propre calcul avec la base de données HadCRUT4 disponible, donne effectivement +0,04°C par décennie pour la période 1998-Août 2013 ce qui est donc conforme à l'histogramme du GIEC.

Cependant, ce résultat dépend de la base des données choisies. Par exemple, la base de données RSS-MSU (données satellitaires) donne, pour la basse troposphère, un taux de -0,05°C/décennie (1998-Sept. 2013), c'est à dire un très léger refroidissement. .

Il est raisonnable de conclure que, compte tenu des multiples erreurs plus ou moins prises en compte dans l'évaluation de la température moyenne d'un objet aussi vaste et aussi complexe que la planète, la température de l'air à la surface de la planète n'a probablement pas varié de manière significative durant les 14 (ou même 15) dernières années, contrairement à la quasi totalité des prédictions des modèles numériques comme nous allons le voir.

2) D'autre part, cet histogramme nous apporte une information immédiate sur la divergence entre les modèles et les observations qui n'est que discrètement évoquée dans le corps du rapport.
En effet, la zone en grisé représente la distribution des réalisations (c'est à dire des résultats) des différents modèles numériques utilisés par le GIEC (ici, les CMIP5).
Comme on peut le constater immédiatement sur cet histogramme de l'AR5 du GIEC, les modèles ont très systématiquement surestimé la hausse de température de ces quatorze dernières années. En moyenne, les modèles avaient surestimé le réchauffement au moins d'un facteur 4. On peut aussi s'interroger sur la pertinence des modèles dont les réalisations indiquent un hausse de +0,5°C par décennie soit environ 13 fois plus que la réalité objective...En clair, cela signifie comme le savent déjà les lecteurs de ce site, qu'un ou plusieurs facteurs importants qui forcent le climat ne sont probablement pas pris (ou mal pris) en compte dans les modélisations climatiques actuelles.

D'autre part, l'argument N°1 des participants au GIEC (pour nous assurer de la participation anthropique au réchauffement climatique observé) reposait sur le fait que les modélisations ne conduisaient pas aux résultats corrects si elles ne prenaient en compte que les forçages naturels (supposés connus) sans y ajouter le supplément de forçage radiatif dû au CO2 anthropique. On comprend que l''histogramme ci-dessus montre que cette explication est gravement mise en défaut puisque les modèles numériques basés sur le forçage anthropique ne reflètent pas la réalité. Cela pose évidemment quelques questions fondamentales que le GIEC n'a visiblement pas souhaité aborder dans son rapport AR5 et, à fortiori, dans le SPM.
Dans ces conditions, l'affirmation d'une certitude de 95% au sujet du réchauffement anthropique, apparaît plutôt curieuse, sinon hasardeuse, voire pire, comme l'ont d'ailleurs noté de nombreux scientifiques tels que ceux dont j'ai rapporté les propos dans les billets précédents.

Voici la légende relative à cet histogramme relatif au "plateau"telle qu'elle figure dans l'AR5 à la référence indiquée :.

" Tendances de la GMST (température moyenne globale de l'air à la surface) en °C par décennie pour la période 1998-2012. Les observations ont nécessité la réalisations de 100 ensembles du HadCRUT4. Elles sont indiquées par la zone hachurée en rouge (Morice et al., 2012)). Les incertitudes des ensembles sont indiquées par des largeurs conformément à une analyse statistique de la moyenne seule, au contraire des incertitudes des tendances qui sont citées dans la Section 2.4.3, qui inclut une estimation de la variabilité climatique interne. Ici, au contraire, la variabilité est caractérisée par la largeur de la distribution des ensembles de modèles....Pour les modèles, toutes les réalisations des 114 modèles CMIP5 sont montrées, étendues après 2005 pour les scénarios RCP5.5 et jusqu'à 2012 (ombrés en gris d'après (Fyfe, Gillett, & Thompson, 2010))... Les traits noirs représentent des versions lissées des histogrammes. Chaque histogramme est normalisé de telle façon que la sommes de ses aires soit égales à un

sod72

L'histogramme ci-dessus qui figure dans le volumineux rapport scientifique AR5, ne figure pas dans le rapport SPM destiné aux politiques. C'est dommage car il est relativement explicite sur le plateau actuel et les divergences modèles/observations depuis une quinzaine d'années. .


Plus explicite encore était le graphique ci-contre qui figurait dans la seconde édition du rapport AR5 (le SOD), mais qui (hélas) ne figure ni dans le SPM ni dans dans le rapport complet AR5 (pré)définitif.

Le graphique ci-contre est pourtant parfaitement cohérent avec l'histogramme précédent. Il montre que la quasi totalité des modèles actuels et anciens surestiment nettement la hausse des températures depuis au moins 15 ans et que les projections de l'élévation de la température moyenne sont probablement exagérées.

A noter que le graphique ci-dessus est plus facile à lire et à interpréter que l'histogramme précédent. N'aurait-il pas été approprié pour le SPM ?
Il apparaît que les rédacteurs du SPM et du rapport complet AR5 ont été d'un avis opposé.

Vous avez probablement lu, ici ou là, dans la presse francophone que cette divergence entre les températures observées et les modèles ainsi que le "plateau" ne remettent en cause ni la modélisation ni le futur du réchauffement climatique. C'est peut-être l'opinion de quelques journalistes francophones, mais elle n'est visiblement pas partagée par de nombreux scientifiques spécialistes dans ces domaines qui se posent des questions fondamentales sur les modélisations, la sensibilité climatique revue à la baisse (voir ci-dessous), l'absence du hotspot troposphérique tropical prévu par la théorie mais non observé etc. J'ai déjà rapporté les propos, sur ces sujets, de quelques éminents climatologues proches du GIEC tels que Lennard Bengtsson et Hans von Storch.

Pour sa part, un autre climatologue renommé et, lui aussi, supporter du GIEC, le Professeur Jochem Marotzke du Max-Planck-Institut für Meteorologie, tout en réaffirmant son adhésion aux points de vue du GIEC, déclare que :

"Le hiatus récent du réchauffement de la surface constitue un défi scientifique fascinant...Il nous force à réfléchir à la totalité du système climatique et, peut-être, à repenser quelques-uns de nos concepts de base tels que, par exemple, la manière dont nous formulons le budget énergétique et les rétroactions."

Ainsi, il apparaît que les leaders scientifiques du GIEC sont inquiets des divergences modèles/observations et du "plateau" de températures, à l'instar de nombreux organes de presse étrangers qui adoptent des positions nettement plus nuancées que celles de la presse francophone, quand ils ne remettent pas carrément en cause les affirmations du GIEC, comme je vous l'avais montré dans le billet précédent.

Pour sa part, visiblement moins confiant (et peut-être mieux informé) que nos journalistes, le Parlement Britannique a décidé de lancer une investigation sur la "robustesse" du rapport AR5 du GIEC (New inquiry: IPCC 5th Assessment Review) Il en explique les motivations (caractères engraissés par PU) :

UKparliament"Le GIEC a exercé une grande influence sur l'action nationale et internationale pour la prévention d'un changement climatique dangereux. Cependant, il a également été l'objet de critiques concernant le fait qu'il a été exagérément influencé par les objectifs politiques gouvernementaux et parce qu'il n'a pas répondu de manière satisfaisante aux questions concernant la pause récente du réchauffement climatique, non plus qu'aux critiques du Conseil Interacadémique de l'AR4, ainsi que sur d'autres sujets.
Cette investigation va étudier les dernières conclusions du GIEC de manière à déterminer dans quelle mesure ses conclusions sont robustes ainsi que leur impact en matière de politique nationale et internationale."

Ce qui semble frappé au coin du bon sens et pourrait servir d'exemple à beaucoup de Parlements. A noter que Donna Laframboise, la journaliste d'investigation canadienne auteur de deux analyses particulièrement critiques (1 et 2) sur le GIEC et son personnel, a été invitée à soumettre un texte écrit résumant son point de vue pour cette anquête du Parlement Britannique.
Par ailleurs, Steve Mc Intyre qui, comme d'habitude, s'est plongé dans l'analyse approfondie du rapport AR5 et du SPM, démontre, entre autres, que les rédacteurs du rapport ont considérablement élargi les marges d'incertitudes (presque d'un facteur 2) de leurs modèles pour tenter de faire rentrer les observations sur l'évolution de la température globale dans les incertitudes des modélisations numériques dans un graphique introduit en dernière minute. Ce graphe apparait incohérent avec un graphique qui figurait dans le rapport soumis à l'examen des experts toujours selon S. Mc Intyre. Ce sont des procédés (normalement) très peu appréciés dans les milieux scientifiques.

3) Le "plateau" vu par le "Résumé Pour les Décideurs", le SPM de l'AR5.

Comme je l'ai mentionné plus haut, le "plateau" ou la stagnation des températures depuis 1998, n'est que très peu mentionné dans le rapport SPM pour les politiques. Il était cependant hors de question de s'abstenir de publier la moindre courbe sur l'évolution de la température moyenne du globe en y incluant les observations récentes (jusqu'en 2012). Plutôt que de publier le graphe des données mensuelles tel que celui qui est présenté en tête de ce billet, les rédacteurs de ce rapport du GIEC ont choisi de présenter des courbes "lissées", c'est à dire des données moyennée sur des périodes plus ou moins longues. Cette technique est assez critiquable et ses défauts sont bien connus des statisticiens qui recommandent de ne l'utiliser qu'avec parcimonie parce que lissage déforme les courbes et fait disparaître une partie de l'information utile aux extrémités des graphes.

Comment procède-t-on au "lissage" (ou encore au moyennage) d'un graphe ? Quelles en sont les conséquences ?

Dans sa version universellement utilisée, le "lissage" ou "moyennage" des données d'un graphique consiste à recalculer l'ordonnée de chaque point donné du graphique en lui donnant une valeur égale à la moyenne des n/2 données précédentes et des n/2 suivantes du graphique original. On comprend aisément que ce procédé "gomme" toutes les aspérités dont la largeur est nettement inférieure à n. Il s'agit donc bien d'un lissage.
On comprend aussi que ce procédé de lissage ne peut être poursuivi à l'approche des extrémités du graphique, faute de données disponibles pour effectuer le moyennage. S'agissant d'une évolution temporelle, il en résulte immanquablement une disparition des données les plus récentes, même s'il existe des procédés sophistiqués, plus ou moins artificiels et rarement utilisés pour tenter de pallier ce défaut.
Du point de vue mathématique, le lissage équivaut à effectuer ce que l'on appelle un "produit de convolution". Par exemple, en spectroscopie traditionnelle, un lissage fâcheux des spectres enregistrés résulte inévitablement de l'utilisation d'un spectrographe à bande passante trop large pour l'analyse de raies d'absorption ou d'émission fines. Le spectroscopiste est alors contraint d'effectuer de ce que l'on appelle une "déconvolution" pour tenter de reconstruire les caractéristiques réelles des raies d'absorption ou d'émission étudiées qui ont été déformées et élargies par la convolution avec la bande passante du spectrographe.

Voici ci-dessous, dans la colonne de gauche, quelques-uns des graphes lissés présentés dans le rapport SPM AR5 2013. les graphes reportés dans la colonne de droite sont de PU.

giec3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le graphique en deux volets, ci-dessus, figure dans le rapport résumé pour décideurs (SPM) (Approuvé, page SPM 27, 27 Sept. 2013). Le graphique du haut est donné pour une représentation "moyennée" sur un an (annual average), dans laquelle, le "plateau" vu précédemment avec les données mensuelles est devenu moins perceptible que sur le graphique mensuel non traité.

Le graphique du bas, ci-dessus, est intitulé "decadal average" (moyenné sur dix ans) ce qui constitue une sorte de lissage que l'on peut considérer comme extrême. Ce graphique ne figurait d'ailleurs dans aucune des versions précédentes du rapport soumises au jugement des experts.

Cette présentation a évidemment le défaut évident de dépendre de l'origine des décennies choisies comme point de départ et, surtout, de faire complètement disparaître le "plateau" de température de ces quinze dernières années au moyen d'un artifice de présentation assez douteux.

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La présentation exclusive de ce graphe dite "en escalier" permet ainsi, lors des conférences publiques, d'éviter les questions dérangeantes sur le "plateau" de température. On pourrait penser qu'il serait plus correct de l'exposer dans sa version originale accompagné, au moins, du graphe qui lui est superposé dans le rapport SPM.
Malheureusement, ce graphe a parfois été utilisé seul, lors de conférences publiques, notamment lors de celle-ci par le co-responsable de la rédaction du rapport AR5 du GIEC en personne.

Certains facétieux ont qualifié ce graphique "en escalier" de "hide the plateau" (cacher le plateau) en référence au fameux "hide the décline" (c'est à dire cacher le déclin des températures) qui figurait en toutes lettres dans un des courriels de Phil Jones (CRU UK) mis à jours en 2009 par ce que la presse US-UK a appelé le Climategate.

Ci-dessus, tout en haut, le graphe original des données mensuelles du HadCRUT4. De manière à vérifier les procédures du GIEC, j'ai fait subir le même traitement (lissage-moyennage, à l'aide de deux logiciels indépendants qui donnent le même résultat) aux mêmes données HadCRUT4 utilisées pour l'AR5, en appliquant un moyennage sur un an (dessin du milieu) et un moyennage sur deux ans (dessin ci-dessus en bas). On voit que le graphe rapporté dans le rapport SPM du GIEC est très proche de celui qui a subi un moyennage sur 24 mois (deux ans) et assez nettement différent de celui qui a été moyenné sur 12 mois (un an) contrairement à l'indication portée sur le graphique du SPM.
Par exemple, on observe que des pics (comme ceux dirigés vers le bas indiqués par des traits rouges) qui restent nettement perceptibles dans le graphique moyenné sur un an, ont disparu sur le graphique du GIEC et sur le graphique moyenné sur deux ans.
Le "plateau" est évidemment moins apparent sur une courbe moyennée sur 24 mois que sur une courbe moyennée sur 12 mois et, à fortiori, beaucoup moins visible que sur la courbe mensuelle, non moyennée, présentée en haut de ce billet mais qui n'est présentée dans aucun rapport complet ou résumé de l'AR5..

Pourquoi ne pas avoir, tout simplement, présenté les courbes originales des données mensuelles dans le rapport scientifique AR5 et dans le SPM ? .

La question du "plateau" des températures est évidemment directement liée à la problématique N°1 de la modélisation du climat qui relève de ce que l'on appelle "la sensibilité climatique", autrement dit de la sensibilité du climat de la planète vis à vis d'une augmentation donnée du taux de gaz carbonique dans l'atmosphère.

4) Le GIEC et les incertitudes sur la "sensibilité climatique"

L'astrophysicien israélien Nir Shaviv (déjà cité dans ce site) est professeur à l'Institut Racah de l'Université de Jérusalem. Il est bien connu, dans le domaine de la climatologie, pour avoir défendu, articles scientifiques à l'appui, la théorie solariste, c'est à dire celle qui attribue une influence importante à l'activité solaire sur le climat.
Shaviv a publié ses premiers commentaires sur le rapport AR5 du GIEC. Il commence par rappeler l'explication de "la sensibilité climatique à l'équilibre" incluse dans le Résumé pour les Décideurs (SPM page 11) de l'AR5 du GIEC dont voici une traduction :

“La sensibilité climatique à l'équilibre quantifie la réponse du système climatique à un forçage radiatif constant pour des échelles de temps multiséculaires. Elle est définie par le changement de la température moyenne à l'équilibre de la surface du globe causée par un doublement de la concentration du CO2 atmosphérique. La sensibilité climatique à l'équilibre se trouve probablement dans le domaine de 1,5°C à 4,5°C (confiance élevée). Il est extrêmement improbable qu'elle soit inférieure à 1°C (confiance élevée) et il est très improbable qu'elle soit plus grande que 6°C (confiance moyenne). Ainsi la limite basse du domaine de variations estimé est plus faible que celle de 2°C de l'AR4 mais la limite supérieure est la même. Cette évaluation reflète une meilleure compréhension des données complétées des enregistrements des températures dans l'atmosphère et dans les océans ainsi que de nouvelles estimations du forçage radiatif." (caractères engraissé par PU)

Voici les commentaires de Nir Shaviv, dans l'encadré bleu-vert ci-dessous :

"A présent, n'avez vous pas remarqué quelque chose de bizarre ? Selon le rapport AR4 (NdT : le précédent rapport du GIEC publié en 2007) le domaine probable de la "sensibilité climatique à l'équilibre" allait de 2,0°C à 4,5°C pour un doublement du CO2. Selon le nouveau rapport AR5, il est maintenant de 1,5°C à 4,5°C, c'est à dire que la sensibilité à l'équilibre est maintenant connue avec une plus grande incertitude. Mais ils écrivent que "Cette évaluation reflète une amélioration de la compréhension ". Comment peut-on se ridiculiser à ce point là ? shavivar5

Pour être plus sérieux laissez moi mettre cela en perspective avec le graphique le plus ennuyeux que j'ai jamais tracé de ma vie. Ci-dessous (ci-contre) est reporté le domaine probable de la sensibilité climatique en fonction du temps.

Comme vous pouvez le voir, à l'exception de l'AR4 avec son domaine légèrement plus petit, le domaine probable de la sensibilité climatique n'a pas changé depuis le rapport Charney publié en 1979.

 

En d'autres termes, après peut-être des milliards de dollars investis dans la recherche climatique pendant plus de trente ans, notre capacité à répondre à la question la plus importante sur le climat ne s'est pas améliorée le moins du monde.

NdT : Le Rapport Charney est un rapport rédigé, en 1979, par une équipe de scientifiques sous l'égide de l'Académie des Sciences US. Il est en effet remarquable qu'avec les moyens et les connaissances limités de l'époque... et en l'absence du GIEC (créé en 1988), les auteurs aient proposé sensiblement les mêmes valeurs et les mêmes marges d'incertitudes que le GIEC, quelques 25 années plus tard. Les acronymes bien connus des lecteurs de ce site sont FAR = Premier rapport GIEC, SAR = Deuxième rapport GIEC etc. jusqu'à l'AR5 = Rapport d'évaluation N°5.

Je pense que la véritable raison pour laquelle il n'y a eu aucune amélioration dans la compréhension de la sensibilité climatique est la suivante. Si vous avez une théorie qui est correcte alors, au fur et à mesure que les observations s'accumulent, l'accord va en s'améliorant. Bien entendu, à l'occasion, quelques corrections peuvent s'avérer nécessaires mais, de manière générale, l'accord progresse. En revanche, si les bases de la théorie sont fausses, il n'y a aucune amélioration à mesure que les nouvelles données sont introduites. En fait, c'est l'inverse qui se produit. Le désaccord va en augmentant. En d'autres termes, le comportement ci-dessus reflète le fait que le GIEC et consorts sont captifs d'une conception erronée.

La divergence entre la théorie et les données de l'observation fournit une description exacte de la situation durant ces dernières années avec l'absence de l'augmentation de température (par exemple comme je l'ai évoqué il y a quelque temps). C'est aussi la raison pour laquelle le GIEC a été contraint d'abaisser la limite inférieure. La divergence est maintenant suffisamment importante pour que la limite la plus basse de 2°C soit incompatible avec les observations. De fait, en se pliant à un comportement légitime du point de vue scientifique, la limite haute aurait dû être également abaissée mais pas dans le cas présent. Parce que ceci exigerait d'abandonner l'hypothèse de base d'une grande sensibilité. Puisque les mesures requièrent une faible sensibilité et que l'alarmisme en exige une forte, il est à parier que "le domaine probable" restera très étendu jusqu'à la disparition de l'alerte au réchauffement climatique.

En aparté, si on n'est pas captif de l'idée d'une haute sensibilité, alors les choses convergent. Mais elles convergent vers une sensibilité climatique d'environ 1°C à 1,5°C pour un doublement du taux de CO2."

De l'autre côté de la barrière, les supporters ou les participants aux rapports du GIEC se trouvent ainsi confrontés à de sérieuses difficultés.

En effet, comment expliquer au public et aux "décideurs" que les domaines d'incertitudes ne se réduisent pas et ont même augmenté, alors que les observations de toute nature se sont accumulées au cours des décennies passées ?


De fait, il est communément admis, comme l'explique
Nir Shaviv ci-dessus, que l'apport de nouvelles observations à une théorie dont les fondements sont corrects, conduit assez systématiquement à une réduction des marges d'incertitudes.
Mais, apparemment, pour certains, il n'en est rien. Quelques uns des supporters ou participants aux GIEC ont alors introduit une notion aussi nouvelle que contre-intuitive, qu'ils ont baptisée "
Apprentissage déconcertant". Leur article, résultant d'une collaboration franco-américaine, est dûment publié. Il est intitulé : "Disconcerting learning on climate sensitivity and the uncertain future of uncertainty."Soit "L'apprentissage déconcertant sur la sensibilité climatique et le futur incertain de l'incertitude."

Pour vous permettre de vous faire une idée un peu plus précise sur cette notion d'"'apprentissage déconcertant sur la sensibilité climatique", je vous donne ci-dessous une traduction du résumé de cet article :

Résumé : Comment nos estimations de l'incertitude climatique vont-elles évoluer au cours des années à venir alors que nous acquérons de nouvelles connaissances et que la recherche climatique continue à progresser ? En tant que contribution préliminaire à la résolution de cette question, nous avançons l'idée que la trajectoire future de l'incertitude climatique peut être, elle-même, incertaine et que l'incertitude est en fait encline à être, elle-même, tout-à-fait incertaine même si nous en apprenons plus sur le système climatique. Nous désignons par le terme d'"apprentissage déconcertant" ce processus quelque peu contre-intuitif selon lequel une amélioration des connaissances conduit en général à de plus grandes incertitudes. Après avoir rappelé quelques définitions, ce concept est relié au au concept parent de "l'apprentissage négatif" qui a été préalablement introduit par Oppenheimer et al. (Clim Change 89:155–172, 2008). Nous illustrons l'apprentissage déconcertant à partir de plusieurs exemples tirés de la vie courante et nous caractérisons mathématiquement certaines conditions générales pour qu'il entre en jeu. Nous montrons que ces conditions sont réunies dans l'état actuel de nos connaissances en matière de sensibilité climatique et nous illustrons cette situation qui repose sur un modèle de bilan à l'équilibre énergétique du climat. Enfin, nous discutons des implications de ces résultats sur la mise en place des politiques d'adaptation et d'atténuation

En bref, "l'apprentissage déconcertant" se produit lorsque les données nouvelles résultant de l'observation (c'est l'apprentissage) ne collent pas avec la théorie en vigueur (comme, entre autres, le plateau de température observé depuis une quinzaine d'années qui ne "colle" pas avec les modèles numériques du GIEC comme nous l'avons vu ci-dessus). On est alors effectivement "déconcerté". Cependant, les auteurs de l'article en question nous expliquent qu'il ne faut pas s'en inquiéter. Dans le même ordre d'idées, Michael Oppenheimer (un astrophysicien) avait publié un article, quelque temps auparavant, expliquant que "l'apprentissage négatif" qui survient lorsque les observations s'écartent carrément des modèles, n'est pas non plus inquiétant et, ajoute l'auteur, ne doit surtout pas nous empêcher de prendre les décisions politiques qu'il faudrait (selon lui) adopter de toute urgence.

Pour ma part, en tant que scientifique, je trouve tout cela plutôt "déconcertant". Je dois avouer humblement que je n'avais jamais pensé aux "incertitudes des incertitudes" non plus qu'à 'l'apprentissage négatif" de Michael Oppenheimer ni à "l'apprentissage déconcertant" des auteurs de cet article. Tout comme Nir Shaviv, j'en étais naïvement resté aux premiers principes sur la "clef de la science" qu'enseignait autrefois le célèbre prix Nobel de Physique, Richard Feynmann à ses étudiants de Cornell. Feymann leur expliquait que quand les observations ne sont pas d'accord avec les modèles c'est parce que ces derniers sont tout simplement faux. Et il concluait par "that's all there is to it" (C'est tout ce qu'il y a à en dire).

5) Changement de paradigme de la climatologie ?

Comme je l'avais noté dans le billet précédent, la climatologue Judith Curry a écrit que le GIEC est "atteint de paralysie du paradigme"(ce qui rejoint le constat de Nir Shaviv qui conclut que le GIEC est "captif des hautes sensibilités"). Cette déclaration est, sans nul doute, étayée par ses récents résultats de recherche qui concerne la mise en évidence d'une "onde de stade" parfaitement naturelle et non anthropique, dans l'évolution du climat de l'hémisphère Nord. Son article, rédigé en collaboration avec Marcia Wyatt (qui a préparé sa thèse de doctorat sous la direction d'Anastasios Tsonis) vient de paraître. J'avais évoqué cette question relative aux téléconnexions "décalées" dans un billet antérieur baptisé "la Ola" (l'onde de stade en espagnol).

M.G. Wyatt and J.A. Curry, “Role for Eurasian Arctic shelf sea ice in a secularly varying hemispheric climate signal during the 20th century,” " Rôle de la banquise arctique eurasienne dans l'évolution séculaire du signal climatique durant le XXe siècle" (Climate Dynamics, 2013).  Le manuscrit peut-être chargé ici.

Extraits du communiqué de presse de Georgia Tech : (caractères engraissés par PU)

‘Les ondes de stade pourraient expliquer l'accalmie du réchauffement climatique".

"Le signal de l'onde de stade prédit que la pause actuelle du réchauffement climatique pourrait se prolonger jusque dans les années 2030" a dit Wyatt, l'auteur principal de l'article. Curry a ajouté :"Cette prévision est en opposition avec le rapport AR5 du GIEC qui vient d'être publié et qui prévoit un probable retour du réchauffement qui serait sans doute dans l'intervalle d'une hausse de 0,3 à 0,7°C de la température globale moyenne de 2016 à 2035". Curry est la directrice du département des Sciences de la Terre et de l'atmosphère au Georgia Institute of Technology....

“ Les modèles climatiques actuels sont exagérément amortis et déterministes et ils se focalisent sur les impacts des forçages externes plutôt que de simuler la variabilité interne naturelle associée aux interactions non linéaires couplées du système océan-atmosphère." nous dit Curry.

"L'onde de stade prédit que la banquise va récupérer de son précédent minimum, d'abord dans la partie Ouest eurasienne de l'Arctique, suivie d'une récupération dans l'Arctique sibérien." dit Wyatt. "Il apparaît que le minimum d'extension de la glace observé en 2012 suivi par une augmentation de l'extension en 2013, est cohérent avec le temps d'évolution du signal de l'onde de stade."
...

Comme s'en souviennent peut-être les lecteurs(trices) attentifs(ves) de ce site, beaucoup d'autres que Marcia Wyatt et Judith Curry ont avancé les mêmes prévisions pour ce qui concerne les deux ou trois décennies à venir, toujours à partir d'arguments basés sur les facteurs naturels qui président à l'évolution du climat et non pas sur les forçages anthropiques.

Pour la petite histoire, il faut savoir que la jeune docteur Marcia Glaze Wyatt n'est pas parvenue à se faire recruter dans les milieux favorables aux thèses du GIEC de la climatologie US. Elle a réalisé ce travail avec J. Curry, financée par un contrat (CDD). Il est clair que publier un ou des articles qui remettent en cause les prédictions/scénarios du GIEC ne contribue pas à vous assurer une carrière dans le petit monde actuel de la climatologie....

Néanmoins, il apparaît qu'un nombre croissant d'articles paraissent depuis quelque temps, qui s'intéressent à la variabilité naturelle du climat. En voici un autre, tout récent, parmi beaucoup d'autres :

"NAO implicated as a predictor of Northern Hemisphere mean temperature multidecadal variability".
Soit :
"Implications de la NAO (l'Oscillation Nord Atlantique) comme prédicteur de la variabilité pluridécennale de la température moyenne de l'hémisphère Nord".
Jianping Li, Cheng Sun, Fei-Fei Jin
Geophysical Research Letters (Oct. 2013) DOI: 10.1002/2013GL057877.
Extrait du résumé :
"On prédit que la température de l'hémisphère Nord de 2012 à 2027 baissera légèrement durant les prochaines décennies. Ceci étant dû à l'affaiblissement récent de la NAO qui obère temporairement le réchauffement climatique anthropique".

Comme on le constate, le "plateau", plus ou moins passé sous silence par le GIEC et balayé sous le tapis par nos médias, pousse les scientifiques à la réflexion...
C'est une bonne chose.

6) Conclusions (en GIEC moderne)

Au vu des observations précédentes, il est extrêmement probable que la présentation de la totalité du rapport SPM (approuvé en Septembre par les politiques à Stockholm) et de l'AR5, a été largement "organisée" dans le but de satisfaire à un certain nombre d'objectifs politiques (confiance élevée) des gouvernements représentés et ceci, bien entendu, avec l'accord des scientifiques, délégués auprès du GIEC, présents à la réunion. Comme l'ont relevé un certain nombre de journalistes présents à Stockholm, et suite aux exigences exprimées ouvertement par plusieurs représentants politiques de divers pays, il est très probable que le plateau de température a été délibérément dissimulé (confiance élevée) ou minoré dans le but de ne pas remettre en question les politiques publiques adoptées ou mises en place par un certain nombre de gouvernements (confiance élevée).De même, il est extrêmement probable que le degré de confiance exprimé par le GIEC envers la participation humaine au réchauffement climatique qualifiée pour l'AR5 d' "extrêmement probable" (95% de certitude, dans la ligne de la progression FAR = confiance, SAR =confiance accrue, TAR = probable, AR4 = très probable), résulte d'objectifs stratégiques et politiques de l'organisme et ne repose pas sur des éléments de progrès scientifiques mesurables tels que l'affinement des marges d'incertitudes et la résolution d'un certain nombre de questions importantes et contrariantes, toujours pendantes (confiance élevée).

Que peut-on dire de l'avenir ?

S'il est une chose dont les scientifiques ont horreur, c'est de se trouver démentis par les observations et par les faits. Dans le prolongement de la démarche de Judith Curry et de beaucoup d'autres, il est probable que nombre de chercheurs qui ont travaillé dans la ligne du GIEC vont chercher à s'écarter du "paradigme" qui les a visiblement conduits à une situation délicate comme cela apparaît nettement à la lecture de ces rapports dont un analyste a déclaré qu'il sucittait la compassion (pour les rédacteurs contraints à cet exercice). C'est ainsi que dans les mois et les années à venir, on peut s'attendre à ce que le nombre des articles qui s'intéressent aux variations climatiques naturelles augmente sérieusement... c'est à dire faire ce par quoi la Climatologie aurait dû commencer si quelqu'un n'avait pas eu l'idée saugrenue de mettre en place le GIEC avec un ordre de mission qui inversait le sens de la démarche scientifique.
Attendons donc nous à un changement ou, au moins, à une évolution progressive du paradigme vers les causes naturelles de l'évolution du climat dans un proche avenir.

Nous verrons. Stay tuned !

Le prochain billet est déjà bien avancé ...

 

07 Octobre 2013: Le Rapport du GIEC, l'AR5, a été publié.

La publication du résumé pour les politiques (le SPM) qui seul semble avoir retenu l'attention de la presse, a été immédiatement suivie par la publication d'une grande partie du rapport scientifique (au moins du groupe I), ce qui n'avait pas été le cas en 2007.
Compte tenu du contenu et du volume considérables de ce rapport scientifique qui, lui, mérite un examen attentif, il serait, à mon avis, prématuré (et sans doute prétentieux) d'en tenter une analyse immédiatement après sa publication. Nombreux sont ceux qui s'emploient à l'examiner en détail par les temps qui courent et les observations viendront en temps utile comme cela avait été le cas après 2007.

En attendant, j'ai jugé plus instructif et plus révélateur de collationner
les réactions auxquelles ont donné lieu la publication de ces rapports emblématiques du GIEC de l'ONU.
Comme vous allez le voir, et à la différence des publications des rapports précédents, les critiques ont été, cette fois-ci, immédiates, vives et nombreuses.

Ce billet est divisé en trois parties :

1) Quelques jugements de climatologues et(ou) d'experts sur le sujet.
2) Des réactions des presses anglophones, germanophones et francophones.
3) Quelques points clefs extraits du Rapport Scientifique du GIEC.

____________________________________________________________

1) Quelques extraits des jugements d'experts sur le sujet :

Richard Lindzen, bien connu des lecteurs de ce site est un éminent climatologue du MIT américain :

Je pense que le dernier rapport du GIEC a complètement sombré jusqu'à un niveau d'incohérence qui prête à rire. Ils proclament que leur confiance dans leurs modèles a augmenté alors que les divergences entre les modèles et les observations se sont accrues.

Leur excuse pour l'absence de réchauffement durant les 17 dernières années est que la chaleur s'est cachée dans les profondeurs des océans. Mais ceci est la simple reconnaissance du fait que les modèles ne simulent pas les échanges de chaleur entre les couches de surface et les profondeurs des océans. De fait, c'est ce transport de chaleur qui joue un rôle essentiel dans la variabilité naturelle du climat et les affirmations du GIEC selon lesquelles le réchauffement observé peut être attribué à l'homme repose, de manière décisive, sur leur affirmation que leurs modèles décrivent avec précision la variabilité naturelle interne. Ainsi admettent-ils maintenant, de manière assez obscure, que leur hypothèse cruciale était totalement injustifiée.

Enfin, en attribuant le réchauffement aux humains, ils dissimulent le fait que ce réchauffement a été petit et que ceci est totalement cohérent avec le fait qu'il n'y a aucune raison de s'alarmer à ce sujet. Il est tout à fait étonnant de voir les contorsions auxquelles le GIEC est obligé de se livrer pour maintenir en vie la perpétuation des objectifs climatiques internationaux.

R. Lindzen a rédigé un texte un peu plus détaillé, publié ici (en anglais). .

Ross McKittrick, Statisticien et Professeur d'Economie (environnementale) à l'Université de Guelph au Canada, il s'est notamment rendu célèbre dans ce domaine en travaillant et publiant avec Steve Mc Intyre pour dénoncer les erreurs statistiques de M. Mann ayant conduit à la "crosse de hockey" qui a été l'icône des rapports SAR et TAR du GIEC.

"Le rapport SPM en quelques mots : Depuis que nous avons commencé en 1990, nous avons vu juste pour l’Arctique, faux pour l’Antarctique, faux pour la troposphère tropicale, faux pour la température de surface, faux pour les ouragans, faux pour les Himalayas, faux pour la sensibilité climatique. Nous sommes dans le brouillard au sujet des nuages et inutiles au sujet des tendances régionales. Et au vu de ces constats, nous sommes confiants à 95% d’avoir raison."

Ce jugement aussi bref qu'ironique est devenu quasiment viral sur la toile.

Judith Curry, dans un billet intitulé, "Diagnostic sur le GIEC - Paralysie irrécupérable du paradigme" nous livre une analyse beaucoup plus détaillée en forme de diagnostic médical (Caractères engraissés par PU).

Son article complet, re-publié dans le Financial Post, mérite une lecture complète. En voici quelques citations qui donnent le ton de son article :

  • "après plusieurs décennies de dépenses astronomiques, le GIEC n'a toujours pas fourni d'argument convainquant pour l'évaluation de la fraction du réchauffement anthropique au XXème siècle.

  • La rhétorique, politiquement chargée, a contaminé la recherche académique sur le climat ainsi que les institutions qui alimentent la recherche climatique, de telle manière que les individus et ces institutions sont devenus des militants. Les scientifiques qui travaillent dans une perspective qui ne cadre pas avec le consensus sont, au mieux, marginalisés (il est alors difficile d'obtenir des subventions et de voir ses articles publiés par les éditeurs de journaux qui jouent le rôle de cerbères) ou, au pire, ostracisés sous le nom de "négationnistes" ou "d'hérétiques".
  • Alors que les températures ont décliné et que les modèles climatiques n'ont pas été capables de prévoir ce déclin, le GIEC a [très bizarrement] accru sa confiance dans un réchauffement catastrophique et a fait abstraction de la pause comme étant due à la variabilité imprédictible du climat.

  • ..un niveau croissant d'imprécation des deux côtés du débat politique avec, du côté "réchauffiste", l'immersion dans la panique morale et l'hyperbole.

  • ..Les décideurs qui ont besoin d'informations climatiques régionales se voient fournir par la communauté des climatologues des informations potentiellement erronées, voire nulles, tirées des modèles climatiques.”
    .
    Sur l'invasion destructrice des modèles informatiques dans les sciences climatiques

[...] "Il en résulte que nous avons perdu une génération de dynamiciens du climat. Nous nous sommes focalisés sur les modèles informatiques du climat plutôt que sur la dynamique et les théories qui sont nécessaires pour comprendre les effets du soleil sur le climat, le réseau de la variabilité naturelle à de multiples échelles de temps, les mathématiques des événements extrêmes et la prédicabilité d'un système complexe caractérisé par le chaos spatio-temporel."
[...]

Diagnostic :

Paralysie du paradigme, conséquence de raisonnements motivés, de la sur-simplification et de la recherche du consensus, aggravé et rendu chronique par un effet pernicieux de rétroaction positive à l'interface entre la science et la politique.[...]

Conclusion

Le diagnostic de paralysie du paradigme semble fatal dans le cas du GIEC étant donnée la nature très répandue de l'infection et du raisonnement motivé intrinsèque. Nous devons démanteler le GIEC aussitôt que possible - non pas pour protéger le patient qui semble prospérer dans son petit cocon, mais pour le bien des autres tels que nous-mêmes qu'il tente d'infecter avec sa propre maladie. Heureusement, la plupart du public semble immunisé mais quelques gouvernements semblent hautement sensibles à la maladie. De fait, le principe de précaution impose que nos ne prenions aucun risque dans ces circonstances. et donc que le GIEC doit être démantelé."

Dans l'esprit de Judith Curry,"paralysie du paradigme" signifie que le GIEC est incapable de faire évoluer son point de vue initial. Son billet se termine par une conclusion sans appel : Selon elle, il faut, sans tarder, éliminer l'institution GIEC.

Il ne sera peut-être pas nécessaire d'en arriver là.
Dans un billet précédent,
Judith Curry écrivait à propos des modifications qui ont été apportées entre le brouillon de ce rapport et la version finale (avec notamment la quasi-élimination des références à la stagnation des températures depuis 17 ans) :

"Ces changements qui résultent du "conclave" (NdT : la réunion finale avec les politiques) cette semaine, "dissonnent ma cognition" (NdT : Judith fait allusion à la fameuse "dissonance cognitive"). Eh bien, le GIEC a jeté le gant - Si la pause continue au delà de 15 ans, (C'est déjà fait), ils sont cuits. !"

Note : Comme quelques autres, J. Curry compare la rédaction du rapport du GIEC avec du "sausage making" c'est à dire à "la fabrication des saucisses". C'est une expression américaine assez imagée que l'on attribue parfois (à tort) à Bismarck parlant de l'élaboration des lois. Le "sausage making" fait allusion au fait qu'on ne connaît en général pas les ingrédients, plus ou moins estimables, qu'on mélange dans la chair à saucisse et qu'on n'en voit que le résultat.

Roy Spencer, expert bien connu des mesures satellitaires et climatologue à l'UAH (Alabama).

Le GIEC : "(We don’t need no stinking climate sensitivity) - On n'a pas besoin de cette foutue sensibilité climatique".

(NdT : expression connue aux USA. Fait écho à une réplique assez vulgaire utilisée dans certains films tels que le Trésor de la Sierra Madre)

27 Septembre 2013

Le président du GIEC, Pachauri : "On n'a pas besoin de cette foutue sensibilité climatique".

Le tout nouveau rapport Summary for Policymakers (Résumé pour les Décideurs) du Groupe de Travail I du GIEC pour le rapport AR5, révèle une tentative obstinée d'anéantir la crédibilité du GIEC du fait de l'évidence croissante que celui-ci a dépassé la ligne jaune dans ses efforts pour effrayer le public et ceci depuis le dernier quart de siècle.
L'arrêt récent, d'environ 15 ans, du réchauffement n'est pratiquement pas mentionné. (Rien à voir ici, circulez).

Une meilleure estimation de la sensibilité climatique (NdT : Le réchauffement théorique qui serait provoqué par un doublement de la concentration du CO2) - qui est, sans conteste, LA variable la plus importante pour le changement climatique - n'est plus fournie, ceci étant dû à la montée de l'évidence dérangeante qui concerne la question de savoir si le climat se préoccupe réellement du fait qu'il y a 2, ou 3, ou 4 parties de CO2 pour 10000 parties de l'atmosphère.

ET POURTANT …Le GIEC déclare que sa confiance a doublé (l'incertitude est réduite de 10% à 5%) dans son affirmation que les humains sont la cause principale de la tendance au réchauffement des 50 dernières années ou à peu près.

"Il est extrêmement probable que l'influence humaine sur le climat a causé plus de la moitié de la hausse observée de la température moyenne de surface du globe de 1951 jusqu'en 2010."

Examinons cette dernière affirmation pendant une minute. Pour les besoins de la démonstration supposons que 60% du réchauffement de la surface (et l'augmentation du contenu de chaleur de l'océan comme révélé par un réchauffement supposé de quelques centièmes de degré) soit dû à l'augmentation du CO2. Qu'est ce que cela nous dirait au sujet de la sensibilité du système climatique ?
On pourrait penser que cette question serait étudiée par le GIEC car la réponse ne requiert pas l'utilisation de modèles climatiques tridimensionnels sophistiqués. mais je soupçonne qu'ils savent que la réponse est "une très faible sensibilité climatique" (nous en dirons plus sur ce sujet dans quelques semaines). Même si les humains étaient responsables de 60% du réchauffement des océans durant les 60 dernières années, cela suggère un réchauffement à venir bien en dessous de celui que ce rapport suggère comme devant se produire..

Je dis "suggère" parce que le rapport est rédigé de telle façon que ce que dit le GIEC est techniquement correct tout en suscitant un alarmisme maximal (ce qui a été le modus operandi du GIEC durant les 20+ dernières années). Ils laissent encore la porte ouverte pour une sensibilité climatique inférieure à 1°C puisqu'ils pourront dire " nous n'avons pas dit que nous étions sûrs à 100%...seulement à 95%)

Il est probable que l'omission la plus importante de ce rapport est encore l'oubli pratiquement total des mécanismes naturels du forçage du climat. Le système climatique est susceptible d'être, au moins, un peu chaotique avec des variations naturelles dues aux nonlinéarités inhérentes et des décalages temporels (dus à l'océan). Comme je m'échine à le répéter, l'augmentation observée du contenu calorifique des océans (si on peut croire qu'un réchauffement de quelques centièmes de degrés est significatif) correspond à un déséquilibre énergétique du globe de 1 pour 1000. Croire que mère Nature est incapable de provoquer des déséquilibres aussi petits que ça, comme le GIEC le croit implicitement, ne repose pas sur des observations mais sur des suppositions.

Tout ce que ceci signifie c'est que, dans l'ignorance de la fraction d'origine naturelle du réchauffement récent, il n'existe aucun moyen de savoir quelle est la part anthropique ni de savoir quelle est la sensibilité climatique. Ceci est une source d'incertitude aveuglante que le GIEC persiste à passer sous silence ou à glisser sous le tapis...Choisissez votre métaphore.

Inutile de vous préciser que les quatre scientifiques que j'ai cités ci-dessus ne sont pas les seuls à avoir émis des protestations, parfois très vives, à l'encontre des rapports du GIEC. C'est évidemment le SPM qui est la cible privilégiée, le rapport scientfique lui-même étant beaucoup plus mesuré et raisonnable que le résumé pour les décideurs.

2) Des réactions des presses anglophones, germanophones et francophones.

A) Anglophones.
Voici ce qu'ont pu lire (entre autres) nos contemporains anglophones :

Financial Review : (Australie, 28/09/13) " Quelle est la cause de la pause ? Le rapport du GIEC n'est pas convainquant. "

Financial Review : (Australie, 28/09/13) " Une bonne politique se sépare des extrémistes du climat."

The Age (Australie, 25/09/13) "Le GIEC à la croisée des chemins avec son Ve rapport sur le chnagement climatique".

Bloomberg (US, 27/09/13): "Le réchauffement climatique ralentit tandis que les émissions battent des records."

Bloomberg (US, 23/09/13) " Le ralentissement du réchauffement climatique fait obstacle aux efforts pour un traité climatique".

USAToday : (US 26/09:13) (Björn Lomborg) : "Refroidissement du matraquage sur le changement climatique" Lomborg évoque notamment les bénéfices que pourrait apporter un réchauffement et remarque : "Le problème réel pour le groupe d'experts sur le climat c'est d'expliquer pourquoi, pendant les 15 à 20 dernières années, alors que nous avons persisté à émettre plus de CO2, le thermomètre à refusé de bouger. Ceci ne signifie pas qu'il n'y a pas une peur de réchauffement climatique mais ceci signifie probablement que l'augmentation de température sera inférieure, pas supérieure aux estimations précédentes. Ce fait rend les scénarios alarmistes encore plus improbables."

USAToday (US 14/10/13) ) "Le GIEC exagère les risques : point de vue opposé. Le groupe d'experts de l'ONU a fait marche arrière sur ses prévisions antérieures concernant les séchersses et les ouragans et il admet mais n'explique pas pourquoi il n'y a pas eu de réchauffement durant les 15 dernières années."

Express (UK 28/09/13) : 'Encore plus de baratin de la part des alarmistes sur le réchauffement climatique. Un RAPPORT qui blâme l'activité humaine pour le réchauffement climatique a été qualifié de "matraquage hypocrite", hier soir.".

Toronto Sun (Canada 26/09/13) "Il est temps de mettre un terme à ce climat de peur"
L'auteur écrit, entre autres :" Pourquoi une telle hystérie ? Comme le politicien Hermann Ott du parti vert allemand l'a admis avec franchise dans le Spiegel Online dans la perspective du rapport du GIEC de ce jour : "La politique pour le climat a besoin de l'élément de peur. Sinon, aucun politicien ne s'intéressera à ce sujet."

Financial Post (Canada 1/10/13 Judith Curry) : "Il faut éliminer le GIEC: après des décennies et des centaines de milliards dépensés, le GIEC n'a toujours pas réussi à prouver que l'homme est responsable du réchauffement"

CBCNews : (Canada 25/09/13) " Le "hiatus de température" du rapport sur le Changement Climatique donne du grain à moudre aux sceptiques. Le dernier rapport du GIEC confirme la science du réchauffement climatique mais a du mal à expliquer le plateau de réchauffement qui a duré 15 ans."

Time (ideas) (US, UK 27/09/13)( Matt Ridley) " Ce que reconnaît le rapport sur le climat. Il est honteux que le débat sur le climat reste aussi agité alors que ce que nous sommes capables de prédire demeure aussi limité."

Spiegel Online International (Allemagne. 23/09/13, 3 auteurs): Un article particulièrement critique et bien documenté, rédigé par trois journalistes du Spiegel. "Le plateau du réchauffement climatique ? Les climatologues face à une vérité qui dérange. Les données montrent que la température du globe ne monte pas comme les climatologues l'avaient prévu. A présent, le GIEC se trouve confronté à un problème : Soit publier ces observations et encourager les sceptiques, -- soit escamoter les chiffres."

Dans le texte, cette admission : "Malgré l'opposition de nombreux chercheurs, les ministres allemands insistent sur le fait qu'il est important de ne pas atténuer la réalité des alarmes au réchauffement climatique en évoquant l'absence de réchauffement durant ces 15 ans passés. Si on le faisait, disent-ils, il en résulterait une perte du support nécessaire pour la poursuite d'une politique climatique rigoureuse. " La politique du climat a besoin de l'élément de peur", a admis Ott ouvertement. "Sinon, aucun politicien ne voudrait s'occuper de cette affaire".

The Guardian Express (US) (23/09/13) :" Le rapport du GIEC mis en doute : Les sceptiques du changement climatique sont-ils des 'idiots' ?"
Très critique sur le brouillon du rapport du GIEC, l'auteur s'interroge : " Il semble étrange que quiconque puisse être aussi certain sur un sujet quelconque en l'absence de preuve définitive. Affirmer que l'argument d'un autre est "idiot" sans avoir la preuve que le vôtre est en béton, semble peu judicieux et impétueux. De fait, ne serait-il pas considéré comme "idiot" de ne pas remettre en question une théorie ?

The Scottsman (UK, 29/09/13) : "Gerald Warner: Dossier suspect sur le réchauffement climatique".
Warner commence ainsi ; "En provenance des génies qui nous ont assuré de la disparition des glaciers de l'Himalaya et d'autres jeux d’esprit (NdT: en Français dans le texte) du même type, nous parvient une nouvelle étude d'un million de mots de science à la Nostradamus qui devra être accrochée à un clou très solide dans la plus petite pièce de votre maison."

Canberra Times (Australie, 01/10/13) : "Un rapport alarmant qui ne fait pas de vagues."

Herald Sun (Australie, 30/09/13) "Le réchauffement climatique est revu à la baisse."

The Times (UK 24/09/13): " Le changement climatique en cure de désintox (sic). Les humains interfèrent avec l'atmosphère mais nous ne sommes pas encore tout à fait sûrs de la manière dont ça se passe.

City A.M. (UK 08/10/13 Peter Liley, député) "Le réchauffement climatique n'est plus ni scientifiquement ni politiquement viable".

Express (UK 27/09/13) : "Les experts "joueurs" du changement climatique pourraient se couvrir de honte en pariant sur le réchauffement de la planète."

Mail (online) (28/09/13) : "Preuve du Met Office que le réchauffement climatique est encore "en pause" tandis que le sommet sur le climat confirme que la température du globe a cessé de monter.

  • Le Mail on Sunday a été le premier à révéler la pause de la température, il y a un an.
  • Le rapport du GIEC confirme qu'il n'y a eu aucune hausse significative de la température du globe depuis 1997.
  • Le GIEC est accusé de sombrer jusqu'à "un niveau d'incohérence qui prête à rire".
  • Mais le GIEC nous assure que 2016-2035 sera de 0.3-0.7C plus chaud que 1986-2005."

Washington Post (US 23/09/13) " La banquise antarctique établit son record le plus haut de 35 ans, ce samedi."

St Louis Post Dispatch (US 19/09/13) "Le rapport sur le climat en lutte contre les bizarreries de la température."

The Wall Street Journal (US, 01/10/13) "Climat d'incertitude. Le rapport de l'ONU ne peut pas expiquer le hiatus du réchauffement climatique."

The Wall Street Journal (US, 30/09/13) "La science politique du réchauffement climatique. Le récent rapport de l'ONU sur le changement climatique devrait être le dernier."

B) Germanophones :

Der Spiegel (Version originale allemande). Traduit en anglais dans le Spiegel Online International. voir ci-dessus.

Die Welt (20/09/13, F. Elder) : " Les scientifiques du climat détruisent les fondements requis pour la régulation."

Basler Zeiting (Bâle, Suisse) (28/09/13) : " Incertitudes dans un monde incertain"
Un texte très sévère de l'éditeur-en-chef, Markus Somm du Journal de Bâle sur le rapport du GIEC. Evoquant ce dernier, l'auteur écrit que : "Il apparaît défensif. C'est un chef d'oeuvre de prophétie au compte-goutte. Si Moïse avait utilisé la même approche, il n'aurait pas convaincu les Juifs de quitter l'Egypte...Dans aucun article, qu'ils soit sur la science ou la politique que j'ai lus, les mots "probable" ou "improbable" ne sont apparus aussi fréquemment.[...] Les hardiesses (ou les impudences) des scientifiques ont disparu depuis que les climato-sceptiques mal-aimés ont mis à jour quelques erreurs embarrassantes dans le dernier rapport.: Vous pouvez pratiquement sentir la transpiration des auteurs due à la peur - et de temps à autre, vous pouvez même éprouver un peu de pitié. Avec tous ces modèles informatiques et ces mesures et ces simulations sur lesquels ils se reposent, les choses ne se sont pas déroulées comme ils l'auraient imaginé quelques années auparavant. Pour quelques scientifiques, ce fait qui dérange a tiré le tapis sous leurs pieds...Alors que faire ?"

Weltwoche (Suisse, 01/10/13 édition papier, Markus Schär) : "Le pronostic des scientifiques est erroné. ". L'auteur, particulièrement critique sur l'évolution de la climatologie et du GIEC, écrit notamment que "Depuis un quart de siècle les climatologues éminents nous ont averti d'un réchauffement climatique dangereux dû aux émissions de CO2. A présent, sous la direction d'un Suisse (Thomas Stocker) ils publient un rapport. Celui-ci montre que les scientifiques avaient tort." ainsi que : "Le consensus entre les climatologues qui a été bétonné pendant les dernières décennies, est en tain de craquer - ou même en train de s'effondrer complètement". Ou encore "Le brouillon du nouveau rapport du GIEC admet que les mêmes températures chaudes que nous connaissons aujourd'hui ont aussi prévalu à l'époque de l'Optimum Médiéval et que les gens ont souffert pendant le "Petit Age Glaciaire" - la Bible du climat de 2001 qui était le graphique en crosse de hockey était, à l'évidence, fausse."

Weltwoche (Suisse, 01/10/13 édition papier, Von Alex Reichmuth ) : "Les sceptiques à la hausse".
Dans cet article en faveur des sceptiques, l'auteur écrit notamment, que : "Même les scientifiques qui n'ont jamais effectué de recherches sur le climat sont capables d'apporter des contributions valides. Une illustration en est fournie par le spécialistes des mines canadiens, Stephen Mc Intyre . Il a montré que la courbe en forme de crosse de hockey issue de scientifiques leaders du GIEC, était basée sur une approche statistique erronée."

Dans un numéro ultérieur de Weltwoche, Von Alex Reichmuth publie un autre papier extrêmement critique, intitulé "Suer de peur à cause du climat".

Der Spiegel (allemand, 06/10:13) "Prédictions divergentes : Les chercheurs découvrent des incohérences dans le rapport de l'ONU sur le climat"

C) ...Et les Francophones ?

Voici, à présent, un petit florilège (non exhaustif) de ce que les Francophones ont pu lire sur ce sujet.
L'évantail des opinions est notablement plus resserré que ce qu'ont pu voir et lire nos contemporains anglo- ou germano-phones.
Pour ne pas dire qu'il est uniformément alarmiste (à la grande différence de la presse étrangère).

Le Figaro (27/09/13, Marielle Court) :"Réchauffement : le rôle de l'homme ne fait plus de doute pour les scientifiques".

Le Monde et Libération ont publié plusieurs dépêches issues de l'AFP à ce sujet. Les journalistes de ces quotidiens ont complété avec des articles de leur cru :
Le Monde (28/09/13, S. Foucart) : "Par prudence, le GIEC aurait sous-estimé les effets du réchauffement".

Le Monde (28/09/13, S. Foucart, envoyé spécial à Stockholm ) : "La vraie-fausse "pause" du réchauffement climatique".

Libération (26/09/13, M. Rocard E. Maire, E. Morin, N. Hulot etc...) : "La maison brûle et nous regardons ailleurs". (Reprenant ainsi une phrase d'un discours de Jacques Chirac qui lui a été suggérée par Nicolas Hulot, selon les dires de ce dernier).

Libération ( 27/09/13, S. Huet) "Changement climatique : le GIEC chaud bouillant".

Sud-Ouest (28/09/13 C. Lafon) "Le réchauffement climatique va se poursuivre... et la région ne sera pas épargnée. Le réchauffement climatique est confirmé, ça ne va pas aller en s'arrangeant, selon le nouveau rapport des experts du climat du Giec. Les événements climatiques extrêmes devraient se multiplier."

France-info (27/09/13, Antoine Kempf): " Comment les climato-sceptiques essaient de torpiller le GIEC."

Médiapart (27/09/13 M. de Pracontal) "Le rapport du Giec sous le feu des climato-sceptiques. Alors que les experts du Giec publient leur 5e rapport, qui (NdT : sic) met fortement l'accent sur le caractère anthropogénique (NdT: sic) du réchauffement, les climato-sceptiques cherchent à nier ou atténuer la portée de ces recherches."

La Tribune (27/09/13 Marina Torre) : "Le nouveau rapport du Giec relance la polémique sur le réchauffement climatique. Un document résumant le premier volet du cinquième rapport du Giec sur le climat doit être publié ce vendredi. Une partie du contenu est déjà connu. Son interprétation risque encore de faire polémique."

RTBF info (Belgique, 23/09/13) " Stockholm: le Giec fait l'état des lieux de la planète. Cette semaine s’ouvre à Stockholm une réunion du Giec. Le groupe d’experts sur le climat doit livrer un nouveau diagnostic sur l’état des lieux de la planète. En 2007, son dernier rapport avait suscité une mobilisation sans précédent autour du réchauffement climatique."

La Croix (23/09/13) "Les climato-sceptiques disposent d'un réseau très organisé. Laurence Tubiana, directrice de la chaire Développement durable de Sciences-Po, spécialiste des négociations internationales sur le climat."

Le Canard Enchaîné (Seulement sur papier, J-L Porquet 2 Oct 2013) : "Le réchauffement sent le réchauffé".

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De fait, hormis la "lassitude" évoquée ( à juste titre) par le Canard, je n'ai trouvé que deux articles en français qui portent un regard critique ou tentent une analyse un peu plus approfondie sur cette affaire. Et encore, le premier n'évoque-t-il le problème qu'en termes de stratégie (à revoir, selon l'auteur).

Slate ( 2/10/13, M. Alberganti) : "Réchauffement: l'échec du climato-catastrophisme. Les Cassandre du désastre climatique s’enferment dans une stratégie qui a démontré son inefficacité. A l’évidence, les incantations ne réduisent pas les émissions de CO2. Peut-être faut-il dédramatiser pour déclencher de véritables actions dont le climat ne sera pas le seul bénéficiaire."

Le Nouvel Obs a ouvert ses pages au mathématicien Benoît Rittaud, l'auteur du "Mythe Climatique".
Le nouvel Obs + (opinions) (29/09/13) (B. Rittaud) "Réchauffement climatique : pourquoi le rapport du Giec est fantaisiste."

Mise à jour 8/10/13 : Le Point publie un article inivité du célèbre biologiste Didier Raoult, l'auteur, exceptionnellement prolofique, de nombreuses découvertes dont les virus géants, intitulé : "Les prédictions climatiques sont absurdes." Cet article est dans le même esprit qu'un autre article du même auteur publié dans le Point le 27/0913 et intitulé : " Réchauffement, démographie, épidémies : assez de prédictions catastrophistes !"

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Se pose également la question de l'évolution de la couverture médiatique du "réchauffement climatique" au cours des années écoulées jusqu'à nos jours. Si on ne dispose que de peu (ou pas) de données pour ce qui concerne l'Europe, en revanche, on sait ce qui se passe aux USA où ce genre de statistiques est fréquemment publiée.

Le "Centre de recherche pour la politique des données scientifiques et technologiques", le SCTPR, basé à Boulder au Colorado a publié le graphe donnant l'évolution des occurrences des termes "changement climatique" et Réchauffement climatique" dans les grands périodiques américains (Le Wash. Post, le NY Times, le Wall Street Journal, le Los Angeles Times, USA today).uspress

 

 

Voici le graphe ci-contre.
La ligne noire est une combinaison des journaux indiqués. Les indications en bleu, portées sur ce graphe, l'ont été par Anthony Watts du célèbre site WUWT.

Gore AIT : Publication par Al Gore du célèbre "Une vérité qui dérange".
IPCC AR3, AR4, AR5(leak) correspondent aux dates des publications des rapports du GIEC, "leak" évoquant la fuite du pré rapport de l'AR5 que j'ai évoquée précédemment.

Today : Aujourd'hui ( en Août 2013).

Ce graphique n'inclut donc pas la réponse de la presse à la publication du dernier rapport AR5 du GIEC. On peut parier que cela donnera lieu à un pic comme pour les rapports précédents, mais il est probable que ce pic sera de faible durée compte tenu de l'amortissement rapide de la couverture de presse dès les premiers jours qui ont succédé à la sortie du rapport. .
A la lecture de ce graphe il apparaît évident que la couverture médiatique américaine du réchauffement climatique est en perte de vitesse, voire en effondrement complet, comme cela a été confirmé notamment par la dispersion récente de l'équipe chargée de l'environnement au New York Times et dans d'autres journaux.

Le journaliste vétéran, Von Alex Reichmuth, nous donne dans Weltwoche, quelques autres indications vues de la Suisse : "En 2007, la banque de données Suisse des données sur les médias indique que 5200 articles contenaient le terme 'Changement Climatique". En 2009 ce chiffre était tombé à 3700. Cette année, à la fin de Septembre, il était à peine au dessus de 1500. Pour toutes les histoires de"matraquage médiatique",(NdT : Reichmuth cite notamment "les pluies acides qui devaient faire disparaître les forêts) une phase d'intérêt déclinant a toujours été suivie par l'oubli."

L'ex-vice-président Al Gore a fait le même constat et il s'en désole, ce qui est bien compréhensible de sa part.. Il déclare "les médias (NdT : US) sont terrorisés à l'idée d'utiliser le mot "climat"".

3) Quelques conclusions extraites du rapport du GIEC

A défaut d'une analyse complète du volumineux contenu des rapports AR5 du GIEC à laquelle s'attachent, en ce moment même, de nombreux volontaires, on peut retenir quelques faits saillants comme l'ont fait quelques autres scientifiques.

Voici par exemple des Extraits de la section 12.5 du rapport AR5 (Groupe de travail I) signalés, entres autres, ici et commenté par un billet de Judith Curry. ar5spm1

 

Les "vraies" prévisions du rapport AR5 du GIEC sont beaucoup plus prudentes et beaucoup moins alarmistes et n'ont souvent rien à voir avec ce que rapportent fréquemment les médias ou certains blogs manifestement "orientés"

Voici, ci-contre, à titre d'exemple, un tableau officiel publié dans le nouveau rapport AR5 du GIEC (Chapitre 12. Table 12.4 page 78).

 


Ce tableau traite des changements climatiques brutaux ou de grande portée qui pourraient survenir en quelques décennies (ou moins) durant ce siècle.

 

 

 

La définition que donne le GIEC des "événements brutaux" est la suivante :

"Nous définissons les événements climatiques brutaux comme des variations à grande échelle du système climatique qui se produisent en quelques décennies ou moins et persistent (ou dont on pense qu'elles vont persister) pour au moins quelques décennies et qui provoquent des perturbations substantielles des systèmes humains et naturels (voir le glossaire)."

Voici une traduction en Français de ce tableau :

Variation de la composante du système climatique

Potentiellement
brutal (Définition AR5)

Irréversibilité si le forçage est renversé

Probabilité envisagée dans le changement au XXIe siècle des scénarios considérés

Effondrement du MOC Atlantique

Oui

Inconnue

Il est très improbable que l'AMOC (NdT : dont le Gulf-Stream est une branche) subira une transition rapide (Confiance élevée).

Disparition des calottes glaciaires

Non

Irréversible pendant des millénaires

Il est exceptionnellement improbable qu'aussi bien les calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique Ouest subiront une désintégration complète. (Confiance élevée).

Relargage du carbone par le pergélisol

Non

Irréversible pendant des millénaires

Il est possible que le pergélisol devienne une source nette de gaz à effet de serre atmosphérique (Confiance faible).

Relargage de méthane par les clathrates

Oui

Irréversible pendant des millénaires

Il est très improbable que le méthane issu des clathrates subira un relargage catastrophique (Confiance élevée).

Dépérissement des forêts tropicales

Oui

Réversible en quelques siècles

Faible confiance dans les projections qui prévoient un effondrement de grandes zones des forêts tropicales.

Dépérissement des forêts boréales

Oui

Réversible en quelques siècles

Faible confiance dans les projections qui prévoient un effondrement de grandes zones des forêts boréales.

Disparition de la glace arctique en été

Oui

Réversible de quelques années à des décennies

Il est possible (probable ?) que l'Océan Arctique devienne presque libre de glace en Septembre avant 2050 dans le cas des scénarios à forçage élevé comme ceux du RCP8.5. (Confiance moyenne)

Sécheresses de longues durées

Oui

Réversible de quelques années à des décennies

Faible confiance dans les projections des variations de la fréquence et la durée des méga-sécheresses.

Circulation des moussons

Oui

Réversible de quelques années à des décennies

Faible confiance dans les projections d'un effondrement de la circulation des moussons.

Table 12.4: Composantes du système terrestre qui ont été proposées dans la littérature comme étant potentiellement susceptibles de subir un changement brutal ou irréversible. La colonne 2 définit si oui ou non un changement potentiel peut-être considéré comme brutal selon la définition de l'AR5. La colonne 3 précise si oui ou non le processus est irréversible dans le contexte d'un changement brutal et elle donne également les échelles de temps de récupération typiques. La colonne 4 donne une estimation, quand cela est possible, de la probabilité de survenue du changement brutal au XXIè siècle pour les composants respectifs des phénomènes du système terrestre pour les scénarios considérés dans ce chapitre. "

Ce tableau devrait vous permettre d'apaiser les angoisses des nombreux alarmistes du pergélisol, des clathrates, de l'arrêt du Gulf-Stream, du dépérissement des forêts, des sécheresses à répétition, des moussons interrompues etc. qui s'expriment fréquemment dans les médias et sur la toile. Quelle meilleure réponse peut-on leur apporter que le rapport AR5-2013 du GIEC lui-même ?.

Note : AMOC : Atlantic Meridional Overturning Circulation (voir ce billet). dont le Gulf Stream est une branche. Par exemple, les hivers froids ou neigeux que nous avons connus ont vu fleurir une quantité d'affirmations péremptoires selon lesquelles cela résultait de l'arrêt du Gulf Stream. Ce qui selon les termes mêmes du GIEC est "exceptionnaly unlikely".

Judith Curry conclut un billet sur ce même sujet de la manière suivante :

"Le sujet le plus intéressant du changement climatique du point de vue scientifique et le plus important du point de vue sociétal est la possibilité de changements climatiques brutaux avec des conséquences sociétales véritablement massives (Il ne s'agit pas ici de la disparition de la glace arctique et de la disparition locale de forêts). Le GIEC a une grande confiance dans le fait que nous n'avons pas de soucis à nous faire pour ces scénarios réellement dangereux (par exemple, la fonte des continents englacées, l'effondrement de l'AMOC) sur un échelle de temps du siècle. Ces catastrophes ont eu lieu dans le passé, sans intervention du réchauffement climatique anthropique, et elles se produiront inévitablement dans le futur, avec ou sans réchauffement climatique anthropique."

Toujours avec le même objectif qui vise à calmer les débordements de certains, des extraits du Chap 2 du rapport GIEC méritent également d'être mentionnés (source) :

Au sujet des ouragans et cyclones tropicaux :

“Les bases de données existantes ne montrent aucune tendance significative dans la fréquence des cyclones tropicaux durant le siècle dernier....Aucune tendance robuste dans le nombre des cyclones tropicaux, des ouragans et des ouragans les plus forts, n'a été identifiée lors des 100 dernières années dans le bassin Nord Atlantique."

Au sujet des inondations :

"En résumé, le manque de preuve persiste en ce qui concerne le signe et la grandeur et/ou la fréquence des inondations à l'échelle globale, ce qui se traduit par un indice de confiance faible."

Au sujet des tempêtes, orages, grêle etc.

"En résumé, il y a une faible confiance dans les tendances observées pour les phénomènes météorologiques violents à petite échelle tels que les grêles, les orages, à cause de l'inhomogénéité des données et de l'inadaptation des systèmes de suivi."

Concernant les sécheresses et les affirmations du rapport précédent AR4 :

"Au vu des études mises à jour, les conclusions de l'AR4 (Le rapport 2007 du GIEC) concernant une augmentation des sécheresses depuis les années 1970, ont été probablement surestimées".

Concernant les cyclones extra-tropicaux :

"En résumé, la confiance est faible dans des changements à grande échelle de l'intensité des cyclones extra-tropicaux extrêmes depuis 1900."

4) Résumé et conclusions :

-De nombreux scientifiques et/ou climatologues renommés ont été réellement "choqués" par la démarche et les affirmations contenues dans SPM (le rapport résumé pour les politiques). En particulier, le refus (ou presque) de prendre en considération le plateau de températures depuis 17 ans (alors que le réchauffement considéré comme anthropique n' a eu lieu que de 1976 à 1996, soit pendant 20 ans) a été particulièrement mal ressenti. De même, l'évacuation de la question fondamentale qui concerne la sensibilité climatique a soulevé nombre de protestations et continue de le faire. Sans évoquer la certitude affirmée à 95%.

-La couverture de presse de ce rapport AR5 2013 et du SPM a vu émerger des commentaires extrêmement critiques de la part de plusieurs journalistes des pays anglophones et germanophones. Dans le concert mondial (de l'Ouest), la presse francophone se distingue par une uniformité totale des points de vue. Il apparaît également que, sauf quelques rares exceptions francophones, la presse s'est rapidement désintéressée de la question.

-Comme lors de l'édition précédente, le résumé pour les décideurs SPM est beaucoup plus alarmant que le contenu réel du rapport scientifique. Il est évident que l'influence des délégués gouvernementaux s'est lourdement faite sentir lors de la relecture finale du SPM à Stockholm comme en témoigne, entre autres, le journal allemand Der Spiegel ainsi que les différences surprenantes (inquiétantes ?) relevées entre le pré-rapport et le rapport SPM final. L'intervention des politiques de plusieurs pays a joué un rôle déterminant et particulièrement visible dans le rédaction de ce rapport SPM.
En revanche, le rapport scientifique, lui, semble avoir, au moins en partie, échappé à nombre de ces "corrections" politiquement correctes. Il est vrai qu'il n'est que très rarement lu, surtout par les politiques.

Note : Au début du mois de Septembre, le compteur du site PU a relevé la 4 millionième page vue (depuis 2007). Un peu moins d'un million de visiteurs reviennent régulièrement lire PU.
Un grand merci à vous tous et toutes, lecteurs et lectrices fidèles de PU.

Stay Tuned !

 

17 Septembre 2013 : Trois climatologues réputés critiquent sévèrement les pratiques actuelles du GIEC et de la climatologie.

Ce billet est dans le prolongement direct du précédent -(ci-dessous) qui rapportait les déclarations récentes de Hans von Storch et Lennart Bengtsson. Je donne ici des extraits substantiels des propos récents de Judith Curry (US) , Mike Hulme (GB) et Richard Lindzen (US).
Tout trois ont exercé, ou exercent encore, des fonctions éminentes au sein de l'establishment climatologique international dont ils connaissent évidemment parfaitement les rouages les plus intimes. De ce fait, issus du coeur même du système, leurs témoignages sont inestimables.
Comme vous allez le constater, ces trois auteurs ne sont guère complaisants à l'égard des pratiques de certains de leurs collègues parmi les plus influents et notamment de ceux qui ont décidé de défendre "la cause" au sein du GIEC.
Les originaux complets (en anglais) des textes dont je vous propose ci-dessous quelques extraits, vous sont rendus directement accessibles et je ne peux que vous conseiller de les lire intégralement.

1) Judith Curry, Professeur, titulaire de chaire à l'Ecole de sciences de l'atmosphère et de la Terre de l'Institut de Technologie de Géorgie (USA),est bien connue Curry3des lecteurs de ce site (voir de très nombreuses citations dans la page "paroles"). Loin d'être une "climatosceptique", Judith Curry, "la grande prêtresse du réchauffement climatique" comme elle se qualifiait elle-même, porte des jugements étayés et très critiques sur certains de ses pairs les plus influents de la climatologie "mainstream" et, tout particulièrement, à l'encontre du GIEC. En bref, Judith Curry pense que le GIEC et ses intervenants ont largement sous-estimé les variations naturelles du climat.

Dans un de ses billets récents, J. Curry évoque la question problématique du "Motivated Reasoning", le "Raisonnement Motivé".
De quoi s'agit-il ?
Les lecteurs(trices) attentifs se souviendront peut-être du "
biais de confirmation" qui est un piège sournois qui guette pratiquement tous les chercheurs qui s'intéressent à des questions aussi complexes que le climat. En bref, il s'agit de la tendance, difficilement contournable et à laquelle presque tous sont assujettis, qui consiste à ne voir sélectivement, dans les multiples observations, graphiques etc. disponibles que ceux ou celles qui confortent ses idées préconçues. Une des manifestations les plus évidentes du "biais de confirmation" est le "cherry picking" c'est à dire, la sélection systématique des données dans un sens qui vous convient.
Le
"Raisonnement motivé" est, en quelque sorte, le pendant théorique du "Biais de confirmation". Confronté à un problème aussi complexe que le climat, les chercheurs "motivés" ont tendance à adopter des raisonnements qui les confortent dans la poursuite d'une "cause" qu'ils jugent primordiale. La défense (à tout prix) d'une cause que Judith Curry appelle "la noble cause" ou la "la bonne cause", est probablement un des facteurs décisifs qui ont déterminé certains comportements a-scientifiques que Judith Curry ne cesse de dénoncer, comme elle le fait plus spécifiquement dans le billet cité ici et dont je donne quelques extraits ci-dessous.

Judith Curry introduit son billet en citant des extraits d'un article de Reiner Grundmann, intitulé " La science pour une bonne cause ?" publié sur le site Der Klimaweibel de Hans von Storch. (voir billet précédent, ci-dessous) et, notamment :

"De mon point de vue, ce commentaire illustre une attitude problématique qui a cours non seulement dans les sciences du climat mais aussi dans les sciences sociales. La bonne cause qui, dit-on, est la motivation de la plupart des recherches, place les chercheurs dans une situation particulière. Elle leur permet de se dispenser des exigences habituelles du comportement professionnel. (NdT : caractères engraissés par J.C). Peut-être n'est-il pas surprenant de voir une "personnalité éminente" en philosophie des sciences, défendre des pratiques problématiques qui ont été mises en place (ce n'est pas accidentel, je suppose) après la fameuse affaire du Climategate."

Judith Curry poursuit en donnant des exemples et en quelques précisions, dans un paragraphe intitulé (ironiquement) "Les causes nobles".

"Les causes nobles,

"Les scientifiques peuvent, ou bien biaiser subtilement leurs recherches dans le sens des préoccupations des politiques publiques environnementales ou bien ils peuvent opérer activement dans le sens de la suppression des éléments de preuve, et, dans certains cas, ils peuvent agir de manière préventive en inventant des éléments de preuve destinées à discréditer leurs opposants."[...]

"Cette année, j'ai eu l'occasion d'observer un exemple frappant de ce que je viens de dire. Un de mes collègues envisageait de publier un article qui remettait en question l'interprétation de la pause précédente qui allait des années 1940 aux années 1970. Mon collègue a envoyé une présentation Powerpoint sur ce sujet à trois collègues, chacun d'entre eux étant un scientifique expérimenté et très respecté et aucun d'entre eux ne s'était particulièrement signalé en matière d'activisme sur le sujet du changement climatique (je ne donne pas les noms pour protéger les innocents/coupables). Chacun de ces scientifiques a fortement conseillé à mon collègue de NE PAS publier son articles car cela pourrait seulement fournir des arguments aux sceptiques. (Note : Mon collègue n'a pas encore publié son article mais pas parce qu'il a été découragé par ces collègues).

Ce qui est en question ici est un conflit entre la micro-éthique de la responsabilité individuelle pour une conduite responsable de la recherche et des questions éthiques plus vastes, associées au bien-être du public et de l'environnement. La plupart des exemples de ce type sont en relation avec la suppression des éléments de preuve en y incluant des tentatives pour asphyxier les recherches effectuées par les sceptiques (en particulier leurs publications et leur dissémination dans le domaine public). Les courriels du Climategate en ont fourni de nombreux exemples."

Dans le cours de son billet sur ce sujet, Judith Curry rappelle des extraits édifiants de ses propres écrits antérieurs :

"Ces scientifiques étaient-ils des chercheurs assidus faisant de leur mieux pour répondre aux attentes impossibles des décideurs ? Oui, beaucoup d'entre eux l'étaient.
Cependant, au coeur du GIEC, il existe un corps de scientifiques dont les carrières ont été faites par le GIEC. Ces scientifiques ont utilisé le GIEC pour passer par dessus le processus normal de la méritocratie grâce auquel les scientifiques acquièrent de l'influence auprès des décideurs qui oeuvrent pour la politique de la science. Non seulement cela a propulsé un certain nombre de personnes assez peu connues, inexpérimentées et même peut-être douteuses, dans des situations influentes, mais ces personnes se sont investies dans la protection du GIEC, lequel est devenu vital pour leurs propres carrières et a légitimé leurs jeux politiques sur la base de son expertise.
Quand je fais allusion au dogme du GIEC, c'est à l'importance religieuse que le GIEC représente pour ce corps de scientifiques. Ceux-là ne toléreront aucun désaccord et ils chercheront à écraser et à discréditer quiconque remet en question le GIEC. Certains sont des scientifiques de niveau moyen, à mi-carrière ou en fin de carrière, qui ont dit adieu au processus de méritocratie académique. D'autres n'étaient encore que des étudiants doctorants lorsqu'ils ont été recrutés comme auteur principal pour le GIEC. Ces scientifiques ont utilisé le GIEC pour obtenir un siège à la "table des grands" où ils peuvent jouer à la politique avec les organes de pouvoir en utilisant l'expertise collective du GIEC afin d'obtenir une renommée personnelle et pour faire progresser leurs propres carrières. Cette progression de leurs carrières se fait avec la complicité des sociétés professionnelles et des institutions qui financent la science.
Avides de publicité, des journaux à fort impact comme Nature, Science et le PNAS publient fréquemment des articles sensationnels mais douteux qui contribuent à l'histoire de l'alarme climatique."

Comme on le voit Judith Curry ne mâche pas ses mots. Ses propos font échos à ceux de deux autres climatologues éminents cités ci-dessous et notamment à ceux de Richard Lindzen.

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2) Mike Hulme
hulmeComme le savent les lecteurs(trices) assidus de ce site, Mike Hulme (dont j'ai déjà rapporté plusieurs propos dans ce site), est un cacique de la climatologie "mainstream" britannique et internationale. Très influent il est actuellement "Professeur de changement climatique" à l'Université d'East Anglia (UK, le coeur du Climategate) . Il est aussi l'ancien fondateur-directeur du célèbre "Tyndall Center for climate change research (UK)".

Mike Hulme qui est n'est évidemment pas climato-sceptique au sens habituel, est par contre remarquablement critique sur certaines pratiques qui ont affecté le cours de la science climatique, telles que révélées par les courriels du Climategate qui ont connu une large diffusion dans les pays anglophones (au contraire des pays francophones).

Hulme avait ainsi écrit, peu après la découverte des courriels du CRU de l'UEA (le Climategate) :

"L'aspect tribal de quelques uns des emails résultant de la fuite, montre quelque chose qui est plus habituellement associé à une organisation sociale au sein de cultures primitives. Il n'est pas plaisant de découvrir que ces pratiques ont cours au sein même de la science. "

Hulme est également très critique au sujet du GIEC et plus spécifiquement, du fameux "consensus" fréquemment revendiqué par cet organisme et ses adhérents. Il avait écrit en 2010 que :

"L'établissement du consensus par le GIEC ne représente plus un critère primordial pour les gouvernements comme [l'est] une analyse complète des incertitudes. A défaut d'une explication précise de ce que ceci signifie, la tendance au consensus peut rendre le GIEC vulnérable aux critiques extérieures. Les affirmations telles que '2500 des meilleurs scientifiques du monde sont parvenus à un consensus sur le fait que les activités humaines ont une influence significative sur le climat', sont fallacieuses. Ce jugement particulier relatif au consensus, comme beaucoup d'autres dans les rapports du GIEC, n'est obtenu que par seulement, quelques douzaines d'experts dans le domaine particulier des études de la détection et des attributions. Les autres auteurs du GIEC sont experts dans d'autres domaines. "

Voici une traduction d'un billet récent de Judith Curry. au sujet des nouvelles déclarations de Mike Hulme qui revient, ici, sur les leçons que l'on peut (doit) tirer du Climategate.
Les caractères engraissés sont de PU sauf indication du contraire.

"Après le Climategate...plus jamais ça (?)"
(8 Août 2013)
par Judith Curry

Mike Hulme a posté un essai clairvoyant intitulé " Après le Climategate ... plus jamais ça", lequel est un chapitre de son livre en voie de publication "Exploration du changement climatique à travers la science et la société : une anthologie des essais, des interviews et des présentations publiques de Mike Hulme"

"Le Climategate a-t-il été une bonne chose ? – Mike Hulme

Des extraits :

Une des conséquences d'une controverse publique au sujet de la science est d'instiller le doute sur des convictions et des certitudes généralement répandues ainsi que sur des croyances qui ont été admises mais qui n'ont pas fait l'objet d'un examen depuis un certain temps. Les vérités supposées et les certitudes acquises sont remises en question.

Le journaliste environnementaliste Georges Monbiot a été un exemple d'un commentateur bien connu du public dont les croyances ont été clairement remises en question par les courriels (NdT : révélés lors du Climategate) ainsi que par les déclarations qui leur ont succédé : "Personne n'a été aussi déçu par les révélations contenues dans ces courriels que ceux d'entre nous qui ont été les promoteurs de cette science", a écrit Monbiot la semaine suivante, succédant à "Je me suis rarement senti aussi seul".

Affirmer "Je suis un scientifique, croyez-moi" n'est plus suffisant, si ça l'a jamais été. Pour que la connaissance scientifique soit crédible aux yeux du public, les scientifiques doivent travailler aussi durement en dehors de leurs laboratoires qu'ils le font à l'intérieur, en démontrant, de manière répétée, leur intégrité, leur disponibilité et leur crédibilité. C'est alors seulement qu'ils seront jugés comme des témoins fiables et que leurs connaissances seront estimées recevables. Ceci n'est pas facile à faire comme les événements qui ont accompagné le Climategate l'ont montré.

L'une des réponses intéressantes de la part de la communauté académique qui a fait suite au Climategate a été de susciter un nouvel intérêt dans l'étude et la compréhension des diverses manifestations du scepticisme envers le changement climatique. La notion populiste selon laquelle tous les climato-sceptiques seraient, soit à la solde des barons du pétrole, soit des idéologues de droite, comme cela est suggéré par des études comme celle de Oreskes et Conway (2011) ne peut être défendue (NdT : caractères engraissés par J. Curry).

Il existe de nombreuses raisons différentes pour lesquelles le public peut être sceptique des aspects de la climatologie et, sans aucun doute, ils peuvent être sceptiques des affirmations qui sont exagérées par les médias et les lobbyistes. Ceci peut résulter d'un soupçon inné à l'encontre de "la grosse science" (ce qu'est devenue la science climatique avec des patrons tout-puissants auprès du gouvernement et des institutions internationales de l'ONU) ou, à cause d'une adhésion à des idées libertariennes vis à vis de la connaissance et des données, comme dans le mouvement Wikileaks. Certains de ceux qui ont poursuivi les scientifiques du CRU (NdT : Climate Research Unit de l'East Anglia) afin d'obtenir un accès aux données dans les mois qui ont précédé le Climategate peuvent être vus de cette manière : ils n'ont aucune connexion avec l'industrie pétrolière ou les organisations conservatrices. D'autres expressions du scepticisme peuvent résulter d'une lassitude sur ce sujet et du cynisme vis à vis des médias qui cherchent à sensationnaliser ou, encore, de l'expression d'une dissonance cognitive.

Mais, au delà de ces raisons pour le scepticisme envers le changement climatique et au cours des années qui ont succédé au Climategate, il est apparu plus pertinent de distinguer entre, au moins, quatre différents aspects du discours traditionnel au sujet du changement climatique pour lesquels le scepticisme peut apparaître.
Un scepticisme vis à vis des tendances serait de ne pas croire les évidences qui suggèrent qu'un changement climatique est en cours, tandis qu'un scepticisme vis à vis des attributions serait de douter que de telles tendances pourraient être, de manière prédominante, causées par l'activité humaine. Un scepticisme vis à vis des impacts se questionnerait pour savoir si le discours mélodramatique sur les futures catastrophes climatiques est crédible et le scepticisme vis à vis de la politique remettrait en question les moyens et le cadre de la politique adoptée à propos du changement climatique.
Lorsque cette analyse plus nuancée du scepticisme climatique est combinée avec la valorisation de la norme scientifique du scepticisme et avec la vertu démocratique de l'interrogation et de l'investigation sur les intérêts personnels, alors s'ouvre un espace pour des discussions plus respectueuses au sujet de la signification du changement climatique et au sujet de la réponse la plus appropriée.
Je soutiens que les événements qui ont accompagné le Climategate à la fin 2009 ont ouvert de nouveaux espaces pour que des vertus démocratiques agnostiques puissent s'exercer.

Les controverses scientifiques ne sont pas seulement révélatrices des discussions intellectuelles, mais aussi des luttes pour le pouvoir ainsi que des limites humaines au sein des pratiques et des institutions scientifiques. Elles reflètent aussi la dynamique de ces mêmes phénomènes dans un système culturel plus vaste dans lequel la science trouve sa place. Et elles sont pratiquement toujours à l'origine des évolutions dans la manière dont la science est conduite parce qu'elle cherche à conserver son autorité culturelle. Ainsi, les controverses scientifiques deviennent-elles souvent les perturbations nécessaires pour provoquer des ajustements et des innovations qui sont les mutations génétiques suivant lesquelles peut intervenir la sélection naturelle.

Les climatologues, leurs institutions et ceux qui les financent - c'est à dire la science climatique en tant qu'entreprise - ont été contraints de s'arrêter et de réfléchir sur la manière dont s'organisent leurs interactions avec le monde extérieur, aussi bien en matière de libre accès aux données que du point de vue du langage, en matière de modes de communication ainsi que pour ce qui concerne les modalités de leur engagement public. Le postulat irréfléchi qu'après avoir gagné la confiance du public (de fait, tout le GIEC a été récompensé du prix Nobel !), celle-ci perdurerait automatiquement, a été brutalement remise en question. Et, sur une plus grande échelle, en dehors de la science, il y a eu des ajustements dans les reportages sur le changement climatique par les médias et dans l'effet moteur qu'exerçait la climatologie sur les délibérations politiques de même qu'un accroissement de la détermination des critiques qui remettent en question les affirmations et les pratiques scientifiques.

Commentaires de Judith Curry :  Mike Hulme décrit les leçons qui auraient dû être tirées du Climategate et il semble que beaucoup, au Royaume Uni, ont appris ces leçons. Je ne suis pas du tout certaine que le GIEC ait appris beaucoup (ni, même, une seule) de ces leçons et, aux Etats-Unis, je ne vois pas beaucoup d'indications que les scientifiques aient appris quoi que ce soit.

Hulme décrit correctement une série de raisons qui conduisent au climato-scepticisme et il identifie quatre différents points autour desquels le scepticisme peut émerger. Aux Etats-Unis, en tout cas, l'idée virale des "marchands de doutes" d'Oreskes semble demeurer prédominante. L'intolérance envers le scepticisme ainsi que la certitude excessive restent de règle comme on le voit dans la récente déclaration de l'AGU sur le changement climatique. Les médias US semblent plutôt ignorer la question du changement climatique alors que les articles les plus significatifs viennent du Royaume Uni.

En définitive, est-il possible qu'une Tamsin Edwards* émerge aux USA ? Je suppose que non ; même les scientifiques les plus âgés sont intimidés par la "police du consensus" et ils ne veulent pas être soumis à ce que j'ai eu à subir (c'est ce que m'ont dit plusieurs scientifiques)

Voici ce qui donne à espérer que l'on puisse continuer à progresser et, qu'à la fin, les choses ne seront plus jamais les mêmes."

Note sur Tamsin Edwards mentionnée ci-dessus par Judith Curry:tamsin
Tamsin Edwards est une jeune physicienne (doctorat en physique nucléaire) qui a rejoint, depuis peu, la climatologie au sein de l'Université de Bristol (UK).. Elle a provoqué un grand émoi dans le microcosme climatologique international en publiant un texte ("les scientifiques ne doivent pas se faire les avocats de causes politiques") sur son blog, dans lequel elle décrit les pressions qu'elle a subies au sein de cette discipline et où elle affirme, avec force, sa conviction que les scientifiques doivent faire de la science et non pas se faire l'avocat de telle ou telle "cause" politique.
Judith Curry en a fait un billet sous-titré :

"En tant que climatologue, je subis des pressions pour faire de l'activisme politique." – Tamsin Edwards

Dans son texte,Tamsin Edwards déclare également que

" Je pense que l'activisme des climatologues a endommagé la confiance dans la science"

...ce qui est également l'opinion de Judith Curry et de beaucoup d'autres scientifiques (dont votre serviteur). La réponse à la question que pose Curry : (Peut-on espérer l'émergence d'autres Tamsin Edwards dans d'autres pays ?) est effectivement probablement négative. En effet, dans l'ambiance actuelle, il est extrêmement périlleux (pour sa carrière) d'écrire des textes tels que le sien.
Cette jeune femme est vraiment très courageuse... Bravo ! (comme dit J. Curry).

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3) Richard Lindzen :

Richard Lindzen est bien connu des lecteurs(trices) de ce site. Très fréquemment cité, notamment dans cette page qui lui est dédiée, il est, sans contexte, l'un des meilleurs connaisseurs des sciences de l'atmosphère.. Lindzen vient de prendre sa retraite de la chaire Alfred P. Sloan du prestigieux Massachusets Institute of Technology (MIT) dont il désormais professeur émérite.
Lindzen n'est pas non plus, à proprement parler un climato-sceptique bien qu'il fasse l'objet d'attaques répétées de la part des climatologues ou des activistes "mainstream". En réalité, Lindzen pense que l'homme influe sur le climat par l'intermédiaire du CO2 émis mais que cet effet est minime au point d'être négligeable. Il affirme que les observations disponibles montrent que le doublement de la concentration du CO2 dans l'atmosphère n'induirait qu'une hausse de la température globale de 0,9°C.

Depuis son départ en retraite, Richard Lindzen a continué à communiquer sur le sujet du "réchauffement climatique" dans diverses occasions, soit lors de conférences invitées soit en publiant des articles dans diverses revues. Lindzen continue à piloter les thèses ou les travaux de divers doctorants (dont actuellement un Français, un Sud Coréen et un Chilien).

Voici de larges extraits (les 2/3 environ) d'un texte qu'il a récemment publié dans l'édition automnale du journal de l'AAPS (Association des Médecins et Chirurgiens US). Ce texte reprend, en l'abrégeant quelque peu, le contenu d'une conférence donnée en Juillet 2012 pour la réunion annuelle de l'association DDP.

L'exposé de Lindzen est divisé en trois parties. J'ai traduit ci-dessous des extraits presque complets des parties 1 et 2.

"Bien qu'étant une démarche bénéfique, la science, en tant qu'institution, est toujours problématique. Charles Drawin a souvent fait part de sa gratitude d'avoir pu être un gentleman scientifique dépourvu du besoin de dépendre d'une affiliation institutionnelle. Malheureusement et dans la réalité, le gentleman scientifique n'existe plus. Même au cours du XIXè siècle, la plupart des scientifiques avaient besoin d'affiliations institutionnelles et, de nos jours, la science a inévitablement besoin de financements externes. Dans certains domaines, y compris en climatologie, c'est le gouvernement qui a le monopole de ce financement.

L'accroissement des budgets est activement recherché, mais l'augmentation des budgets pousse les scientifiques ainsi que les administrations des universités et les bureaucraties gouvernementales, à rechercher des sources financières pérennes. La sphère publique contribue avec sa dynamique propre, au processus scientifique et de manière plus importante lorsqu'il s'agit de couplage de la science avec des questions politiques. Ceci constitue un élément crucial du problème climatique mais des exemples comparables ont existé dans d'autres domaines jusque dans l'eugénisme et l'immigration et dans le Lysenkoïsme et l'agronomie.

Bien qu'il existe de multiples raisons pour lesquelles quelques scientifiques peuvent désirer introduire leur champ de recherche dans la sphère publique, les cas décrits dans cet article apparaissent plutôt comme des cas où ceux qui ont des objectifs politiques ont trouvé utiles d'utiliser la science. Ceci implique immédiatement une distorsion de la science à un niveau très basique, c'est à dire que la science devient une source d'autorité plutôt qu'une méthode de recherche. L'utilité réelle de la science provient de cette dernière. L'utilité en matière de politique relève de la première.

Pour que la science soit politiquement utile, il faut que plusieurs éléments soient réunis :

• De puissants groupes de pression affirmant représenter, à la fois, la science et la sphère publique au nom de la morale et d'un savoir supérieur.
• Des descriptions simplistes de la science sous-jacente de manière à faciliter une "compréhension" très répandue.
• Des "événements", réels ou imaginaires, interprétés de telle manière qu'ils promeuvent le sentiment de l'urgence dans le grand public.
• Des scientifiques flattés d'obtenir l'attention du public (y compris avec des soutiens financiers) et complaisants vis à vis de la "volonté des politiques" ainsi que de la reconnaissance publique de leur caractère vertueux. Ainsi que,
• Un nombre significatif de scientifiques désireux de produire de la science réclamée par le "public". trilindzen


Ces éléments ne sont pas réellement indépendants. De fait, ils interagissent de manière importante. (Voir la Figure 1).

Le processus illustré par cette figure n'est pas destiné à expliciter un quelconque abus de la science mais plutôt de démontrer pourquoi le système est vulnérable vis à vis des abus.

Les scientifiques dont les domaines sont éloignés de la science climatique sont encouragés à obtenir une part des financements.

Par exemple, une dotation de 197.000 a $ été attribué à un psychologue qui avait écrit que "le changement climatique représente un défi moral pour l'humanité et un de ceux qui suscitent un degré élevé d'émotion. Ce projet étudie comment les émotions et la moralité influencent la manière dont le public reçoit et fait passer le message du changement climatique, et il le fait dans la perspective de développer des stratégies applicables et concrètes pour amorcer un changement positif."
[...]
Les conséquences du Triangle de Fer impliquent l'ascension des médiocres politiquement corrects ou des incompétents tels que T.D. Lysenko ce qui est inévitable compte tenu de l'incapacité du public à juger de la science. Malheureusement, souvent, ceci pousse des scientifiques de meilleure qualité à rejoindre le groupe dans le but de préserver leur statut. Les activistes exagèrent grossièrement les résultats afin de promouvoir leur cause. Une focalisation obsessionnelle sur des sujets sans intérêt ou des aspects déconnectés, se met en place. Une dégradation profonde du niveau de la discussion (y compris avec l'abdication de la logique) interagit avec l'ascension des incompétents (NdT : Dans sa conférence orale, Lindzen a donné des exemples (et des noms) de ces derniers, parmi les plus connus de la climatologie mainstream ainsi que quelques explications complémentaires à ce sujet)"
[...]

(NdT : Légende de la Figure 1, ci-dessus: "La triste histoire du Triangle de fer et du Bol de Riz en Fer". Le "Triangle de fer" est une notion familière aux USA, attribuée à Ralph Pulitzer (1919) qui était le fils du magnat de la presse qui créa le célèbre prix du même nom. Il s'agissait, à l'époque, de décrire la collusion objective entre les membres du Congrès, les agences gouvernementales et les groupes d'intérêt US.
Comme on s'en doute, le "Bol du Riz en Fer" est une expression chinoise. Elle fait allusion aux emplois grassement payés et indéboulonnables qui existaient au sein de la nomenklatura chinoise lors de la période immédiatement post-Mao.

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La deuxième partie de l'exposé de Richard Lindzen est consacrée à quelques remarques sur les données observationnelles liées au climat.. Entre autres, Lindzen propose (avec le sourire, lors de son exposé oral) le petit rébus ci-contre :
(Tous les lecteurs(trices) de PU auront deviné que le graphe de gauche est relatif à la période 1957-2008. On y distingue nettement le pic caractéristique dû au El Niño de 1997.)

Le but de ce graphique donné par Lindzen est évidemment de montrer que le réchauffement (et sa vitesse) qui a eu lieu de 1895 à 1946, à une époque où les émissions de CO2 anthropiques étaient très inférieures à celles de la période récente, n'est pas distinguable du réchauffement dit "anthropique" qui a eu lieu de 1957 à 2008, comme je l'avais exposé dans un billet précédent, sous une autre forme.

 


Lindzen poursuit son exposé avec une 3ème partie consacrée à quelques considérations historiques.
La voici (caractères engraissés par PU) :

" Conséquences sociétales et précédents historiques.

L'alarmisme climatique global a coûté très cher à la société et il dispose du potentiel pour être encore beaucoup plus coûteux. Il a aussi endommagé la science parce que les scientifiques ont ajusté les données et même la théorie, afin qu'elles se conforment aux visées politiquement correctes. Comment pouvons nous échapper au Triangle de Fer alors qu'il génère une science erronée immensément influente et qu'il entraîne une politique catastrophique ?

Il existe des exemples tirés du passé. Aux USA, au début du XXe siècle, le mouvement eugéniste avait coopté la science de la génétique humaine et il poursuivait un objectif politique. Le mouvement parvint à susciter le Immigration Restriction Act of 1923 (NdT : La Loi de Restriction de l'Immigration de 1923), tout comme les lois de stérilisation forcée dans plusieurs états. Le mouvement fut discrédité par les atrocités des Nazis mais les conséquences survécurent en Amérique jusque dans les années 1960.

En Union Soviétique, Trofim Denisovich Lysenko (1898-1976) fit la promotion de la vision Lamarckienne de l'héritage des caractères acquis. Cela cadrait bien avec la vision mégalomaniaque de Staline sur la capacité de la société à remodeler la nature. Sous le Communisme, c'était l'état qui était sa propre organisation activiste. Cependant, l'opposition à l'intérieur même de l'Union Soviétique demeura forte en dépit des tentatives brutales d'éliminer les contestataires. Ceux-ci furent solidement soutenus par des scientifiques extérieurs à l'Union Soviétique. Finalement, elle fut en mesure de s'imposer après la mort de Staline. Mais même à cette époque, Lysenko et ses supporters continuèrent sur leurs positions précédentes. Ceci peut avoir facilité la fin de la domination de Lysenko puisqu'ils ne défendaient même pas leur travail.

Le réchauffement climatique est diffèrent des deux affaires précédentes. Le réchauffement climatique est devenu une religion. Un nombre étonnamment important de gens semblent avoir conclu que tout ce qui donne un sens à leurs vies c'est la croyance qu'ils sont en train de sauver la planète en prenant garde à leur empreinte carbone. Il est possible que les gens se rendent progressivement compte que ceci n'ajoute pas vraiment grand chose au sens de la vie, mais, en dehors des pages du Wall Street Journal, cela n'a pas fait l'objet d'une grande campagne de presse et les gens qui ne disposent d'aucune autre raison pour donner un sens à leur vie défendront leur religion avec le zèle d'un djihadiste.

Au contraire du Lysenkisme le Réchauffement Climatique possède une base globale et il a impliqué avec succès presque toute la science institutionnelle. Cependant, les fractures qui apparaissent dans les affirmations des scientifiques au sujet d'un réchauffement catastrophique, deviennent, je pense, beaucoup plus difficiles à défendre par les supporters. En dépit des disculpations officielles, le scandale du Climategate était une manifestation évidente d'une pathologie. L'opposition à l'alarmisme a un certain impact parmi certains groupes incluant des physiciens. Les rapports officiels de plusieurs pays (y compris la Norvège et l'Inde) ont pris des positions clairement non alarmistes. Et même Ralph Cicerone, le président de l'Académie Nationale des Sciences américaine a publiquement rejeté le catastrophisme climatique.

La société humaine, comme le système climatique, possède beaucoup de degrés de liberté. Les cas précédents ont duré de 20 à 30 ans. L'affaire du réchauffement climatique approche de ses 30 années depuis sa sortie en Amérique en 1988 (bien que la question ait commencé avant). Peut-être que des telles affaires ont une durée de vie naturelle et parviennent à leur terme avec un nombre quelconque de degrés de liberté dont la société peut disposer. Ceci ne vise pas à minorer l'importance des efforts de quelques scientifiques pour mettre le doigt sur les inconsistances internes. Cependant, il s'agit d'un monde polarisé dans lequel les gens ont le droit de croire à tout ce qu'ils veulent. Les mécanismes par lequel de telles structures de croyance peuvent être altérées ne sont pas bien compris. Mais les évidences observées lors des cas précédents apportent l'espoir que de telles structures de croyances finissent par s'effondrer.
En vérité, nous sommes en train d'assister à un des mécanismes possibles par lequel le support mutuel illustré par le Figure 1 pourrait être rompu. La communauté scientifique est clairement en train de devenir moins ambiguë dans la séparation entre les points de vue sur le réchauffement et les peurs totalement irrationnelles pour la planète et l'humanité. Les activistes environnementalistes répondent en proférant des affirmations de plus en plus extrêmes. Les politiciens se rendent compte que ces affirmations ne sont pas plausibles et se détournent de ces questions et du financement pour la science climatique. Dès lors, les scientifiques sont incités à chercher des financements ailleurs. Que ceci soit suffisant ou pas, on ne peut qu'espérer qu'un processus quelconque mettra un terme à l'actuelle obsession irrationnelle pour le climat et les empreintes carbone.

Richard S. Lindzen, Dr. ès Sc. .est professeur émérite des sciences de l'atmosphère au Massachusetts Institute of Technology."

 


Merci aux lecteur(trices) qui ont eu la patience de lire ce long (trop long ?) billet, mais il n'y a pas de doute que le sujet et les auteurs de ces textes en valaient la peine...

Stay tuned !

A suivre....

 

9 Août 2013 : Entre autres, deux éminents scientifiques, fondateur et collaborateurs du GIEC, s'inquiètent des divergences croissantes entre les modèles et les observations et s'insurgent contre les exagérations scientifico-médiatico-politiques.
Ils prennent du recul et parlent ouvertement.

Comme je l'ai écrit dans les billets précédents (notamment ci-dessous), les divergences croissantes entre les prédictions/scénarios des modèles climatiques et les observations objectives mentionnées dans ces colonnes, suscitent de nombreux questionnements - voire une inquiétude palpable et avouée - parmi un certain nombre de climatologues de premier plan qui ont joué et jouent un rôle essentiel dans la mise en place des rapports du GIEC. Quelques uns de ces scientifiques renommés s'en sont librement ouverts au public par l'intermédiaire de déclarations publiées sur Internet ou à l'occasion de multiples interviews rapportées dans des journaux à grand tirage de divers pays non-francophones.
Malheureusement, ces témoignages, pourtant émanant des meilleures sources, ne semblent pas avoir franchi les frontières de la francophonie.

Loin de l'écume des jours qui constitue l'essentiel des nouvelles qui vous parviennent au travers des médias, ces déclarations reflètent, probablement en grande partie, l'état d'esprit actuel de la fraction la plus responsable du microcosme climatologique "mainstream".

Je tiens à insister sur le fait que les deux climatologues que je cite ci-dessous et qui ont tenu à faire partager leurs préoccupations au public ne sont en aucun cas des "climato-sceptiques" (comme l'on dit aujourd'hui). Bien au contraire. Le premier d'entre eux (Lennart Bengtsson) a joué un rôle moteur, aux côtés de Bert Bollin (premier président du GIEC, également suédois), lors de la création du GIEC et pour la rédaction des différents rapports qui ont suivi. Le second (Hans Von Storch) dirige actuellement un laboratoire spécialisé dans les modélisations climatiques sur ordinateur. Bien que ne remettant pas en cause les fondements de la science climatique actuelle, ce dernier a toujours tenu un discours prudent et mesuré au sujet des prédictions/scénarios des modèles climatiques. Il persiste et signe dans les lignes qui suivent et nous fait partager ses préoccupations.

1) Communiqué et diverses déclarations de Lennart Bengtsson

Qui est Lennart Bengtsson ? bengtsson

Le Professeur Suédois Lennart Bengtsson a été le Directeur de la Recherche du European Centre for Medium-Range Weather Forecasts de 1975 à 1981, puis Directeur, jusqu'en 1990 de l'Institut Max Planck pour la Météorologie à Hambourg. Il est à présent Chercheur Sénior invité à l'Environmental Systems Science Centre de l'Université de Reading (UK).

En 2005 il a été récompensé par le prix René Descartes pour la Recherche Collaborative avec le Professeur Ola M. Johaanessen et le Dr. Leonid Bobylev du Nansen Environmental and Remote Sensing Centre en Norvège et en Russie pour le Projet sur le Climat et le Changement Environnemental de l'Arctique. En 2006 il a été récompensé par le 51ème prix IMO par l'Organisation Météorologique Mondiale (World Meteorological Organization) pour ses travaux de recherche séminale en matière de prédiction numérique en météorologie.

Extraits du CV de Lennart Bengtsson :
2007 Rossby Prize 2007 by the Swedish Geophysical Society (SGS)
2007 Elected Honorary Member of the American Meteorological Society (AMS)
2006 International Meteorological Organization (IMO) Prize of the World Meteorological Organization (WMO)
2005 Descartes Research Prize
1999 Fellow of American Meteorological Society
1998 Umweltpreis 1998 der Deutschen Bundesstiftung Umwelt
1998 Member of the Finnish Academy of Science
1996 Milutin Milancovic medal by the European Geophysical Society
1995 Member of the Nordrhein-Westfälischen Wissenschaftsakademie
1993 Member of the Swedish Academy of Science
1991 Honorary Member of the Swedish Meteorological Society
1990 Doctor honoris causa, University of Stockholm
1990 Förderpreis and the Golden Rosette for European Science by the Körberstiftung, Hamburg
1989 Member of Academia Europea
1986 Julius von Hann´s Gold Medal by the Austrian Meteorological Society

Lennart Bengtsson a souhaité publier une mise au point, dont quelques extraits sont traduits ci-dessous, sur le site de son collègue Hans von Storch dont je rapporte également les propos ci-dessous. Vous retrouverez sur le site Klimazwiebel le texte original et complet (en anglais) du communiqué de Lennart Bengtsson.

Dans l'encart jaune suivant figurent les extraits sélectionnés par Judith Curry sur son site Climate etc. Dans la suite, les caractères engraissés le sont par PU.

"Durant les deux dernières décennies, le changement climatique a évolué jusqu'à devenir une question majeure à l'échelle de la planète avec une implication primordiale des médias, de la communauté des politiques aux différents niveaux, du public au sens large et, ce n'est pas la moindre des choses, d'Internet. Les points de vue sont très variés mais l'opinion dominante est que le changement climatique est une réalité et constitue un challenge pour la communauté mondiale du moins dans une perspective à long terme. Ceci est également l'opinion partagée par une majorité de leaders scientifiques du domaine. Simultanément on assiste à une tendance croissante vers la polarisation des opinions sur le changement climatique avec, d'une part, une préférence pour les conséquences extrêmes et dramatiques telles que celle appelée "le point de basculement" et d'autre part à une tendance allant jusqu'à remettre en question des aspects fondamentaux de la physique du changement climatique.

Cependant, du fait du fort intérêt manifesté par le public, nous sommes actuellement confrontés à un dilemme parce que le public et la communauté des politiciens se sont beaucoup trop impliqués dans le débat sur le changement climatique influençant ainsi la science véritable et ceci n'est pas nécessairement une évolution positive parce qu'elle implique une sélection arbitraire des priorités et des questions à traiter préférentiellement. .

Un processus naturel pilote le climat et pratiquement toutes les catégories des événements climatiques extrêmes ont fait partie du climat passé et sont, en pratique, sans aucune relation avec le réchauffement modeste que nous avons connu jusqu'à présent. L'effet des gaz à effet de serre est un processus lent mais sans fin dont il faudra s'occuper mais il nécessitera plus de temps et une meilleure compréhension des processus clefs. Certains événements sont considérés comme très dramatiques tels que la réduction de la glace d'été dans l'Arctique mais d'autres, encore plus frappants, tels que la surprenante absence de réchauffement de la troposphère tropicale, sont rarement discutés.

La température du globe n'a pas augmenté de manière constante mais plutôt à des intervalles de temps irréguliers. Typiquement on a observé une tendance au réchauffement de 1910 à 1940, une tendance à un léger refroidissement de 1945 à 1970 suivi par une tendance rapide au réchauffement jusqu'à la fin du XXè siècle et, enfin, aucune tendance au réchauffement perceptible durant les 15 dernières années. En particulier, l'absence d'un quelconque réchauffement significatif dans la troposphère tropicale depuis le début des observations de l'ère satellitaire, en 1979[1], est particulièrement problématique parce que les modèles actuels prévoient un réchauffement moyen de 0,3°C-0,4°C durant la même période. De telles observations, aussi problématiques pour la science soient-elles, n'ont pratiquement jamais retenu l'attention des médias tandis que, bien au contraire, le public a été saturé de rapports excessifs au sujet d'un réchauffement rapide et menaçant qui serait en train de devenir incontrôlable à moins que des mesures radicales soient prises pour y mettre un terme. Même s'il n'y a aucun signal global évident, on avance des arguments adhoc à partir d'une liste sans fin d'événements météorologiques extrêmes. Le fait que des événements météorologiques extrêmes aient été observés pour le présent comme pour un climat normal, est passé sous silence. Le réchauffement climatique a été confisqué des mains des météorologistes et de celles des climatologues traditionnels et il est, à présent, dans les mains des professionnels des médias et dans celles de membres bien connus (politiciens ou autres) du public au sens large qui ont trouvé dans l'exagération actuelle du climat, un moyen commode pour conserver ou acquérir une place en vue sous les feux de la rampe des médias.

Dans l'ambiance très émotionnelle du débat climatique actuel, il est presque impossible d'avoir un débat intelligent et équilibré sur les différents points de vue. Si vous n'adhérez pas aux catastrophes climatiques telles que celles évoquées récemment par la Banque Mondiale, on vous met dans la boite des négationnistes et on vous accuse de défendre les intérêts de l'industrie pétrolière ou bien on vous accuse d'être un homme d'un âge avancé et donc incapable de comprendre les préoccupations des jeunes générations. Quelques uns de nos collègues font l'objet de pressions émanant de leur puissant groupe de travail ou encore de celles d'un responsable politiquement correct. L'intérêt authentique et réel pour le climat et la science du climat est en train de s'estomper et l'attention est réduite au concept du climat typique du public au sens large et, je dirais plutôt, du concept prédominant ou politiquement correct du climat.

Quoiqu'il en soit, les données de l'observation sont claires et le réchauffement climatique progresse beaucoup plus lentement qu'on ne l'avait généralement prévu.

Au lieu d'être reconnaissants pour ce résultat réconfortant, les réactions vont plutôt dans le sens opposé. Dans l'ambiance pratiquement hystérique de l'exagération climatique actuelle, l'annonce d'un réchauffement moins dramatique n'est pas bien reçue parce que tous les membres politiquement corrects du public préféreraient cacher ce fait en suivant la maxime populaire selon laquelle la fin justifie les moyens. Du point de vue du mouvement vert tous les efforts politiques, même les plus extrêmes, doivent être accomplis parce qu'ils souhaitent abandonner les énergies fossiles tout autant que l'énergie nucléaire et ceci à un moment où la population mondiale est en augmentation et où le manque d'une énergie convenable constitue un obstacle majeur pour améliorer le niveau de vie..

Nous ne savons pas encore comment résoudre au mieux les problèmes d'énergie sur la Terre mais beaucoup de choses peuvent se produire dans les 100 prochaines années. Une sensibilité climatique réduite qui est conforme aux observations, combinée avec une transition du charbon vers le gaz naturel, fournira au monde un délai d'une cinquantaine d'années environ mais pas beaucoup plus. Ceci rendra possible d'éviter des investissements très coûteux et inutiles, financés avec l'aide de l'état et mis en place par les fantasmes des politiciens et par l'espoir de gagner de l'argent rapidement et, au contraire, ceci nous permettra de mobiliser les moyens disponibles dans des programmes bien réfléchis de recherche à long terme sur l'énergie. "

[1] S'agissant d'un observable relativement aisément mesurable, l'économiste McKitrick a (de nouveau) récemment proposé que les taxes sur les émissions de carbone (s'il devrait y en avoir) soient indexées sur les observations objectives tels le réchauffement de la troposphère tropicale (très faible pour l'instant, en contradiction avec les modèles).

Commentaire de Judith Curry :  "La totalité du texte mérite la lecture. La partie de cette déclaration qui m'a beaucoup frappée, parce qu'elle est particulièrement bien énoncée, est la suivante :

"L'intérêt authentique et réel pour le climat et la science du climat est en train de s'estomper*, tandis que l'attention se limite au concept du climat typique du public au sens large et, je dirais plutôt, du concept prédominant ou politiquement correct du climat."

Je suis vraiment très inquiète de l'exagération à propos de l'utilisation des modèles climatiques, en vertu de laquelle les scientifiques rédigent des articles analysant les prévisions des modélisations climatiques du GIEC et en déduisent les impacts catastrophiques pour le futur. Il me semble beaucoup trop facile de publier cette sorte de recherche dans Nature et dans Science. Pendant ce temps-là, les problèmes vraiment délicats sont totalement ignorés, tels la recherche fondamentale sur le transfert de chaleur dans les océans, la thermodynamique multiphase de l'atmosphère et le chaos synchronisé dans le système couplé atmosphère-océan, etc. Sans oublier les problèmes plus accessibles tels que la prise en considération attentive de l'attribution de la variabilité du climat pendant la période 1850-1970.
Espérons que la "pause" stimulera les recherches dans le domaine de la variabilité naturelle du climat."
*(caractères en gras de Judy Curry):

Lennart Bengtsson a également accordé un interview au journal danois Jyllands-posten qui intitule son article par : "Ce sont les catastrophes qui pilotent le débat sur le climat".
Le JP rapporte les propos du Professeur Lennart Bengtsson dans un article de quatre pages, particulièrement critique sur les constantes exagérations relatives au réchauffement climatique. Le JP témoigne que : "Bengtsson en a réellement marre des politiciens, des médias et des climatologues qui en font des tonnes pour dramatiser l'évolution du climat et les conséquences d'une augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère." Le JP cite Bengtsson :

"Depuis trop longtemps on a permis que les événements météorologiques extrêmes aléatoires structurent le débat sur le climat" ou encore, au sujet de la fonte de l'arctique, Bengtsson rappelle " Nous savons qu'il y avait très peu de glace en Arctique dans les années 30 et 40."

Au sujet de l'antarctique qui pourrait fondre selon le GIEC, Bengtsson dit : " S"inquiéter de la fonte de l'Antarctique c'est comme s'inquiéter de la possible collision de Vénus avec la Terre dans les prochains milliards d'années, ce qui, comme certains modèles nous l'assurent, pourrait se produire".

Au sujet de la vitesse de réchauffement de la planète, le JP cite Bengtsson: “Elles est, et de beaucoup, plus faible que ce que le GIEC a avancé... et c'est totalement différent de ce que la Banque Mondiale* a présenté."

*Note : Bengtsson fait ici allusion à la publication récente d'un rapport aussi apocalyptique qu'infondé de la Banque Mondiale, la World Bank, dont il est de nouveau question ci-dessous.

Par ailleurs, voici d'autres déclarations publiques récentes du Prof. Bengtsson qui, sans aucun doute, joue un rôle déterminant dans la politique climatique suédoise et plus généralement scandinave, en matière d'énergie et de climat : Il serait étonnant que les prises de position de l'éminent climatologue Suédois n'entraînent pas des conséquences pour la politique énergétique et climatique du gouvernement de son pays.

Lennart Bengtsson a également été interviewé par un périodique Suédois (DN.se ) qui rapporte ses propos dans un article intitulé : "Nous créons une grande anxiété qui n'est pas justifiée". Voici quelques citations extraites de cet article (complet, en anglais, ici):

- "Nous créons une grande anxiété qui n'est pas justifiée, et ceci ne mène à aucune action. La solution c'est d'en venir à des solutions raisonnables." a-t-il dit à DN.

- "Je suis de plus en plus frustré par le manque de bases scientifiques de l'essentiel de ce qui est dit dans les médias. A la longue, ça diverge complètement de la science."

- "Le réchauffement subi par la Terre durant le siècle dernier est si petit qu'on ne s'en serait pas rendu compte s'il n'avait pas été signalé par des météorologues et des climatologues. Ceci indique que la sensibilité climatique est probablement plus faible que celle que les modèles ont prise en compte, depuis le début."

- "Il n'y a pas de doute que les humains ont un impact. Ce dont nous ne sommes pas certains, c'est pourquoi le réchauffement est si lent. Il est possible que la planète se refroidisse plus efficacement qu'on ne le pensait auparavant. Il est également possible qu'elle stocke plus de chaleur dans les profondeurs des océans qu'on ne le pensait, ce qui expliquerait l'inertie."

Lennart Bengtsson a également répondu à un rapport du Potsdam Institute (NdT : Schellnhuber, Rhamstorf) publié par la World Bank à l'occasion du sommet sur le climat de Doha qui s'est tenu en automne dernier.

- "Je suis critique. Ils ont utilisés les options les plus extrêmes des scénarios. Bien entendu, ce n'est pas complètement impossible mais la probabilité est très faible."

- "C'est toujours comme ça quand un sujet se prête à l'exagération. Il y a des gens qui se sentent très impliqués. Mais la plupart d'entre eux ne sont pas toujours les meilleurs experts et une quantité de chercheurs très talentueux ne sont pas particulièrement intéressés par les activités médiatiques. Certains chercheurs se sentent frustrés et sont soumis à des provocations ce qui fait que parfois ils cèdent aux pressions et donnent l'impression qu'ils sont plus sûrs d'eux qu'ils ne le sont en réalité."

- "Quand vous êtes profondément impliqués dans un problème vous pouvez en percevoir les difficultés. Pour ma part, je trouve très difficile d'expliquer l'aspect chaotique au public parce qu'il n'est pas prévisible. C'est une propriété fondamentale qu'il est impossible de changer."

- "On peut qualifier d'activistes ceux qui éprouvent le besoin d'alerter le public d'un désastre imminent. Ils jouent sur une certaine frustration et prennent en compte les événements extrêmes, quels qu'ils soient, et affirment qu'ils font partie du changement climatique."

- "Et il y a bel et bien une tendance à coller à la ligne directrice de son institution"

- "D'autre part, la question climatique est devenue extrêmement politisée. Le problème est si complexe qu'on ne peut pas demander que les gens soient convaincus que le système économique tout entier doit être changé simplement parce que vous avez fait quelques simulations sur ordinateur."

- "Très bien, si on veut être excentrique, on pourrait dire que c'est un désastre au ralenti. Si les gaz à effet de serre continuaient à croître d'un facteur 5 ou 10, alors là, oui, il y aurait des problèmes de diverses natures. Mais jusqu'à nouvel ordre, les processus naturels ont presque complètement dominé."

Au sujet du prochain rapport AR5 du GIEC :

- "Je ne pense pas qu'il y a aura de modifications cruciales. Nous prendrons note, comme nous l'avons fait continuellement que le système climatique est légèrement plus complexe que nous ne le pensions au départ."

2) Un interview de Hans von Storch publié sur le Spiegel online

Extrait de la présentation de Wikipedia : " Hans von Storch est Professeur à l'Institut de Météorologie de l'Université de Hambourg. Depuis 2001 il est également Directeur de l'Institut pour la Recherche Côtière du Centre de Recherche Helmhotz (autrefois le GKSS) à Geesthacht en Allemagne. Il est membre du comité de rédaction du Journal of Climate et Annals of Geophysics" et bénéficiaire de diverses récompenses.

Von Storch a répondu à un interview plutôt "direct" du journal à grand tirage allemand, Der Spiegel. L'article est intitulé :
"L'expert du climat von Storch : Pourquoi le réchauffement climatique est-il rentré en stagnation ?"

Voici la quasi totalité de son interview, traduite en Français :

[..]hansvonstorch

SPIEGEL: Diriez-vous que le public a abandonné le réflexe qui consistait à attribuer la responsabilité de chaque événement météorologique important au réchauffement climatique comme il le faisait autrefois ?

Storch: Oui. J'ai l'impression qu'il y a moins d'hystérie à propos du climat. Il y a certainement encore des gens qui, presque de manière rituelle, s'écrient "A l'aide, c'est la faute du changement climatique" lorsqu'une catastrophe naturelle se produit. Mais le public parle maintenant beaucoup plus des causes naturelles probables pour les inondations telles que le bétonnage des sols ou la disparition des zones naturelles d'écoulement des eaux -- et c'est une bonne chose.

SPIEGEL: Est-ce que l'effet de serre sera encore un sujet important lors des prochaines élections au parlement allemand ? Le chanteur Marius Müller-Westernhagen est à l'origine d'une initiative au sein du show-biz qui consiste à demander l'implémentation de la protection du climat en tant qu'objectif de politique nationale dans la constitution allemande.

Storch: C'est une idée bizarre. Quel état de l'atmosphère terrestre voulons nous protéger et de quelle manière ? Et que pourrait-il en résulter ? Allons nous déclarer la guerre à la Chine si ce pays émet trop de CO2 dans l'air et, de ce fait, viole notre constitution ?

SPIEGEL: Et pourtant, ce sont les climatologues avec leurs avertissements apocalyptiques qui, en tout premier lieu, ont insufflé ces idées dans le public. .

Storch: Malheureusement, certains scientifiques se comportent comme des prêcheurs qui délivrent des sermons au peuple. Ce qui pose problème dans ce comportement, c'est qu'il y a de nombreuses menaces dans notre monde qui doivent être comparées les unes avec les autres. Si je conduis ma voiture et que je me retrouve en train de foncer sur un obstacle, je ne peux pas tout simplement donner un coup de volant sans avoir vérifié auparavant si je ne risquais pas de foncer dans la foule. Les climatologues ne peuvent pas et ne devraient pas confisquer cette responsabilité qui consiste à évaluer les différents facteurs des mains des politiques et de la société.

SPIEGEL: Hans Joachim Schellnhuber, le directeur du Potsdam Institute for Climate Impact Research, proche de Berlin, est actuellement le conseiller pour le climat de la Chancelière Angela Merkel. Pour quelle raison lui en faut-il un ?

Storch: Je n'ai jamais été chancelier moi-même, mais je pense sincèrement qu'il serait peu avisé de la part de Merkel de n'écouter qu'un seul scientifique.. La climatologie dispose de beaucoup trop de points de vue différents pour qu'il en soit ainsi. A titre personnel, je ne crois pas que la Chancelière se soit sérieusement penchée sur ces questions. Si elle l'avait fait, elle aurait compris qu'il existe d'autres points de vue que ceux de l'administration de la politique environnementale.

SPIEGEL: Depuis le tournant du millénaire, l'humanité a émis 400 milliards de tonnes de CO2 dans l'atmosphère et pourtant les températures n'ont pas augmenté depuis près de 15 ans. Comment expliquer cela ?

Storch: Jusqu'à présent, personne n'a été capable de fournir une réponse convaincante au fait que le changement climatique semble faire une pause. Nous sommes confrontés à un problème. De fait les émissions de CO2 ont augmenté encore plus rapidement que nous le craignions. D'après la plupart des modèles climatiques, nous aurions dû assister à une augmentation de température d'environ 0.25°C (0,45 degrés Fahrenheit) durant les 10 dernières années. Ceci ne s'est pas produit. En réalité, l'augmentation durant les 15 dernières années était de seulement 0.06°C (0,11 degrés Fahrenheit) qui est une valeur très proche de zéro. Il y a là un problème scientifique sérieux auquel sera confronté le GIEC lors de la présentation de son prochain rapport qui sortira plus tard, l'année prochaine.

SPIEGEL: Est-ce que les modèles climatiques sur ordinateur avec lesquels les physiciens simulent le climat du futur ont déjà observé une pause aussi longue dans la variation de température que celle que nous observons actuellement ?

Storch: Oui, mais c'est extrêmement rare. Dans mon institut nous avons recherché quelle est la fréquence de l'occurence d'une telle stagnation de 15 années dans les simulations numériques. La réponse a été que la proportion est inférieure à 2% dans toutes les simulations que nous avons effectuées. En d'autres termes, plus de 98% des prévisions montrent que des émissions de CO2 aussi élevées que celles que nous avons connues durant les années récentes conduisent à une élévation de température plus élevée.

SPIEGEL: Pendant combien de temps encore sera-t-il possible de concilier une telle pause du réchauffement climatique avec les prédictions climatiques en vigueur ?

Storch: Si les choses continuent comme elles l'ont fait, dans cinq ans, au plus tard, nous devrons reconnaître qu'il y a quelque chose de fondamentalement faux dans nos modèles climatiques. Une pause de 20 ans du réchauffement n'existe dans aucun modèle climatique. Mais même aujourd'hui, nous trouvons très difficile de réconcilier la tendance actuelle de la température avec nos prévisions.

SPIEGEL: Qu'est-ce qui pourrait être faux dans les modèles ?

Storch: On peut envisager deux explications -- et aucune d'entre elle n'est agréable pour nous. La première est qu'il se produit moins de réchauffement climatique que prévu parce que les gaz à effet de serre et plus spécifiquement le CO2 ont moins d'effet que nous l'avons supposé. Ceci ne signifierait pas qu'il n'y aurait pas d'effet de serre anthropique mais simplement que notre action sur le climat est moins importante que nous l'avions cru. L'autre possibilité est que, dans nos simulations, nous avons sous-estimé les fluctuations climatiques dues aux causes naturelles.

SPIEGEL: Cela semble très embarrassant pour votre profession si vous devez revenir en arrière pour ajuster vos modèles pour qu'ils s'accordent avec la réalité...

Storch: Pourquoi ? C'est comme ça que le processus de la découverte scientifique fonctionne. Il n'y a pas de dernier mot en matière de recherche y compris en matière de recherche climatique. Ce n'est jamais la vérité que nous proposons, mais seulement notre meilleure approximation de la réalité. Mais ceci est très souvent oublié dans la manière dont le public perçoit et décrit notre travail.

SPIEGEL: Mais ce sont les climatologues qui ont eux-mêmes fait comme s'ils avaient un degré élevé de certitude même si celle-ci n'existe pas. Par exemple, le GIEC a annoncé avec 95% de certitude que les humains contribuent au changement climatique.

Storch: Et il y a de bonnes raisons pour cette affirmation. Nous ne parvenions plus à expliquer la hausse considérable de température depuis le début des années 1970 et la fin des années 1990 à partir de causes naturelles. Mon équipe au Max Planck Institute pour la Météorologie à Hambourg a été en mesure de donner des éléments de preuve, en 1995, que les humains influencent les événements climatiques. Bien sûr, ces éléments de preuve présupposent que nous avons correctement pris en compte l'importance des fluctuations climatiques naturelles. Maintenant que nous avons connu de nouveaux développements, il est possible que nous devions apporter quelques ajustements.

SPIEGEL: Dans quels domaines devez vous améliorer les modèles ?

Storch: Entre autres, il y a des indications que les océans auraient absorbé plus de chaleur que nous l'avons calculé initialement. Les températures à des profondeurs supérieures à 700 m semblent avoir augmenté plus que jamais auparavant. La seule chose embêtante c'est que nos simulations ont manqué de prédire cet effet.

SPIEGEL: Ceci n'inspire pas spécialement confiance.

Storch: Sans aucun doute, la plus grande erreur des climatologues a été de donner l'impression qu'ils détiennent la vérité absolue. Le résultat final ce sont des stupidités dans le style des brochures sur la protection du climat publié récemment par l'Agence Environnementale Fédérale d'Allemagne sous le titre " "Sie erwärmt sich doch" ("La Terre se réchauffe toujours"). Des pamphlets tels que celui-ci ne vont convaincre aucun sceptique. Ce n'est pas mauvais de commettre des erreurs et d'avoir à les corriger. La seule chose qui était mauvaise c'était d'agir précipitamment comme s'ils étaient infaillibles. Ce faisant, ils ont joué avec et perdu la chose la plus importante qui soit pour des scientifiques : la confiance du public. Nous avons vécu quelque chose de semblable avec la déforestation (NdT : les pluies acides qui "devaient" détruire les forêts allemandes et ne l'ont pas fait) également-- et puis nous n'en avons pratiquement plus entendu parler depuis longtemps.

SPIEGEL: Est-ce que cela jette un doute sur l'ensemble de la théorie du réchauffement climatique ?

Storch: Je ne le pense pas. Nous avons encore des évidences convaincantes de l'effet de serre anthropique. Il y a peu de doute à ce sujet. Mais si le réchauffement climatique continue à stagner, les doutes vont évidemment prendre plus d'importance.

SPIEGEL: Est-ce que les scientifiques prédisent encore que les mers vont monter ?

Storch: En principe, oui. Malheureusement, en fait, nos simulations ne sont pas encore capables de montrer si, et à quelle vitesse, les glaces du Groenland et de l'Antarctique vont fondre -- et c'est un facteur très important pour déterminer de combien les mers vont monter exactement. C'est pour cette raison que les prédictions du GIEC ont été conservatrices. Et au vu des incertitudes, je pense que c'est justifié.

SPIEGEL: Et quelle est la valeur des prévisions à long terme concernant la température et les précipitations ?

Storch: Là aussi nous rencontrons des difficultés. Par exemple, selon les modèles, la région méditerranéenne deviendra plus sèche toute l'année. Cependant, en ce moment, il y a en réalité plus de pluie en automne qu'il y en avait habituellement. Nous devrons suivre ces développements avec attention au cours des années à venir. Les augmentations de température dépendent aussi énormément des nuages qui peuvent aussi bien amplifier ou atténuer l'effet de serre. Depuis aussi longtemps que j'ai travaillé sur ce sujet, c'est à dire depuis pus de 30 ans, il n'y a eu malheureusement que très peu de progrès dans la simulation des nuages.

SPIEGEL: En dépit de toutes ces questions problématiques, pensez vous encore que le réchauffement climatique va continuer ?

Storch: Oui. Nous allons certainement voir un réchauffement de 2°C (3,6 degrés Fahrenheit) ou plus --à la fin de ce siècle, c'est entendu. C'est ce que mon instinct me dit parce que je ne sais pas exactement comment les émissions vont progresser. D'autres climatologues peuvent avoir des instincts différents. Nos modèles incorporent, sans aucun doute, un grand nombre d'hypothèses hautement subjectives. Les sciences naturelles sont aussi un processus à caractère social et elles sont beaucoup plus influencées par l'esprit de l'époque que ne peuvent l'imaginer les non--scientifiques. Vous pouvez vous attendre à beaucoup d'autres surprises.

SPIEGEL: Que sont exactement censés faire les politiciens avec des prédictions aussi vagues ?

Storch: Que cela conduise à un, deux ou trois degrés, le chiffre exact n'est finalement pas le plus important. Tout à fait en dehors de nos simulations climatiques, il y a un consensus général que nous devrions être plus économes avec nos fluides fossiles. De plus, les effets les plus sérieux du changement climatique ne vont pas nous affecter pendant au moins 30 ans. Nous avons assez de temps pour nous préparer.

SPIEGEL: Dans un interview au SPIEGEL, il y a 10 ans, vous aviez dit : "Nous devons atténuer la peur du changement climatique auprès du public". Vous avez aussi déclaré : "Nous gérerons cette affaire". A cette époque vous avez été sévèrement critiqué pour ces commentaires. Adoptez vous encore cette position en retrait par rapport au réchauffement climatique ?

Storch: Oui. Tout à fait. J'ai été accusé de croire qu'il n'était pas nécessaire de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce n'est pas le cas. Je voulais simplement dire qu'il n'est plus possible, dans tous les cas, d'empêcher complètement la prolongation du réchauffement climatique et de ce fait qu'il serait avisé de nous préparer à l'inévitable par exemple en construisant de digues plus élevées. Et j'ai l'impression que je ne suis plus aussi totalement seul à avoir cette opinion, comme c'était le cas à l'époque. Le débat sur le climat n'est plus un débat en tout ou rien -- sauf peut-être, pour certains collègues comme un certain employé de Schellnhuber dont les attaques verbales contre tous ceux qui expriment des doutes, n'a pour résultat que de réactiver le camp des négateurs du changement climatique.

Interview mené par Olaf Stampf et Gerald Traufetter
Traduit de l'Allemand (en anglais) par Ella Ornstein

En bref et en conclusion :

Les deux climatologues que j'ai cités qui ont joué, tous deux, un rôle pivot dans la définition de la science climatique telle que nous la connaissons aujourd'hui, bénéficient d'une telle assise scientifique qu'ils ont le loisir de s'exprimer avec une certaine franchise. Si leurs convictions initiales ne sont pas entamées, du moins se posent-ils de graves questions et envisagent-ils, tous deux, que les modèles pourraient être sérieusement remis en cause. Ce qui n'est certes pas le discours officiel que l'on peut retrouver dans les médias francophones, où le doute n'a pas sa place et est considéré comme une hérésie.

De manière plus générale, plusieurs points importants mentionnés par l'un et(ou) l'autre des intervenants me semblent, plus généralement, refléter fidèlement la situation présente de la science climatique "mainstream".

-Tout d'abord "la pause" ou la stagnation de la température moyenne du globe depuis une quinzaine d'années (mentionnée par les deux intervenants) constitue un problème visiblement très épineux, sinon inquiétant pour les modèles climatiques en cours. Cette question rejoint les interrogations récurrentes que l'on a pu observer récemment, toujours de la part de climatologues "mainstream", sur la sensibilité climatique que j'ai évoquées précédemment.
Il est vain et peu scientifique de prétendre le contraire et de nier l'évidence comme le font certains.

-Bengtsson s'inquiète, à plusieurs reprises dans son exposé, sur l'absence de réchauffement notable de la troposphère tropicale, en contradiction formelle avec les modélisations climatiques, comme je l'avais expliqué dans le billet précédent (partie 2, ci-dessous).
Bengtsson
sait de quoi il parle. Il a publié en 2011 un article sur ce sujet (Bengtsson, L. and K.I. Hodges, (2011): On the evaluation of temperature trends in the tropical troposphere. Clim. Dynamics. doi: 10.1007/s00382-009-0680-y.)
Bengtsson s'étonne, à juste titre, que les médias ne s'intéressent pas à cette question car il y a effectivement de bonnes raisons d'être soucieux à ce sujet qui touche au coeur même des modélisations de l'atmosphère tropicale laquelle joue un rôle crucial dans les modèles en cours.
Je rappelle que Richard Lindzen, il y a déjà quelques années (en 2007), s'était lui-même inquiété de cette même divergence entre les observations et les modèles pour laquelle il envisageait qu'une explication possible pourrait être une surestimation considérable du réchauffement de la planète mesuré à l'aide des méthodes conventionnelles. C'est dire le degré de confiance qu'apportent les climatologues dans leur modélisation des processus qui ont lieu dans la troposphère tropicale. C'est dire aussi la gravité du problème qui leur est ainsi posé, tout comme celui de la stagnation des températures depuis plus d'une décennie.

- Nos deux climatologues allemand et suédois s'inquiètent, tout comme leur collègue également climatologue "mainstream" Judith Curry, des exagérations systématiques apportées aux communiqués transmis ou diffusés par les agences de presse. Outre celui des politiques et des médias, le comportement abusif et excessivement alarmiste de certains scientifiques qui figurent malheureusement parmi les plus sollicités par les médias, est également sévèrement épinglé. Malheureusement, il semble que cela soit une des conséquences les plus désastreuses de la politisation excessive de cette branche de la science dans laquelle certains scientifiques ne semblent plus faire la différence entre leurs convictions politiques personnelles et l'objectivité qui reste indispensable en matière de sciences.

Ce sont des développements intéressants dont on doit regretter qu'ils soient totalement ignorés par nos médias (et politiques) francophones. Du moins, jusqu'à présent. Mais là aussi, les choses peuvent évoluer dans le bon sens comme elles le font ou l'ont déjà fait dans nombre de pays étrangers.

A suivre, donc.

Stay tuned !

 


17 Juin 2013 : 1) Les bienfaits du CO2 : L'augmentation du taux de CO2 provoque un verdissement net des zones chaudes et sèches de la planète.
2) Températures de la troposphère tropicale : Divergence croissante entre les modèles et les observations.

Ce billet est divisé en deux parties distinctes. Toutes deux constituent de sérieuses remises en question des "certitudes" que l'on entend répéter sans cesse ici ou là dans les médias et parfois aussi, dans certaines sphères scientifiques et gouvernementales.

1) L'effet fertilisant du CO2 :

Comme chacun le sait, le dioxyde de carbone qui est en réalité un gaz invisible, inodore, passablement inerte, totalement inoffensif (du moins aux faibles concentrations qui nous concernent) et qui est le vecteur N°1 du cycle du carbone indispensable à toute vie organique sur notre planète, a été constamment vilipendé, et même diabolisé, au cours des deux décennies précédentes, au motif qu'il serait responsable de la hausse des températures que nous avons connue durant la période 1975-1997. D'autres disciplines que la climatologie (notamment la biologie) se sont emparées du sujet, ce qui a généré une extraordinaire collection d'articles plus ou moins apocalyptiques parfois cocasses et souvent contradictoires, sur des sujets extrêmement divers. La totalité de ces articles, résultant le plus souvent de modélisations informatiques, envisagent les conséquences "dramatiques" de l'augmentation du taux de CO2 dont la concentration a pourtant connu des variations considérables (x10, ou plus) au cours de l'histoire de la vie organique sur notre planète.

Le summum de la diabolisation du CO2 a été atteint lorsque l'EPA (Environmental Protection Agency US) américaine a décidé, le 7 Déc. 2009, de qualifier officiellement le CO2 de "polluant" au prétexte que l'augmentation de la concentration de ce gaz "serait néfaste à la santé humaine" (des Américains, dit le texte officiel). Depuis lors, il n'est pas rare de lire, sous la plume de nos journalistes francophones, que "le CO2 est un polluant" ce qui, sans aucun doute, représente une extrapolation extrême de ce qu'on peut dire de ce composé qui, de fait, apparaît plutôt comme bénéfique, comme nous allons le voir.

L'utilisation de puissants moyens d'observation à bord des nombreux satellites qui orbitent autour de notre planète depuis une trentaine d'années, a permis aux scientifiques d'observer, de manière répétitive, non pas une tendance à la désertification progressive des zones sensibles, comme certains l'avaient prévu (du fait du réchauffement), mais bien au contraire, à un verdissement de la planète, mesuré par l'augmentation nette de l'indice NDVI (Normalized Difference Vegetation Index) qui mesure l' augmentation de la couverture foliaire de la Terre. Les dernières mesures rendues publiques (Matt Ridley dans le Wall Street Journal, Vidéo, conférence du Dr. Ranga Myneni de la Boston University), "confirment que le verdissement de la Terre se poursuit de manière continue depuis trente ans. Entre 1982 et 2011, 20.5% de la végétation de la planète a verdi tandis que seulement 3% a bruni. Le reste étant inchangé."

Comme on s'en doute, il ne suffit pas de constater le verdissement persistant de la planète pour en tirer des conclusions sur les causes de cet accroissement de la couverture foliaire. En effet, ces causes peuvent être multiples. On sait, en particulier, que l'influence de l'hygrométrie est essentielle, surtout dans les zones arides et semi-arides, de même que la présence renouvelée des nutriments indispensables à la croissance des plantes. Depuis quelques années, les chercheurs s'efforçaient de discerner parmi les diverses causes possibles de ce verdissement, sans parvenir à en séparer les contributions respectives.

Une équipe du CSIRO et d'une université australienne semble y être parvenue. Selon leurs travaux qui s'avèrent convaincants, l'augmentation du CO2 atmosphérique serait responsable d'une augmentation de la couverture foliaire de 11% des zones chauds et sèches de 1982 à 2010. Les observations sont en accord avec leurs prévisions théoriques.
Ces observations ne devraient pas surprendre les agriculteurs qui savent, par expérience, que l'on améliore notablement le rendement de la production des serres horticoles en enrichissant leur atmosphère de quelques 1000 ppm de CO2.

Voici la bande annonce de cet article qui est disponible et actuellement sous presse aux Geophysical Research Letters. Cet article est intitulé :

"La fertilisation par le CO2 a accru la couverture foliaire maximale dans les zones chaudes et arides du globe."

donohue1

1 CSIRO Land and Water, GPO Box 1666, Canberra, ACT, 2601, Australia.
2 Research School of Biology, The Australian National University, Canberra, ACT, 0200, Australia.
3 Research School of Earth Sciences, The Australian National University, Canberra, ACT, 0200, Australia.
4 Australian Research Council Centre of Excellence for Climate System Science.

Les points clefs : (NdT : Rappel : C'est un guide très commode pour une lecture rapide du contenu d'un article)

Nous examinons, pour des pluviométries données, la couverture foliaire observée par satellite.
Dans les endroits chauds et secs, la couverture foliaire a augmentée de 11% pour le globe (1982-2010)
Nous montrons un lien biophysique et quantitatif entre cette augmentation et la fertilisation par le CO2.

Voici les résumés en anglais et en français :

Abstract Satellite observations reveal a greening of the globe over recent decades. The role in this greening of the ‘CO2 fertilization’ effect – the enhancement of photosynthesis due to rising CO2 levels – is yet to be established. The direct CO2 effect on vegetation should be most clearly expressed in warm, arid environments where water is the dominant limit to vegetation growth. Using gas exchange theory, we predict that the 14% increase in atmospheric CO2 (1982–2010) led to a 5 to 10% increase in green foliage cover in warm, arid environments. Satellite observations, analysed to remove the effect of variations in rainfall, show that cover across these environments has increased by 11%.
Our results confirm that the anticipated CO2 fertilization effect is occurring alongside ongoing anthropogenic perturbations to the carbon cycle and that the fertilisation effect is now a significant land surface process.

Résumé : Les observations satellitaires montrent un verdissement du globe durant les dernières décennies. Le rôle que joue dans ce verdissement l'effet "fertilisant du CO2" - l'augmentation de la photosynthèse due à l'augmentation du taux de CO2 - reste encore à établir. L'effet direct du CO2 sur la végétation devrait être plus facilement observable dans les environnements chauds et arides où l'eau est le facteur limitant principal pour la croissance de la végétation. A partir de la théorie des échanges gazeux, nous prédisons qu'une augmentation de 14% du taux de CO2 dans l'atmosphère (1982-2010) a provoqué une augmentation de 5 à 10% de la couverture foliaire verte dans les environnements chauds et arides. Les observations satellitaires confirment le fait attendu que l'effet fertilisant du CO2 se produit en parallèle avec les perturbations anthropiques actuelles du cycle du carbone et que l'effet de fertilisation est maintenant un processus significatif à la surface des continents.

Voici la figure maîtresse de cet article dans laquelle les zones marquée en rouge ont subi une augmentation du feuillage vert liée, selon les auteurs de l'article, à l'augmentation du CO2. Malheureusement cette image n'est pas très bonne du point de vue des contrastes. Cela résulte sans doute du fait que la version de l'article, actuellement disponible sur le site des Geophysical Research Letters, est encore en attente d'édition pour l'impression.

donahue3"Figure 2. Etendue de l'analyse et distribution spatiale de la bordure du Fx (NdT : F est la fraction de la surface du sol couverte par le feuillage vert, Fx désigne la limite (la bordure) de l'extension du feuillage vert. C'est le paramètre essentiel).
L'étendue de l'analyse pour laquelle nous avons déterminé la fraction Fx annuelle est montrée par les cellules en grisé. Les cellules impliquant une variation comprise entre ±5% de la bordure pour au moins une des moyennes des trois années sont indiquées en rouge (NdT : Elles indiquent les zones où l'extension du feuillage vert peut être attribuée à l'augmentation du CO2 atmosphérique)".

 

Les lecteurs(trces) tireront sans doute bénéfice de quelques extraits du communiqué de presse de l'AGU relatifs à cet article (Les caractères engraissés sont le fait de l'auteur de PU).

[...] L'équipe de chercheurs a recherché les indices d'une fertilisation par le CO2 dans les zones arides. Donohue a déclaré que "les satellites sont très bons pour détecter les changements de la couverture foliaire et c'est dans les zones chaudes et sèches que l'on s'attend à ce que l'effet du CO2 ait le plus d'influence sur la couverture foliaire". La couverture foliaire est un élément clef, a-t-il ajouté , parce qu'une feuille peut prélever plus de carbone de l'air durant la photosynthèse, ou perdre de l'eau durant la photosynthèse, ou les deux, ceci résultant d'un taux élevé de CO2". C'est l'effet fertilisant du CO2.

Mais la couverture foliaire dans des zones telles que les forêts tropicales est déjà aussi étendue qu'elle peut l'être et il est peu probable qu'elle augmente avec des concentrations de CO2 supérieures. Dans les zones chaudes et sèches, en revanche, la couverture foliaire est moins complète de telle manière que les plantes qui s'y trouvent y feront plus de feuilles si il y assez d'eau pour le faire. "Si des taux élevés de CO2 provoquent une baisse de consommation d'eau par les feuilles, les plantes répondront en augmentant le nombre total de leurs feuilles et ceci devrait être mesurable par les satellites"1 a expliqué Donohue.

Pour parvenir à distinguer l'effet de fertilisation du CO2 des autres facteurs environnementaux dans ces régions, les chercheurs ont tout d'abord moyenné la verdeur en chaque endroit pendant des périodes de 3 années afin de prendre en compte les changements de l'humidité des sols. Puis ils ont regroupé ces données de verdeur obtenues pour les différentes zones en fonction de leurs quantités de précipitation. Les chercheurs ont ensuite évalué la quantité maximale de feuillage que chaque groupe pouvait atteindre pour une précipitation donnée et ils ont suivi les variations du feuillage maximal durant une période de 20 ans. Ces techniques ont permis aux chercheurs d'éliminer l'influence des précipitations et d'autres variations climatiques et d'identifier la tendance au verdissement à long terme.

Outre un verdissement des régions sèches, l'effet fertilisant du CO2 pourrait provoquer un changement des types de végétations qui dominent dans ces régions. "Les arbres sont en train de ré-envahir les terres herbeuses et ceci pourrait tout à fait provenir de l'effet du CO2" dit Donahue. "Les plantes ligneuses de longue durée de vie sont profondément enracinées et elles sont donc susceptibles de bénéficier d'une augmentation du CO2 plus que les herbes. "

"L'effet d'un taux plus élevé en dioxyde de carbone sur le fonctionnement des plantes est un processus important qui mérite une plus grande attention", dit Donohue, " Même si rien d'autre ne change dans le climat du fait d'une hausse du taux global de CO2, nous verrons toujours un changement environnemental significatif à cause de l'effet fertilisant du CO2." [...]


1 Note : En réalité, il est bien connu que les échanges foliaires avec l'atmosphère se font au niveau des stomates qui présentent de petits orifices, appelés ostioles, situés à la stomatesurface des feuilles et dont l'ouverture variable régule aussi bien l'absorption du CO2 que les pertes hydriques. Ainsi si le taux de CO2 dans l'environnement augmente, l'ouverture des stomates est réduite d'autant ce qui limite les pertes en eau. En bref, l'augmentation du taux de CO2 améliore l'utilisation de l'eau disponible en limitant l'évapotranspiration. Si la quantité d'eau disponible reste constante, la croissance de la plante est améliorée comme cela est couramment observé dans les serres horticoles*. Ci-contre, stomate de feuille de Bégonia. A noter que la mesure de la taille des ostioles des végétaux fossilisés permet d'avoir une idée du taux de CO2 régnant à l'époque de la fossilisation. C'est un "proxy" fréquemment utilisé.
La Nature a plus d'un tour dans son sac lorsqu'il s'agit de réguler les échanges de la biomasse avec l'environnement (voir, par ex. le billet sur la pruine de choux, raisins, lotus etc.)


idso1

Compléments :

Ci-contre, une analyse détaillée accompagnée d'une liste de références sur les effets bénéfiques du CO2 sur la croissance des plantes ligneuses (en anglais).
Une vidéo remarquable du Dr. Matt Ridley (Vicomte, membre de la chambre des Lords UK) au sujet du verdissement observé de la planète (en anglais).
Une vidéo réalisée par C. et S. Idso (CO2 Science) qui montre les effets de la fertilisation par le CO2 d'une plante durant sa croissance.
Une base de donnée détaillée montrant les effets de la fertilisation par le CO2 mesurés par le bilan des échanges en CO2 pour toute une collection de plantes.
*Une analyse détaillée des effets de l'enrichissement de l'atmosphère en CO2 (typiquement 1000ppm) des serres destinées à la culture. Document édité par le Ministère Canadien de l'agriculture et de la nourriture.

 

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2) Comparaison entre les prédictions des modèles climatiques et les observations pour l'atmosphère tropicale.
"The science is (not) settled"

Comme le savent les (nombreux) lecteurs attentifs de ce site, l'atmosphère tropicale devrait être particulièrement révélatrice de l'effet de serre tel qu'il est prévu et modélisé dans les études prises en compte par le GIEC. Ceci tient essentiellement à la concentration élevée en vapeur d'eau qui règne dans cette zone de l'atmosphère qui, comme chacun sait, bénéficie d'un climat particulièrement chaud et humide. Ceci explique que cette zone de l'atmosphère ait fait l'objet d'un grand nombre de travaux dont ceux du Professeur Richard Lindzen du MIT, fréquemment mentionné dans ce site.
C'est dans la partie haute de la troposphère tropicale que l'on aurait dû observer le fameux "hotspot" (toujours absent) auquel j'avais consacré plusieurs billets dans cette page (par exemple ici et ).
De fait, la troposphère tropicale constitue la zone test idéale pour valider ou remettre en question la pertinence des modèles informatiques mis en oeuvre par un grand nombre de laboratoires de climatologie de la planète qui contribuent aux rapports du GIEC. Ces modèles couramment nommés GCM (Global Circulation (ou Climate) Models) ont été raffinés au cours des années. Ils ont donné lieu à une série d'améliorations et de sophistications. La dernière version en cours s'appelle les CMIP-5 et ce sont les résultats de ces modèles les plus récents, utilisés dans le prochain rapport du GIEC (Sept. 2013, l'AR5), qui sont confrontés aux observations dans la suite de cette section.

christy2012Comme on le sait, John Christy et Roy Spencer, tous deux oeuvrant pour la NASA, ont obtenu un prix d'honneur pour les remarquables services rendus par la mise au point des mesures satellitaires des températures atmosphériques à différentes altitudes. Ces deux chercheurs sont fréquemment auditionnés par les comités d'audit du Sénat et de la Chambre des Représentants US.

C'est Roy Spencer qui a publié à plusieurs reprises les graphes préparés par son collègue John Christy qui, comme on s'en doute, et en tant que responsable des mesures des températures de l'atmosphère par ballons sondes et sondes satellitaires, dispose de toutes les données nécessaires pour effectuer des comparaisons entre les mesures de températures effectives et les projections des modèles informatiques tels les CMIP-5 pour les mêmes altitudes qui sont rendues disponibles sur les sites professionnels tels que le KNMI Climate explorer.

Voici le graphique tracé par John Christy. Il compare les résultats des observations effectuées par les millions de ballons-sondes et les satellites avec les résultats des modèles CMIP-5, pour la zone moyenne de la troposphère située au dessus des tropiques (20S-20N), le tout présenté avec une moyenne glissante sur 5 ans. Cliquez sur le graphique pour obtenir une image agrandie.

hotspot2013

Le graphique est présenté par Spencer avec ce commentaire

"Comparaison entre 73 modèles (archivés au site KNMI Climate Explorer) et les observations pour la température de la majeure partie de la troposphère tropicale (dite “MT”) depuis 1979."

Ce graphique est facile à lire. Les résultats des 73 modèles sont indiqués par des courbes dont les couleurs font référence à la liste des modèles, tandis que les cercles sont les résultats des mesures par ballons sondes et les carrés ceux des satellites.

Spencer/Christy précisent que "Dans le cas présent, les modèles et les observations ont été reportés de telle manière que leurs tendances respectives se recoupent en 1979 (NdT : le début des mesures satellites) parce que nous pensons que c'est la manière la plus significative de représenter sur un même graphique les résultats des modèles et leurs comparaisons avec les observations."

Comme on peut en juger directement sur le graphique, la moyenne des modèles surestime actuellement le réchauffement de la troposphère tropicale d'un bon facteur 3 à 4. A noter également que le pic négatif représenté par les modèles après 1992, tient à l'estimation "modélisée" du refroidissement résultant de l'explosion du Pinatubo. Dans la réalité, celui-ci est assez peu visible dans les observations effectives, du moins dans cette zone de l'atmosphère.

Le titre du billet de Roy Spencer qui présente le graphique de John Christy est explicite :
"
ENCORE uneéchec de dimension épique : Comparaison de 73 modèles climatiques avec les observations, avec une moyenne glissante de 5 ans."

A noter que Spencer a publié un article dans le même sens dans le Financial Post. Celui-ci est intitulé : "Echec épique (NdT : homérique, retentissant) des modèles climatiques." Spencer pense que l'introduction systématique d'une forte rétroaction positive de la vapeur d'eau dans les modèles est responsable de cette divergence modèles/observations. D'autre part, on se souvient que c'est cette rétroaction supposée positive de la vapeur d'eau qui est responsable de l'essentiel du réchauffement climatique prévu par les modèles. De fait, l'effet direct (sans rétroactions) du CO2 ne serait que d'environ +1°C pour un doublement de la concentration dans l'atmosphère, donc très faible, voire négligeable, par rapport aux prédictions/scénarios informatiques qui pointent vers +2 à +5 ou 6°C. Les lecteurs de PU se souviennent sans doute que Richard Lindzen penche pour une rétroaction négative de la vapeur d'eau ce qui le conduit à prédire un réchauffement d'environ +0,6°C pour un doublement du CO2. A noter également que les observations de Christy/Spencer (et les suivantes au sujet du hostpot) sont cohérentes avec le modèle de Miskolczi.

Rappels : De même, dans la partie haute de cette même zone tropicale, le "hotspot" manque toujours à l'appel :

Syukuro Manabe
est l'un des pères fondateurs des modèles de l'effet de serre.
C'est lui (avec Richard Wetherald) qui montra que, dans le contexte de cette modélisation, l'altitude à laquelle le rayonnement IR s'échappant vers l'espace doit augmenter si le taux de CO2 s'élève. Syukuro Manabe est directement intéressé à la confirmation des fondements de ses modèles et donc, notamment, à la détection du Hotspot (le point chaud) que l'on devrait observer dans la moyenne-haute troposphère tropicale... et que l'on ne voit toujours pas.. Comme je vous l'avais relaté, Manabe et al ont, en 2011, écrit un article qui pointait, à partir des observations, sur le désaccord (croissant) avec les modèles pour la moyenne troposphère tropicale remis en évidence récemment par Christy/Spencer. La fin du résumé et conclusions de l'article de Manabe et al. en disait long sur l'enjeu crucial que représente l'élucidation de ces désaccords. Voici comment ils concluaient leur article publié en 2011 :

[...]"Au vu de l'importance de l'évaluation de l'augmentation du réchauffement de la haute troposphère tropicale vis à vis de la sensibilité climatique et de l'évolution des circulations atmosphériques, il est d'une importance fondamentale de comprendre les causes possibles du désaccord entre les modèles et les observations."

On comprend l'inquiétude de Manabe et al.
Ils ne sont visiblement pas les seuls à s'inquiéter de ces divergences croissantes entre les modèles - y compris les plus modernes - utilisés par le GIEC et les observations. C'est ainsi qu'un article, accepté par le peer-review, actuellement sous presse au Geophysical Review Letters, tente de rechercher les raisons profondes de ces divergences qui, sans aucun doute, pointent vers un défaut majeur inhérent aux modèles du climat.

Le voici, présenté sur le site des GRL. il est intitulé "Raisons plausibles pour les incohérences entre les températures modélisées et observées dans la troposphère tropicale. "Ce travail résulte d'une collaboration entre des chercheurs grecs et écossais (Cracknell).

varotsos1
Comme à l'accoutumée pour les GRL, voici les points clefs signalés par les auteurs (une sorte de résumé du résumé pour faciliter la lecture rapide) :

• Les jeux de données disponibles pour la température tropicale montrent des désaccords significatifs.
• Les températures de la troposphère tropicale mesurées obéissent à un comportement de bruit blanc.
• Les températures modélisées de la troposphère tropicale montrent un comportement en lois de puissance.

Cet article est un peu trop technique pour être exposé ici. Quelques mots et une illustration tirée de l'article suffiront à en donner une idée.
Les auteurs analysent les fluctuations des signaux observés et des signaux modélisés. On touche ainsi au coeur des processus mis en jeu aussi bien dans la réalité que dans les modèles. Le fait de trouver que les fluctuations de température obéissent à deux lois totalement différentes confirme un désaccord profond entre les modèles et les observations. Cela relève du même esprit que les travaux de N. Scafetta qui avait montré que les analyses harmoniques des variations de température selon les modèles et selon les observations conduisaient à des résultats totalement différents.
varotsos3

Voici un des diagrammes de l'article de Varotsos et al., comparant les densités spectrales mesurées et modélisées mois après mois, dans la zone tropicale de l'atmosphère, pour les observations (à gauche) et pour les modèles (à droite).
Comme on peut le voir cette comparaison donne des résultats complètement différents : On observe une variation erratique (Bruit blanc) à gauche et une croissante nette en loi de puissances, à droite. Les abscisses sont logarithmiques.

A la différence de ce qui se passe dans la réalité, les modèles ont donc tendance à exagérer grandement les évolutions à basse fréquence, autrement dit, à long terme, autrement dit encore, à superposer au signal réel une augmentation artificielle qui provoque une divergence croissante à mesure que le temps s'écoule comme on l'a constaté dans les graphiques de Christy/Spencer.

C'est probablement ce que les auteurs ont voulu exprimer en concluant leur résumé de la manière suivante :

[...] "Nous suggérons que l'amplification verticale (NdT : avec l'altitude) trouvée par les modèles est pondérée par la présence d'un signal persistant qu'il faudrait éliminer de manière à obtenir un meilleur accord avec les observations. "

A noter que les auteurs ne précisent pas la nature du "signal persistant qu'il faudrait éliminer"... Leur analyse ne permet pas de la déterminer mais leurs résultats mettent sérieusement en doute le coeur même des modélisations du climat.

3) Conclusions :

L'effet fertilisant du CO2, au moins dans les zones chaudes et sèches étudiées par l'article de Donohue et al, même s'il n'était pas inattendu, constitue une très bonne nouvelle. Dans cet esprit, il n'est donc pas certain que la limitation de la croissance du taux de CO2 généré par la combustion des fluides fossiles soit une bonne chose, notamment pour les zones défavorisées.lovecO2

L'augmentation du taux de CO2 optimise l'utilisation de l'eau, relativement rare dans ces régions, disponible pour les plantes et accroît la biomasse et donc les possibilités de nourrir les habitants de ces régions climatiquement déshéritées. Il serait utile que nos dirigeants en prennent conscience avant de forcer, à grands frais, une réduction de "notre empreinte carbone" dont on peut être certain qu'elle provoquerait, à terme, une augmentation de la désertification de certaines zones arides et semi-arides de la planète.

C'est, en substance, ce qu'ont exprimé William Happer, Professeur à Princeton et l'ancien appolonaute (17) Harrison Schmitt, Professeur à l'Université du Wisconsin, dans un article publié dans le Wall Stret Journal, intitulé : " En défense du dioxyde de carbone", qu'ils concluent ainsi :

"La liste incroyable des horreurs supposées qu'une augmentation du taux de dioxyde de carbone apporterait à la planète n'est qu'une simple croyance déguisée sous les habits de la science."

D'autre part, les divergences flagrantes entre les modèles et les observations pour ce qui concerne la troposphère tropicale qui constitue une zone test des modèles climatiques actuels, viennent compléter celles que l'on a déjà constaté pour les températures mesurées à la surface de la planète et qui faisaient l'objet du billet précédent (ci-dessous).
A l'évidence, le temps passant, ces incohérences deviennent de plus en plus apparentes. Elles devraient attirer l'attention de nos décideurs et les inviter à se poser quelques questions quand à la fameuse maxime "The science is settled" ("
La science est comprise") énoncée et répétée ad infinitum par certains dans le but manifeste de clore un débat scientifique qui est pourtant bien vivant comme vous pouvez le constater.
De fait, non seulement, la science du climat n'est pas comprise, mais elle est sérieusement et fondamentalement remise en question par les observations objectives et des publications scientifiques qui, malheureusement et pour la plupart, restent inconnues du grand public et, probablement aussi, des décideurs.

Comme disent les Anglais : Wait and see !

Stay Tuned !


16 Mai 2013 :
Rétro-pédalages et replis élastiques :
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Pratiquement à l'insu des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs francophones mais pas à celui de leurs contemporains anglophones et germanophones, la période récente a été passablement mouvementée dans le Landerneau climatologique international.

La raison fondamentale qui a donné lieu à cette agitation tient à ce que l'évolution des paramètres observés, et notamment celle de la température globale qui a stagné, n'a pas suivi, au moins depuis une quinzaine d'années, les prédictions/prévisions/scénarios mis en avant par les climatologues mainstream affiliés au GIEC,
comme vous le (re)verrez ci-dessous.
Interrogés à ce sujet, les personnalités les plus en vue sur ces questions, telles que James Hansen (GISS NASA, maintenant retraité) et Rajendra Pachauri (CEO du GIEC), ont franchement reconnu (mais comme on l'imagine, du bout des lèvres) l'évidence observationnelle.
Les divergences croissantes entre les prévisions/prédictions/scénarios du GIEC et les observations objectives étaient très apparentes dans les documents préparatoires du prochain rapport AR5 du GIEC, comme nous l'avions vu lors d'un billet précédent.

Compte tenu des implications considérables de ces affaires climatiques, la presse internationale d'une part et la communauté des climatologues d'autre part, ne pouvaient plus rester les bras croisés.
C'est ainsi qu'au cours des deux ou trois mois écoulés, nous avons assisté à une spectaculaire série de rétropédalages, plus ou moins contraints, de la part de nombreux médias qui avaient auparavant et depuis de nombreuses années, pris fait et cause pour les thèses du GIEC et fait, auprès du public, la promotion du réchauffement (changement) climatique anthropique avec les conséquences que l'on connaît.

Pour leur part, les scientifiques climatologues, également confrontés à l'évidence observationnelle, s'efforcent actuellement de réconcilier les observations qui prennent en défaut leurs prévisions précédentes, avec leurs calculs, notamment en impliquant divers phénomènes auparavant négligés mais qui seraient devenus inopinément prépondérants ou en revoyant certains paramètres fondamentaux à la baisse.

Une fraction notable des climatologues qui cherchent à établir la valeur de la sensibilité du climat vis-à-vis des émissions de CO2 et qui se basent sur les observations, suggère qu'il est probable que le climat soit nettement moins sensible au CO2 qu'on ne le pensait initialement et comme cela avait d'ailleurs été suggéré par plusieurs scientifiques, bien des années auparavant. De leur part, il s'agit clairement d'un repli élastique, relativement discret vis à vis du public et de la plupart des médias mais néanmoins bien visible pour les spectateurs attentifs.

Nous allons commencer par revoir brièvement les évidences qui posent problème aux médias (anglophones et germanophones) et aux scientifiques. Les graphiques présentés ci-dessous sont directement issus des bases de données officielles. Ils ne sont absolument pas modifiés ou retouchés et ne portent pas les fameuses "droites de tendances" (dont l'outrance prête parfois à sourire) que l'on trouve fréquemment dans la littérature ou les blogs "orientés" sur ces questions. Ce sont donc des données officielles brutes qu'il vous appartient d'apprécier par vous-même.

Dans la suite de ce billet vous trouverez une compilation d'une série d'articles de presse parus dans les grands journaux américains (USA), anglais, allemands, suisses, italiens, danois, australiens etc. Cette compilation, forcément non exhaustive mais révélatrice d'une certaine inflexion d'une presse internationale jusqu'alors toute acquise aux thèses du GIEC est suivie d'une série de déclarations de scientifiques du climat qui se posent des questions au sujet de la "sensibilité climatique" et tentent d'y répondre.
En guise de conclusion, nous confronterons les prévisions des adeptes d'une approche empirique du climat avec les observations objectives. Le résultat est assez spectaculaire.

1) Des graphiques qui interpellent :

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Le graphique ci-contre résulte de la superposition du graphe représentatif officiel de la hausse de la teneur du CO2 dans l'atmosphère mesurée à Mauna Loa (NOAA) avec la courbe représentant l'évolution de la température moyenne du globe selon les données les plus récentes dites HadCRUT2 (Hadley Center et Climate Research Center UK) utilisées par le GIEC. Ces graphiques couvrent la période Janvier 1997 - Février 2013.

Comme on le voit, et aux fluctuations et incertitudes près, la température du globe n'a pratiquement pas varié durant cette période alors que le taux de CO2 atmosphérique a poursuivi sa croissance qui se révèle sensiblement être une fonction linéaire du temps. A noter, en passant, que les émissions anthropiques, elles, se sont accélérées, durant la même période.

hadcrut4

 

Voici maintenant le graphique de l'évolution de la température du globe, toujours à partir des mêmes données officielles (HadCRUT4) depuis 1850 jusqu'en février 2013 inclus.
Ce graphique est bien connu mais ce qui est important et qui est relatif à ce billet, c'est le plateau de températures que l'on observe sur la droite du graphe et dont la figure précédente n'était qu'un zoom.

Comme on le voit, depuis environ une quinzaine d'années (l'estimation de la durée du plateau dépend de ce que l'on considère comme statistiquement significatif), la température du globe a cessé d'augmenter en contradiction avec les nombreux modèles du climat.

En regardant ce graphique, on peut même avoir l'impression comme certains le soutiennent, que la température est déjà passée par un maximum (vers 2004) et a commencé à baisser...

Mais que nous disent les modélisations/prédictions/scénarios du climat, notamment mis en avant par les documents produits par le GIEC ?

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Voici un graphique, issu des documents préparatoires du GIEC pour la rédaction du prochain rapport AR5.

Comme on le voit, et comme le montraient les autres graphiques que j'avais reproduits dans un billet précédent, les prédictions/prévisions/scénarios divergent sensiblement des observations qui, au mieux, se retrouvent dans la fourchette la plus basse des estimations des modèles, ce qui justifie les nouvelles estimations, à la baisse, de la "sensibilité climatique" que nous verrons ci-dessous.

 

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Le climatologue Roy Spencer a publié le graphique ci-contre établi par son collègue John Christy (basé sur le KNMI Climate Explorer). On sait que Spencer et Christy sont les initiateurs des mesures de la température de l'atmosphère (à différentes altitudes) à partir de sondes placées sur les satellites. Ils ont été primés par la NASA pour cela.

Concernant la température de la basse atmosphère accessible aux satellites, il a souvent été reproché à Christy et Spencer que l'évolution de cette dernière pouvait différer de celle qui est mesurée à proximité de la surface terrestre (avec les difficultés que l'on connaît, dont s'affranchissent, d'ailleurs, les mesures satellitaires).
C'est pourquoi, Christy et Spencer ont choisi de confronter les projections des 44 modèles climatiques (1975-2025) pour la basse troposphère avec les observations réelles (1979-2012) (marquées UAH-RSS) obtenues par les deux institutions qui utilisent les satellites et qui sont effectuées dans la même couche de l'atmosphère que celle des modèles.
La divergence modèles/observation est évidente. Ici encore, les modèles ont nettement surestimé le réchauffement climatique.

2) Les médias hésitent et s'interrogent. Puis se décident...(à l'étranger).

Si les divergences modèles/observations ne sont pas vraiment une nouveauté - certains les avaient déjà signalées au cours des années précédentes, comme l'auteur de ce site - il avait été, jusqu'à maintenant, impossible d'attirer l'attention des médias et des décideurs politiques sur ces anomalies qui posent pourtant de sérieuses questions quant à la validité des modélisations informatiques sur lesquelles reposent la totalité de l'édifice climato-économico-politique que vous connaissez.

Le temps passant et les divergences ne se résorbant pas, voire, s'amplifiant, il devenait difficile, sinon périlleux pour les scientifiques comme pour les journalistes, de ne pas s'en ouvrir auprès du grand public. C'est ainsi qu'un certain nombre de grands médias d'outre-manche et d'outre-atlantique puis d'outre-Rhin et d'ailleurs se sont décidés à publier ce que tous les observateurs scientifiques savaient depuis longtemps.

A ma connaissance, c'est le Dailymail (Mail On line) UK qui, le premier (le 12 octobre 2012), a publié un article retentissant sur cette affaire de "stagnation des températures". Cet article portait un titre provocateur " Le réchauffement climatique s'est arrêté il y a 16 ans, révèle un rapport du Met Office discrètement publié ...et voici le graphique qui le prouve. " qui ne manqua de provoquer des dénégations (embarrassées) de la part du Met Office et une foule de critiques acerbes de la part des alarmistes habituels et des zélotes du GIEC.

Les choses auraient pu en rester là. La presse internationale qui sans doute s'interrogeait sur la pertinence de telles publications qui allaient frontalement à l'encontre du politiquement correct, prenait son temps pour réfléchir. Après tout, le Dailymail, bien que très suivi par le public anglophone, n'avait pas la stature suffisante pour ébranler le consensus médiatique (le "panurgisme médiatique" comme l'appelle J-F. Kahn) qui, depuis des décennies, accompagnait et soutenait les efforts du GIEC et des ses zélateurs.

Et de fait, c'est encore une fois un journal anglais -mais, cette fois-ci, parmi les plus connus et les plus réputés de la presse anglophone, qui décida de briser, à son tour, le cercle du silence.
C'est ainsi que l'article qui suit, publié online et en format papier le 30 Mars 2013, a rapidement fait le tour du monde anglo-germanophone notamment parce que personne ne s'attendait à ce qu'un journal comme The Economist qui avait constamment défendu les thèses les plus alarmistes du GIEC, publie un article aussi direct et, il faut le dire, bien documenté, bien rédigé et à la limite extrême du politiquement correct.
En voici quelques extraits agrémentés par les points de vue de la climatologue Judy Curry sur cette publication.

The Economist (journal réputé de Grande Bretagne) titre "Science du climat : Une affaire délicate"
Sous-titre : "Le climat pourrait se réchauffer moins qu'on ne le pensait auparavant, en réponse aux émissions des gaz à effet de serre. Mais ceci ne signifie eco1pas qu'il n'y a plus de problème."

L'article commence ainsi :

"Durant les 15 années passées, les températures de l'air à la surface de la Terre ont stagné tandis que les émissions de gaz à effet de serre continuaient à progresser. Le monde a, en gros, ajouté 1000 milliards de tonnes de carbone dans l'atmosphère entre 2000 et 2010. Ceci représente environ un quart de tout le CO2 qui a été émis par l'humanité depuis 1750. Et pourtant, comme James Hansen, le chef de l'Institut Goddard de la NASA pour les études Spatiales, le fait observer : "la moyenne glissante sur 5 ans est restée stable pendant une décennie.

Puis, l'article précise :

"La divergence entre la hausse des émissions de gaz à effet de serre et les températures qui ne montent pas, constitue l'un des plus importants casse-têtes actuels de la science climatique."

La climatologue Judith Curry évoque cet article de The Economist sur son blog Climate etc. Voici ce qu'elle en dit :

"The Economist a publié un article étonnamment bon, intitulé : "Science du climat : Une affaire délicate."
[...]
"Extrait de The Economist : Le désaccord (NdT: entre l'observation et les modèles) signifie que - pour des raisons inexpliquées - il y a eu un retard temporaire entre l'augmentation de dioxyde de carbone et la hausse des températures en 2000-2010. Ou bien, il est possible que la hausse rapide des températures dans les années 1990 ait été une période anormale. Ou encore, comme un nombre croissant de travaux le suggèrent, il est possible que le climat réponde à des hausses de concentration de dioxyde de carbone d'une manière qui n'a pas encore été correctement comprise. Si cette possibilité se révèle vérifiée, elle pourait avoir une signification profonde à la fois pour la science climatique et pour la politique environnementale et sociale"

Cet article doit être lu. Il résume de manière efficace nombre des articles récemment discutés sur Climate Etc. De manière intéressante, cet article repose entièrement sur l'analyse d'articles publiés et de billets de blogs (sans l'intervention de citations de scientifiques).

L'article est rédigé par le nouvel éditeur pour l'énergie et l'environnement de The Economist, John Parker. Quel superbe travail pour quelqu'un qui n'a pas de background évident dans ce domaine. Il m'avait écrit pour que je le conseille et je lui ai envoyé quelques pages tirées de mon prochain témoignage (NdT : à la chambre des représentants US). Il en a manifestement tenu compte. .

Commentaire de JC :  J'aimerais voir le "Committee on Climate Change" également répondre à l'article de l'Economist. Et je serais heureuse si le rapport AR5 du GIEC faisait un aussi bon travail que celui que John Parker a réalisé en termes de définition du problème de la détermination de la sensibilité climatique."

Pour faire écho à Judith Curry, il est tout aussi certain que de nombreux lecteurs français, suisses, belges etc. aimeraient pouvoir lire, dans leur presse francophone, des articles de la qualité de celui du The Economist.

Il est fort probable que c'est l'article du The Economist qui a déclenché un processus qui s'est répandu assez rapidement, au cours du mois d'Avril, dans les organes de presse anglo- et germano-phones qui avaient pourtant supporté, bec et ongles, le "consensus" du GIEC en vigueur. On vit même le New York Times se résoudre, in fine et du bout des lèvres, à écorner le consensus tout comme les agences de presse classiquement politiquement correctes telles que Reuters et l'AFP qui irradient beaucoup de médias de la planète...
Tout cela sans provoquer d'écho notable dans les médias francophones qui ont passé ces informations sous silence ou, au mieux, les ont minimisées comme cela avait été le cas, en 2009, lors de la publications des courriels du Climategate.

Voici donc une brève revue de presse (non exhaustive) internationale sur la révision à la baisse de l'effet du CO2 :

The Economist : "Changement climatique : Un consensus en voie de refroidissement." (un article dans la ligne et qui complète celui signalé ci-dessus)

The New Republic : "Explications sur le hiatus du réchauffement climatique. Bagarre sur les nuances du changement climatique dans un environnement politique toxique" (Le New Republic était en pointe dans l'apologie des théories du GIEC)

The New York Times (US) : "Un changement de température". Justin Gillis, le journaliste (alarmiste) attitré du NYT sur ces questions, reconnaît (du bout des lèvres) que les plus récentes estimations de l'effet du CO2 sont à la baisse.

Scientific American (US) : "Le réchauffement climatique est il plus frais qu'attendu ? de nouveaux résultats de recherche suggèrent que la terre pourrait se réchauffer plus lentement.":

Reuters :" Les climatologues se battent pour expliquer le ralentissement du réchauffement."
"Les scientifiques se battent pour expliquer le ralentissement du changement climatique qui a révélé des lacunes dans leur compréhension et qui défie la hausse globale des émissions de gaz à effet de serre. "

Der Spiegel (All.)"Les chercheurs se battent pour expliquer la pause du réchauffement."
Der Spiegel (All) "La terre se réchauffe moins vite que prévu"

Zeit (All.) : "A propos des surprises du réchauffement climatique".
L'auteur, un supporter écologiste convaincu des théories du GIEC, fait dans l'humour. Il constate que le réchauffement s'est arrêté, se moque des prévisions alarmistes des scientifiques et de leurs explications "adaptatives". A ce propos, il écrit " Pour ce qui est de la science climatique, il semble qu'ils soient en mesure de s'en sortir quoiqu'il arrive.". Il se désole d'avoir fait confiance aux prévisions du GIEC et d'avoir acheté une maison en Uckermark (60km au Nord de Berlin) où il fait très froid alors que l'ex-chancelier Gerhard Schröder, sans doute moins inquiet, lui, en a acheté une au Sud de la Turquie... Il conclut : " Les ours polaires ne disparaissent pas, non, ils déménagent en Uckermark. Je ne suis pas climato-sceptique ; je suis désappointé."

Die Welt (All.) : "Des scientifiques nous avertissent de l'arrivée d'un prochain âge glaciaire ". (Dans l'ambiance du froid persistant qui a régné en Allemagne pendant cet hiver prolongé)

Deutsche Wirtschafts Nachrichten (All.) :“Les scientifiques se sont ridiculisés : le changement climatique ne se produit pas." Sous-titre : "La confiance dans la science du climat est ébranlée."

Introduction de l'article :

" La plupart des modèles climatiques avaient faussement prédit le réchauffement climatique. Malgré des émissions en hausse de ce que l'on appelle les gaz à effet de serre, les températures n'augmentent pas.Il y a de la neige en hiver mais c'est un effet collatéral du réchauffement climatique, disent les climatologues.
Depuis les environs de l'an 2000, le réchauffement climatique s'est évanoui puisqu'il fait à peine plus chaud. Cette évolution a été incorrectement prédite par la plupart des modèles. Les chercheurs ont, à présent, entrepris de rechercher les causes de leurs erreurs de prévision. Tout récemment, le British Weather Service a communiqué que la stagnation du réchauffement allait se poursuivre - au moins en Grande Bretagne (ici). Richard Tol de l'Université d'Essex à Oslo a dit qu'il avait l'impression que la température avait décru durant les cinq dernières années, nous dit Reuters. Une théorie est que la chaleur est stockée dans les profondeurs des océans de telle manière qu'il fait plus froid à la surface. Selon d'autres théories, les gaz industriels (NdT : l'auteur veut sans doute parler les aérosols... qui ne sont pas des gaz mais des particules) ou les nuages peuvent bloquer les rayons du soleil. Ou encore, les effets de ce qu'on appelle les gaz à effet de serre sont plus faibles que ce que l'on pensait auparavant."

Plus loin, l'article sous-titre :
"La confiance dans la recherche sur le climat est ébranlée."
"La confiance dans la recherche climatique est encore affaiblie du fait de ces prédictions erronées. L'organisme de l'ONU sur le climat (GIEC) avait dû corriger son rapport de 2007. Ce rapport avait exagéré la fonte des glaciers de l'Himalaya et avait même affirmé qu'ils pourraient avoir complètement disparu en 2035. "

(Presse germanophone : h/t Pierre Gosselin, Lüning et Varhenholt .)

Neue Zürcher Zeitung (Suisse) : Le "hotspot" absent dans le ciel. : Pour commencer, pour ce qui concerne le "hotspot", les scientifiques ont affaire à une noix qui est encore trop dure pour qu'ils la craquent."

Neue Zürcher Zeitung (Suisse) : "Le climat est moins sensible au CO2 qu'on le pensait" . Analyse à partir d'un article récent d'Otto et al.

La Repubblica (Italie) : "Le mystère de la terre qui ne se réchauffe plus."

Jyllands-posten (Danemark) "Ce sont les catastrophes qui pilotent le débat sur le climat".
Un article de quatre pages, extrêmement critique sur les exagérations du réchauffement climatique. Le JP rapporte les propos du Professeur suédois Lennart Bengtsson, le spécialiste scandinave N°1 en matière de climat. Le JP témoigne que : "Bengtsson en a réellement marre des politiciens, des médias et des climatologues qui en font des tonnes pour dramatiser l'évolution du climat et les conséquences d'une augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère." Le JP cite Bengtsson qui déclare :

"Depuis trop longtemps on a permis que les événements météorologiques extrêmes aléatoires structurent le débat sur le climat" ou encore, au sujet de la fonte de l'arctique, Bengtsson rappelle " Nous savons qu'il y avait très peu de glace en Arctique dans les années 30 et 40."

Au sujet de l'antarctique qui pourrait fondre selon le GIEC ; Bengtsson dit : " S"inquiéter de la fonte de l'Antarctique c'est comme s'inquiéter de la possible collision de Vénus avec la Terre dans les prochains milliards d'années, ce qui, comme certains modèles nous l'assurent, pourrait se produire".

Au sujet de la vitesse de réchauffement de la planète le JP cite Bengtsson: “Elles est, et de beaucoup, plus faible que ce que le GIEC a avancé... et c'est totalement différent de ce que la Banque Mondiale a présenté."

Note : Bengtsson fait ici allusion à la publication récente d'un rapport aussi apocalyptique qu'infondé de La Banque Mondiale, la World Bank. Par ailleurs, voici d'autres déclarations publiques récentes du Prof. Bengtsson qui, sans aucun doute, joue un rôle déterminant dans la politique climatique suédoise et plus généralement scandinave, en matière d'énergie et de climat :

  • "Le réchauffement climatique a été confisqué des mains des météorologistes et des climatologues traditionnels et il est maintenant entre les mains de professionnels experts des médias et des personnes bien identifiées (politiques ou autres) du public qui ont trouvé que l'exagération du climat actuel était un moyen efficace pour conserver ou pour obtenir une place sous les feux de la rampe des médias.

  • L'intérêt sincère et authentique pour le climat et les processus climatiques s'estompent en même temps que l'attention se limite à des concepts climatiques familiers du grand public ou, plutôt, dirais-je, aux concepts prédominants et politiquement corrects sur le climat.

  • En complète opposition avec tous les rapports médiatiques inquiétants sur le drame du changement climatique, en réalité, le climat se réchauffe beaucoup plus lentement qu'on ne le prévoyait.

  • Durant la période 1979-2012 pour laquelle nous disposons d'observations fiables, le réchauffement de la basse troposphère tropicale 20°S – 20°N a été seulement d'environ un tiers de ce qui est prédit par les modèles climatiques actuels."

Il serait étonnant que les nouvelles prises de position de l'éminent climatologue Suédois n'entraîne pas une inflexion de la politique énergétique et climatique du gouvernement de son pays.

Bulletins-electroniques.com (Veille technologique internationale): Environnement : "Un projet revoit à la baisse l'importance du réchauffement climatique."

The Weekly Standard (US) " Le cirque climatique plie les tentes, tandis que les sources traditionnelles d'énergie connaissent un renouveau abandonnant le domaine des catastrophes et de la fin du monde" (jeu de mots phonétique : " traditional energy sources go from doom and gloom to boom." Fait allusion au boom des gaz de schistes.

The Australian (Australie): "Le hiatus de vingt ans dans l'augmentation des températures laisse les scientifiques perplexes".
The Australian (Higher Education) : "La chaleur quitte les hausses de la température du globe."

BBC News (UK) : "Le ralentissement du climat rend les taux de réchauffement les plus rapides "moins probables". Un titre pour le moins alambiqué. Le reporter "Environnement" de la BBC qui s'est énormément investi pour le GIEC, marche sur des oeufs.

DotEarth (New York Times, Andrew Revkin) : "Un coup d'oeil plus attentif aux points de vue qui visent à modérer la sensibilité climatique". Une revue sur la bataille des sensibilités (voir ci-dessous), vue par un supporter (modéré) du GIEC.

Tne New York Times (Justin Gillis, un fervent supporter des thèses du GIEC) : "Que faire d'un plateau de réchauffement ? ".

...Comme on s'y attend, la presse d'ordinaire plus ou moins neutre ou sceptique ne fait pas de cadeaux. Voici quelques exemples, parmi bien d'autres.

Forbes (Larry Bell) : "L'alarmisme au réchauffement climatique : Le refroidissement persistant peut mettre en péril la climatologie ainsi que les subventions pour les énergies vertes !"

Spiked (US): "L'apocalypse due au changement climatique est repoussée à une date ultérieure. Même les scientifiques au premier rang de l'alarmisme climatique reconnaissent que le monde ne se réchauffe plus aussi vite qu'on ne le pensait auparavant."

Examiner. com (US) : "L'argument CO2 commence à se refroidir."

Energy Tribune (US) : "Nouvelle fracassante : C'est le réchauffement climatique. Non, attendez, ça se refroidit. Non attendez...."

Pendant ce temps là, en Francophonie :

La Croix qui reprend la dépêche de l'AFP et interviewe Jouzel, titre (timidement) : "Le réchauffement climatique marque "une pause"". (Sic, "la pause" est bien entre guillemets dans le titre). On imagine que pour l'auteur de cet article "une pause" entre guillemets ne doit pas être une vraie pause, à la différence de ce que serait, sans doute, une pause sans les guillemets.

L'AFP (Repris par la Libre Belgique) : "L'anomalie qui trouble les climatologues : Bien que la concentration en CO2 ne cesse de croître dans l'atmosphère, la température moyenne se stabilise à la surface du globe."

Par contre, Le Point publie un billet invité (du célèbre biologiste Didier Raoult) qui mentionne la panne du réchauffement climatique et tempête contre l'alarmisme systématique en ces termes : "Assez de prédictions catastrophistes !"

"Par ailleurs, le réchauffement de la planète, qui paraissait être le symbole le plus clivant entre les modernes et les "irresponsables" et qui a valu à Claude Allègre d'être lynché médiatiquement, s'est arrêté. On ne sait pas si la planète recommencera à se réchauffer bientôt, mais le XXIe siècle ne connaît pas la courbe qui avait été prévue par toutes les doctes assemblées mondiales réunies sur le sujet au XXe siècle. "

Enfin, (Mise à jour du 29 Mai), suite à la sortie d'un article scientifique complémentaire (Otto et al) au sujet de la réduction de la "sensibilité climatique" (voir ci-dessous) signé par une pléiade d'auteurs dont plusieurs auteurs principaux du GIEC, le journal le Monde présente le plus récent de ces multiples replis élastiques comme une " nouvelle polémique". Son article du 22 Mai est intitulé : " Nouvelle polémique sur l'ampleur du réchauffement climatique", ce qui peut paraître étonnant pour une science que la ligne éditoriale de ce journal a toujours considérée comme une "settled science", "une science aboutie".

3) Derrière le rideau, chez les scientifiques, c'est la "bataille de la sensibilité climatique ".

La suite de ce billet tourne autour de ce qui est couramment nommé "la sensibilité climatique". Les lecteurs(trices) attentifs se souviendront que cette notion a déjà été évoquée à plusieurs reprises dans ce site. En particulier, une discussion intéressante à ce sujet avait pris corps dans le blog Climate Etc. de la climatologue Judy Curry, dont j'avais repris les éléments marquants.

Quelles que soient les réticences émises ici ou là au sujet de la pertinence et la validité même, de la définition de la "sensibilité climatique", celle-ci s'est manifestement imposée au sein de la climatologie mainstream, sans doute parce qu'il s'agit-là d'un paramètre très parlant et assez facile à comprendre. En voici la définition la plus triviale :
La "sensibilité climatique" (sous-entendu au CO2) est la variation de la température moyenne du globe résultant d'un doublement de la concentration du CO2 dans l'atmosphère.

Pourquoi utiliser "un doublement" de la concentration en CO2 et non pas directement la valeur absolue de cette concentration ?

Parce qu'il est généralement admis que la relation qui relie la température moyenne du globe avec la concentration en CO2 devrait être logarithmique. Ainsi c'est la variation du rapport des concentrations entre deux époques différentes qui joue le rôle décisif. Si cette loi logarithmique est correcte,
la sensibilité climatique serait égale à la hausse de température entre l'époque préindustrielle où le taux de CO2 était de 280 ppm (280 parties par millions en volume) et l'époque (encore assez lointaine) où le taux pourrait atteindre 560ppm (Nous en sommes à 400 ppm). De même, selon ce modèle, nous devrions subir la même hausse de température égale à la sensibilité climatique si, dans un futur hypothétique, le taux de CO2 passait de 560 ppm à 1120 ppm.
C'est une loi logarithmique et, par conséquent, les conséquences s'amenuisent au fur et à mesure que le taux de CO2 augmente.

Je rappelle que la sensibilité climatique dû à un doublement seul du taux de CO2 est généralement estimée à 1°C. Ce sont les rétroactions additionnelles (dont les nuages et la vapeur d'eau), le plus souvent supposées positives (sauf par Richard Lindzen et Choi), qui pourraient multiplier la sensibilité climatique effective par un facteur de 1,5 à 6 (!) selon les rapports du GIEC. De fait, la question des rétroactions est hautement problématique et sujette aux plus grandes incertitudes et interrogations.

Une fois encore, c'est la climatologue Judy Curry, fine observatrice de l'évolution des idées qui circulent au sein du microcosme de la climatologie internationale, qui avait rédigé une synthèse intéressante sur l'épineuse question de la détermination effective et de la correction de la "sensibilité climatique". Elle avait conclu son billet en écrivant que :

"En prenant en compte les nouveaux éléments de preuve, tout particulièrement dans la méthodologie de l'analyse de la sensibilité, il devient de plus en plus difficile de ne pas abaisser l'estimation de la sensibilité climatique. "

Un de ses collègues, le climatologue, James Annan, lui-même participant actif aux rapports du GIEC, écrit dans DotEarth, le blog du journaliste scientifique du New York Times, Andrew Revkin :

"Il y a maintenant plusieurs articles récents qui montrent tous la même chose - que de nombreux facteurs incluant l'augmentation du forçage positif (CO2 et le travail récent sur le noir de carbone), la diminution dans les forçages négatifs (aérosols), tout cela combiné avec le refus obstiné de la planète de se réchauffer comme cela avait été prédit, tout cela rend une estimation d'une forte sensibilité climatique de plus en plus intenable. Une valeur (légèrement) inférieure à 2 paraît certainement beaucoup plus plausible que quoi que ce soit au dessus de 4,5."

Annan a repris ses affirmations, en substance, dans son propre blog. A ce sujet et en prévision du prochain rapport AR5 du GIEC dont, étant donné sa situation, il ne peut ignorer le contenu, James Annan juge très sévèrement le comportement de cet organisme. il s'exprime ainsi :

"Comme le GIEC ne peut plus longtemps défendre ses vieilles analyses d'une manière un tant soit peu crédible; il semble qu'il doive s'en remettre à une affirmation infondée du genre : "C'est ce que nous pensons parce que nous avons demandé à nos collègues". C'est, de fait, la stratégie de Lindzen à l'envers : S'étant indissolublement liés à leurs affirmations, politiquement utiles, des valeurs extrêmes, leur réponse face aux nouvelles évidences ne consiste pas beaucoup plus qu'à se mettre les doigts dans les oreilles en chantant "la, la la, je ne peux pas vous entendre".

Autrement dit, selon Annan , le GIEC fait la sourde oreille.
pierrehumb

Commentaire de la climatologue Judith Curry au sujet d'un article de son collègue David Appell, repris dans son site:

"Bon travail de David Appell avec cet article. Vous vous souvenez du tir de barrage que j'ai dû subir l'année dernière parce que j'avais évoqué "la pause" ? La citation qui vaut son pesant d'or dans cet article vient de Pierrehumbert : "Je pense qu'il est exact que quelques discussions assez peu sérieuses au sujet du réchauffement rapide durant le XXe siècle ont conduit certains à des prévisions irréalistes au sujet de l'évolution future du réchauffement. "
Judy Curry conclut : "Je me demande combien de temps cela va-t-il prendre encore pour que ces scientifiques envisagent sérieusement la possibilité que la sensibilité pourrait être inférieure à 2°C. "  

Je suis d'accord avec Judith que ce rétropédalage est plutôt étonnant de la part de Raymond Pierrehumbert (photo ci-contre) qui est un membre très actif du "team" (de Mann et al). Pierrehumbert s'est notamment fait connaître auprès du public francophone, en initiant le lynchage médiatique du Professeur V. Courtillot, repris notamment pas les quotidiens Le Monde, Libération et le Figaro. On a d'ailleurs retrouvé les témoins de la mise en place de cette peu reluisante opération dans les courriels du Climategate.

Dans le même esprit de la reconnaissance d'une surestimation importante de la sensibilité climatique par les modèles qui sous-estiment notablement la variabilité naturelle notamment multidécennale, un nouvel article (disponible ici), publié tout récemment dans le PNAS (Proceedings National Academy of Sciences US, February 5, 2013 vol. 110 no. 6) (Ka-Kit Tung et al), intitulé "Utilisation des données pour identifier les épisodes de réchauffement et de refroidissement dans les données instrumentales", précise (dans le résumé) que :

"De manière quantitative, la variabilité interne multidécennale, souvent sous-estimée dans les études d'attributions, rend compte de 40% de la tendance récente au réchauffement des 50 dernières années."

Ce qui, évidemment, équivaut à une baisse considérable de la sensibilité climatique prise en compte dans les modélisations antérieures qui omettaient assez systématiquement la variabilité naturelle (notamment celle due à l'AMO) reconnue par Tung et al.

Au sujet des incertitudes qui affectent les modèles informatiques, un autre climatologue mainstream, Reto Knutti, exprime son inconfort dans le même billet du blog de Judith Curry, au sujet des modélisations climatiques dont il est l'un des experts reconnu, notamment pour ce qui concerne la modélisation informatique de la sensibilité climatique :

"Même si nous disposons d'une quantité de ces études (et je suis responsable de quelques-unes), je me sens de plus en plus nerveux à leur sujet parce qu'elles sont si sensibles au modèle climatique, aux distributions initiales, au forçage, aux données sur l'océan, aux erreurs des modèles, etc. Tout cela tient à ce que, dans une grande mesure, les contraintes imposées par les données des observations sont faibles de telle manière que le résultat (NdT : des programmes) est dominé par ce que vous y introduisez.."
Voilà qui est franc. On ne saurait mieux dire.

Pour procurer une vision d'ensemble de la tendance actuelle de l'estimation de la sensibilité climatique, deux climatologues, Patrick J. Michaels et Paul C. Knappenberger ont réalisé une compilation des sensibilités évaluées dans les articles publiés dans les revues scientifiques depuis 2010. ecs1
Cette compilation est résumée si-contre sous la forme d'un diagramme aisément compréhensible :
-L'échelle de la sensibilité climatique est indiquée en abscisse.
-Chaque évaluation est représentée par une double flèche portant une courte barre verticale qui représente l'estimation qui possède la plus grande probabilité.
Le trait vertical n'est pas forcément centré par rapport à la double flèche, ce qui signifie que la courbe représentative de la PDF (fonction de distribution de la probabilité) est fréquemment dissymétrique.

A noter que les rapports successifs du GIEC (AR4 et AR5 (à venir)) indiquent des domaines de sensibilité climatique notablement supérieures à celles de tous les articles récents. A noter également que ces sensibilités du GIEC sont centrées autour de 3-3,5°C et couvrent un intervalle allant de 1,7 à 4,5 °C ou plus. Il semble que, dans son prochain rapport, l'AR5, le GIEC ne soit pas décidé à prendre en compte les derniers résultats reportés sur ce diagramme (d'où la remarque acerbe de James Annan "la la la, je ne vous entends pas")..

Il est également notable que ces estimations du GIEC ne sont pas différentes de celles du rapport Charney qui, dès 1979, donnait un intervalle de 1,5°C- 4,5°C , centré autour de 3°C.

Comme on le voit immédiatement, pratiquement tous les articles parus depuis 2010 sur ce sujet donnent une sensibilité climatique dont la moyenne des meilleures estimations tourne autour de 2°C qui est comme on sait, la valeur (arbitrairement fixée) non catastrophique qu'on ne devrait pas dépasser. Au rythme de croissance actuel (+2,1 ppmv par an), nous devrions en avoir encore pour près de 70 ans avant d'atteindre cette limite, selon ces estimations. Mais rien ne dit que la croissance des émissions de CO2 se poursuivra au rythme actuel, pendant les décennies à venir. Elle pourrait augmenter ou diminuer comme, par exemple, en cas d'une utilisation croissante des gaz de schistes, comme c'est le cas actuellement aux USA.

La légende de ce diagramme est la suivante :
(caractère engraissés par PU)

"Figure 1 : Estimations de la sensibilité climatique à partir des résultats publiés depuis 2010 (en couleur, par comparaison avec les estimations données dans les rapports AR4 (en gris) et AR5 (en noir). Les flèches indiquent les limites de confiance entre 5% et 95% pour chaque estimation ainsi que les meilleures estimations (valeurs médianes de chaque fonction de densité de probabilité, ou encore la moyenne de multiples estimations représentées par des lignes verticales colorées. Ring et al. (2012) ont donné quatre estimations pour la sensibilité climatique et la boite rouge représente ces quatre valeurs. La partie droite de la double flèche du rapport GIEC AR4 (IPCC AR4) est représentée en tiretés parce que le GIEC n'a pas précisé la vapeur supérieure de l'intervalle de 95% de confiance. De même, la valeur inférieure ne s'étend que jusqu'à la limite de confiance de 10% parce que la valeur minimale pour 5% n'est pas indiquée. La ligne verticale en gris clair représente la moyenne des 14 meilleures estimations de ces nouvelles publications. La sensibilité climatique moyenne (3,4°C) donnée par les modèles climatiques utilisés dans le rapport AR5 du GIEC est de 13% plus grande que celle de la "meilleure estimation" de 3.0°C du GIEC. Elle est de 70% plus grande que la moyenne des estimations récentes (2.0°C)."

A noter en passant que les fortes valeurs de la sensibilité climatique avaient déjà été remises en question, à plusieurs reprises, dans le passé, comme je l'avais signalé dans ce billet (Schwartz avait trouvé 1,1°C) ou dans celui-ci (Chylek 0,5°C-1,2°C) et dans d'autres billets qui les suivent dans la même page.

En résumé, la tendance actuelle de la climatologie est à la baisse pour ce qui concerne les estimations de la sensibilité climatique. A vrai dire, il semble qu'au vu du désaccord croissant entre les prédictions et les observations, notamment pour ce qui est de la température du globe, nombreux sont ceux qui consentent désormais à essayer de prendre en compte la variabilité naturelle (notamment due aux oscillations océaniques), sans doute trop longtemps sous-estimée.

Bien sûr, tout cela procède au rythme de la science. C'est à dire très lentement et à petits pas. L'inertie (au sens mécanique) d'une communauté comme celle des climatologues est considérable, pour ne pas dire énorme.

La climatologue Judith Curry résume et donne son point de vue sur l'état de la situation :

"Jusqu'à ce que nous améliorons notre compréhension de la variabilité interne et naturelle, nous ne savons tout simplement pas comment déterminer la sensibilité au forçage des gaz à effet de serre. La question de savoir comment le climat va évoluer au cours du XXIe siècle est hautement incertaine et, en gros, nous ne savons pas si les différents scénarios d'émissions de gaz à effet de serre seront (ou ne seront pas) les pilotes essentiels à des échelles de temps du siècle ou plus courtes. La simplification exagérée et la confiance excessive sur ce sujet ont agi au détriment de la science climatique. En tant que scientifiques, nous devons prendre en compte les incertitudes, la complexité et le caractère hautement pernicieux du problème. Nous avons trompé les responsables politiques en sur-simplifiant le problème et en faisant preuve d'une confiance exagérée. "

4) En guise de conclusion : Un clin d'oeil aux "cyclo-fans" (ou "cyclo-maniaques ", comme les nomment les zélotes du GIEC).

Comme le savent les lecteurs réguliers de PU, il existe plusieurs approches différentes pour tenter de comprendre le fonctionnement du climat et d'en tirer des prévisions à moyen et long terme. La première, pratiquée par les climatologues proches du GIEC, consiste à utiliser une méthode "bottom-up"; c'est à dire une modélisation qui part du bas (les mécanismes élémentaires) et remonte vers le haut (le climat). "Le bas" étant constitué par la collection des phénomènes élémentaires qui, pense-t-on, régissent le climat. Le danger de cette pratique est évidemment qu'il faut être absolument certain que l'on connaît, en détail, les mécanismes fondamentaux et, surtout, qu'on n'en oublie aucun. Rajoutez à cela des modèles informatiques ultra-sophistiqués et dotés de nombreux paramètres ajustables et vous obtenez les prédictions/scénarios qui sont représentés dans la section 1 de ce billet.

Une approche différente que l'on pourrait qualifier de "top-down" est utilisée notamment par les chercheurs qui cherchent à évaluer la sensibilité climatique. Elle consiste essentiellement à tenir compte des observations pour corriger périodiquement les modélisations et rectifier le tir en conséquence. Cette méthode est "top-down" parce qu'elle corrige sans cesse les paramètres primaires (le down) à partir des observations sur le climat (le top).

Une troisième méthode, utilisée par des scientifiques "indépendants" que l'on peut qualifier de purement empirique, consiste à admettre d'emblée qu'une modélisation "bottom-up" réaliste du climat de la planète est encore hors d'atteinte, vu la complexité du problème et notre méconnaissance du détail des mécanismes de base. Ainsi, selon ces chercheurs empiristes, la seule chose raisonnable que l'on puisse faire consiste à rechercher dans les données climatiques existantes, l'émergence de périodicités, ou de cycles, qui se sont reproduits au cours des décennies ou des siècles passés. Cette méthode purement empirique n'a évidement pas les faveurs des chercheurs proches du GIEC qui la trouvent non analytique, voire "peu scientifique".
Pourtant, il n 'est pas douteux que la reconnaissance progressive d'une quantité d'oscillations naturelles (mal ou pas reproduites par les modèles), notamment les oscillations océaniques, va dans le sens des empiristes.

Les lecteurs attentifs se souviendront du billet dans lequel j'avais évoqué l'analyse harmonique, sans aucun a priori sur les mécanismes sous-jacents, de la variation de l'anomalie de température du globe par Klyashtorin et Lyubushin (2003) qui faisait suite et complétait celle de klya5Schlesinger et Ramankutty (1994). Lesquelles ont d'ailleurs été rejointes et confirmées par les contributions de nombreux autres auteurs (tels que Scafetta, Syun Ichi Akasofu, Gray, Keenlyside etc. que j'avais cités dans un billet rédigé en 2009.)

Nous avons observé, ci-dessus, la divergence croissante entre les prédictions/scénarios des modèles utilisés par le GIEC et les observations effectives et les interrogations multiples que ce constat a suscité.

Il m'a semblé équitable d'effectuer la même comparaison entre les prédictions de Klyashtorin et Lyubushin, effectuées en 2003, à partir d'une analyse purement harmonique de la variation de la température, avec la réalité objective, comme vous le voyez sur le graphique ci-contre.
Je vous rappelle que l'inclinaison de la sinusoïde figurant sur leur graphique représente une hausse constante de la température d'environ 0,5°C/siècle au moins pour la période considérée, ce qui, selon Syun Ichi Akasofu et d'autres, correspond à la sortie du petit âge glaciaire qui a sévi au XVIIIe et au début du XIXe siècle.

Le graphe en traits noir date de 2003
. La partie droite de ce graphique de Klyashtorin et Lyubushin (en hachures verticales) représente leurs prévisions de cette époque.
Le graphe en traits rouges représente la courbe des variations effectives de la température du globe vues par les données officielles actualisées (disponibles jusqu'en Mars 2013) HadCRUT4.

Certes, il est encore trop tôt pour conclure mais la ressemblance entre ces deux graphes est assez frappante, notamment pour la période récente.

Et de fait, la "stagnation" actuelle des températures qui agite si fort le petit monde médiatico-scientifique comme nous l'avons vu, avait été prévue par ces deux auteurs (ainsi que, depuis, par beaucoup d'autres, dont une partie importante de l'école Russe, Scafetta, Gray, Akasofu etc.) dès 2003, c'est à dire, il y a dix ans, sans remonter jusqu'à Schlesinger et Ramankutty qui, dès 1994, avait décrit cette sorte de sinusoïde inclinée avec les maigres données dont ils disposaient à l'époque. Il suffisait de la prolonger... Si ces auteurs ont raison et comme je vous l'avais raconté dans cette page, nous allons plutôt vers le froid que vers le chaud. Nous verrons.

Wait and see !

Comme toujours, c'est à vous de tirer les conclusions mais ce qui est certain c'est que nous vivons une époque passionnante et que vous ne trouverez rien de tout ce que je vous ai rapporté ci-dessus, dans aucun de nos médias.

Stay tuned

13 Mars 2013 : Parmi beaucoup d'autres, voici trois publications rassurantes et récentes qui vont à l'encontre des affirmations avancées dans le Rapport AR4 du GIEC et reprises en boucle dans les médias.

Ces articles, dûment revus par les pairs et publiés dans des revues scientifiques réputées, concernent :

  1. Une analyse exhaustive de la hausse du niveau des mers durant le XXe siècle.
  2. L'avenir de la forêt amazonienne et d'autres forêts tropicales que certains disaient en grand danger de disparition du fait des émissions de CO2 anthropiques.
  3. L'aggravation supposée des sécheresses et des inondations.

Voici une brève présentation de ces articles, avec leurs titres, auteurs et résumé.

1) Un article récent, résultant d'une vaste collaboration internationale, ne détecte aucune empreinte significative de l'activité humaine dans la hausse du niveau des océans durant tout le XXe siècle.

Pas moins de 17 auteurs, parmi les plus connus du domaine, appartenant à 15 institutions internationales, ont collaboré pour publier un article qui fait le point sur les connaissances actuelles au sujet de la hausse du niveau des océans.

Voici l'article avec se références :
Source (résumé accessible gratuitement).

Journal of Climate 2012 ; Publication de l'AMS, l'American Meteorological Society.
doi: http://dx.doi.org/10.1175/JCLI-D-12-00319.1

"Twentieth-century global-mean sea-level rise: is the whole greater than the sum of the parts ?"

"Hausse du niveau des océans durant le XXe siècle : Le total est-il plus grand que la somme des contributions ?"

J.M.Gregory1,2, N. J.White3, J.A. Church3, M. F. P. Bierkens4,5, J. E. Box6, M. R. van den Broeke7, J.G. Cogley8, X. Fettweis9,7, E.Hanna10, P.Huybrechts11, L. F.Konikow12, P.W. Leclercq7, B.Marzeion13, J.Oerlemans7, M. E. Tamisiea14, Y.Wada4, L.M.Wake15, R. S.W. van de Wal7

7th November 2012

1 NCAS-Climate, University of Reading, Reading, UK.
2 Met Office Hadley Centre, Exeter, UK.
3 CAWCR, CSIRO Marine and Atmospheric Research, Hobart, Australia.
4 Department of Physical Geography, Utrecht University, Utrecht, The Netherlands.
5 Deltares, Delft, The Netherlands.
6 Byrd Polar Research Center, and Department of Geography, Atmospheric Sciences Program, The 1011 Ohio State University, Columbus, Ohio, USA.
7 Institute for Marine and Atmospheric research Utrecht, Utrecht University, Utrecht, The Nether lands.
8 Department of Geography, Trent University, Peterborough, Ontario, Canada.
9 Departement de Ge´ographie, Universite´ de Liège, Liège, Belgium.
10 Department of Geography, University of Sheffield, Sheffield, UK.
11 Earth System Sciences and Departement Geografie, Vrije Universiteit Brussel, Brussels, Belgium.
12 U. S.Geological Survey, Reston, Virginia, USA.
13 Centre of Climate and Cryosphere, Institute of Meteorology and Geophysics, University of Inns- 1920 bruck, Innsbruck, Austria.
14 National Oceanography Centre, Liverpool, UK.
15 Department of Geography, University of Calgary, Calgary, Canada.

Le résumé original en anglais suivi d'une traduction en français.

Abstract : Confidence in projections of global-mean sea-level rise (GMSLR) depends on an ability to account for GMSLR during the 20th century. There are contributions from ocean thermal expansion, mass loss from glaciers and ice sheets, groundwater extraction and reservoir impoundment. We have made progress towards solving the “enigma” of 20th-century GMSLR—that is, the observed GMSLR has been found to exceed the sum of estimated contributions, especially for the earlier decades. We propose that: thermal expansion simulated by climate models may previously have been underestimated owing to their not including volcanic forcing in their control state; the rate of glacier mass loss was larger than previously estimated, and was not smaller in the first than in the second half of the century; the Greenland ice-sheet could have made a positive contribution throughout the century; groundwater depletion and reservoir impoundment, which are of opposite sign, may have been approximately equal in magnitude. We show that it is possible to reconstruct the timeseries of GMSLR from the quantified contributions, apart from a constant residual term which is small enough to be explained as a long-term contribution from the Antarctic ice-sheet. The reconstructions account for the approximate constancy of the rate of GMSLR during the 20th century, which shows small or no acceleration, despite the increasing anthropogenic forcing. Semi-empirical methods for projecting GMSLR depend on the existence of a relationship between global climate change and the rate of GMSLR, but the implication of our closure of the budget is that such a relationship is weak or absent during the 20th century.

Résumé : La confiance que l'on peut attribuer aux projections de la hausse moyenne du niveau des mers du globe (GMSLR : Global Mean Sea Level Rise) repose sur notre capacité à rendre compte de la hausse moyenne du niveau des mers du globe pour le XXème siècle. Nous avons fait des progrès vers la solution de "l'énigme du GMSLR du XXème siècle", c'est à dire qu'on avait trouvé que la valeur observée de la hausse moyenne du niveau des mers du globe excédait la somme des contributions estimées, et ceci tout particulièrement pour les décennies les plus anciennes. Nous proposons que la dilatation thermique qui avait été préalablement estimée par les modèles climatiques a été surestimée du fait de la non-prise en compte de l'action du forçage volcanique. De même, le taux de perte des glaciers était plus important que ce que l'on avait antérieurement estimé et il n'était pas moins important durant la première moitié du siècle que durant la seconde, la masse glacée du Groenland pouvant avoir apporté une contribution positive tout au long du siècle et la déplétion des eaux souterraines et le remplissement des réservoirs qui sont de signes opposés, peuvent avoir apporté des contributions approximativement égales. Nous montrons qu'il est possible de reconstruire les données du GMSLR à partir des contributions quantifiées à l'exception d'un terme résiduel constant qui est suffisamment petit pour être attribué à la contribution à long terme de la nappe glacée antarctique.
Les reconstructions rendent compte d'une stabilité approximative du taux de GMSLR durant le XXe siècle qui ne montre qu'une faible ou pas d'accélération, en dépit de la croissance du forçage anthropique. Les méthodes semi-empiriques de projection du GMSLR durant le XXe siècle dépendent de l'existence d'un lien entre le changement climatique global et le taux du GMSLR mais la clôture du budget que nous proposons implique qu'un tel lien est faible ou absent durant le XXe siècle.

Cet article fait allusion à "l'énigme du GMSLR du XXe siècle". En effet, les études antérieures se trouvaient confrontées à un dilemme épineux : En additionnant les contributions (supposées) à la hausse du niveau des mers des différentes sources (glaciers, prélèvement des nappes aquifères, fonte du Groenland, dilatation thermique etc.) on trouvait que la hausse observée excédait la somme des contributions. Autrement dit, on se demandait d'où pouvait bien provenir l'apport d'eau qui faisait défaut. En termes d'économie, le budget n'était pas clôturé. La présente étude a remis en question le volume d'un certain nombre des contributions élémentaires et est parvenue à "clôturer le budget" et donc à résoudre "l'énigme du GMSLR".

Voici maintenant une figure extraite de l'article. En haut du graphique, les différentes courbes en trait fin indiquent les variations des différentes contributions durant le XXe siècle ainsi qu'en bas, la courbe totale du GMSLR durant cette période. gmslr1

 

Comme on peut le constater et conformément aux conclusions des auteurs de l'article, on ne voit pas d'accélération ni pour le niveau global ni pour aucune des différentes contributions durant la seconde moitié du XXe siècle par rapport à la première moitié de ce même siècle. Ceci est contraire aux attentes (du GIEC) d'une influence marquée de l'effet de serre car, comme l'on sait, ce dernier aurait fortement augmenté durant la seconde moitié du XXe siècle.

Légende :"La Fig. 10 (b) montre les synthèses des différentes données qui donnent la plus petite différence RMS ( Root mean square = méthode des moindres carrés) pour les données observationnelles TG-J."

 

 

Que peut-on retenir ?

1) La hausse du niveau des mers durant le XXe siècle a été pratiquement constante avec une accélération, si elle existe, indiscernable. Nous avons déjà évoqué cette question à plusieurs reprises dans cette page. En d'autres termes, l'augmentation du CO2, très notable à partir de la seconde moitié du XXe siècle, n'a pas accéléré la hausse du niveau des mers qui avait d'ailleurs commencé bien avant le XXe siècle.

2) Le taux de fonte des glaciers "n'a pas été plus petit durant la première moitié du XXe siècle que durant la seconde" nous disent les auteurs. En d'autres termes, et du point de vue de la hausse du niveau des mers, l'augmentation de CO2 n'a pas accéléré la contribution de la fonte des glaciers.

3) Les projections pour le futur de la hausse du niveau des mers "dépendent de l'existence d'un lien entre le changement climatique global et la hausse du niveau des mers", nous disent les auteurs mais selon ces derniers ce lien, s'il existe, est indiscernable durant tout le XXe siècle. Autrement dit, les modèles du GIEC pour le futur GMSLR reposent sur des hypothèses démenties par les observations.

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Voici l'article suivant, publié récemment dans Nature. Il remet fondamentalement en question les prédictions alarmistes qui avaient été avancées dans le dernier rapport (AR4) du GIEC au sujet du "dépérissement", voire de la "disparition" annoncée de la forêt Amazonienne du fait du changement climatique. En bref, grâce à l'enrichissement de l'atmosphère en CO2 qui favorise la croissance des arbres et améliore les conditions d'utilisation de l'humidité, la forêt amazonienne pourrait ne pas, ou très peu, souffrir du changement climatique. Les modèles les plus récents qui prennent en compte ce phénomène de fertilisation des forêts par le CO2, donnent (évidemment) des projections beaucoup plus rassurantes que les précédentes.

2) Que vont devenir la forêt amazonienne et, plus généralement, les forêts tropicales ?

Ceux qui ont lu les billets relatifs à l'Amazongate (et suite ici ) se souviendront des épisodes tumultueux, relatifs au futur de la forêt amazonienne, qui ont succédé à la publication de l'AR4 du GIEC en 2007. Tout cela se passait en 2009-2010.Le temps a passé, les observations et les modèles se sont affinées.
Un article récent, publié dans Nature (494, 21 Février 2013) et signé notamment par le Prof. Peter Cox et ses collègues de l'Université d'Exeter, du Hadley Center et du Center for Ecology and Hydrology de Wallingford (UK), fait le point des connaissances sur la question, près de trois ans après les épisodes de l'Amazongate du rapport du GIEC AR4. Voici le fac-similé de la présentation de l'article, suivi du résumé en anglais et d'une traduction en français.

cox1

Abstract : The release of carbon from tropical forests may exacerbate future climate change, but the magnitude of the effect in climate models remains uncertain. Coupled climate–carbon-cycle models generally agree that carbon storage on land will increase as a result of the simultaneous enhancement of plant photosynthesis and water use efficiency under higher atmospheric CO2 concentrations, but will decrease owing to higher soil and plant respiration rates associated with warming temperatures. At present, the balance between these effects varies markedly among coupled climate–carbon-cycle models, leading to a range of 330 gigatonnes in the projected change in the amount of carbon stored on tropical land by 2100. Explanations for this large uncertainty include differences in the predicted change in rainfall in Amazonia, and variations in the responses of alternative vegetation models to warming. Here we identify an emergent linear relationship, across an ensemble of models, between the sensitivity of tropical land carbon storage to warming and the sensitivity of the annual growth rate of atmospheric CO2 to tropical temperature anomalies. Combined with contemporary observations of atmospheric CO2 concentration and tropical temperature, this relationship provides a tight constraint on the sensitivity of tropical land carbon to climate change. We estimate that over tropical land from latitude 30° north to 30° south, warming alone will release 53±17 gigatonnes of carbon per kelvin. Compared with the unconstrained ensemble of climate–carbon-cycle projections, this indicates a much lower risk of Amazon forest dieback under CO2-induced climate change if CO2 fertilization effects are as large as suggested by current models. Our study, however, also implies greater certainty that carbon will be lost from tropical land if warming arises from reductions in aerosols or increases in other greenhouse gases.

Résumé : Il est possible que le relâchement du carbone par les forêts tropicales exacerbe le changement climatique mais l'amplitude de cet effet reste incertain dans les modèles climatiques. Les modèles couplés climat-cycle du carbone sont généralement d'accord sur le fait que le stockage du carbone sur les continents va augmenter du fait de l'augmentation concomitante de la photosynthèse des végétaux et de l'amélioration de l'efficacité de l'utilisation de l'eau sous l'effet de concentrations de CO2 atmosphériques plus élevées, mais aussi qu'elles décroîtra sous l'effet de l'augmentation de la respiration des sols et des plantes associées à l'augmentation des températures. A l'heure actuelle, l'équilibre entre ces effets varie de manière prononcée parmi les modèles couplés climat-cycle du carbone, conduisant à une incertitude de 330 gigatonnes dans les variations projetées du carbone stocké dans les parties continentales tropicales en 2100. Les explications de cette grande incertitude incluent des différences dans les prédictions des variations de pluviométrie en Amazonie, ainsi que des variations dans les réponses des différents modèles de végétation au réchauffement
Dans cet article, nous identifions une relation linéaire émergente valable pour un ensemble de modèles, entre la sensibilité des continents tropicaux au stockage du carbone en fonction du réchauffement et la sensibilité de la croissance annuelle du taux de CO2 atmosphérique en fonction des anomalies de températures tropicales. Si on la combine avec les observations contemporaines de la concentration de l'atmosphère en CO2 et celles des températures tropicales, cette relation implique une contrainte forte sur la sensibilité du carbone sur les terres tropicales vis à vis du changement climatique. Nous estimons que pour ce qui est des terres tropicales couvrant de 30° de latitude Nord jusqu'à 30° de latitude Sud, le réchauffement seul relâchera 53±17 gigatonnes de carbone par Kelvin. Par comparaison avec les ensembles de modèles couplés climat-cycle du carbone, non contraints, ceci implique un risque beaucoup moins élevé d'une dégradation de la forêt amazonienne du fait du changement climatique induit par le CO2 si la fertilisation par le CO2 est aussi grande que cela est suggéré par les modèles actuels. Cependant, notre étude suggère également une plus grande certitude que du carbone serait perdu par les forêts tropicales si le réchauffement se produit du fait d'une réduction des aérosols ou d'une augmentation des autres gaz à effet de serre.


Le Professeur Cox s'est également exprimé dans la presse scientifique qui rapporte ainsi ses propos :

"L'auteur principal, le Professeur Peter Cox de l'Université d'Exeter explique : Nous nous sommes battus pendant plus d'une décennie pour répondre à la question suivante "Est-ce que la forêt Amazonienne va disparaître à cause du changement climatique ?". Notre étude montre que le risque est faible si le changement climatique est associé à une plus forte croissance des végétaux du fait de l'augmentation du taux de dioxyde de carbone [...] PeterCox a déclaré que cette découverte a été un soulagement "Bien heureusement, l'effet des émissions de carbone est contrebalancé par les effets positifs de la fertilisation de la croissance des plantes par le dioxyde de carbone dans la plupart des scénarios du XXIe siècle, de telle manière qu'on peut s'attendre à ce que les forêts continuent à accumuler du carbone."

Mais évidemment et en toute logique, Peter Cox a également précisé que le sort des forêts amazonienne serait moins assuré si le réchauffement se poursuivait du fait d'autres causes que les émissions de CO2, comme cela est précisé dans le résumé.
Voilà qui devrait clore, au moins pour un temps, les débats houleux qui ont succédé à la découverte de l'Amazongate.
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Un autre sujet de préoccupation, celui de l'aggravation possible des sécheresses et des inondations, a fait l'objet d'une quantité de spéculations plus alarmistes les unes que les autres dans les médias et jusque dans les rapports du GIEC. La quasi totalité de ces spéculations étaient basées sur les résultats de modélisations numériques qu'il était important de valider (ou invalider) par les observations.
C'est l'objet de l'article suivant. Le résultat est étonnant et rassurant.
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3) Le réchauffement climatique était censé créer des pluies plus intenses dans les zones humides et des sécheresses plus accentuées dans les zones moins arrosées. C'est évidemment très inquiétant et cela a été mis en avant par le GIEC et par les alarmistes. C'est ainsi que l'on peut lire, dans le dernier rapport AR4 du GIEC (2007), cette introduction au sujet de l'aggravation projetée des sécheresses et des inondations (WGII, chap. 3.4.3) :

"Un climat plus chaud, avec sa variabilité climatique associée, augmentera le risque, tout à la fois, des sécheresses et des inondations (Wetherald and Manabe, 2002; Table SPM2 in IPCC, 2007)"

De fait, les observations montrent le contraire. En fait, au moins depuis 1940 et jusqu'en 2009 (date de la fin de l'étude), le sec est devenu plus humide et l'humide est devenu plus sec, ce que l'on peut considérer comme une bonne chose. Une répartition plus homogène de la pluviométrie sur la planète est, sans doute, globalement bénéfique pour l'humanité.

Voici, parmi d'autres, l'exemple d'un article publié récemment dans Geophysical Research Letters qui en atteste en termes particulièrement transparents.

Il est titré : "Evolutions de la variabilité des précipitations sur les continents du globe". Ses auteurs sont australiens. Comme on peut le comprendre, les Australiens sont particulièrement vigilants sur ces questions de sécheresses et d'inondations. Une partie importante des recherches consacrées à ces questions provient d'ailleurs de ce continent.

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Les points clefs (indiqués par les auteurs, en dessous du titre - cela permet un examen rapide de l'article)

  • Nous rapportons sur une réduction de la variabilité P et expliquons comment cela s'est produit.
  • La raison pour laquelle il y a une réduction de la variabilité est que le sec devient plus humide et l'humide devient plus sec.
  • Une nouvelle méthode de détection est proposée pour confirmer ces conclusions.

Résumé :

Dans notre climat en train de se réchauffer, on s'attend, de manière générale, à ce que la variabilité des précipitations (P) augmente aussi bien sur des échelles quotidiennes et mensuelles qu'inter-annuelles.
Dans cet article, nous analysons les observations mensuelles de P (Ndt : la variabilité des précipitations) de 1940 à 2009 pour les surfaces continentales du globe en utilisant une nouvelle analyse théorique qui permet de distinguer entre les variations de la variance globale de P en fonction du temps et de l'espace.
Nous rendons compte d'une tendance globale et temporelle quasi-nulle de la moyenne de P pour le globe. De manière inattendue, nous avons trouvé une réduction dans la variance de P en fonction de l'espace et du temps qui est due à une redistribution où, en moyenne, le sec deviendrait plus humide et l'humide deviendrait plus sec. Les variations dans la variance de P ne sont pas reliées aux variations de température. Au contraire, les plus grandes variations de la variance de P sont généralement observées dans les régions présentant les plus fortes émissions d'aérosols. Nos résultats combinés avec les études de modélisation récentes nous conduisent à spéculer que la charge en aérosols a joué un rôle clef dans les modifications de la variabilité de P.

Ce résumé est très clair. En d'autres termes, cette étude rend compte de deux observations importantes :

-La variabilité des précipitations pour le globe n'a pas évolué durant la période étudiée c'est à dire de 1940 à 2009. Autrement dit, l'augmentation (considérable) des émissions de CO2 dans l'atmosphère durant cette période n'a apparemment pas modifié la variabilité pluviométrique globale des continents de la planète, ni en termes de surfaces affectées, ni en termes de variations saisonnières.

-Durant cette même période, on a assisté à une réduction des différences de pluviométrie entre les zones sèches et humides, c'est-à-dire à une redistribution telle que les zones et les saisons sèches deviennent plus humides et les zones et les saisons humides deviennent plus sèches.
Ceci est "inattendu" selon les auteurs eux-mêmes et en opposition frontale avec les supputations alarmistes qui annonçaient que le réchauffement (anthropique) conduirait à une aggravation de la situation des zones désertiques et des zones inondables.

A noter que constatant les divergences entre les modèles et les observations, les auteurs spéculent (c'est leur mot) sur l'intervention possible des aérosols. L'effet réel des aérosols qui est peu ou mal compris (comme celui des nuages) avait été également invoqué pour tenter d'expliquer pourquoi la température du globe avait baissé de 1945 à 1976 alors que le taux de CO2 atmosphérique avait augmenté.

4) Conclusion

Voici donc, cher(ère) lecteur(trice), trois articles récents qui vous permettront de répondre aux multiples affirmations plus ou moins fantaisistes qui circulent dans les médias et dans les forums, à propos du futur de la forêt amazonienne, à propos de l'extension "catastrophique" des sécheresses et des inondations et à propos de la hausse du niveau des mers qui serait "accélérée" par nos émissions de CO2.

En réalité, la littérature scientifique que l'on peut lire de nos jours, fourmille d'articles de cette nature qui, grâce aux progrès constants des moyens d'observations, recadrent, et souvent démentent, un certain nombre d'idées catastrophistes, communément admises et sélectivement répercutées par les médias et une presse complaisante.
Nul doute que ces articles qui, peu à peu, et jour après jour, remettent en cause les affirmations courantes sur l'évolution des paramètres fondamentaux du système climatologique, sont considérés par certains comme embarrassants et que les signaler sera considéré comme un péché, parce que, selon eux, ce faisant, on "sème le doute" pour reprendre une expression chère à Nicolas Hulot (sur France Inter), à Naomi Oreskes (auteur du livre "les marchands du doute") où, en termes plus choisis, à Bernadette Bensaude-Vincent (Marianne, 11-17 Août 2012) et à quelques autres.

On peut comprendre que des personnes qui n'ont jamais exercé elles-mêmes la moindre activité de recherche dans des domaines scientifiques, puissent s'imaginer que la Science procède par affirmations successives qui s'inscrivent dans le marbre pour l'éternité et que les remetttre en cause relève d'un esprit pervers (adepte de théories du complot), mal informé ou politiquement orienté, ou encore, financièrement impliqué, comme cela est souvent suggéré.
Il n'en est rien. La Science procède, comme elle l'a toujours fait, par une succession d'hypothèses et de confirmations ou de démentis, d'erreurs et de corrections qui surviennent parfois longtemps après et sur lesquelles s'élaborent de nouvelles théories et ainsi de suite.
En réalité comme le disait Richard Feynman, nous ne sommes réellement certains de très peu de choses, vraiment très peu, pour ne pas dire de rien : .

"Nous savons qu'il est d'une importance fondamentale que, de manière à progresser, nous devons reconnaître notre ignorance et laisser une place au doute. La connaissance scientifique consiste en un corpus d'affirmations qui ont des degrés variés de certitude - quelques-unes sont très incertaines, d'autres presque sûres, mais aucune n'est d'absolument certaine."
Ou encore :

"Il n'y a pas de mal à douter ou à être sceptique car c'est grâce à cela que sont faites les nouvelles découvertes."
Richard Feynman, Letter to Armando Garcia J, December 11, 1985


Ainsi, dans le domaine de la climatologie comme dans les autres domaines de la Science, il n'existe pas de "semeurs de doute". Cette expression sommaire relève peut-être de la politique mais certainement pas de la science. En matière de sciences, il n'existe que des auteurs comme la trentaine que j'ai cités ci-dessus (et plusieurs centaines d'autres dans d'autres billets sur ce site) qui n'ont fait que leur travail de scientifiques tout comme je fais le mien en vous le signalant.

Stay tuned.
A suivre...


14 Janvier 2013 : La version N°2 (sur 3) du prochain rapport du GIEC, l'AR5, est rendue disponible sur Internet. Elle contient quelques graphiques particulièrement révélateurs...

Compte tenu de l'organisation semi-publique du processus de construction des rapports successifs du GIEC, cela ne pouvait que se produire : Le 13 Décembre 2012, un relecteur (reviewer) de la seconde étape préparatoire (le SOD : The Second Order Draft) du prochain rapport du GIEC (l'AR5 : l'Assessment Report #5) dont la version finale devrait être progressivement rendue publique à partir de Septembre 2013, a décidé, au nom de la transparence (par ailleurs, revendiquée par le GIEC), de rendre public le résultat des travaux préparatoires du groupe de travail WGI (la science sous-jacente).
A noter, en passant, que, selon les statuts actuels, quiconque ayant publié un minimum (par exemple 5 articles) sur ces sujets, peut demander à être relecteur, c'est à dire à être autorisé à soumettre des commentaires et des critiques sur le document de travail qui lui est fourni. Il est de la responsabilité des auteurs principaux et des autres instances successives (voir ci-dessous) impliquées dans la rédaction du document final de tenir compte (ou pas) des remarques et des critiques des quelques 800 relecteurs agréés.

1) Introduction

Comme le savent les lecteurs de ce site, les volumineux rapports du GIEC sont rédigés par trois groupes de travail. Ces derniers se consacrent à la science du climat (le WGI), aux impacts, à la vulnérabilité et à l'adaptation (WGII) et enfin aux remèdes et solutions (WGIII). Un document spécifique, appelé SPM (Summary for Policymakers) destiné aux décideurs, est également rédigé à cette occasion. Le rapport complet compte quelques milliers de pages et il est évident que c'est le SPM qui reçoit le maximum d'attention de la part des médias et des politiques. Les rapports des groupes II et III s'appuient sur les prévisions et les conclusions du groupe I qui est, de fait, l'élément clef des rapport des GIEC.

Les rapport successifs, publiés depuis 1990, sont connus sous les noms de FAR (First Assessment Report, 1990), SAR (Second AR, 1995), TAR (Third AR, 2001), AR4 (Assessment Report N°4, 2007).
Le prochain, celui dont nous disposons du document préparatoire, sera
l'AR5 (Assessment Report N°5, 2013) du GIEC.

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J'ai déjà eu l'occasion de vous présenter et de commenter l'organigramme (un peu étonnant) du processus de rédaction des rapports successifs du GIEC tel qu'il est disponible sur le site de cet organisme. Je vous le rappelle ci-contre.
J'ai indiqué sur ce diagramme, à l'aide d'une ellipse jaune et d'une flèche bleue, l'étape précise de l'élaboration du rapport qui est concernée par le document SOD AR5 qui a été rendu public. Ce document et les liens qui renvoient aux différentes sections du SOD AR5 sont devenus "viraux" sur Internet, comme l'on dit. On les trouve dans de très nombreux sites y compris dans celui du New York Times où vous trouverez tous les liens nécessaires.

Comme on peut le constater sur ce diagramme, les interventions des personnels politiques gouvernementaux y sont nombreuses, et notamment surviennent à des étapes parfois surprenantes, c'est à dire, en fin de processus, une fois que le rapport scientifique a été rédigé.
Par exemple, on peut s'interroger sur la justification de l'examen et de la validation d'un rapport scientifique rédigé par un nombre conséquent de scientifiques, par des représentants gouvernementaux, tel que c'est précisément le cas, en ce moment même, pour le SOD de l'AR5...

La lecture des documents rendus publics sur Internet, fussent-ils préparatoires, est riche d'enseignement sur l'état d'esprit des rédacteurs des rapports successifs du GIEC, notamment à la lumière des évolutions d'un certain nombre de paramètres climatiques.

Les lecteurs passionnés et attentifs (il y en a beaucoup) se feront un devoir de parcourir quelques sections du document complet mais ceux qui n'en auront ni le loisir ni le courage tireront profit de la lecture du seul Résumé Technique qui constitue un survol convenable du rapport, ce que ne fait que rarement le résumé pour les décideurs, le SPM.

Quelles ont été les réactions lors de la mise en ligne de ce document ?

- Bien que nous assurant de la parfaite transparence de la totalité du processus de construction de ses rapports, Le GIEC a déploré (mais reconnu) la "fuite" du SOD AR5, sur son site officiel ce qui en atteste l'authenticité sur laquelle personne n'a d'ailleurs émis le moindre doute. Les avis des "piliers" habituels du GIEC sont partagés. Certains déplorent ce qu'ils appellent une "fuite" mais d'autres, comme le Prof Piers Forster de l'université de Leeds considère que les différents documents rédigés durant l'élaboration des rapports du GIEC devraient être rendus complètement accessibles au public au moins dans le but de minimiser les découvertes postérieures de bourdes dérangeantes comme il y en a eu plusieurs après la publication de l'AR4 de 2007.
Les réactions de la presse et de la blogosphère internationale faisant suite à la publication de ces documents sont nombreuses et variées, selon l'orientation de ces deniers. Par exemple,

-Andrew Revkin du NYT, dans un billet intitulé "La fuite du document préparatoire du comité sur le climat plaide en faveur d'une refondation du processus" rappelle qu'il y a eu des précédents mais que cela peut contribuer à la transparence des débats (revendiquée par le GIEC).

- La climatologue Judy Curry, bien connue des lecteurs de ce site, fait la première remarque suivante, après un survol rapide du contenu du rapport, le 13 Déc.:

"J'ai chargé le SPM (Résumé Pour les Décideurs) et quelques autres chapitres. L'extrême excès de confiance de beaucoup de leurs conclusions est stupéfiant" (source).

Plusieurs jours plus tard, le 19 Déc., et après un nombre considérable de discussions qui ont eu lieu sur Internet au sujet du SOD de l'AR5, Judith Curry donne son point de vue

"La fuite du SOD (Second Order Draft, le second document préparatoire) a été une bonne chose. Le GIEC a encore la possibilité de faire un bien meilleur travail et la discussion à grande échelle qui a eu lieu dans la blogosphère et même dans les médias alignés (NdT : chez les anglo-saxons) exerce une pression sur les auteurs du GIEC, ce qui les poussera à prendre en considération des problèmes qu'il ne pourront pas glisser sous le tapis comme ils l'ont fait dans les précédents rapports."

Il y aurait évidemment beaucoup à dire sur les diverses affirmations que l'on trouve dans l'abondante littérature que constitue le SOD de l'AR5. Cependant, pour ma part et prenant en compte le fait que ces textes seront probablement amendés dans la suite du processus devant conduire au rapport final, je m'abstiendrai de commenter les textes (à une citation près qui concerne le rôle du soleil) avant la publication du rapport définitif.
Par contre, et parce qu'il est très probable que s'agissant de projections des modèles et de données d'observations, ils ne seront pas (ou peu) modifiés, je rapporterai sur un certain nombre de graphiques qui me paraissent particulièrement importants et révélateurs.

Il est évident que tous ceux qui ont suivi attentivement la chronologie du développement des observations et des modèles durant ces années écoulées, attendaient, avec une certaine impatience, de savoir comment le GIEC allait pouvoir s'arranger de tout cela.
Ils n'ont pas été déçus, comme vous allez le voir...

2) Quelques graphiques clefs du SOD de l'AR5 :

A) La température moyenne du globe :

A titre de rappel historique, voici, ci-dessous, une des toutes premières prédictions de l'évolution de la température moyenne du globe, publiée en 1988, à l'époque de la création du GIEC (Le titre de la publication de James Hansen et al au GRL était "Prévision du changement climatique global selon un modèle tridimensionnel du Goddard Institute for Space Studies"). Cette prévision/prédiction, présentée en 1988 devant le Sénat US a joué un rôle pivot pour alerter l'opinion publique mondiale sur "l'imminence du réchauffement climatique anthropique". Elle a déjà été mentionnée à plusieurs reprises sur ce site. On ne saurait minimiser son importance dans le déroulement ultérieur de l'affaire de réchauffement climatique.

Nous sommes à présent en 2013 et il est instructif de comparer les prévisions de l'époque avec la réalité objective de l'évolution des températures telles qu'elles ont été observées depuis 25 ans, comme l'a fait le Prof. Norvégien Jan-Erik Solheim à Oslo, en Juin 2012.
Solheim a réalisé le graphe ci-contre; à partir des prévisions publiées par James Hansen et al en 1988.

Ce graphe indique (la ligne noire fluctuante, moyenne glissante sur cinq ans) les variations de la température du globe par comparaison avec les prédictions/prévisions de l'époque, représentées par les lignes rouge, bleue et verte.
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A) Ligne bleue : le modèle de Hansen et al supposait une augmentation des émissions de 1,5% de CO2 par an, depuis 1988, ce qui est bien inférieur à ce qui s'est produit en réalité (environ +2,5% par an, depuis l'an 2000). Dans les conditions réelles l'augmentation de la température prévue par le modèle serait donc bien au dessus de la courbe bleue, approximativement à l'endroit indiqué par l'extrémité de la flèche "predicted".
B) Ligne verte : Augmentation constante des émissions depuis l'an 2000.
C) Ligne rouge : Stabilisation des émissions depuis l'an 2000.

Comme on le voit immédiatement sur ce graphique, la surestimation de l'anomalie de température prévue par le modèle du Goddard Institute en 1988 qui a déclenché l'alarme, est d'environ un facteur 2,5 ce qui est considérable.
Il peut paraître étonnant que les différents rapports des différentes institutions, notamment américaines, qui gèrent ces affaires de climat, passent systématiquement ces observations sous silence.

Bien entendu, il est indéniable que de grands progrès ont été réalisés en matière de simulations numériques et d'observations (notamment satellitaires) depuis cette époque. Néanmoins et comme nous allons le voir, les surestimations du réchauffement ont persisté jusqu'à nos jours. Ceci n'est pas très étonnant si on se souvient que les modèles actuels reposent exactement sur les mêmes bases scientifiques et les mêmes hypothèses que celles du Goddard Institute de Hansen en 1988.

Rétrospective sur les performances des projections/prévisions des précédents rapport du GIEC (FAR, SAR, TAR, AR4) :

Les figures dans lesquelles j'ai incorporé un bandeau bleu (SOD-AR5 2013) pour les distinguer des autres, sont des fac-similé de celles que l'on trouve dans le rapport.

source : Figure 1-4

Voici la légende que j'ai un peu abrégée. L'originale est peu lisible parce qu'elle indique, comme ils se doit, les sources des différentes données utilisées pour dresser les graphiques. Les lecteurs intéressés pourront retrouver la légende originale dans la source indiquée.
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Variations estimées de la température annuelle moyenne et globale à la surface (en °C) depuis 1990, comparée avec les domaines des projections des précédents rapports du GIEC (FAR, SAR, TAR, AR4). Les variations de température observées le sont par rapport à la période 1961-1990. Elle sont notées par les carrés noirs, (NASA, NOAA, Hadley Center).Les barres d'erreur indiquent un domaine d'incertitude à 90%.[...]

Les codes des couleurs affectées aux différents rapports successifs du GIEC sont indiquées dans le cadre.

La grande zone en grisé fait références à la zone à 90% de certitude des mesures du Hadley Center " due aux incertitudes observationnelles et à la variabilité interne basée sur les données de températures pour la période 1951-1980 du HadCRUT4", donc l'intérêt n'apparaît pas évident et ne contribue pas à améliorer la clarté du graphique.


C'est sans doute la raison pour laquelle, Sebastian Lüning et Fritz Varhenholt ont montré, sur leur site (Die Kalte Sonne), une version de ce graphique débarrassée de ce fond en grisé. Voici cette version ( à droite) qui permet d'y voir un peu plus clair, me semble-t-il.sod1

 

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Ci-dessus, à gauche, voici la superposition des données mensuelles de la température moyenne vues (jusqu'en novembre 2012) par le HadCRUT3 (en rouge) et par le HadCRUT4 (en bleu). Ce sont des données annuelles qui sont représentées par des barres verticales sur le graphique SOD AR5.
Au passage, on peut s'étonner, que le "SAR scenario design", (la mise en place des simulations numériques du Second Rapport du GIEC (1995)) ait précisément pris pour origine la période des deux ou trois ans de refroidissement consécutive à l'éruption du Pinatubo (1991).

On retrouve évidemment le plateau des températures observées quasiment horizontal depuis 1998 que l'on peut comparer avec les prévisions unanimement ascendantes des FAR, SAR, TAR et AR4. Le moins incompatible avec les données étant d'ailleurs le SAR (1995) autant que l'on puisse en juger.

Voici maintenant la comparaison des projections des scénarios actuels, les plus récents du GIEC (AR5), avec les observations :

Source Figure 11.33 (page 11.126)
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Ici encore la légende originale est assez copieuse et "technique" parce qu'elle incorpore un grand nombre de citations complètes des sources utilisées. Les lecteurs intéressés la trouveront à la source indiquée.

Voici une légende simplifiée qui permet de lire et comprendre ce graphique:

" Synthèse des projections à moyen terme de la température moyenne de surface du globe de 1986 à 2050.La période de référence est 1968-2005 pour toutes les projections des modèles CMIP5."

Les observations de l'évolution de la température selon plusieurs institutions de relevés "thermométriques" (HadCRUT3, ERA-Interim, GISTEMP (Hansen), NOAA) sont indiquées par le trait noir épais. Les Projections antérieures sont indiquées en gris tandis que les projections des modèles CMIP5 récents sont indiquées par des traits fins de diverses couleur. La légende donne le code des couleurs des différents RCP (Projections).

Comme on peut le constater, et comme les lecteurs (trices) de ce site le savent, les observations réelles qui se trouvent toutes dans la partie la plus basse du faisceau (certains disent, compte tenu de sa forme, le sablier) divergent des projections, à la limite de l'invalidité des modèles.
Visiblement, selon le SOD de l'AR5 du GIEC, les projections CMIP5 modernes surestiment sensiblement le léger réchauffement climatique observé, et à fortiori la stagnation de la température du globe observée depuis 16 ans. Sauf inflexion imprévue, on ne voit pas comment le réchauffement climatique pourrait rejoindre la partie centrale du faisceau des projections ( +1,2°C en 2050) et, à fortiori, la partie sa partie la plus haute (+2,2°C en 2050).

christyepwcompA titre de comparaison et de confirmation, j'ai reproduit ci-contre, le graphique équivalent établi et présenté par John Christy devant les sénateurs US, lors de son témoignage du 1er Août 2012, complété et en couleurs.

Il s'agit, cette fois-ci, d'une comparaison incluant les mesures satellitaires des températures (à la différence des graphiques précédents qui n'utilisent que les mesures "thermométriques" de différents instituts, d'ailleurs toutes issues de la même base de données) et les résultats des modèles les plus récents CMIP5.
Le gros trait noir indique "la moyenne d'ensembles" des résultats des modèles. Les tiretés noirs indiquent les marges d'erreur standard par rapport à cette moyenne d'ensembles.

Comme on peut le constater, les variations de températures observées également par les satellite 'RSS-MSU et UAH sont nettement en dessous des valeurs théoriques. Et l'écart semble augmenter avec le temps qui passe. .

Une fois encore, écoutons le commentaire de la climatologue Judy Curry au sujet de ces différentes simulations numériques et de leurs confrontations avec les observations. Voici ce qu'elle a écrit dans son site :

La généreuse confiance attribuée par le GIEC envers les simulations des modèles climatiques semble moins justifiée avec les simulations CMIP5 qu'avec les simulations CMIP3 (je fais partie des gens qui ont été trompés par le bon accord qu'il y avait entre les simulations du XXème siècle (NdT : C'est à dire jusqu'en 2000) et les anomalies de température dans l'AR4).

En effet. Cela résulte simplement du fait que les températures à la fin du XXème et au début du XXIème siècle ne se sont pas du tout comportées comme l'ont prévu les modèles.

B) Le Méthane : Un graphique pour le moins étonnant.

Comme l'on sait le méthane CH4 est un gaz très absorbant dans la bande IR d'émission de la Terre et donc susceptible de conduire à un fort effet de serre. Cependant sa concentration et sa durée de vie dans l'atmosphère sont beaucoup plus petites que celles du CO2. De plus, il est vrai que le méthane est un gaz relativement réactif qui peine à atteindre la haute atmosphère sans subir un certain nombre de transformations chimiques.
Contrairement aux prédictions des rapports successifs et aux observations plus ou moins alarmistes rapportées régulièrement dans la presse au sujet de bulles aperçues ici ou là, la concentration du méthane dans l'atmosphère n'a variée que très peu dans l'atmosphère, au moins depuis 1990.
Ce n'est pas du tout ce qu'ont prévu les modèles successifs du GIEC.
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Source SOD AR5 : Figure 1.7 page 42.

"Figure 1.7: Concentrations globales de méthane moyennées sur un an en partie par milliard (ppb)depuis 1990, comparé avec les projections des différentes rapports précédents du GIEC. Les observations des concentrations estimés de CH4 au niveau global sont indiquées par les points et lignes noires. (Mesures du NOAA Earth System Research Laboratory , mises à jour par Dlugokencky et al., 2009, voir ici.).Les couleurs montrent les plus grandes dispersions des modèles pour la période 1990-2015 selon le FAR (Scenario D et "business-as-usual"), SAR (IS92d et IS92e), TAR (B1p et A1p), and AR4 (B1 et A1B). Les incertitudes dans les observations sont inférieures à 1,5ppb. Les dates de publications des différents rapports sont indiquées."

Les couleurs des "pinceaux" des projections rapportées sur ce graphique correspondent aux différents rapports successifs du GIEC depuis 1990 comme cela est indiqué dans le cartouche.

Tel qu'il est présenté, ce graphique constitue un record absolu en matière de mise en évidence du désaccord qui existe entre les prévisions des modèles et les observations. En effet, hormis les points de départ qui ont été définis par les modélisateurs lors de l'établissement des différentes prévisions numériques au cours des années, aucune observation ne se trouve dans aucun faisceau des projections.
Il est difficile de ne pas conclure que les projections de la concentration du méthane dans l'atmosphère ne sont pas totalement erronées et ceci, de manière répétitive, depuis 1990.
Dès lors, on peut s'interroger sur la pertinence des prévisions à moyen terme et à long terme pour ce qui concerne le méthane. Et c'est un euphémisme.

C) La banquise antarctique : Des observations contraires aux projections.

A défaut de faire couler beaucoup d'icebergs, la question de la fonte de l'Antarctique a fait couler beaucoup d'encre. J'ai eu récemment l'occasion de faire le point sur l'état des pôles en fin d'été 2012. Ici, il ne s'agit que de confrontation entre les modèles du GIEC et les observations pour ce qui concerne la banquise Antarctique, c'est à dire de la mer glacée qui entoure le continent du pôle Sud de la planète.

A vrai dire, la publication du SOD AR5 survient à point nommé, notamment pour ce qui concerne la banquise antarctique sur le futur de laquelle on a pu lire et entendre tout et son contraire. Comme les observations, année après année, montraient à l'évidence que la banquise antarctique se renforçait , nombreux étaient ceux qui nous assuraient que le renforcement de la banquise antarctique était conforme aux prévisions des modèles du GIEC.
Il n'en est rien comme vous allez le voir. C'est tout le contraire.

Voici le panneau du bas de la Figure 9.24 que l'on trouve dans cette section du SOD AR5 et qui concerne la banquise antarctique. La partie du haut (non montrée) concerne la mer glacée Arctique sur laquelle je dirai aussi quelques mots.

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"Figure 9.24: Séries temporelles des modèles CMIP5 (lignes colorées) et des observations du NSIDC (en rouge épais) [..] de l'extension de la banquise antarctique au mois de mars, de 1900 à 2012. La moyenne d'ensemble des multi-modèles (trait noir) est basée sur 34 modèles CMIP5 avec une large d'erreur ±1 standard indiquée en tiretés noirs. [...] Les inserts [...] sont basés sur les ensembles multi-modèles du CMIP5 et CMIP3, avec la déviation standard ±1. Notez qu'il s'agit ici des moyennes mensuelles et non pas des minima (NdT : et maxima ?) annuels. Adapté de Stroeve et al. (2012)."

A noter que pour ce qui concerne l'Arctique (la partie haute de la Fig.9.24 non reproduite ici) , la fonte observée (seulement depuis 1954, mais avec précision depuis 1980) est plus rapide que celle qui est prévue par les modèles ce qui nous explique pourquoi certains organes de presse nous affirment que "ça fond plus vite que prévu", en oubliant de vous préciser que, de l'autre côté de la Terre et sur une surface beaucoup plus importante "ça fond beaucoup moins vite que prévu et au contraire, ça se renforce".

Autrement dit, et là encore, ces graphiques montrent que les modèles numériques du GIEC, aussi bien pour l'Arctique que pour l'Antarctique, divergent des observations. Dans le cas de l'Antarctique, ce n'est pas seulement l'amplitude de la variation qui est erronée, c'est aussi son signe.
Il est cependant vrai que si on prend en compte les énormes marges d'erreurs (les tiretés noirs sur le graphique) qui affectent "la moyenne des ensembles" (et qui reflètent l'énorme dispersion des prévisions des différentes modélisations), on ne peut pratiquement tirer aucune conclusion.
Il apparaît malgré tout évident que tous les modèles prévoient une diminution de la banquise antarctique ... qui ne s'est pas produite. Bien au contraire. Celle-ci, comme on le sait, est en augmentation constante depuis 1980, c'est à dire depuis que l'on dispose des mesures satellitaires fiables.

D) Et le soleil ?

Comme on le sait, les rapports successifs du GIEC ont constamment écarté l'activité solaire (c'est à dire les éruptions) comme paramètre digne d'être étudié pour analyser et prévoir l'évolution du climat. En bref, l'idée est que ce que l'on peut prendre en compte, compte tenu de nos connaissances actuelles, est la TSI (l'irradiance solaire totale), laquelle a très peu varié au cours des décennies écoulées (0,1%), bien qu'il existe de nombreuses empreintes de l'activité solaire dans les observables du climat des temps présents et passés. Ceux qui se sont, malgré tout, penchés sur ces questions de relations entre l'activité solaire et le climat ont, de manière répétitive, évoqué la nécessité de l'existence d'un "mécanisme amplificateur" qui permettrait d'expliquer ces multiples observations. Bien qu'il existât un grand nombre d'articles sur ce sujet (à commencer par ceux de Svensmark et al) le GIEC s'était, jusqu'à présent refusé à envisager la possibilité de tels mécanismes. Il semble y avoir du nouveau, à ce sujet, dans le SOD de l'AR5. Voici :

Source (page 7-43, ligne 1-5):

"Il y a eu de nombreuses mentions de relations empiriques entre les rayons cosmiques galactiques (GCR) ou avec les données sur les isotopes cosmogéniques avec certains aspects du système climatique (e.g., Bond et al., 2001; Dengel et al., 2009; Ram et Stolz, 1999). Le forçage à partir des variations de l'irradiance totale (TSI) ne semble pas permettre de rendre compte de ces observations qui impliquent l'existence d'un mécanisme amplificateur tel que celui du lien hypothétique entre les GCR et les nuages. Ici nous nous focalisons sur les relations observées entre les GCR, les aérosols et les propriétés des nuages."

A noter que la phrase que j'ai renforcée ci-dessus en caractères gras et qui recoupe un certain nombre d'observations décrites dans ce site, ne figurait pas dans le FOD (First Order Draft, le premier brouillon) de l'AR5. Il apparaît donc que certains rédacteurs ont, après mûre réflexion, jugé utile de mentionner ce qui est bien connu par ailleurs mais ne figurait pas dans les rapport précédents.
C'est un léger progrès... si cette mention persiste jusqu'au rapport final.
D'autant plus que cela rejoint un certain nombre de réflexions récentes et importantes ainsi qu'un projet d'étude, rapportés sur le site de la NASA au sujet de la possible influence climatique de l'activité solaire qui (finalement) ne se contenterait peut-être pas de nous envoyer des Watts par mètres carrés...
On trouve notamment cette phrase dans ce texte de la NASA : "Mais ce n'est pas simplement parce qu'une chose est compliquée qu'elle n'existe pas.", qui doit ravir nombre de "solaristes" qui s'étonnaient qu'un aussi grand nombre de signatures de l'activité solaire sur les climats des temps passés, puissent être passées sous silence...parce qu'on ne savait pas comment les modéliser. C'est l'idée de celui qui cherche ses clefs perdues au pied d'un révérbère parce c'est là qu'il y a de la lumière...

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3) Que peut-on conclure de tout cela ?

On se doute bien que ces graphiques seront vus par certains avec les yeux de Chimène, mais, à l'évidence, les prévisions des modèles successifs du GIEC se révèlent défaillantes lorsqu'on les compare avec la réalité objective :

- La hausse de la température du globe est manifestement surestimée par les modélisations numériques, même lorsqu'on réactualise constamment les modélisations au cours des temps passés, il semble impossible reproduire correctement l'évolution de température des 16 dernières années.
- Les modélisations des comportements des mers glacées des deux pôles sont également piètrement modélisées. La fonte de la mer arctique est sous-estimée et celle de la banquise antarctique est manifestement surestimée. De fait, cette dernière ne fond pas, elle se renforce.
- Les modélisations successives de la teneur en méthane de l'atmosphère sont manifestement totalement erronées. L'augmentation en teneur en méthane de l'atmosphère est fortement surestimée, ce qui ne peut que conduire à la prévision d'un réchauffement excessif.

... Et il ne s'agit là que d'un petit nombre d'observables parmi beaucoup d'autres qui ne se révèlent guère modélisés de manière satisfaisante.
Dans ces conditions, il apparaît évident que les connaissances sur les mécanismes fondamentaux qui gèrent le climat de la planète sont, du moins jusqu'à présent, insuffisantes, voire erronées, et qu'il convient de se poser quelques questions. C'est ainsi que l'on procède dans les autres domaines de la science.

Certains, sans doute grands admirateurs de feu Richard Feynman, ont, à ce propos, rappelé les termes d'un de ses enseignements les plus célèbres, universellement connu sous le nom de "la clef de la Science". Voici quelques explications à ce sujet :

Outre ses qualités exceptionnelles de grand scientifique, Richard Feynman (Prix Nobel de physique 1965, notamment pour les diagrammes qui portent son nom, décédé en 1988) était un enseignant hors pair, particulièrement enthousiasmant et à la gestuelle et aux mimiques très particulières. Il était vénéré par ses étudiants. La série de ses cours de physique ("The Feynman's lecture on Physics") figure, en bonne place, dans la bibliothèque de la plupart des enseignants qui officient dans le supérieur. Feynman nous a également laissé un grand nombre de citations et de réflexions sur la démarche scientifique devenues célèbres (telles que le "Culte du Cargo" dans laquelle il décrivait notamment les écueils de la recherche).
Voici ci-contre une vidéo Youtube de l'extrait d'un cours donné à l'Université de Cornell en 1964) dans lequel il évoque "The key to Science", La clef de la science. La vidéo de cet extrait a été sous-titrée en Français. Elle ne dure qu'une minute. Vous pouvez la voir en cliquant sur l'image.
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Richard Feynman nous disait aussi, qu'en matière de science, "La première chose à faire c'est qu'on ne doit pas se leurrer soi-même et vous êtes la personne qui est la plus facile à leurrer."

C'était la version Feynmanienne de la notion plus récente du "confirmation bias" ("le biais de confirmation"), cher aux Anglo-saxons. Le "biais de confirmation" nous rappelle que nous avons (tous) tendance à rechercher, à approuver et à mettre en valeur les éléments de preuve qui vont dans le sens de nos croyances pré-existantes, tout en minimisant l'importance de celles qui nous dérangent.

Ce n'est évidemment pas spécifique aux scientifiques, mais le "biais de confirmation" est, sans aucun doute, le plus grand écueil de la recherche et tout particulièrement lorsqu'il s'agit de problèmes particulièrement complexes qui offrent la possibilité de sélectionner parmi un grand nombre de données, d'observations et de modèles... tels que la climatologie. En bref et de manière imagée, la boîte à outils dont nous disposons est si bien fournie qu'on trouve toujours le moyen de décrire un mécanisme, un explication, qui satisfait nos convictions préétablies. C'est particulièrement visible de nos jours.

D'autre part, nul doute que le travail en groupe, tel qu'il se pratique de nos jours, favorise le "biais de confirmation". Chaque participant d'un groupe soudé et partageant des intérêts convergents aura tendance à renforcer ses convictions en s'appuyant sur celles des autres. C'est manifestement un effet amplificateur. Sans oublier qu'il est beaucoup plus difficile (voire suicidaire du point de vue de sa carrière) d'être un contradicteur isolé au sein d'un groupe plutôt qu'un membre du "consensus". .
C'est ainsi que se construisent les erreurs collectives bénéficiant du "consensus" comme il y en a eu de nombreux exemples dans l'histoire des sciences (Voir quelques réflexions utiles chez Judy Curry, à ce propos)

PS : Les SOD des groupes II (impacts) et III (remèdes) ont également été rendus publics (sans l'accord du GIEC) sans doute par d'autres relecteurs. Donna Laframboise, une journaliste canadienne, qui a publié une enquête très critique sur le fonctionnement du GIEC, en a fait une pré-analyse plutôt inquiétante (traduction en français ici).
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D'autres commentaires :

h/t : WUWT , Skyfall, The Blackboard, Bishop Hill etc...

Nous attendrons avec une certaine impatience le rapport final AR5 qui ne devrait voir le jour, par épisodes, semble-t-il, qu'à partir du mois de Septembre prochain.

A suivre, donc.

Stay Tuned.

 

19 Décembre 2012 : La hausse observée du taux de CO2 dans l'atmosphère résulte-t-elle des activités humaines ou est-elle la conséquence des variations d'autres paramètres climatiques ?

Cette question est très loin d'être anodine car sa réponse conditionne largement notre capacité à "agir sur le climat de la planète" si tant est que cela soit possible. En effet, dans l'hypothèses des travaux collectés par le GIEC, c'est le CO2 émis notamment par la combustion des énergies fossiles qui conditionne entièrement la quantité de CO2 contenue dans l'atmosphère et donc, selon le modèle de l'effet de serre, la température du globe.
Par contre, si le taux de CO2 contenu dans l'atmosphère ne dépend pas (ou peu) de nos activités mais dépend essentiellement des variations de paramètres naturels (tels que la température), tout espoir de "piloter" le climat serait vain.
Comme on le pense, cette question est d'importance cruciale dans la période actuelle où se succèdent, sans discontinuer, les conférences de l'ONU (les COPxx, tels que Copenhague COP15, Cancun COP16, Durban COP17 et Doha COP18 tout récemment) qui visent à mettre en place la limitation des émissions des gaz à effet de serre et notamment, en premier chef, du CO2.

De fait, comme vous pouvez l'imaginer, dans le contexte actuel, le titre ci-dessus est parfaitement iconoclaste mais ceci n'a pas empêché plusieurs chercheurs expérimentés de se pencher sur cette question, en partant d'observations désormais disponibles et suffisamment abondantes pour que l'on puisse tenter de confirmer ou d'infirmer les hypothèses ou les certitudes avancées par le GIEC dans ce domaine.

Je vais commencer par une brève introduction pour vous rappeler quelles sont les raisons qui sous-tendent les convictions des collaborateurs du GIEC. Dans la suite, je vous présenterai tout d'abord un article publié récemment par trois chercheurs norvégiens, paru dans la littérature scientifique dans une revue réputée. Cet article remet fondamentalement en cause un certain nombre de "certitudes".
Dans la suite -une fois n'est pas coutume- je vous présenterai un résumé du contenu de trois conférences successives données par un climatologue australien, le Professeur Murry Salby qui est, entre autres, l'auteur d'un ouvrage réputé dans le domaine de la physique de l'atmosphère et du climat.

De fait et en utilisant des procédés et des analyses différentes et de manière totalement indépendante, ces chercheurs norvégiens et australien parviennent sensiblement aux mêmes conclusions. Selon eux, les variations et la croissance du CO2 mesuré dans l'atmosphère proviennent majoritairement de causes naturelles et non anthropiques. Ils tirent aussi la même conclusion que le CO2 n'est pas le maître d'oeuvre du climat comme cela est très souvent affirmé.

Pourtant, il faut reconnaître que les arguments avancés par les participants au GIEC semblent convaincants.
Les voici, brièvement résumés, après un bref rappel sur le cycle du carbone.

1) Introduction : le cycle du carbone.
Pourquoi pense-t-on que l'augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère résulte des activités humaines ?

Comme chacun le sait, les activités humaines, en particulier celles qui utilisent les énergies fossiles, émettent environ chaque année 6 Gigatonnes (ou milliards de tonnes) de carbone dans l'atmosphère. Dans l'absolu, ce chiffre est évidemment très impressionnant. Il l'est moins quand on se souvient que la Terre est vraiment très grande et qu'elle échange, chaque années, elle-même et avec l'atmosphère et de manière parfaitement naturelle des quantités (de l'ordre de 200 Gigatonnes) beaucoup plus importantes de carbone, sans oublier les quantités gigantesques de carbone, stockées et plus ou moins relarguées sporadiquement au sein des océans, à la surface des continents ou dans les profondeurs des sous-sols de la planète. Ces quantités de carbone se chiffrent en plusieurs dizaines voire centaines de milliers de Gigatonnes.

Tout cela est résumé sous forme de dessins tels que celui qui est représenté ci-dessous.
De fait, il existe un grand nombre de schémas de ce type (comme, par exemple celui de la NASA) qui illustrent la complexité du "cycle du carbone". Les chiffres qui y sont reportés sont très variables d'un diagramme à l'autre ce qui rend compte des grandes difficultés que l'on éprouve à évaluer les quantités concernées avec une précision suffisante. Il en va de ces volumes d'échanges et des multiples temps de résidence du carbone dans les différents "puits" qui s'étalent sur un grand nombre d'ordres de grandeurs, des fluctuations naturelles et des imprécisions des mesures, de même que dans l'épineuse question des bilans énergétiques que j'avais évoquée dans un billet précédent.

Comme on le sait, l'essentiel des échanges Terre (+océans) - atmosphère se fait par l'intermédiaire du dioxyde de carbone, le CO2, qui est donc le vecteur principal du cycle du carbone. Soit dit en passant, et au vu de ce constat, nos descendants pourront sans doute s'interroger sur l'étrange démarche intellectuelle qui conduit certains de nos contemporains à qualifier de "polluant", le vecteur fondamental du cycle du carbone lequel est à l'origine de toute vie sur notre planète...

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source du graphique (UNEP)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Là encore, et comme c'était le cas dans l'analyse du bilan énergétique, et pour des raisons assez semblables, il est extrêmement difficile, sinon impossible de clôturer sérieusement un bilan fiable des multiples échanges du CO2 entre les diverses composantes de la planète et de son atmosphère. Par exemple, les émissions (flèches dirigées vers l'atmosphère), résultant de la dégradation de la végétation et du dégazage des océans (soit 60+90 GT par an, sur le graphique ci-dessus) ne sont estimées qu'à 30 ou 40 GT près. Il en est de même pour les flèches qui pointent vers le bas. L'imprécision de ces échanges annuels, tout comme dans le cas des bilans énergétiques, est donc nettement plus importante que la contribution humaine (6 GT environ). De même, il n'est pas évident que l'équilibre du cycle du carbone soit atteint en permanence. Et s'il l'est ou si on s'en approche, on peut penser que cet équilibre dépendra des conditions physiques de l'atmosphère, des océans et des continents etc., avec des constantes de temps difficiles à estimer.
Ce sont des questionnements de ce type qui sont sous-jacents aux observations scientifiques rapportées dans les
& 2 et 3, ci-dessous.

Note: On trouve parfois, dans la littérature, des chiffres très différents et en général beaucoup plus importants. C'est que, dans ces cas-là, les évaluations sont faites en GT de dioxyde de carbone dont la molécule est environ 3,7 fois plus lourde que le carbone pur.

Mais revenons au credo actuel en matière de cycle du carbone ...

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De fait, et c'est évidemment un argument de poids, on constate effectivement une augmentation du taux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, notamment depuis le début de l'ère industrielle.

Voici, à titre d'illustration, un graphique couvrant la période de 1960 à nos jours, tracé à partir des données officielles (Mauna Loa, en vert, pour le CO2 et HadCRUT3 pour la température globale,en rouge).
A noter que les mesures précises du taux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère par voie spectroscopique ne sont disponibles que depuis 1960. Les valeurs du taux de CO2 antérieures résultent, en général, des analyses isotopiques des carottages glaciaires.

Compte tenu des remises à l'échelle nécessaires pour superposer les deux courbes, les unités en ordonnées sont ici arbitraires.

 

 


L'argument massue (le "smoking gun", comme on dit aux USA) qui a permis d'affecter l'augmentation du taux de CO2 aux activités humaines
est représenté sur la diapositive ci-dessous (tirée de la conférence de Murry Salby, décrite plus bas).

On tient généralement pour certain qu'au fur et à mesure que le taux du CO2 augmente dans l'atmosphère, la fraction de 1% qui implique l'isotope C13 du carbone diminue en proportion. La raison qui en est donnée tient au fait que la végétation qui est à l'origine de la formation du pétrole, du charbon ou des gaz que nous brûlons, "préfère" l'isotope plus léger, le carbone 12, le C12. au C13. De fait, on observe effectivement que la proportion du C13 a progressivement diminué, à mesure que le taux de CO2 augmentait dans l'atmosphère, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous.
C'est ainsi qu'on conclut que l'ajout du CO2 atmosphérique observé dans l'atmosphère provient bien de la combustion des carburants fossiles et qu'il est donc d'origine anthropique.

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Le graphique ci-contre montre l'évolution du taux de CO2 et de sa composition isotopique dans l'atmosphère (selon les mesures de Mauna Loa après 1960 (triangles verts) et selon les carottages glaciaires (carrées verts) pour la période précédente) de 1830 à nos jours.

Les points rouges montrent la variation relative de carbone C13 telle qu'obtenue à partir des carottages glaciaires. Les croix rouges résultent des analyses modernes des prélèvements dans l'atmosphère.

Comme on peut le voir, ce graphe semble effectivement indiquer que la variation de CO2 atmosphérique est d'origine anthropique ou, plus exactement, qu'elle provient de sources plus riches en C12 et moins riches en C13.

Cependant, cette conclusion sur le caractère anthropique de la variation du taux de CO2 dans l'atmosphère qui a été adoptée dès les premiers rapports du GIEC, repose sur l'hypothèse qu'il n'y a pas d'autres sources que les sources anthropiques, riches en C12 et pauvres en C13, qui contribuent à l'augmentation du CO2 atmosphérique.
Est-ce bien le cas ? Nous verrons ci-dessous les constats du Professeur Salby relatifs à cette question.

Enfin, en relation avec ce qui suit, on ne peut guère évoquer ces questions sans rappeler les observations troublantes qui ont été publiées à maintes reprises, relatives aux retards, semble-t-il systématiques (de l'ordre de 500 à 1000 ans), entre les variations du taux de CO2 atmosphérique par rapport aux variations de températures analysées dans les carottages glaciaires lors des derniers cycles de glaciation-déglaciation. Le site CO2 Science en a donné un résumé assez complet, bien que succinct, avec quelques références appropriées.

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Le fait que lors de ces épisodes climatiques, les variations du taux de CO2 aient suivi et non précédé les variations de température, pose quelques problèmes aux tenants des théories exposées dans les rapports du GIEC .
Un article récent est paru sur ce sujet (Shakun et al, 2012) qui propose un mécanisme franchement complexe pour expliquer ces "anomalies" dérangeantes pour la théorie en vigueur.
Voici, ci-contre, une illustration, parmi beaucoup d'autres, de ces retards CO2/Température, tels que tirée des données officielles disponibles.

Mis à part, ces "bizarreries" , franchement troublantes, au sujet des variations relatives du taux du CO2 et des températures au cours des cycles de glaciation/déglaciation antérieurs, les arguments présentés par les tenants de la thèse en vigueur qui attribue l'augmentation du taux de CO2 constatée aux émissions anthropiques, semblent convaincants.
Cependant, et comme c'est souvent le cas en matière de sciences, des observations ultérieures plus détaillées peuvent réserver bien des surprises, jusqu'à nous conduire à remettre en question les convictions précédentes.
Voici, pour commencer, le compte-rendu d'un article publié récemment par trois enseignants-chercheurs norvégiens :

2) Analyse temporelle comparative des émissions de CO2 et des températures du globe.
L'article récent de Ole Humlum et al.

Son titre est :" La relation de phase entre le dioxyde de carbone atmosphérique et la température du globe".
Voici le fac-simile de l'entête de cet article :

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Voici quelques informations sur le Professeur Ole Humlum (CV et Biblio) qui est l'auteur principal de ce papier.

Une traduction du résumé en français :

A partir des données relatives au dioxyde de carbone et aux températures globales, nous analysons les relations de phase (avance/retard) entre ces dernières pour la période allant de Janvier 1980 à Décembre 2011. Les carottages glaciaires montrent que les variations du CO2 contenu dans l'atmosphère sont en retard sur les variations des températures atmosphériques et ceci sur une échelle allant du siècle au millénaire, mais on s'attend à ce que les températures de l'époque moderne soient en retard sur les variations du CO2 contenu dans l'atmosphère parce que qu'on suppose que l'augmentation de la température de l'atmosphère depuis environ 1975 résulte de l'augmentation en CO2 durant l'époque moderne.
Dans le cours de notre analyse nous utilisons huit données bien connues : 1) Les données sur le CO2 bien mélangé et moyenné à l'échelle du globe de la couche proche des océans, 2) Les données de température de l'air à la surface HadCRUT3, 3) Les données de température de l'air à la surface GISS, 4) Les données de la température de l'air à la surface NCDC, 5)Les données relatives aux surfaces des océans HadSST2, Les données UAH relatives à la température de la basse troposphère, 7) Les données CDIAC relatives aux émissions de CO2 anthropique, et 8) Les données GWP relatives aux éruptions volcaniques. Les cycles annuels sont présents dans toutes les données sauf dans 7) et 8) et de manière à éliminer l'influence de ces cycles nous analysons les données moyennées sur une période de douze mois. Nous trouvons un degré élevé de co-variation entre toutes ces séries de données, excepté pour 7) et 8) mais avec des variations de taux de CO2 qui suivent toujours les variations de température. On trouve qu'une corrélation positive maximale entre le CO2 et la température est obtenue lorsque le CO2 est en retard de 11 à 12 mois par rapport à la température globale de la surface des océans, de 9,5 à 10 mois par rapport à la température de l'air en surface du globe et d'environ 9 mois en retard par rapport à la température de la basse troposphère globale. La corrélation entre les variations des températures océaniques et celles du CO2 atmosphérique est forte mais elle ne permet pas d'expliquer toutes les variations observées.

Voici la Figure 1 de l'article avec sa légende.
Elle nous montre la superposition de l'évolution des températures de l'air en surface (HadCRUT3), de la surface des océans (HadSST2) avec l'évolution du taux de CO2 atmosphérique (en ppmv) de 1980 à nos jours.

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Fig. 1.Données mensuelles du taux de CO2 atmosphérique (NOAA, en vert), données mensuelles sur la température de surface des océans du globe (HadSST2, en bleu pointillé) et données mensuelles sur la température globale de l'air à la surface du globe (HadVRUT3, en rouge). Le dernier mois indiqué est le mois de Décembre 2011.

 

 

 

 

 

La procédure d'analyse assez inhabituelle utilisée par Humlum et al. est basée sur les différences annuelles DIFF12 (représentées dans la figure ci-dessus. Je donne un peu plus de détails sur la signification de cette différence DIFF12 dans la section 3.) de différents observables. Elle est susceptible de prêter le flanc à diverses critiques, dont les auteurs sont parfaitement conscients. Voici comment les auteurs présentent la technique qu'ils ont utilisée et comment ils répondent, par avance, aux questions qui pourraient être posées à ce sujet (Il est probable que ces précisions qui figurent dans le texte de l'article ont été rajoutées ou complétées à la demande des referees.)

"Avant d'analyser les données mensuelles et en s'intéressant à des durées plus longues que les variations annuelles, nous avons tout d'abord soustrait le cycle annuel des données globale sur le CO2 dans l'atmosphère en calculant la moyenne glissante sur une période de 12 mois. Ceci signifie que nous considérons ici la variation annuelle seulement comme du bruit et que nous recherchons le signal à plus long terme sous-jacent lequel représente la croissance globale du CO2.
Comme le signal tend à être presque identique à lui même d'un mois sur l'autre et que ce n'est pas le cas du bruit, une moyenne effectuée sur plusieurs observations adjacentes aura tendance à converger vers la valeur du seul signal. Les plus sérieuses conséquences du lissage ou du filtrage des données résident dans le déplacement des maxima et des minima dans la courbe lissée, par rapport aux données originales. Si on veut comparer plusieurs séries de données, des filtrages de même nature doivent donc être appliquées à toutes les séries, en l'absence de quoi des effets parasites peuvent survenir invitant à des interprétations défectueuses (voir par exemple, la discussion dans Stauning, 2011).
Nous avons ensuite calculé la différence entre la concentration moyenne du CO2 pour les douze derniers mois et la moyenne des 12 mois précédents, ce qui est dénommé DIFF12 dans la suite (voir la Fig. 1 pour les explications graphiques). En d'autres termes, DIFF12 représente la variation nette annuelle avec une résolution mensuelle. Du point de vue technique, les valeurs de DIFF12 ont été reportés sur des graphiques pour le dernier mois considéré dans le calcul. De cette manière, nous pouvons représenter visuellement de manière efficace et analyser la croissance du CO2 atmosphérique global depuis 1980 sans être perturbé par les variations annuelles. Il est important d'insister sur le fait que la présence d'un pic de DIFF12 n'indique pas la présence d'un pic dans les données originelles du CO2 mais, plutôt, une période avec une augmentation plus rapide du CO2. Il faut aussi insister sur le fait que l'étude des valeurs de DIFF12 consiste à étudier les taux de variations du contenu atmosphérique en CO2 et non pas le montant total du CO2 lui-même. Cependant, en intégrant les valeurs de DIFF12 sur la période d'observation, les variations du taux global de CO2 sont, bien entendu, étudiées. Ainsi et dans la mesure où les variations de DIFF12 peuvent être comprises, les variations du contenu total du CO2 atmosphérique peuvent l'être également. Dans la suite nous avons comparé le résultat des calculs de DIFF12 du CO2 avec des valeurs similaires de DIFF12 pour la température de surface globale des océans et pour la température de l'air à la surface du globe (HAdCRUT3) [...]"

L'article de Humlum et al. est relativement copieux. Il contient un grand nombre de graphes. Je reproduis ici le graphe typique de la Figure 2 (accompagné de sa légende traduite) qui montre les retards observés entre l'évolution de la concentration du CO2 par rapport à celle de la température de la surface des océans et de la température de l'air à la surface de la planète.

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Fig. 2. "Variations sur 12 mois de la concentration globale du CO2 (NOAA; en vert), de la température globale de la surface des océans (HadSST2; en bleu) et de la température globale de l'air à la surface (HadCRUT3; en rouge). Le graphique du haut montre les valeurs mensuelles non filtrées (par ex. Janvier 2000 moins Janvier 1999) tandis que le graphique du bas montre les valeurs filtrées (DIFF12 c'est à dire la différence entre la moyenne des derniers douze mois et la moyenne des douze mois précédents pour chaque série de données). Les nombres de 1 à 9 sur les pics de DIFF12 CO2 et les lignes blanches minces se réfèrent à la Table 1. (Pour l'interprétation des références aux couleurs dans la légende de cette figure, le lecteur est invité à se rendre sur la version Web de cet article.) "

Ole Humlum et ses collègues ont également examiné les phases relatives entre les observations des taux de CO2 atmosphériques effectuées en différents endroits sur la planète et les émissions de CO2 résultant de la combustion des énergies fossiles.
Comme on peut l'observer sur ces graphiques, les émissions anthropiques de CO2 (en rouge ci-dessous) ne semblent pas corrélées avec les flux nets de CO2 (bleu, jaune, vert, mauve ci-dessous) enregistrés par les différents observatoires du contenu de l'atmosphère. Humlum et al montrent que la prise en compte d'un retard supposé rendre compte du temps nécessaire pour que l'atmosphère se réorganise après les bouffées d'émissions anthropiques, ne change rien à ce constat.

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"Fig. 13. Variations sur 12 mois du taux de CO2 global pour Alert (NOAA; bleu), Mauna Loa (NOAA; vert), Ascension Island (NOAA; jaune), et le Pôle Sud (NOAA; pourpre), et la variation de l'émission du CO2 anthropique (données CDIAC en rouge). Tous les graphiques montrent les valeurs mensuelles de DIFF12, la différence entre la moyenne des douze derniers mois et la moyenne des 12 mois précédents pour toutes les séries de données."

Les conclusions de ce long article sont claires. Les voici, tirées de l'article, en Anglais puis en Français.

12. Conclusions
There exist a clear phase relationship between changes of atmospheric CO2 and the different global temperature records, whether representing sea surface temperature, surface air temperature, or lower troposphere temperature, with changes in the amount of atmospheric CO2 always lagging behind corresponding changes in temperature.
(1) The overall global temperature change sequence of events appears to be from 1) the ocean surface to 2) the land surface to 3) the lower troposphere.
(2) Changes in global atmospheric CO2 are lagging about 11– 12 months behind changes in global sea surface temperature.
(3) Changes in global atmospheric CO2 are lagging 9.5–10 months behind changes in global air surface temperature.
(4) Changes in global atmospheric CO2 are lagging about 9 months behind changes in global lower troposphere temperature.
(5) Changes in ocean temperatures appear to explain a substantial part of the observed changes in atmospheric CO2 since January
1980.
(6) CO2 released from anthropogene sources apparently has little influence on the observed changes in atmospheric CO2, and changes in atmospheric CO2 are not tracking changes in human emissions.
(7) On the time scale investigated, the overriding effect of large volcanic eruptions appears to be a reduction of atmospheric CO2, presumably due to the dominance of associated cooling effects from clouds associated with volcanic gases/aerosols and volcanic debris.
(8) Since at least 1980 changes in global temperature, and presumably especially southern ocean temperature, appear to represent a major control on changes in atmospheric CO2.

"12. Conclusions :

Il existe une relation de phase évidente entre les variations du CO2 atmosphérique et les données des différentes températures du globe, s'agissant aussi bien de la température à la surface des océans, de la température de l'air à la surface du globe que de la température de la basse troposphère, avec les variations du taux de CO2 atmosphérique qui sont toujours en retard par rapport aux variations correspondantes des températures.

1) La séquence des événements qui conduit au changement global de la température apparaît être la suivante 1) La surface des océans 2) La surface des continents 3) La basse troposphère.

2) Les variations du CO2 atmosphérique du globe sont en retard de 11 à 12 mois par rapport aux variations de la température à la surface des mers du globe.

3) Les variations du CO2 atmosphérique du globe sont en retard de 9,5 à 10 mois par rapport aux variations de la température de l'air à la surface du globe.

4) Les variations du CO2 atmosphérique du globe sont en retard d'environ 9 mois par rapport aux variations de la température de la basse troposphère du globe.

5) Il apparaît que les variations des températures de l'océan expliquent une fraction substantielle des variations de CO2 atmosphérique depuis Janvier 1980.

6) Le CO2 émis à partir des sources anthropiques n'a apparemment qu'une faible influence sur les variations du CO2 atmosphérique et les variations du CO2 atmosphérique ne suivent pas les variations des émissions humaines.

7) Pour ce qui est de la période étudiée, l'effet primordial des grandes éruptions volcaniques apparaît être une réduction du CO2 atmosphérique, ceci étant supposé dû à la prédominance des effets refroidissant des nuages associés avec les aérosols et les débris volcaniques.

8) Au moins depuis 1980, les variations de la température du globe et, sans doute, tout particulièrement la température des océans de l'hémisphère Sud, apparaissent jouer un rôle déterminant pour contrôler les variations du CO2 atmosphérique. "



Comme on l'imagine, tout cela est assez iconoclaste par rapport à la pensée "mainstream" . A noter que Humlum et al. ne sont pas les premiers à publier ce genre d'observations. En particulier, R. B. Bacastow, chercheur à la Scripps Oceanographic avait effectué, dès 1976, une analyse du même type, publiée dans Nature. Il était parvenu à des conclusions similaires à celles d'Humlum et al. . L'analyse de Humlum et al constitue donc une mise à jour, près de 36 ans plus tard, nettement plus complète que le travail de Bacastow qui concluait par ces mots : " La corrélation, si elle est bien présente, montre qu'une cause majeure de la variation (NdT : de la concentration du CO2 atmosphérique) peut être due à un changement du taux de l'absorption du CO2 par les océans."
A noter également comme le mentionnent Humlum et al, que les retards systématiques des flux de CO2 par rapport aux variations de températures observés ici, rappelle les retards C02/températures observés dans les carottages glaciaires mais évidemment avec des échelles de temps très différentes, ce qui peut indiquer qu'il s'agit de dégazage de différentes couches océaniques.


3) Le Professeur Murry Salby et le cycle du carbone :

Voici la présentation du professeur Salby et le résumé de sa première conférence au Sydney Institute (les caractères engraissés sont le fait de l'auteur de ce site) :

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Professeur Murry Salby
Titulaire de la chaire sur le climat, Université de Macquarie.

"Le dioxyde de carbone dans l'atmosphère : Contribution des sources naturelles."



 

"Le Professeur Murry Salby est titulaire de la chaire de climatologie de l'Université de Macquarie (NdT :Australie). Il a une longue carrière comme chercheur mondialement reconnu et a effectué des travaux dans le domaine de la Physique de l'Atmosphère. Il a exercé au sein d'institutions dominantes dans le domaine de la recherche, y compris au US National Center for Atmospheric Research (NdT : l'UCAR), à l'Université de Princeton, à l'Université du Colorado et il a occupé des postes de professeur invité dans des universités européennes et asiatiques.
A l'Université de Macquarie, le Professeur Salby utilise les données satellitaires et des super-calculateurs pour explorer les questions salbybookrelatives au changement climatique du globe et à la variabilité du climat en Australie. Le Professeur Salby est l'auteur d'un livre (NdT :) "Physique de l'Atmosphère et du Climat" qui doit paraître en 2011. (NdT : Ce livre destiné aux enseignants et aux chercheurs -image ci-contre- est désormais disponible). Les résultats récents des travaux de recherche du Professeur Salby représentent une contribution hautement pertinente et qui arrive à point par rapport au discours actuel sur le climat."

Résumé : "
Le dioxyde de carbone est émis par les activités humaines tout comme par un ensemble de processus naturels. Les observations satellitaires, de concert avec les observations instrumentales, couvrent maintenant une période suffisamment longue pour que nous disposions d'une population significative de perturbations climatiques au cours desquelles le système Terre-Atmosphère a été écarté de son équilibre. Ces perturbations, introduites par la nature, montrent que l'émission nette et globale de CO2 (avec toutes les sources combinées, naturelles et anthropiques) est contrôlée par la circulation générale - une propriété interne au système climatique qui régule les émissions provenant des sources naturelles. La forte dépendance des propriétés internes montre que l'émission du CO2 par les sources naturelles qui représentent 96% de l'émission totale, joue un rôle primordial dans les variations observées du CO2. Cette contribution au dioxyde de carbone présent dans l'atmosphère est indépendante des émissions humaines, n'est que marginalement prédictible et n'est pas sous notre contrôle."

Le Professeur Salby a raconté que c'est lors de la préparation de la version actualisée de son livre "Physique de l'Atmosphère et du Climat" qu'il est tombé sur des observations qui se trouvent en contradiction avec des affirmations rapportées, notamment, dans le rapports successifs du GIEC. En fait ces résultats qui dérivent directement des observations étaient si étonnants, si contraires au "mainstream", que Murry Salby est resté près d'un an à chercher, en vain, d'autres explications à ses observations qui seraient plus conformes avec les affirmations de la science "mainstream". Il a également discuté de ses observations avec plusieurs de ses collègues climatologues avant de se décider à les faire connaître, notamment lors d'une conférence donnée en Juin 2011 à l'IUGG puis lors de deux conférences qu'il a données au Sydney Institute en 2011 et 2012. Il se trouve que lors de sa première conférence, seul l'audio était disponible, ce qui n'a pas facilité les discussions sur les observations de Salby.
Nous disposons à présent d'enregistrements vidéo complets de ces deux conférences (Conférence du 02/08/11 et conférence du 24/07/12) avec les diapositives originales détachées et parfaitement lisibles. Ce sont les diapositives les plus significatives de ces conférences que je vais vous présenter ci-dessous en suivant pas à pas la démarche du Professeur Salby qui se révèle être un excellent pédagogue comme le rappelle sa collègue Judy Curry qui le décrit comme "un excellent enseignant et conférencier, ce qui est perceptible avec le podcast. Il a la réputation d'être un chercheur prudent et rigoureux".
Le raisonnement de Salby est assez direct et sa présentation vidéo favorise grandement la compréhension de la démarche. Il suffit de le suivre avec un minimum d'attention. Mais ce qui est le plus frappant, ce sont ses conclusions qui remettent largement en question une des "certitudes" les mieux ancrées dans la démarche actuelle de la science climatologique : L'origine du CO2 observé dans l'atmosphère et la cause de sa croissance actuelle.

Voici donc un enchaînement de ses principales diapositives qui permettent de suivre la démarche et les observations du Professeur Salby :

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Contrairement à une croyance assez largement répandue, le contenu de l'atmosphère en CO2 ne varie pas de manière plus ou moins monotone comme le font les émissions anthropiques de CO2 résultant de la combustion des carburants fossiles.

Comme le montre ce graphe tracé à l'aide des données mesurées à Mauna Loa -Hawaï), le taux de CO2 atmosphérique a augmenté progressivement depuis 1960 en suivant une succession d'oscillations périodiques dont la période (annuelle) indique clairement l'influence des saisons sur le taux de CO2 observé. A ce propos, il faut se souvenir qu'il n'y a aucune raison que les variations saisonnières se compensent pour les deux hémisphères tant est grande leur dissymétrie du point de vue des océans et du point de vue de la végétation.

Murry Salby nous précise que ces variations cycliques sont la signature de l'influence des variations naturelles du cycle du carbone. Il nous propose de considérer d'un peu plus près, ces variations saisonnières qui se reproduisent d'une année sur l'autre.

 

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Voici un agrandissement d'une des périodes des oscillations annuelles de la courbe précédente.

Comme on le constate, la résolution des mesures effectuées par voie spectroscopique à Mauna Loa, est excellente. On voit, sur le graphe ci-contre, que la hausse du taux du CO2 dans l'atmosphère correspond (dans cet exemple) à une augmentation de 1,7 ppmv qui est mesurée par la différence des ordonnées entre le mois de Janvier d'une année par rapport au mois de Janvier de l'année précédente; A noter que cette différence est exactement de la même nature que celle utilisée par Humlum et al. (DIFF12) décrite dans la section précédente.

Cependant, nous dit le Professeur Salby, cette hausse annuelle, mesurée par la différence des ordonnées, fluctue énormément au cours du temps comme on va le voir sur la diapo suivante.

 

 

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Murry Salby a superposé sur cette diapo, un certain nombre de cycles annuels, en les faisant partir du même point (à gauche) pour observer la dispersion des variations annuelles de la croissance du taux de CO2 dans l'atmosphère.
Salby
fait remarquer que les variations d'une année sur les autres peuvent atteindre des amplitudes de 3 ppmv, soit près de deux fois la hausse annuelle, ce qui traduit des fluctuations de grande amplitude relative, bien au delà de celles des émissions anthropiques. En bref, l'influence des conditions naturelles se voient aussi bien dans le caractère oscillant du taux de CO2 que dans les variations de la croissance du taux de CO2 d'une année sur l'autre.

 

 

 

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Salby trace alors la courbe représentative, en fonction du temps, des variations du taux de CO2 mesuré, année après année, par la différence des ordonnées indiquées dans l'avant dernière diapo. Cette courbe montre les variations du flux ascendant Net et global du CO2 (en ppmv/an), parvenant dans l'atmosphère.
Salby fait remarquer, comme nous l'avons vu dans la diapo précédente, que ces variations de flux de CO2 varient énormément au cours du temps. Soit entre 0,4 ppmv/an et 2,8 ppmv/an pour la période considérée
. On peut visualiser cela comme une succession des "bouffées" plus ou moins rapides et plus ou moins intenses de CO2 qui sont montées dans l'atmosphère, en particulier au cours des trois dernières décennies.
A noter que cette courbe est obtenue après l'application d'un filtre passe-bas de deux ans,
destiné à supprimer les fluctuations de courtes durées et à à conserver les évolutions les plus lentes.

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Salby rappelle ensuite que les émissions anthropiques de CO2 ne subissent évidemment pas ce genre de variations. L'augmentation des émissions anthropiques est beaucoup plus monotone.

Voici ci-contre sa diapo qui indique les variations du taux d'émission anthropique de CO2, résultant de l'activité humaine. Autrement dit, selon Salby, les variations du flux de CO2 net ne suivent pas les variations des émissions anthropiques.

 

 

 

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Par contre, le Professeur Salby nous montre que le flux net du CO2 qui monte dans l'atmosphère (en pointillés verts) est étroitement corrélé avec les "conditions de surface" de la planète ("surface conditions", en bleu ci-contre). Le coefficient de corrélation est de 0,93.

En réalité et comme le précise Salby dans son exposé, la courbe représentative des "conditions de surface", n'est rien d'autre que la courbe des variations de la température à la surface de la planète selon les mesures satellitaires RSS-MSU. A noter que, comme il se doit, cette courbe de température a subi le même traitement (filtre passe-bas de deux ans) que les données relatives au flux net de CO2.

Autrement dit, Salby nous montre que le flux de CO2 qui monte dans l'atmosphère dépend directement de la température à la surface de la planète et non pas, directement, du taux d'émission anthropique de CO2.


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Reste cependant à résoudre une question épineuse, nous dit Salby. C'est celle de l'appauvrissement isotopique du CO2 atmosphérique en carbone C13 qui a été rappelée plus haut. C'est le "smoking gun" nous dit Salby, "l'argument massue" qui "prouverait" que le CO2 que l'on trouve dans l'atmosphère est bien d'origine anthropique.

Le graphe du haut de cette diapo est identique au précédent. Mais le graphe du bas est une superposition de la variation de température (en bleu) évoquée ci-dessus avec l'évolution (points rouges) de la richesse en carbone C13 du CO2 atmosphérique pendant la même période. Comme on le voit et comme on s'y attend, la valeur moyenne de cette richesse en C13 indique une tendance à la baisse. Par contre et cela est surprenant, les variations de la richesse en C13 se trouvent strictement en opposition de phase avec celles de la température (ou du flux net de CO2).
Autrement dit quand le flux de CO2 augmente, le CO2 s'appauvrit en C13 ce qui ne serait pas surprenant s'il s'agissait d'émissions anthropiques comme nous l'avons vu plus haut. Mais -et c'est le point crucial- dans le cas présent, on observe que cette opposition de phase se produit lors de la bouffée de CO2 concomitante au réchauffement dû au El Niño géant de 1998, lequel est évidemment un événement parfaitement naturel et nullement anthropique.
Autrement dit, selon Salby, les "bouffées" de CO2 résultant de causes naturelles, tel que le réchauffement dû au El Niño en 1998, ont exactement la même signature isotopique que celles qui résultent des émissions anthropiques.

 

 

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Dans la suite de son exposé, Murry Salby fait remarquer que ces observations montrent que la dérivée de la concentration du CO2 dans l'atmosphère (dCO2/dt) varie en proportion de l'anomalie de température de la surface de la planète. Autrement dit, la concentration du CO2 dans l'atmosphère varie comme l'intégrale (la somme) des variations de température à la surface durant la même période.
Cela peut se comprendre si on considère que l'atmosphère stocke le CO2 qui résulterait, par exemple, de la décomposition de la matière végétale à la surface de la planète et que cette décomposition (qui passe transitoirement par le stade du méthane) dépend de la température qui règne au sol. L'intégration rend compte de l'effet cumulatif des émissions naturelles de CO2.

 

Partant de ce constat, Murray Salby recalcule (en intégrant les variations de température) le taux de CO2 qui devrait exister dans l'atmosphère si son modèle était exact. Le résultat est représenté en pointillés bleus sur le graphique ci-contre. A noter qu'au moins pour la période considérée (1980-2012), cette courbe en pointillés bleus calculée recouvre pratiquement exactement celle du taux de CO2 mesuré (en tirets verts), à l'exception de deux courtes périodes qui correspondent aux éruptions volcanique géantes du El Chichon (1982) et du Pinatubo (1992) et pour lesquelles le raisonnement précédent doit évidemment être en défaut, comme il l'est. A noter au sujet des éruptions volcaniques que Murry Salby constate, comme l'avaient fait Humlum et al, que les émission de CO2 ont plutot diminué durant cette période. Salby l'attribue aux effets refroidissants des émanations volcaniques constatées sur les températures pendant deux ou trois ans.

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Voici d'autres versions du constat précédent. En haut et en bleu est représentée la "Circulation-Dependent Component", c'est-à-dire la composante (naturelle) des émissions de CO2 qui dépend de la circulation générale de l'atmosphère et des océans, superposée à la courbe des observations effectuées à Mauna Loa. Comme on le voit, la superposition est très bonne.



La figure du bas concerne l'évolution de la composition isotopique de la "Circulation-Dependent Component", c'est à dire de l'émission naturelle de CO2, superposée au paramètre décrivant la richesse du mélange isotopique en C13. Comme on le voit et compte tenu des incertitudes sur les mesures isotopiques, l'accord est également très bon.
La signature isotopique de la "Circulation-Dependent Component" est identique à celle des émissions anthropiques, nous dit Salby, ce qui exclut l'utilisation de cet "argument massue" pour affirmer que l'augmentation du CO2 atmosphérique est d'origine anthropique.

 

 

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Murry Salby a également cherché à remonter dans le temps pour vérifier si ses calculs de la "Circulation-Dependent Component" rendait également compte des observations des taux de CO2 dans un passé plus éloigné.

On constate, sur le graphique ci-contre que l'accord est bon ou très bon (selon les bases de données de température MSU ou CRU considérées) en remontant le temps jusqu'en 1960. Par la suite et jusqu'en 1880 les courbes divergent notablement (avec un écart maximum de 20 ppmv).

Il faut se rappeler à ce propos que les mesures directes de CO2 n'ont été disponibles et avérées qu'à partir de 1960. La période précédente faisant appel à des indicateurs indirects, c'est à dire à partir d'analyses isotopiques des carottages glaciaires, peut-être moins fiables. De même, (graphe du bas) Salby fait remarquer qu'avant 1960, les mesures de températures étaient évaluées à partir d'un nombre plus restreint de thermomètres. Ainsi, en 1880, la surface couverte par les mesures thermométriques n'était que de 8% du globe, ce qui peut constituer une autre source d'incertitude.

 

 

 

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Dans le courant de son exposé, Murry Salby projette la diapositive ci- contre qui représente les observations satellites des taux (mesurés dans une colonne verticale) de CO2 en différentes localisations de la planète. Comme on peut le voir, les inhomogénéités sont de l'ordre de 30-40 ppmv et le maximum de concentration de l'atmosphère en CO2 se trouve au dessus des zones tropicales-équatoriales de l'Afrique et de l'Amérique du Sud. Par contre, les régions de l'hémisphère Nord, normalement particulièrement émettrices en CO2 anthropique, se trouvent nettement en dessous des moyennes. Ceci doit être considéré avec précaution mais peut-être considéré comme une indication que le CO2 que l'on trouve dans l'atmosphère résulte plus des émissions naturelles que des émissions anthropiques...

 

 

 

 

Murry Salby mentionne les implications ou les conclusions de ses observations (conférence en 2012).Voici la diapositive correspondante :

    Implications :

  • Dans le Monde Réel la température du globe n'est pas contrôlée exclusivement par le CO2, comme elle l'est dans le Monde des Simulations numériques.

  • En revanche, et pour une part significative, le CO2 est contrôlé par la température du globe.

Addendum : Quelques extraits significatifs des conférences de Murry Salby :

En réponse à une objection assez classique avancée par les tenants des thèses en vigueur (selon lesquels la totalité de l'augmentation du CO2 atmosphérique résulterait des activités humaines), soutenant que, certes les fluctuations interannuelles sont sans doute déterminées par les fluctuations naturelles mais que la lente montée sous-jacente serait d'origine anthropique, et donc qu'il y aurait, selon les échelles de temps, différentes sources de CO2 impliquées, Salby répond ceci :

"La correspondance des variations observées du CO2 sur des échelles de temps de quelques années durant l'ère satellitaire et l'accord observé durant le XXème siècle, font qu'il est difficile de ne pas conclure que les sources impliquées dans les variations de CO2 durant de courtes échelles de temps ne sont pas aussi impliquées durant les grandes échelles de temps.

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La conception, largement popularisée, a été que c'est le CO2 qui conduit le bus et que le climat profite de la ballade. Le comportement observé montre exactement l'inverse. C'est le climat qui est au volant et, dans une grande mesure, le CO2 est à l'arrière du bus."

[...]


"Les projections du climat reposent sur la capacité à prédire le CO2. C'est la chose dont on pense qu'elle doit être connue à cause de la supposition que nous pouvons le contrôler. C'est à dire que cela implique que le CO2 futur dans l'atmosphère doit être déterminé par les émissions humaines. C'est ce qui est spécifié dans les modèles climatiques qui, ensuite, vont alors prédire comment le climat va répondre selon ce que l'on appelle des "scénarios climatiques". Les comportements observés nous montrent que, bien que que nous aimerions que ce soit le cas, le monde réel ne fonctionne pas comme ça.
[...]
"Les émissions nettes incluent une fraction substantielle venant des sources naturelles. Si vous ne contrôlez pas le CO2, vous ne pouvez pas prédire le taux de CO2 et vous pouvez difficilement prédire comment le climat va répondre."
[...]
"Quand quelqu'un dit "la science est comprise" (The science is settled), j'éprouve un haut-le-coeur involontaire"
[...].
"Celui qui pense que la science de cette affaire complexe est comprise, vit dans le monde de Disney".

En réponse à une question d'un spectateur au sujet d'une possible rétroaction du CO2, voici ce que répond Murry Salby.

Les +4°C que vous mentionnez représentent essentiellement une extrapolation des modèles basés sur le schéma que j'ai décrit. Ainsi et comme vous le signalez, si la température augmente indéfiniment alors vous obtenez une augmentation du CO2 et ceci constitue une rétroaction positive. Température plus élevée, plus de CO2. Et si vous pensez que le CO2 est responsable de la température alors ça devrait accélérer mais, pour des raisons sur lesquelles je ne vais pas m'étendre dans cette conférence, il doit exister une rétroaction négative qui maîtrise cette rétroaction positive et garde le contrôle de l'affaire. (NdT : L'explication détaillée est donnée dans le traité de Salby (page 252)).

Lorsqu'on demande à Murry Salby ce qui, selon lui, a provoqué la hausse des température observées au XXème siècle, celui-ci donne la même réponse que Ole Humlum d'une part et que Syun-Ishi Akasofu d'autre part. Selon ces chercheurs, le réchauffement est naturel et correspond au retour à l'équilibre après la baisse des températures qui s'est produite durant le petit âge glaciaire.

Complément: Un petit test des observations de Murry Salby.salby26

Comme chacun le sait maintenant dans le monde anglo-saxon (cette information a été reprise par leurs médias), la température du globe n'a pas augmenté depuis près de 16 ans.
Selon les observations du
Professeur Salby, cela devrait donc correspondre à une augmentation pratiquement linéaire du taux de CO2 en fonction du temps durant la même période. En effet, la dérivée temporelle d'une fonction linéaire du temps est bien une constante.

Voyons cela.

Note : Ceux qui pourraient s'étonner de cette observation due, selon Salby, à un "effet d'accumulation du CO2" dans l'atmosphère, peuvent en avoir l'intuition en se rappelant qu'un humidificateur d'appartement augmente progressivement le taux de l'humidité d'une pièce d'habitation sans que la température de la source varie notablement (elle s'est un peu refroidie avant d'atteindre l'équilibre). De même, l'eau portée à ébullition dans une casserole aura une température constante de 100°C environ, tandis que la vapeur d'eau échappée chargera peu à peu l'atmosphère en humidité. A noter que, dans ces deux cas, il s'agit de changements de phase, tout comme l'est, par exemple, le dégazage du CO2 dissous dans les océans.

J'ai reporté sur le graphique ci-dessus, le graphe des variations de températures de 1997 à nos jours, selon le HadCRUT4 (en bleu) ainsi que le graphe (en rouge) représentant la hausse du taux de CO2 dans l'atmosphère (données NOAA, Mauna Loa).
Comme on le voit, la variation du taux de CO2 dans l'atmosphère a effectivement subi une croissance pratiquement parfaitement linéaire (pointillés verts) durant cette même période où la température du globe est restée constante, aux fluctuations près.

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Voici, à titre de comparaison, ci-contre, la courbe donnant la variation des émissions de dioxyde de carbone anthropiques du globe pendant la même période (source : Rapport de la CE, page 28). La croissance des émissions anthropiques n'est absolument pas linéaire et l'augmentation parfaitement linéaire du taux de CO2 dans l'atmosphère, conformément à la non-variation de la température pendant cette même période, ne suit pas la croissance des émissions anthropiques.

.

 

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Quelques compléments dans la même perspective :

Le livre de Murry Salby : "Physique de l'atmosphère et du climat" qui inclut, avec de nombreuses considérations complémentaires, les graphiques principaux présentés lors de ces conférences.
Roy Spencer : "Croissance du CO2 dans l'atmosphère. Pourrait-elle venir des océans plutôt que l'activité humaine?"
Roy Spencer : " Plus de détails intéressants sur le rapport C12/C13" "Des éléments qui semblent apporter d'autres preuves qu'il pourrait y avoir une fraction substantielle de sources naturelles dans la croissance à long terme du CO2"
.

Cohérence établie entre le CO2 atmosphérique et la température globale : Cynthia Kuo, Craig Lindberg & David J. Thomson (Nature 343, 709 - 714 (22 February 1990); doi:10.1038/343709a) : "Les variations du contenu en CO2 sont en retard de 5 mois par rapport à celles de la température

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Mise à jour du 10 Juin 2013 :
Le Professeur Murry Salby effectue un tour d'Europe pour présenter ses résultats dans diverses institutions scientifiques.
Sa présentation à Hambourg enregistrée par l'Université Helmut Schmidt, vient d'être rendue disponible (en anglais) sur Youtube à cette adresse. Il a complété ses travaux en proposant une "théorie unfiée" qui lui permet de rendre compte également des corrélations observées entre les concentrations de méthane, de CO2 et les températures déduites des carottes glaciaires prélevées en antarctique. Cette présentation inclut également des observations analogues à celles qu'il a faites sur les concentrations de CO2, pour le méthane. Elle est un peu plus "technique" que les précédentes.

Au sujet de la stagnation actuelle de la température moyenne du globe, observée depuis les dernières 15 années, Murry Salby montre que si elle diverge notablement des modèles du GIEC, elle est parfaitement conforme à son modèle stagnatqui stipule que la concentration de CO2 doit être proportionnelle à l'intégrale des variations de températures, à l'aide de la diapo suivante :

 

A part, les épisodes liés aux éruptions du Pinatubo (1992) et du El Chichon (1984), comme on s'y attend, la courbe de croissance du CO2 (en bleu) calculée à partir de l'intégrale de la variation de température, selon la théorie de Salby, est parfaitement conforme à la courbe de croissance mesurée (en vert).

 

 

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Conclusion : Au vu de ces observations, il est probable qu'une proportion notable du taux de dioxyde de carbone présent dans l'atmosphère ne dépend pas directement de l'intervention humaine. Dans ce cas, les politiques de réductions des émissions de carbone dans le prolongement des accords de le Kyoto, n'auront qu'un effet minimal sur le CO2 atmosphérique et aussi, très probablement, sur le climat.

Comme les auteurs norvégiens et australien de ces observations nous le disent eux-mêmes, il s'agit d'observations permettant d'affiner nos connaissances sur le cycle du carbone qui, pour une grande part, reste encore "terra incognita" quelles que soient les affirmations entendues ici ou là.. En particulier, l'influence (bénéfique) de l'augmentation du taux de CO2 sur la végétation devrait être parfaitement prise en compte avant que nous tirions des conclusions qui pourraient se révéler précipitées.

Mais ce n'est rien d'autre qu'une nouvelle pierre apportée à l'édifice interminable de la science.
Comme toujours, "time will tell", l'avenir nous le dira.

A suivre ! Stay Tuned ! yannrennes1

 

 

 

Avec tous mes voeux à tous(tes) mes lecteurs(trices) pour cette fin d'année (Maya 2012) et pour 2013 (bien sûr).